De la désignation d’Abû Bakr comme premier calife en 632, suite à la mort de Muhammad, jusqu’à la suppression de cette institution par Mustafa Kemal en 1924, le califat a constitué l’une des principales instances du pouvoir en Islam. Incarnée par de grands souverains, dont Haroun al-Rashid, le calife abbasside des Mille et Une Nuits, elle a aussi connu des périodes où elle était privée de toute prérogative, réduite à un rôle de légitimation. À l’origine de la division entre sunnites et chiites, l’instance du califat a été théorisée par des penseurs du politique qui parlaient plus volontiers d’imamat. Liée à l’unité et à la splendeur de l’Islam, cette instance demeure lourde d’une forte charge symbolique, comme l’a manifesté la proclamation d’al-Baghdadi en 2014.
Aux origines du califat
Après son émigration (ou Hégire) et son installation à Yathrib (renommée Médine) en 622, Muhammad devint un législateur, un dirigeant politique et un chef de guerre, se présentant comme le porte-parole de Dieu en tout domaine. La communauté était donc dirigée directement par Dieu, par l’intermédiaire de son prophète, ce qui peut être considéré comme une théocratie médinoise. La mission prophétique de Muhammad s’acheva avec sa mort en 632, laissant la question de sa succession en tant que chef politique en suspens. Qui devait diriger la communauté des croyants (Umma) et légiférer au nom d’une autorité émanant de Dieu ? Muhammad ne laissait pas de descendant mâle et n’avait pas désigné de successeur, créant ainsi un problème de légitimité successorale et des tensions entre ses premiers compagnons et les Médinois qui s’étaient ralliés à lui. Finalement, Abû Bakr, l’un des premiers compagnons du Prophète, s’imposa et reçut le serment d’allégeance (bay‘a). Il devint le premier calife de l’Islam (632-634) et prit le titre de khalîfat rasûl Allâh (successeur de l’envoyé de Dieu). Après lui, Umar (634-644) et Uthman (644-656) furent choisis comme chefs de la communauté. Ils dirigèrent les conquêtes et posèrent les fondements de l’organisation militaire et financière du nouvel État islamique.
La division entre sunnites et chiites
L’assassinat de Uthman en 656 et la désignation de Alî, cousin et gendre de Muhammad, entraînèrent une guerre fratricide (fitna). Deux clans de Qurayshites s’opposèrent : les Hashimites, soutenant Alî, et le clan des Omeyyades, refusant de reconnaître le nouveau calife. Le conflit se termina en 661 avec l’assassinat de Alî et la victoire de Mu‘âwiya, proclamé calife par ses partisans. Mu‘âwiya institua la pratique dynastique en désignant son fils pour lui succéder, fondant ainsi la dynastie des Omeyyades. Ces événements furent à l’origine de la division entre sunnites et chiites. Les sunnites reconnaissent les dynasties califales des Omeyyades et des Abbassides, mais estiment que seuls les quatre premiers califes, dits « râshidûn » (Bien dirigés), ont suivi la voie du Prophète. Les chiites, quant à eux, estiment que la direction de la communauté doit revenir aux seuls descendants de Alî et de Fâtima, désignés comme imams.
Le titre de calife
L’origine du titre de calife demeure obscure. Le mot arabe khalîfa signifie remplaçant, successeur, lieutenant, vicaire. Dans un verset coranique, il se rapporte au pouvoir. Les plus anciens documents montrent que les premiers califes portaient le titre d’amîr al-mu’minîn (émir des croyants). Le titre de khalîfat rasûl Allâh qu’aurait pris Abû Bakr n’est mentionné que dans la Tradition musulmane, et celui de khalîfat Allâh n’apparaît qu’ultérieurement. C’est à Abd al-Malik que l’on doit la construction du Dôme du Rocher à Jérusalem, un nouveau monnayage islamique, l’adoption de l’arabe comme langue de l’administration, le renforcement de la fiscalité, l’affirmation du dogme de l’islam et la fixation du texte coranique. Il est considéré comme le véritable fondateur de l’empire islamique, comme le premier « calife » de l’Islam, au sens de souverain disposant d’un pouvoir absolu conféré par Dieu. Les savants en sciences religieuses ont estimé que la seule formulation acceptable était celle de khalîfat rasûl Allâh et que la formulation khalîfat Allâh n’était pas recevable.
Les califes abbassides, des souverains absolus
Porté par un vaste mouvement insurrectionnel hostile aux Omeyyades, al-Saffâh, descendant d’al-‘Abbâs, fut proclamé calife à Kûfa en 749. L’année suivante, ses troupes l’emportèrent sur celles des Omeyyades. Dans le discours prononcé lors de son investiture, ce transfert de souveraineté est justifié en ces termes : « Allâh a fait apparaître parmi vous un calife (khalîfa) des Hâshim [clan de Muhammad] par lequel Il a donné de l’éclat à vos visages, vous a fait succéder aux gens de Syrie [les Omeyyades], vous a transféré la souveraineté et la grandeur de l’Islam, vous a fait don d’un guide (imâm) auquel Il a octroyé la justice et le sens du bon gouvernement. » C’est donc au nom de leur appartenance à la famille du Prophète que les descendants d’al-‘Abbâs se sont emparés du pouvoir califal. Aucune règle ne présidait à la succession califale. Dans la pratique, le calife régnant désignait son héritier. Celui-ci était reconnu par les notables de la cour lors de la prestation du serment d’allégeance (bay‘a) qui constituait en droit la base de la souveraineté. Les califes disposaient d’un pouvoir absolu et jouissaient de très larges prérogatives. Al-Mâwardî énumère les missions que le calife doit assumer personnellement : maintenir la religion, faire régner la justice, protéger les pays d’Islam, appliquer les peines légales, approvisionner les places frontières, combattre ceux qui refusent d’embrasser l’islam, prélever le butin et les dîmes aumônières, déterminer les salaires et les charges du Trésor, rechercher des hommes de confiance et s’occuper de la surveillance des affaires. Seuls le respect des préceptes divins, les convictions morales, les rapports de force et le réalisme politique viennent tempérer les décisions prises par un souverain omnipotent.
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Un pouvoir conféré par Dieu
Le calife tirait sa légitimité de l’islam, mais il était contraint de se soumettre aux préceptes divins, de conduire les hommes dans la bonne direction et de pratiquer la justice. Un souverain investi par Dieu a des devoirs envers Dieu et envers ses sujets. Le calife, « le lieutenant de Dieu », paraissait en public portant les insignes du Prophète afin de manifester qu’il en était « le successeur ». Le surnom de règne que choisissait le nouveau calife exprimait la proximité qu’il entretenait avec Dieu. Tout un cérémonial, influencé par la tradition des cours orientales, visait à exalter la magnificence du calife.
Un pouvoir soumis à la loi de Dieu
Au début de l’époque abbasside, Ibn al-Muqaffa‘ suggéra au calife al-Mansûr de procéder à une codification des lois afin de créer un code juridico-religieux unique. Mais sa proposition resta sans lendemain, en raison de la montée en puissance des oulémas. Tout au long des 8e et 9e siècles, ces savants en sciences juridico-religieuses s’imposèrent comme la seule autorité religieuse, au nom de leur capacité à interpréter le Coran et à transmettre la Tradition prophétique. Ce sont eux qui élaborèrent le fiqh (le droit musulman) qui donne à la sharî‘a (la loi divine) un contenu précis. Les califes ont dû renoncer à être les guides directement inspirés par Dieu et furent contraints de se référer à une loi divine définie par un corps indépendant. Il n’en va pas de même pour les chiites pour qui la mission prophétique de Muhammad se prolonge dans l’imamat.
L'abolition et les résurgences contemporaines
Le 3 mars 1924, la grande Assemblée nationale de Turquie abolissait le califat. Malgré sa volonté de fonder un État laïque, Mustafa Kemal fit preuve de prudence, tant le titre de calife avait retrouvé du prestige. En 1876, la première Constitution ottomane avait donné un fondement légal à la prétention du sultan-calife Abdülhamid II à s'ériger en protecteur universel de la religion musulmane. Sa politique panislamique redonna vie au califat bien au-delà des frontières du sultanat ottoman.
En juin 2014, Abou Bakr al-Baghdadi proclame le califat à Mossoul. Al-Baghdadi promet aux fidèles la domination universelle s’ils pratiquent le djihad et respectent la charia. Désormais, tous les émirats et États musulmans sont illicites, car l’ensemble des musulmans doit lui prêter serment d’allégeance. Il se présente comme le commandeur des croyants de ce nouveau califat.
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