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Le Berceau du Secret: Une Analyse Profonde

Introduction

Le confinement, une situation exceptionnelle imposée par des circonstances imprévues, nous confronte à nos besoins fondamentaux. Cet article explore, à la lumière de l’Analyse Transactionnelle (A.T.), comment le confinement affecte notre besoin de structure, de stimulations, de signes de reconnaissance et de position, en particulier dans l’espace confiné de notre foyer.

Le Besoin de Structure: Espace, Temps et Groupe

Le besoin de structure est fondamental et se manifeste à travers trois éléments clés : l'espace, le temps et le groupe.

La Construction de l'Espace Personnel

La construction de l'espace personnel commence dès la naissance avec le berceau, puis se développe avec la poussette, la chambre d'adolescent, le logement des jeunes adultes, et enfin, l'appartement ou la maison familiale. Traditionnellement, les garçons ont plus de liberté d'explorer l'extérieur, tandis que les filles sont plus souvent maintenues à la maison, une distinction influencée par les préceptes culturels. En tant qu'adultes, nous distinguons généralement l'espace public de l'espace privé, ce dernier étant perçu comme un sanctuaire à protéger des intrusions extérieures. Nos comportements varient en fonction de l'espace dans lequel nous nous trouvons : plus libres et détendus chez nous, plus contraints et policés à l'extérieur.

L'Impact du Confinement sur l'Espace

Le confinement perturbe profondément cette distinction. Il supprime l'espace public, forçant toutes les activités à se dérouler dans l'espace privé. Même des activités simples comme jouer au ballon avec les enfants doivent désormais se faire à l'intérieur. L'extérieur devient une source de menace, comparable à la forêt des contes, un lieu de vie et d'activités, mais aussi de dangers redoutables. Avec le virus, c'est comme à la guerre : l'ennemi est dehors et peut entrer.

La Restructuration de l'Espace Privé

Avant le confinement, les activités professionnelles avaient déjà fait intrusion dans le foyer avec l'ordinateur et le télétravail. Désormais, c'est tout l'espace privé qui est envahi par des activités qui se déroulaient auparavant à l'extérieur. Ce repli obligatoire exige une restructuration de l'espace pour des activités non prévues à cet effet. Il faut gérer la peur, une peur justifiée mais aussi alimentée par l'information médiatique, ainsi que la colère et l'ennui. Certains sont mieux préparés à cette situation, ayant l'habitude de vivre seuls et de s'occuper facilement. Cependant, le confinement, en tant que contrainte, réveille des émotions fortes comme l'angoisse et la colère, perturbant la fonction d'apaisement habituellement assurée par le foyer.

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L'Analyse Transactionnelle nous enseigne l'importance de structurer l'espace et la diversité des manières de le faire, afin de laisser à chacun une place suffisamment importante. Il est essentiel de créer des espaces dédiés à certaines activités et à certains moments.

La Gestion du Temps et du Groupe en Confinement

Les six manières de structurer son temps (retrait, rituels, passe-temps, activité, intimité, jeux psychologiques) prennent une place particulière au sein du groupe confiné. Leur utilité varie en fonction de la taille du groupe. Pour une personne seule, le retrait est imposé et donc mal vécu. Dans un couple, des moments d'isolement sont essentiels pour éviter une présence constante sous le regard de l'autre. Cette nécessité est encore plus forte dans les groupes de trois personnes ou plus.

Les rituels sont essentiels car ils nous relient au passé et à l'avenir. Conserver ses rites et manies, comme la routine matinale ou les salutations, est bénéfique. En revanche, les règles de distanciation sociale, comme ne plus se faire la bise, sont difficiles à suivre et à vivre.

Le passe-temps, une forme de conversation automatique et reposante, est également utile. Il permet d'alterner les conversations sérieuses avec du bavardage léger.

Avec le télétravail et l'école à la maison, l'activité occupe une place importante, peut-être trop. L'activité professionnelle exige un espace de travail contractualisé. L'activité pédagogique peut être une source de conflits, car les parents découvrent la complexité de l'enseignement. Enfin, l'entretien de la maison devient plus nécessaire que jamais.

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Les Besoins de Stimulations, de Signes de Reconnaissance et de Position

Le confinement met à rude épreuve nos besoins de stimulations, de signes de reconnaissance et de position.

La Limitation des Contacts Physiques et des Stimulations Sensorielles

L'épidémie et le confinement limitent les contacts physiques, alors que nous en avons grandement besoin. Les stimulations sensorielles sont réduites, car tout contact physique est proscrit pour éviter la transmission du virus. On ne peut plus s'embrasser ni se serrer la main, et la zone de proximité doit être d'au moins un mètre cinquante.

Il nous reste la vue, les sons, l'odorat, le goût (bien que ces sens puissent être altérés par la maladie) et le toucher des objets : peluches, fourrures, vêtements doux, couvertures. La présence de nos animaux de compagnie est une exception importante, car nous pouvons les caresser et recevoir leur affection.

Les stimulations intellectuelles, comme la lecture, la radio, les discussions avec les proches ou sur les réseaux sociaux, et les jeux de société, deviennent essentielles. Les personnes isolées ont des ressources limitées en raison de la rareté des contacts humains, ce qui souligne l'importance de la solidarité envers elles.

La Gestion des Signes de Reconnaissance

Le risque est de contingenter les signes de reconnaissance, comme s'ils devaient manquer. Or, leur source est infinie. Claude Steiner, dans "Le conte chaud et doux des chaudoudoux", nous encourage à utiliser intensivement les chaudoudoux (conditionnels ou inconditionnels) et à nous détourner des froidpiquants. Pour en recevoir, il faut en donner, en demander et remercier pour ceux que l'on reçoit. Il est important de réapprendre ce que nous pratiquions dans notre enfance.

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Les signes de reconnaissance inconditionnels ne doivent plus passer par les caresses physiques, du moins temporairement. Ils passent par les mots, comme ceux qui visent le comportement et que l'on nomme conditionnels. Profitons-en pour enrichir notre lexique de signes de reconnaissance et organisons des concours comme on le fait pour les blagues !

Malheureusement, le confinement peut exacerber les maltraitances envers les plus faibles, les colères et les coups. Il est crucial de protéger les personnes fragilisées.

L'Importance de la Solidarité et de la Régulation

Il est facile d'accuser les professionnels du bien-être de promouvoir un discours naïf. Cependant, les analystes transactionnels savent que le mal existe, que la rage, la peur et le désespoir sont présents et font partie de notre humanité. Il est donc essentiel de s'entraîner à appliquer la régulation de groupe et la négociation pour rester positif. Les jeux ludiques, la lecture et le visionnage de films sont également des ressources importantes.

Le monde extérieur, bien que provisoirement moins accessible, continue de nous apporter des contacts grâce au téléphone, aux télé-réunions et aux échanges en ligne. Privés de contacts physiques, nous sommes réduits à nos seules ressources intérieures. Les personnes isolées ayant un cercle amical solide résisteront mieux, car elles ont l'habitude de rechercher les signes de reconnaissance dont elles ont besoin. Les familles peuvent profiter de cette occasion pour s'y entraîner.

Des applications comme TOOBEE peuvent être utilisées pour choisir chaque jour des affirmations positives pour soutenir le moral. Des exemples incluent : "J'apprends de chaque expérience", "J'accueille avec gratitude les cadeaux de la vie" et "Je prends soin de moi".

La Structure du Groupe et les Besoins de Chacun

La structure du groupe est importante. Une personne seule n'est pas un groupe, et un couple non plus, même si une certaine hiérarchie peut exister selon les cultures. Les femmes sont généralement plus à l'aise dans l'espace de leur foyer, tandis que les hommes le sont moins, car ils sont plus habitués au monde extérieur. Le confinement peut être une occasion pour eux de vivre ce que vivent de nombreuses femmes et de découvrir le confort d'un appartement propre et bien rangé.

Dans une famille plus grande, il y a les adultes et les enfants, qu'ils soient petits ou adolescents, chacun ayant des besoins différents. Il est essentiel que chacun puisse trouver sa place et que ses besoins soient respectés. Tous les états du moi seront mobilisés.

Le Secret et ses Implications

Le Film "Secret Behind The Door"

Le film "Secret Behind The Door" de Fritz Lang, adaptation libre du conte de Barbe bleue ou de Jane Eyre, explore les thèmes de la psychanalyse et de l'inconscient. Il met en scène Celia, une jeune femme qui épouse Mark Lamphere, un architecte aux comportements étranges. Elle découvre que Mark a reconstitué dans sa demeure des chambres où des meurtres célèbres ont été commis. Ce film, bien que classé comme un mélodrame gothique de femme, aborde des thèmes troublants comme l'innocence d'une épouse confrontée aux lubies d'un mari déséquilibré.

L'analyse de la production du film révèle la maîtrise du cinéaste, malgré les contraintes du système hollywoodien.

Le Secret et les Violences Sexuelles sur les Enfants

Le phénomène des violences sexuelles faites aux enfants est massif. Selon Patric Jean, 27% des personnes interrogées connaissent au moins une victime dans leur entourage, et 6% des personnes (10% de femmes) déclarent avoir été victimes d'inceste. En France, l'Association Protéger l'enfant estime à 165 000 le nombre d'enfants victimes d'inceste par an.

L'inceste n'a été intégré au code pénal qu'en 2016, et ce n'est qu'en avril 2021 que la présomption de non-consentement pour les violences sexuelles sur les mineurs de moins de 15 ans a été consacrée dans la loi. Ce hiatus entre théorie et pratique s'explique par des raisons historiques, psychologiques et institutionnelles.

Psychiquement, ces violences sont insoutenables et inimaginables. Le tabou du viol intrafamilial instaure le silence, empêchant de nommer le crime et autorisant les agresseurs à continuer leurs actes en toute tranquillité. La société, en tant que groupe, ne peut pas reconnaître ce crime et décide de ne pas le traiter.

La Loyauté Familiale et le Maintien du Secret

Le silence instaure une loyauté tacite de l'enfant envers ses parents et les adultes qui l'entourent, permettant de maintenir la notion de famille. C'est la même logique à l'œuvre en matière de violence conjugale. La réalité de ces violences est un héritage séculaire de violences dites ordinaires, résultant de l'intériorisation de la justification de la violence dès l'enfance.

Alice Miller décrit comment les parents, sous couvert d'éducation, perpétuent des abus dans le silence et l'isolement de la famille, sans que l'enfant puisse avoir un témoin secourable.

La prise de conscience collective sur ces violences a progressé grâce à la paix instaurée en Europe depuis 70 ans. Cependant, il faut remettre en question un héritage séculaire. Carl Rogers et Marshall Rosenberg ont mis en avant un autre type de relation basée sur l'empathie, permettant à chacun de se réapproprier sa capacité à ressentir des émotions.

Il ne s'agit pas de faire disparaître la violence, mais d'avoir conscience de ses actes pour en prendre la responsabilité, les nommer et les changer. Il faut remplacer les croyances basées sur la peur, l'obligation, le devoir, la punition, la récompense et la culpabilité par des croyances en l'entraide et la coopération.

Des études ont montré une corrélation entre la détresse et les mauvais traitements subis dans l'enfance et la violence dont un individu peut se rendre coupable par la suite.

L'Impunité et le Rôle du Secret

Psychiquement, ces violences sont impensables et refoulées. Il faut du courage et de la stabilité pour dénoncer cette réalité. La mémoire traumatique empêche souvent les victimes de se souvenir.

Moins de 1% des violeurs mis en cause sont condamnés. L'impunité des agresseurs peut apparaître comme désespérément organisée. La spécificité du viol intrafamilial est qu'il n'était plus l'objet d'une interdiction légale en tant que telle depuis 1791.

Jusqu'en 2018, il était considéré comme un viol comme les autres, alors qu'il s'agit d'une réalité constituée par un rapport de force ou de domination. La relation d'asymétrie et d'engagement à la protection que suppose la famille empêche de penser que cela est possible.

D. Dussy parle de "viol d'opportunité", et Patric Jean conclut qu'il s'agit d'un phénomène doublement caractérisé comme "phénomène de masse et invisibilisé". Il est également systémique.

Nos institutions semblent organisées pour couvrir ces crimes. Il suffit de regarder à qui cela profite et le nombre de personnes qui en bénéficient. Les enfants ne sont pas protégés, ils ne sont pas entendus, ou entendus puis muselés.

Les adultes protecteurs sont également touchés. Les mères qui dénoncent finissent par être accusées. Pour près d'une victime d'inceste sur trois, l'agresseur est le père. Beaucoup de ces mères sont accusées de syndrome d'aliénation parentale de manière abusive.

Le ministère de la Justice s'est engagé à proscrire ce concept. Quant aux médecins ayant signalé des violences sur enfants, ils font l'objet de sanctions disciplinaires. Récemment, une pédopsychiatre a été condamnée pour "immixtion dans les affaires de famille" après avoir signalé des cas de violences sur mineurs.

L'Institutionnalisation du Secret

L'impunité est organisée de manière systémique et structurelle au sein des six institutions fondatrices de notre République : la police, la justice, la fonction publique, l'armée, la médecine, l'Église et la famille. Une méthode puissante est utilisée : le secret.

Pour la victime, le secret maintient la confusion mentale, détruit les repères internes, instaure la peur et l'incompréhension. Cela permet de rester sans force, isolé et muet. Se taire n'est pas une option, c'est une fatalité. La mémoire traumatique renforce le maintien du silence. Pire, lorsque l'enfant ou l'adulte protecteur tentent de sortir du secret, ils sont immédiatement réduits au silence.

Pour l'agresseur, le secret permet de garder le contrôle, d'entretenir son sentiment de toute puissance par l'impunité, et de jouir illimitément en défiant la société. La conservation du pouvoir de dominer devient la garantie de son impunité. Le secret est donc la condition pour que l'inceste continue.

Le secret est organisé pour être pratiqué au quotidien au sein de nos institutions. Sous couvert de protection, il permet surtout la perpétuation de la violence. Le secret, imposant le silence, assure la protection "préventive" des agresseurs au lieu d'une "présomption de culpabilité" qui pourrait être aménagée pour des crimes commis sur des enfants.

Il faut changer notre système de valeurs en mettant l'enfant au centre. Un enfant n'a pas les mêmes moyens qu'un adulte pour assurer sa propre protection, à commencer par la parole. Au lieu de la "présomption d'innocence", nous pourrions penser notre justice autour de la "présomption d'innocence de l'enfant" en consacrant légalement "la présomption de protection pour l'enfant".

La culture de la protection des violeurs est en vigueur de fait. Il s'agit d'un choix de société que de créer…

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