Le bouddhisme vietnamien, bien que très répandu en France aujourd'hui, reste méconnu. Cet article explore l'histoire du bouddhisme au Vietnam, son évolution à travers les siècles et son influence sur la culture et la société vietnamiennes.
Introduction
Le bouddhisme a joué un rôle important dans l'histoire du Vietnam, influençant sa culture, sa politique et sa société. Introduit au début de l'ère chrétienne, il a connu des périodes d'essor et de déclin, mais a toujours conservé une place importante dans le cœur des Vietnamiens. Cet article se propose d'examiner l'histoire complexe et fascinante du bouddhisme au Vietnam, en mettant en lumière ses différentes écoles, ses figures marquantes et son impact sur la vie quotidienne des Vietnamiens.
Les Origines du Bouddhisme au Vietnam
L'introduction du bouddhisme au Vietnam reste imprécise quant à sa date exacte. Selon l’érudit vietnamien Phan Lạc Tuyên, des bonzes indiens seraient venus au Vietnam au début de l’ère chrétienne. Cette hypothèse se base sur l’histoire de Chử Đồng Tử, initié au bouddhisme lors de sa rencontre avec un bonze indien. Le Vietnam, alors province chinoise de Jiaozhi (Giao Châu) sous la gouvernance de Shi Xie (Sĩ Nhiếp), vit l'émergence du centre bouddhique de Luy Lâu. Ce dernier devint si prestigieux qu’il attira de nombreux bonzes indiens et étrangers célèbres, tels que Ksudra (Khâu Đà Là), Mahajivaca (Ma Ha Kỳ Vực), Kang-Sen-Houci (Khương Tăng Hội) et Dan Tian (Đàm Thiên).
Le Vietnam, bien que protectorat chinois de -111 à 931, servait de relais entre la Chine et l’Inde. L’implantation précoce du bouddhisme s’explique par sa proximité avec les pays utilisant le sanskrit pour les textes bouddhiques, comme le Founan (Phù Nam) et le Champa, ainsi que par son rôle de point de passage pour les commerçants indiens. Ces derniers avaient besoin de se reposer, de s'approvisionner et d'échanger des marchandises (soie, aromates, bois d’aigle, cannelle, poivre, ivoire, etc.). L'Inde entretenait alors des relations commerciales directes avec le Moyen-Orient et indirectes avec les pays de la Méditerranée, comme l’empire romain.
Le bouddhisme mahayana connut son épanouissement en Inde, incitant les moines indiens à accompagner les navigateurs le long des côtes de la Malaisie, du Founan et du Vietnam pour propager la foi. Le bouddhisme vietnamien, majoritairement mahayaniste, privilégie le salut collectif par rapport au salut individuel, contrairement au bouddhisme theravada qui met l’accent sur les efforts individuels pour atteindre l’éveil et devenir un boddhisattva.
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Au début, le bouddhisme ne rencontra aucune résistance de la part des Vietnamiens, qui acceptèrent facilement leur paganisme traditionnel. Les activités religieuses étaient simples et modestes, comprenant la vénération du Bouddha, les offrandes et les dons de miséricorde. Bouddha était assimilé à QuánThế Âm (Avalokitesvara) et Nhiên Ðăng (Dipankara), protecteurs des navigateurs. Les premières légendes bouddhistes vietnamiennes, Thích Quang Phật et Man Nương Phật Mẫu, apparurent à cette époque avec l’arrivée du moine Ksudra, alias Kalacarya (le Maître Noir). Man Nương devint, après sa mort, l’objet de culte sous le nom de « Bouddha Mère ou Phật Mẫu » des Vietnamiens, témoignant de la facilité d’intégrer les croyances populaires au bouddhisme. Selon le chercheur Hà Văn Tấn, cette influence indienne dura jusqu’au Vème siècle. Le gouverneur chinois Sĩ Nhiếp (177-266) était souvent accompagné en ville par des religieux venant de l’Inde ou de l’Asie Centrale. Le nombre de moines étrangers était tel que Giao Châu devint un centre de traduction des sutras, dont le fameux sutra Saddharmasamadhi (Pháp Hoa Tam Muội), traduit par le moine Chi Cương Lương Tiếp (Kalasivi) au IIIème siècle.
Entre 542 et 547, le roi Lý Nam Đế (Lý Bí) libéra le Vietnam de la domination chinoise et ordonna la construction de la pagode Khai Quốc (Fondation de la Nation), aujourd’hui la célèbre pagode Trấn Quốc à Hànội. Le moine zen Thích Nhất Hạnh souligne que l'on a cru à tort que le moine indien Vinitaruci introduisit le bouddhisme dhyana vietnamien (Thiền) à la fin du VIème siècle. En 580, Vinitaruci résida dans le monastère Pháp Vân, appartenant à l’école dhyana, où le moine dhyana Quán Duyên enseignait déjà. D’autres moines vietnamiens partirent en Chine pour enseigner le dhyana avant l’arrivée de Bodhidharma, reconnu comme le patriarche de l’école dhyana chinoise et du Kungfu.
L'Âge d'Or du Bouddhisme sous les Dynasties Lý et Trần
Le bouddhisme connut son essor et son âge d’or après que le Vietnam eut retrouvé son indépendance avec le général Ngô Quyền. Il a connu son apogée au Vietnam du 12ème au 14ème siècle, sous les dynasties des Ly et des Tran qui l’ont porté au rang de religion nationale. Bouddhisme et politique s’immisçait alors, plusieurs bonzes participant à la vie politique et plusieurs monarques étant bonzes.
Du XIe au XVe siècle, le bouddhisme vietnamien connut un âge d'or sous la dynastie des Lý (1009-1225), à commencer par son fondateur Lý Thái Tổ, élevé dans une pagode. À la fin du XIe siècle, le bouddhisme était profondément ancré dans la culture vietnamienne et n’était plus considéré comme une religion importée. La dynastie Trần (1225-1400) continua de soutenir le bouddhisme, avec le roi Trần Nhân Tông abdiquant pour devenir moine et fondant l'école bouddhiste Trúc Lâm Yên Tử.
Le Déclin du Bouddhisme et l'Ascension du Confucianisme
À partir du 15ème siècle, le bouddhisme céda sa place au confucianisme au niveau de la superstructure sociale. Le bouddhisme a perdu de son influence pendant la Dynastie Le, qui a régné de 1428 à 1788, face au confucianisme. Dès lors, le bouddhisme est écarté du pouvoir.
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Le confucianisme, fondé par Confucius (551-479 av. JC), est une philosophie morale qui se préoccupe de remédier aux désordres sociaux causés par la cupidité et le désir de réussite sociale. Le souverain, au sommet de toutes les hiérarchies, est considéré comme le fils du Ciel et le père de tous ses sujets, devant les aimer, les protéger et les éduquer.
Le Bouddhisme à l'Époque Coloniale et la Renaissance Bouddhique
La dynastie Nguyen est arrivée au pouvoir en 1802 avec l'aide de la France. Les Français, y compris les missionnaires catholiques français, ont lutté pour gagner de l'influence au Vietnam. Le Vietnam est devenu une partie de l'Indochine française en 1887. L'invasion du Vietnam par le Japon en 1940 a mis fin à la domination française.
Au cours des XIXe et XXe siècles, le bouddhisme vietnamien a connu un profond mouvement de rénovation de la doctrine et de la pratique religieuses. Ce mouvement, qualifié de modernisme, réformisme, protestantisation, vernacularisation, fondamentalisme ou revivalisme, visait à redonner au bouddhisme ancien une fonction sociale et une inscription effective dans la culture et l’histoire nationales. L’intérêt pour le zen s’est généralisé à partir des années 1960, accompagné d’un engouement similaire dans tous les pays bouddhistes, y compris au Viêt Nam.
La colonisation française a provoqué un bouleversement culturel et des débats religieux, voyant s’affronter l’idéal de l’évangélisation et les valeurs émancipatrices de la IIIe République. Malgré cela, le XIXe siècle a été témoin d'un renouveau du bouddhisme mahayana, perceptible dans la rénovation de temples, une réflexion sur les textes et la traduction en langue vernaculaire des sutras, permettant une meilleure compréhension de la doctrine et des rituels. Des formes de bouddhisme messianique et apocalyptique ont également vu le jour dans le delta du Mékong, exprimant une tentative de retourner aux origines pour s’éloigner des pratiques de divination et autres croyances hétérodoxes. Le bouddhisme Hòa Hảo en est aujourd’hui une des émanations directes.
Le Bouddhisme au Vietnam Contemporain
La constitution de la République socialiste du Vietnam confie au Parti communiste du Vietnam la responsabilité de tous les aspects du gouvernement et de la société vietnamiens, y compris le bouddhisme. Le traitement des moines et des nonnes bouddhistes au Vietnam demeure une préoccupation majeure pour les organisations de défense des droits humains dans le monde entier.
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Aujourd'hui, on estime que plus de 60% des Vietnamiens pratiquent une certaine forme de bouddhisme, et que ses deux principales écoles, Mahayana et Theravada, sont représentées. Le bouddhisme vietnamien est similaire au bouddhisme chinois et comporte des éléments tels que le zen japonais, le chan chinois, le bouddhisme tibétain et le bouddhisme Amitabha («Terre pure»).
Le bouddhisme a une grande influence sur la pensée et le comportement du peuple vietnamien. Il influe sur de nombreuses lois et participe à des efforts de réformes sociales importantes. Également très présent dans l’art et la culture vietnamienne, on retrouve le bouddhisme dans de nombreux domaines tels que l’architecture (pagodes), la poésie, la littérature et la peinture. Au quotidien, les croyances des Vietnamiens façonnent leur mode de vie, prônant des valeurs de non-violence, de compassion, de tolérance et de respect de l’autre.
Parmi les figures marquantes du bouddhisme vietnamien contemporain, on peut citer Thích Nhất Hạnh, un moine zen, enseignant, écrivain et militant pour la paix, qui a popularisé la pratique de la pleine conscience en Occident. Son Ordre de l'Inter-Être, créé en 1966, promeut un engagement social et politique basé sur les principes bouddhistes.
Les Écoles du Bouddhisme au Vietnam
Au Vietnam, il existe trois types de bouddhisme : Zen (Thiền), Mahayana et Theravada (Hīnayāna). Le bouddhisme vietnamien est un mélange d'influences Theravāda, Terre Pure, Thiên et même tantrique.
- Bouddhisme Mahayana : C'est la forme la plus répandue au Vietnam. Les bouddhistes Mahayana travaillent pour l'illumination et le salut de tous les êtres vivants. Les innombrables Bouddhas et Bodhisattvas ont donné naissance à une pléthore de divinités dont l'aide peut être recherchée par des invocations et des offrandes dans les pagodes.
- Bouddhisme Theravada : Considéré par certains comme une forme plus pure du bouddhisme, il n'existe que dans de petites poches du Delta du Mékong, en particulier parmi la minorité ethnique khmère. Les bouddhistes Theravada croient en une quête personnelle de l'illumination et prétendent adhérer aux enseignements originaux de Siddhārtha Gautama.
- Zen (Thiền) : Le bouddhisme vietnamien s'affirme souvent de tradition Thiên, qui a toujours joui d'un grand prestige, mais reste néanmoins profondément imprégné des pratiques de dévotion de l'école de la Terre Pure et du culte des ancêtres.
Le Bouddhisme Vietnamien en France
Le bouddhisme vietnamien est la forme de bouddhisme la plus répandue en France aujourd'hui. La forme traditionnelle est présente à travers une trentaine de pagodes, dont la plus ancienne est la « pagode de Fréjus », construite en 1917 en l'honneur des « soldats annamites morts pour la France ». Ces pagodes sont généralement regroupées au sein de fédérations, nationale (l'Eglise Bouddhique Unifiée du Viêt-Nam - EBUV) ou internationale (Linh Son International).
Thich Nhat Hanh, installé en France depuis le début des années soixante-dix, a popularisé sa pensée en France grâce à ses nombreux ouvrages. Résidant en Dordogne, au « Village des Pruniers », sa communauté rassemble une centaine de religieux et dispose de plusieurs « antennes » en Europe occidentale.
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