La légende du roi Arthur et des chevaliers de la Table ronde est un récit captivant qui a traversé les siècles, suscitant fascination et interrogations. Dès le Moyen Âge, les récits entourant le roi Arthur connaissent un véritable succès. Mais pourquoi la Table ronde est-elle ronde ? Arthur a-t-il vraiment existé ? Toutes les fées sont-elles gentilles ? Cet article se propose d'explorer les origines de cette légende, en démêlant les faits historiques des éléments mythiques qui la composent, et en analysant l'évolution du personnage d'Arthur à travers les âges.
Les Origines Mythiques d'Arthur
Dans la légende, Arthur est né en 470, à Tintagelle. Sa naissance est enveloppée de mystère et de magie. Arthur serait le fils du roi breton Uther Pendragon et de la femme de l’un de ses vassaux, Ygern (ou Ygraine). Un stratagème de Merlin l’enchanteur aurait permis à Uther de prendre l’apparence du duc de Cornouailles. À sa naissance, il fut aussitôt confié à l’enchanteur Merlin, en échange de ses services. Merlin prédisait un grand destin à Arthur. Il l’éleva sans lui révéler ses origines, en lui faisant la classe et en l’entraînant à devenir un chevalier. À la mort d’Uther Pendragon, des conflits éclatent pour savoir qui prendra sa succession car il n’a pas de fils héritier légitime… C’est alors qu’une épée apparaît sur le parvis de la cathédrale où a lieu son enterrement : l’Excalibur. De nombreux chevaliers tentent leur chance, sans succès. L’épée ne bouge pas. Seul Arthur, ignorant sa véritable identité, parvient à retirer l'épée Excalibur du rocher, prouvant ainsi sa légitimité à régner.
Arthur, un Roi-Chevalier
Il s’installe alors dans le château de Camelot. C’est un roi brave et courageux qui, entouré de ses chevaliers, protège son royaume des Saxons. Il va même jusqu’en Gaule pour aider Léodagant, roi de Carmélide, à combattre.
Arthur est dépeint comme un roi-chevalier, défenseur de son royaume contre les Saxons, propriétaire de la légendaire Excalibur, protégé de l’enchanteur Merlin. Il incarne les valeurs de la chevalerie : courage, loyauté, justice et piété. Les chevaliers sont au service de la paix et de la justice. Les Chevaliers de la Table ronde ont un objectif principal : la quête du Graal.
La Table Ronde, symbole d'égalité et de fraternité, réunit les chevaliers les plus valeureux du royaume. Parce que tous les chevaliers qui y siègent, y compris le roi, sont considérés comme égaux entre eux. Les récits de Chrétien de Troyes relatent les exploits des chevaliers. Lancelot, certainement le plus courageux des chevaliers, au destin exceptionnel.
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Les Fées et les Enchanteurs : Un Monde de Magie
La légende arthurienne est peuplée de personnages féériques et d'êtres dotés de pouvoirs magiques. Par exemple, celle de la Dame du Lac, la fée Viviane, qui vit dans la forêt de Brocéliande. Elle maîtrise les enchantements que Merlin lui a enseignés. C’est elle aussi qui éleva Lancelot enfant (d’où son surnom de Lancelot du Lac). Merlin tombe éperdument amoureux d’elle. Une autre fée, la fée Morgane, demi-sœur d’Arthur, apparaît dans les récits. Furieuse d’être rejetée par son amant, elle le transforma en pierre, ainsi que la femme qu’il courtisait.
- Merlin l'Enchanteur : Conseiller d'Arthur, magicien et prophète, il joue un rôle crucial dans l'ascension du roi.
- La Dame du Lac (Viviane) : Protectrice d'Arthur et de Lancelot, elle leur offre des armes magiques et les guide dans leurs quêtes.
- Morgane la Fée : Demi-sœur d'Arthur, elle est souvent dépeinte comme une magicienne maléfique, cherchant à détruire le royaume.
Arthur a-t-il vraiment existé?
Les débats sur la réalité historique de l’existence d’Arthur n’ont jamais vraiment cessé. Pour certains historiens, il était un général romain du IIe siècle. Mais pour la majorité, il aurait été un chef de guerre qui vécut dans le contexte de la guerre entre les Bretons et les Saxons, au tournant du VIe siècle. Contexte repris par les principales légendes arthuriennes.
Si la figure d’Arthur n’apparaît vraiment qu’au XIIe siècle dans L’Histoire des rois de Bretagne de Geoffroy de Monmouth, il existe quelques indices dans des sources plus anciennes. Au Xe siècle, les Annales Cambriae font le récit de deux batailles auxquelles aurait participé Arthur, dont celle de Camlann (539), où il serait mort avec un certain Mordred. On peut ajouter à ces sources des légendes galloises du VIIe siècle, où l’on croise un Arthur parfois brave, parfois tyrannique, marié à une Guenièvre, et entouré de compagnons parmi lesquels Cai (ou Kaï, ou Keu).
Au XIIe siècle, outre Geoffroy de Monmouth, qui est au service d’Henri II Plantagenêt, on peut citer Guillaume de Malmesbury et ses Faits des rois d’Angleterre (vers 1125), qui fait d’Arthur un roi courageux défenseur de la chrétienté face au paganisme. L’œuvre de Monmouth est ensuite prolongée par le Roman de Brut, du normand Wace.
Le roi Arthur à l’origine du mythe aurait pu être un seigneur breton et guerrier de renom ayant vécu vers la fin du 5e siècle/début du 6e, qui aurait su rallier les peuples celtes pour faire face aux envahisseurs saxons. Sauf que les historien•ne•s sont incapables de confirmer ce « détail ». Et est-ce qu’un seigneur de l’île de Bretagne (la Grande-Bretagne actuelle) unificateur n’aurait pas fait suffisamment parler de lui pour avoir laissé quelques traces écrites de son existence après sa mort ? En revanche, on sait un peu d’où nous vient la légende composite que l’on connaît aujourd’hui : d’écrits de supposés « moines historiens » qui ne sont jamais raccords entre eux, d’éléments de folklore issus de la tradition orale, et de pures inventions littéraires.
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Ainsi, Nennius mentionne Arthur dans son Histoire des Bretons en 830, lui attribuant une participation remarquée à 12 batailles emblématiques. Mais peu importe ! Son nom surgit également dans un poème gallois intitulé Y Gododdin, ou dans les Annales Cambriae qui mentionnent une « lutte de Camlann » (Camelot ?) entre Arthur et Medraut (Mordred ?), et qui serviront à l’élaboration du mythe arthurien. Une « histoire légendaire », qui n’est donc pas à lire comme un document historique, mais qui pose les bases de la matière de Bretagne en reprenant des morceaux des vieux poèmes et du folklore (ainsi qu’un peu d’imagination) pour en faire une seule et même toile.
La Quête du Graal : Un Symbole de Perfection
Les Chevaliers de la Table ronde ont un objectif principal : la quête du Graal. Le Graal, objet mystique et sacré, est au cœur de nombreuses quêtes arthuriennes. Il est souvent associé à la coupe utilisée par Jésus lors de la Cène, ou à celle qui recueillit son sang lors de la crucifixion. La quête du Graal symbolise la recherche de la perfection spirituelle et de la grâce divine.
L'Amour et la Trahison : Les Faiblesses d'un Roi
Le roi Arthur brasse quantité de mythes, dont le premier est lui-même. Roi-chevalier, défenseur de son royaume contre les Saxons, propriétaire de la légendaire Excalibur, protégé de l’enchanteur Merlin, il est aussi le fruit d’un adultère, un mari trompé, un ami trahi et un frère incestueux. Une figure héroïque et tragique, donc.
Commence une période de prospérité, jusqu’à ce que Lancelot du Lac, le meilleur chevalier du monde, arrive à la cour d’Arthur, à Camelot. Très vite ami proche du roi, le jeune homme s’éprend de la reine Guenièvre, avec laquelle débute une relation d’adultère annonciatrice de la décadence du royaume. Et c’est encore la relation entre Guenièvre et Lancelot qui aggrave les choses.
De retour à Camelot, il doit défendre l’honneur de sa reine, accusée de tentative d’empoisonnement par Mador de la Porte. Un chevalier déguisé (en fait Lancelot) se fait le champion de Guenièvre, et l’honneur de cette dernière est sauf. Le combat entre les deux amis se finit par la victoire de Lancelot, qui épargne le roi pour une énième réconciliation.
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Le meilleur chevalier du roi disparaît, et Arthur -qui a pardonné aussi à sa reine- décide alors de reprendre ses conquêtes en Gaule, et confie son royaume au fils de Morgane (ou Morgause donc), Mordred. Mauvaise idée : son neveu/fils prend goût au pouvoir, et surtout à Guenièvre, qu’il finit même par molester !
La Bataille de Camlann et la Fin du Règne
Avant de mourir, le roi ordonne à l’un des survivants, Girflet, de jeter Excalibur dans un lac tout proche : une main féminine (celle de la Dame du Lac, qui a élevé Lancelot) récupère l’épée.
Devenu héros populaire au Moyen Âge, Arthur est aussi, nous l’avons évoqué, un enjeu politique. L’exemple le plus fameux est sa récupération par le roi d’Angleterre Henri II Plantagenêt, à la fin du XIIe siècle. Profitant de la popularité de la légende arthurienne, Henri II s’arrange avec les moines bénédictins de l’abbaye de Glastonbury pour que ces derniers y découvrent la tombe du roi Arthur !
L'Héritage d'Arthur à Travers les Âges
La popularité d’Arthur dépasse rapidement l’Angleterre, surtout à partir de Chrétien de Troyes, qui fait du roi breton le centre (certes passif) de son œuvre, même si les personnages principaux de ses écrits sont plutôt Lancelot, Perceval, Yvain ou Gauvain. C’est donc assez logiquement qu’il est intégré au début du XIVe siècle parmi les Neuf Preux. Le roi légendaire apparaît ainsi parmi les Preux chrétiens, et se développe alors une riche iconographie durant le XIVe siècle, et les suivants. La popularité d’Arthur s’étend bientôt à toute l’Europe médiévale, dépassant largement la France et l’Angleterre, pour atteindre autant la Norvège que l’Italie ou l’Allemagne.
Aujourd'hui encore, la légende arthurienne continue d'inspirer des œuvres littéraires, cinématographiques et artistiques, témoignant de son pouvoir intemporel et de sa capacité à se renouveler.
Chrétien de Troyes, berceau d’une légende
Nous sommes entre 1177 et 1181, à Troyes. Dans cette ville animée de Champagne, un écrivain de cour, Chrétien de Troyes, prend la plume. Il écrit en “ancien françois” et invente les grandes sagas de son temps. Ses récits sont les séries à succès du Moyen Âge : aventures, amour, trahisons et quêtes héroïques.
Dans Érec et Énide, il raconte les aventures d’un chevalier partagé entre l’amour et la gloire. Cligès, lui, met en scène un amour interdit digne d’un drame romantique. Mais ce sont Lancelot ou le Chevalier de la Charrette et Perceval ou le Conte du Graal qui marquent l’histoire. Dans le premier, il invente la passion entre Lancelot et la reine Guenièvre. Dans le second, il fait apparaître pour la première fois le Graal, ce mystérieux objet qui deviendra le symbole de toutes les quêtes.
Chrétien de Troyes n’a pas inventé le roi Arthur, mais c’est lui qui l’a rendu humain : des émotions, des compagnons, des intrigues. Grâce à lui, les légendes venues de Bretagne se transforment en récits fascinants, traduits et repris dans toute l’Europe. C’est ainsi qu’est née la grande légende arthurienne, celle qui inspire encore films, séries et romans aujourd’hui.
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