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Les Cévennes : Berceau de l'Histoire du Protestantisme en France

Les Cévennes, écrin de nature au cœur du Massif central, sont bien plus qu'un paysage pittoresque. Elles constituent une terre chargée d'histoire, intimement liée à l'histoire du protestantisme en France. C'est un lieu de mémoire où la foi, la résistance et la liberté se sont forgées dans la douleur et la persévérance. Des premiers prêches de Luther aux assemblées clandestines du Désert, en passant par la guerre des Camisards, ce territoire a été le théâtre d'événements marquants qui ont façonné l'identité protestante française.

L'implantation du Protestantisme dans les Cévennes

Au début du XVIe siècle, la Réforme initiée par Martin Luther en Allemagne exprime un désir de retour aux sources du christianisme. Ce nouveau courant de pensée, rapidement en contradiction avec la théologie catholique, devient une source de tensions politiques et religieuses. Venue de Genève par l'intermédiaire de marchands et de pasteurs, la Réforme s'implante très tôt dans les Cévennes, particulièrement à Anduze, où la plupart des habitants se convertissent. Dès 1550/1560, le protestantisme est officiellement adopté dans les plus vieilles églises des Cévennes, incluant Marvejols, Saint-Léger-de-Peyre et Serverette. L'église protestante devient alors la paroisse, et la conversion se fait massivement dans les Cévennes, avec les exceptions notables de Fraissinet-de-Fourques et Saint-André-de-Majencoules. L'arrivée de la Réforme se synchronise avec le développement de l'industrie de la soie dans la région.

Dans les années 1550, l'alphabétisation était très avancée dans la région. Dans presque toutes les maisons, on trouvait une bible et quelqu'un qui savait lire. Dès la fin du XVIe siècle, des temples sont construits avec une architecture permettant de les différencier des églises catholiques : des bancs sont installés autour de la chaire pour que les fidèles puissent écouter le sermon.

Les Guerres de Religion et l'Édit de Nantes

En 1562, les tensions entre catholiques et protestants commencent à s'aggraver. C'est le début des premiers affrontements entre protestants et catholiques en France. Pour apaiser les tensions, Henri IV promulgue l'Édit de Nantes en 1598. Il permet aux protestants d'accéder à des droits religieux, civils et politiques.

Après plus de trente ans de guerres de religion, l'Édit de Nantes promulgué par Henri IV en 1598 apporte une paix relative. Toutefois, après son assassinat en 1610, la guerre reprend et les Cévennes deviennent progressivement un des bastions du protestantisme en France. Le successeur d'Henri IV, Louis XIII, et surtout son ministre Richelieu, n'eurent pas les mêmes opinions sur le protestantisme : ils voulurent éliminer la Cause, c'est-à-dire le parti des protestants français.

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La Révocation de l'Édit de Nantes et le "Désert"

Avec la Paix d’Alès en 1629, Louis XIII et Richelieu suppriment aux protestants tout pouvoir politique et militaire. Cette mesure prive les protestants de toute liberté civile, professionnelle ou religieuse. Les temples sont démolis, les pasteurs contraints à l’exil, et les enfants doivent obligatoirement être éduqués dans la religion du roi.

Le 18 octobre 1685, Louis XIV révoque l'Édit de Nantes par l'Édit de Fontainebleau. Cette révocation marque le début d'une période de persécutions intenses pour les protestants. L'obligation est faite du catholicisme et de sa pratique avec appel à la messe. Pour trois absences non justifiées, on était déclaré rebelle et embarqué aux galères. C'est l'origine du col de l'Exil où les familles venaient dire adieu aux galériens. Les femmes partaient à Aigues-Mortes à la Tour de Constance. Marie Durand y restera 39 ans.

Le « Désert » désigne la période pendant laquelle le protestantisme est demeuré clandestin, de la Révocation de l’Édit de Nantes (1685) à l’Édit de Tolérance (1787). Pendant cette période, une résistance se crée dans les rangs protestants. La pratique de la religion alors clandestine, les objets des assemblées, les chaires, étaient démontables pour être transportées facilement. "Si l’on se faisait attraper, tout le monde était condamné : hommes, femmes et enfants. On peut voir sur les murs, de nombreux jugements adressés à des protestants".

Les Dragons, soldats logés de force chez les habitants protestants lors des dragonnades, disposaient d’une totale liberté d’action hormis le meurtre. Ces militaires pouvaient s’emparer des provisions, consommer le vin, abattre le bétail et commettre toutes sortes d’exactions. Les violences physiques et morales infligées aux familles visaient à contraindre les protestants à se convertir au catholicisme.

La Guerre des Camisards

Lancée le 24 juillet 1702 par des protestants paysans, tisserands et cardeurs de laine pour la plupart très jeunes, la guerre des Camisards est un soulèvement pour défendre la liberté religieuse. Au Pont-de-Montvert, sur le Rieumalet, est assassiné l’abbé du Chayla, missionné pour surveiller les « nouveaux convertis » cévenols, lors de l’expédition punitive organisée par Abraham Mazel, Esprit Séguier et Salomon Couderc le 24 juillet 1702. L’affaire du Pont-de-Montvert cause une grande émotion dans la région. De Broglie, commandant en chef des troupes royales à Montpellier, accourt à la demande de son beau-frère, l’intendant Basville.

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Champdomergue est un lieu chargé d’histoire. C’est là que, le 9 Septembre 1702, la première bataille de la guerre des Camisards éclata entre les paysans protestants et les soldats du roi Louis XIV.

Deux chefs s’imposèrent : Jean Cavalier et Pierre Laporte dit Rolland. Dès le mois de mai 1704, jugeant la cause perdue, Cavalier négocia sa reddition, Rolland fut finalement trahi et tué en août marquant ainsi la fin de la guerre des Camisards. La rébellion écrasée, les assemblées demeurèrent interdites et sévèrement réprimées.

On les appelait ainsi car ils avaient comme seul uniforme leur chemise (« camiso » en occitan). Ils ne furent jamais que 2 500 à 3 000 combattants, mais tinrent en échec pendant deux ans (1702-1704) les 25 000 à 30 000 soldats des troupes royales. Les camisards s'engagent par groupes de 20 à 50 personnes, chaque groupe ayant un secteur déterminé à défendre. Ces hommes, nés dans cette région où ils sont bergers, en connaissent le moindre recoin.

En décembre 1703 la patience de Louis XIV est à bout, il décide de détruire le pays. Louis ordonne de déporter les habitant des villages de moins de 100 habitants, vers le Canada et l'Afrique du Sud.

L'Édit de Tolérance et la Révolution Française

En 1787, Louis XVI signe l'Édit de Tolérance, marquant une étape importante vers la reconnaissance des droits des protestants. Il n'est plus nécessaire d'être catholique pour être déclaré Français. L'état civil était tenu par l'église et ce sont les mairies, déja en place, qui ont tenus les registres que l'église refusait, les actes 'clandestins'. Jusqu'à maintenant, pour échapper, les gens sont partis dans les montagnes.

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La Révolution Française de 1789 brûle les registres d'églises mais pas ceux des mairies, d'où sauvegarde actuelle de ceux-ci. Sous l'impulsion de Charrié, notaire de Nasbinals, l'opposition entre le nord royaliste et le sud républicain est née.

Lieux de Mémoire et de Culture Protestante en Cévennes

Les Cévennes offrent de nombreux lieux de mémoire et de culture protestante à découvrir :

  • Le Musée du Désert (Mas Soubeyran, Mialet) : Situé dans la maison natale du chef camisard Pierre Laporte, dit Rolland, ce musée retrace l'histoire du protestantisme dans les Cévennes, en particulier pendant la période du Désert. Il présente des collections ethnographiques, historiques, d’arts et traditions populaires riches, permettant une découverte transversale de la société rurale et traditionnelle de la région entre les XVIIe et XXe siècle.

  • Le Pont-de-Montvert : Lieu de l'assassinat de l'abbé du Chayla, cet événement marqua le début de la guerre des Camisards.

  • Anduze : Construite en amphithéâtre, la petite ville se convertit très tôt à la Réforme. Entre 1622 et 1629, le duc de Rohan y installera le quartier général des forces protestantes du Midi.

  • Saint-Jean-du-Gard : Jadis appelé Saint-Jean-de-Gardonnenque, Saint-Jean-du-Gard passe à la Réforme dès 1551 et devient la capitale des Églises réformées cévenoles.

  • Alès : Depuis 1560, une Église réformée existe à Alès ou Alais, importante place de sûreté protestante.

  • Le Collet-de-Dèze : Au Collet-de-Dèze, le temple a échappé à la destruction grâce à sa transformation en hôpital par la marquise de Portes dont le château servit de prison avant et après 1685.

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