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Lou Trotignon : Biographie d'un Humoriste Engagé et Pionnier de la Transidentité dans le Stand-Up Français

Introduction

Lou Trotignon, né en 1997, est un humoriste français qui s'est rapidement imposé comme une figure marquante du stand-up, notamment grâce à son spectacle « Mérou » dans lequel il aborde avec humour et autodérision sa transition de genre. Son parcours atypique, marqué par des expériences variées et un engagement profond envers les causes queer, fait de lui un artiste unique et une voix importante dans le paysage culturel français.

Jeunesse et Formation

Lou Trotignon est né le 14 juillet 1997 à Rambouillet, dans les Yvelines, et y a grandi. Issu d'une famille de cinq enfants, il a développé un intérêt pour le théâtre dès son plus jeune âge, utilisant l'humour comme moyen de se faire accepter et de créer du lien social. "Très jeune ! Vers mes 7-8 ans. J’ai compris que j’étais vite accepté dans un groupe ou auprès des adultes en étant le clown de service." Il organisait des pièces de théâtre chez lui, manifestant déjà un certain talent pour la mise en scène, bien qu'il se décrive comme un metteur en scène "hyper sévère".

Après le lycée, Lou Trotignon s'inscrit à Sciences Po Paris, mais il quitte l'établissement après seulement un mois, déçu par le sexisme qu'il y observe. "« J’ai tenu un mois ! C’était un milieu extrêmement sexiste, je l’ai très mal vécu. »" Il se tourne alors vers un master en esthétique et philosophie de l'art, attiré par l'étude des émotions et des questions existentielles. "C’est la science des émotions, ça me passionnait, mais ça me déprimait aussi. Parce que plus tu vas loin en philo, plus tu te questionnes. Ça me rendait fou. J’étais trop déprimé, j’avais besoin d’un truc léger."

Premiers Pas dans le Stand-Up et Questionnements Identitaires

Parallèlement à ses études, Lou Trotignon se lance dans le stand-up, poussé par son désir de faire rire et de partager ses expériences. Il suit des cours, apprend les ficelles du métier et commence à se produire sur scène. "Alors c’est décidé, il tape « cours de stand-up » sur Google et s’inscrit pour apprendre les ficelles de cet art. Comme souvent dans l’écriture, il se nourrit de ses propres expériences."

À cette époque, Lou Trotignon s'identifie comme une femme hétérosexuelle, mais il commence à s'interroger sur son identité de genre et son orientation sexuelle. Il travaille un temps comme strip-teaseur, une expérience qui le confronte aux normes de genre et à la façon dont la société perçoit la féminité. "J’ai pas fait ça longtemps. J’avais envie de gagner de la thune, mais aussi de me sentir belle, ou du moins d’être validée dans ma féminité. J’avais l’impression que tout ce que je pouvais accomplir en tant que femme, c’était d’être validée comme être sexuel. Que c’était ça, la finalité d’être une femme. Et je voulais voir si moi aussi j’en étais capable."

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Cette période de questionnement est difficile pour Lou Trotignon, qui se sent perdu et isolé. "« Je me suis toujours interrogé sur mon identité de genre, mais j’avais pas les mots. J’ai commencé à me questionner sur mon orientation sexuelle. Je sentais que j’aimais les garçons, mais pas comme une fille aime les garçons. J’étais grave perdu. Ça m’a pris du temps avant de capter qu’en fait, j’aimais les garçons… comme un garçon. »" Il envisage même d'arrêter le stand-up, se heurtant au sexisme du milieu.

L'Académie d'Humour et la Révélation de la Transidentité

Un tournant décisif dans le parcours de Lou Trotignon est sa participation à l'Académie d'Humour en 2022, une formation professionnalisante d'un an. "Quand je suis rentré à l’Académie d’Humour en septembre 2022, une formation de un an, pour se professionnaliser justement. Tout à coup j’étais validé par des professionnels. Mais surtout je me suis dit « peut être je peux en faire ma vie » quand pour la première fois j’ai joué devant un public queer [en Octobre 2021 à la Queer Week après un atelier écriture avec Tahnee, ndlr] et que les gens se sentaient concernés par ce que je disais." Cette expérience lui permet de se professionnaliser, de gagner en confiance et de rencontrer d'autres artistes queer, dont Tahnee, une humoriste qui l'encourage à persévérer.

C'est également à cette période que Lou Trotignon commence sa transition de genre. "En 2020, l’humoriste commence sa transition à la même période que sa carrière dans le stand-up." Il réalise qu'il est un homme trans non-binaire, une identité qu'il explore et revendique sur scène. "Et la première scène où j’ai dit le mot « trans » j’étais libéré d’un poids." Il se sent libéré d'un poids et trouve dans le stand-up un moyen d'exprimer son identité et de sensibiliser le public aux questions de transidentité. "Pour moi dans le stand-up et sur scène, tu es obligé d’être hyper honnête avec toi-même, le public le sent tout de suite quand tu ne l’es pas. C’est parce que je voulais être authentique sur scène que je suis allé creuser loin dans mon identité de genre."

"Mérou" : Un Spectacle Engagé et Hilarant

Le spectacle « Mérou », mis en scène par Amiel Maucade et avec la collaboration artistique de Sandra Calderan, marque une étape importante dans la carrière de Lou Trotignon. Dans ce spectacle, il raconte avec humour et autodérision son parcours de transition, abordant des sujets tels que le travail du sexe, le BDSM et les doutes liés à l'identité de genre. "Depuis près d’un an, Lou Trotignon joue sur scène son spectacle de stand-up Mérou qui évoque notamment sa transition de genre, le travail du sexe, le BDSM ou encore le strip-tease."

Le titre du spectacle fait référence au mérou, un poisson qui a la capacité de changer de sexe au cours de sa vie, une métaphore de la propre transition de Lou Trotignon. "« Mérou », étrange nom pour un spetacle de stand-up queer. Mais saviez-vous que le mérou pouvait à loisir changer de sexe pendant sa vie ? C'est l'une des choses que vous apprendrez si vous vous rendez au spectacle de Lou Trotignon".

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« Mérou » rencontre un succès grandissant, grâce au bouche-à-oreille et à un passage remarqué sur France Inter. "Ce spectacle en gestation, il a d’ailleurs failli l’appeler Sans contrefaçon, en hommage aux paroles de Mylène Farmer : « Sans contrefaçon, je suis un garçon »." Le spectacle aborde des thèmes personnels et intimes, mais il résonne avec un large public, notamment les personnes queer qui se reconnaissent dans le parcours de Lou Trotignon. "« Ça me fait toujours du bien de voir qu’il y a des gens qui se reconnaissent dans ce que je dis. Parce que moi, quand j’ai fait mon spectacle, je me disais que j’étais tout seul à douter autant de mon genre. Donc quand les gens me disent ‘je me sens moins seul’, moi aussi, je me sens vachement moins seul avec vous. »"

Un Artiste Engagé et une Voix pour la Communauté Queer

Lou Trotignon est conscient de l'importance de sa visibilité en tant qu'artiste trans dans le paysage médiatique français. "À ma connaissance, tu es la seule personne trans out à faire du stand-up aujourd’hui en France. Oui, je crois que je suis la première personne trans dans le stand-up en France à dire « je suis trans »." Il souhaite que son travail contribue à normaliser les questions de transidentité et à lutter contre la transphobie. "J’essaie de faire en sorte que ça m’atteigne le moins possible en me disant que ça ne me concerne pas, que ces gens galèrent probablement avec leurs propres identités de genre, d’où le rejet."

Il est également engagé dans la création d'espaces plus inclusifs pour les artistes queer, regrettant le manque de représentation dans les comedy clubs traditionnels. "Cela raconte peut-être aussi quelque chose de l’exclusion des femmes et des personnes LGBT+ dans le stand-up. C’est primordial que les Comedy clubs soient plus inclusifs parce que c’est fini les années 1800 en fait." Il participe à des événements tels que la Mut Up à la Mutinerie et rêve de créer un comedy club entièrement dédié à la scène queer.

Lou Trotignon considère le stand-up comme un art engagé, capable de faire évoluer les mentalités et de créer du lien social. "On a une responsabilité dans le stand-up parce qu’on a le pouvoir de normaliser les choses par le rire." Il utilise l'humour comme un outil pour aborder des sujets sensibles et complexes, en partant de ses propres émotions et en s'entourant d'une équipe artistique diverse et inclusive. "Au moment de l’écriture, je pars toujours de mes émotions, de quelque chose que je veux absolument dire et qui n’a pas été abordé. Comme le fait d’avoir un regard bienveillant sur la transidentité ou de considérer le BDSM (1) comme une pratique parmi d’autres."

Influences et Inspirations

Lou Trotignon cite plusieurs artistes qui l'ont influencé dans son parcours, notamment Shirley Souagnon, Hannah Gadsby et James Acaster. "Pour moi Shirley a avant tout été un modèle, c’est la première personne que je voyais parler du fait d’être lesbienne et puis plus tard de non binarité en étant connu·e." Il admire leur capacité à aborder des sujets difficiles avec intelligence et humour, et à dénoncer les oppressions systémiques.

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Il s'inspire également de la philosophie et de la théorie queer, notamment des travaux de Paul B. Preciado et Virginie Despentes. "Paul B. Preciado, je l’ai lu, notamment Testo Junkie au début de ma transition. Virginie Despentes aussi évidemment." Il a d'ailleurs eu l'occasion d'animer une discussion avec ces deux figures importantes lors de l'avant-première du film "Orlando, ma biographie politique".

Projets Futurs

Lou Trotignon travaille déjà sur un deuxième spectacle, dans lequel il souhaite explorer de nouvelles thématiques liées à son identité et à son expérience de personne trans. "Aujourd’hui, Lou Trotignon pense déjà à la suite, un deuxième spectacle. Il se lasse vite et a encore tant de choses à raconter : « Transitionner, c’est le meilleur truc que j’ai vécu, donc j’ai envie d’en parler. »" Il souhaite également réaliser une captation de son spectacle « Mérou » dans un lieu culturel queer, afin de laisser une trace de son travail et de contribuer aux archives LGBT. "Mon rêve ce serait de faire une captation de mon spectacle dans un lieu particulièrement queer, genre le Cirque Électrique, et je voudrais qu’il y ait une archive de ce spectacle quelque part pour participer aux archives LGBT."

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