Léon Zitrone, surnommé affectueusement "Monsieur Z" ou "Big Léon", a marqué le paysage audiovisuel français pendant plus de quatre décennies. Né le 25 novembre 1914 à Pétrograd, en Russie, et décédé le 25 novembre 1995, il a été une figure emblématique de la télévision, connu pour ses commentaires en direct, sa vaste culture et sa capacité à captiver les téléspectateurs. Son parcours, depuis la fuite de la révolution russe jusqu'à son statut de monument de la télévision française, témoigne d'une vie riche et complexe.
Un Enfant Ballotté par l'Histoire
L'enfance de Léon Zitrone est marquée par le tumulte de la révolution russe. Fuyant les bouleversements politiques, sa famille traverse la Lettonie, la Suède et la Norvège avant de s'installer à Stettin, où il est soumis à la rigueur de l'éducation prussienne. Ce n'est qu'en 1921, à l'âge de sept ans, que Léon arrive en France.
Élève du prestigieux lycée Janson de Sailly à Paris, il est confronté au déclassement de son père, ingénieur chimiste contraint d'exercer divers métiers pour subvenir aux besoins de sa famille. Malgré ces difficultés, Léon se passionne pour la littérature, dévorant les œuvres de Dickens, Walter Scott, Hugo, Dumas, Maupassant et Tolstoï. Il fréquente également la Comédie-Française, nourrissant son amour pour le théâtre.
Après son baccalauréat, Léon travaille dans la teinturerie de ses parents et vend des billets de loterie pour financer ses études de droit. Ces expériences forgent son caractère et lui permettent de développer une grande capacité d'adaptation.
De la Guerre à la Télévision
La Seconde Guerre mondiale interrompt le parcours de Léon Zitrone. Il participe aux combats de Gembloux en mai 1940, où il est décoré de la médaille militaire pour acte de bravoure exceptionnel. En 1942, son père est arrêté et sa mère internée à Drancy, victimes de la dénonciation comme ennemis de l'Allemagne.
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Après la guerre, Léon Zitrone obtient son diplôme de l'École Supérieure de Journalisme de Paris et entre à la Radiodiffusion française en 1948. Son premier commentaire au journal télévisé a lieu le 6 mai 1956, sur des images de l'hippodrome de Longchamp. C'est le début d'une longue et brillante carrière médiatique.
Un Monument de la Télévision Française
À la télévision, Léon Zitrone couvre une multitude d'événements, du journal télévisé aux courses hippiques, en passant par Intervilles, le Tour de France, les funérailles des grands de ce monde, les intronisations de papes, les couronnements, les mariages et les défilés du 14 juillet. Sa capacité à commenter en direct, sans oreillette ni prompteur, et sa connaissance encyclopédique en font une figure incontournable du petit écran.
Il est le commentateur privilégié des grands événements internationaux, mariant pour des millions de téléspectateurs la reine des Belges Fabiola, la princesse Anne, Charles et Diana, Sarah Ferguson et le prince Andrew. Il accompagne également les funérailles de personnalités telles que Churchill, de Gaulle, Franco, le pape Paul VI, Anouar el-Sadate, la princesse Grace de Monaco, Iouri Andropov, Indira Gandhi et le roi Baudouin.
Son talent et sa popularité sont tels que le Général de Gaulle lui-même concède que "Léon Zitrone est peut-être plus connu que moi-même".
Un Professionnel Exigeant et Attachant
Léon Zitrone est connu pour son professionnalisme et son exigence envers lui-même et ses collaborateurs. Marie-Hélène Millet, une amie de ses filles qui a travaillé comme sa secrétaire, témoigne de sa méticulosité et de sa capacité à préparer des commentaires précis et informés, même dans des circonstances exceptionnelles. Elle se souvient notamment du travail acharné qu'ils ont fourni pour accompagner dignement le corbillard de Georges Pompidou, sans l'aide d'Internet et dans le respect d'une règle éthique interdisant de préparer des "nécros".
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Malgré son image parfois austère, Léon Zitrone est décrit comme un homme attachant et généreux par ceux qui le connaissent bien. Jacques, le mari de Marie, raconte que Zitrone lui a fait passer un "examen" rigoureux avant de l'accepter comme prétendant de sa fille, et qu'il s'est même proposé de faire de la publicité pour son cabinet dentaire.
Divertissements et Dadas
Outre ses commentaires d'événements historiques et sportifs, Léon Zitrone anime ou co-anime des émissions de divertissement. Il présente Intervilles avec Guy Lux, Interneige et Jeux sans frontières, mettant en valeur son humour et sa capacité à divertir le public.
Passionné de chevaux, il fait du commentaire hippique son dada, une passion qu'il conservera toute sa vie. Il anime également l'émission "Appelez, on est là" sur RTL et devient un sociétaire régulier des Grosses Têtes, où il peut donner libre cours à son humour ravageur.
Héritage et Hommages
Léon Zitrone laisse derrière lui un héritage important dans le monde des médias français. Son professionnalisme, sa culture et sa capacité à commenter en direct ont marqué des générations de téléspectateurs.
De nombreux hommages lui sont rendus après sa mort. Philippe Bouvard le compare à la Tour Eiffel, affirmant qu'il est "à l'audiovisuel ce que la tour Eiffel est à Paris : un monument".
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En cette fin novembre 1995, une foule d'anonymes se presse au cimetière des Batignolles pour rendre un dernier hommage au "roi Léon". Trente ans plus tard, sa mémoire reste vive dans le cœur des Français.
Une Vie Privée Discrète
Léon Zitrone se marie le 28 mai 1949 avec Jacqueline Connan, avec qui il a trois enfants : Marie-Laurence, Béatrice et Philippe. Il reste discret sur sa vie privée, préférant se concentrer sur sa carrière et son travail.
Sa fille Marie-Laurence et ses proches témoignent de son attachement à sa famille et de son rôle de père aimant et protecteur.
Controverses et Critiques
Malgré sa popularité, Léon Zitrone n'échappe pas aux critiques. Certains lui reprochent son manque d'indépendance vis-à-vis du pouvoir politique et ses "compromis excessifs". Son collègue Claude Darget ironise en disant qu'il "parle couramment trois langues : le français, le russe et le serve".
D'autres le décrivent comme pingre et ayant un mauvais caractère. Cependant, ces critiques sont nuancées par les témoignages de ceux qui l'ont connu de près, qui soulignent sa générosité et son attachement à ses proches.