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Laure Coulombel et la Procréation Médicalement Assistée (PMA) : Éthique, Recherche et Société

Introduction

Laure Coulombel, chercheur titulaire à l'Inserm, est une figure importante dans les débats bioéthiques contemporains, notamment en ce qui concerne la procréation médicalement assistée (PMA), la recherche sur l'embryon et les modifications génétiques. Ses interventions au sein du Comité Consultatif National d'Éthique (CCNE) et ses prises de position publiques éclairent les enjeux complexes liés aux avancées scientifiques et à leurs implications sociétales. Cet article explore les différentes facettes de la réflexion de Laure Coulombel sur ces questions cruciales.

Le CCNE et les États Généraux de la Bioéthique

Après la grande consultation des états généraux de la bioéthique, qui a duré un an, le Comité consultatif national d’éthique rendait son avis n° 129, une large réflexion mêlant droit, philosophie, éthique. La presse s’était déplacée en masse pour assister à la remise du nouvel avis du CCNE. Le champ couvert par l’avis n° 129 est vaste. Les membres du Comité se sont intéressés à la procréation médicalement assistée et la fin de vie, mais aussi à la recherche sur l’embryon, l’intelligence artificielle appliquée à la santé, l’usage des neurosciences.

La rédaction de l’avis montre que le Comité a pris en considération les effets pervers que pourraient engendrer de telles modifications. L’avis 129 arrive seulement un peu plus d’un an après l’avis 126, en date du 27 juin 2017, qui portait déjà sur l’assistance médicale à la procréation. La position du CCNE a évoluée. Certaines positions demeurent. Le Comité reste ainsi favorable à l’ouverture de l’assistance médicale à la procréation aux couples de femmes et aux femmes seules, et défavorable à la gestation pour autrui.

La Recherche sur l'Embryon : un Enjeu Crucial

Laure Coulombel a notamment souligné l'importance de la recherche sur l'embryon pour la connaissance du développement embryonnaire humain. Si le CCNE maintient son opposition à la création d’embryon pour la recherche, il se dit en revanche favorable à la recherche sur les embryons issus de fécondations in vitro et destinés à être détruits. Le Comité est également favorable à la possibilité de pouvoir procéder à des modifications génétiques sur ces embryons destinés à la recherche. Les scientifiques utilisent ces constructions pour étudier les tout premiers stades de développement des cellules humaines, dans des contextes où la production d’embryons pour la recherche est interdite. Ils s’accommodent en quelque sorte de l’interdiction.

Cette position nuancée reflète la complexité éthique de la question. D'un côté, la recherche sur l'embryon est encadrée pour éviter toute instrumentalisation de la vie humaine. De l'autre, elle est perçue comme un outil essentiel pour faire progresser la science et potentiellement traiter des maladies graves.

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La Génétique et l'Avenir de la Procréation

Sur la génomique, champ dans lequel la science avance à grands pas avec des techniques de séquençage de plus en plus efficace et de moins en moins onéreuses, le Comité suggère également d’ouvrir de nouvelles possibilités. Le Comité propose ainsi un diagnostic génétique préconceptionnel pris en charge par l’assurance maladie à toutes les personnes en âge de procréer. Le Comité se prononce par ailleurs pour l’élargissement du diagnostic néo-natal, afin de pouvoir prendre en charge le plus tôt possible les personnes souffrant de déficit immunitaire.

Chimères Homme-Animal : repousser les limites de la science ?

Laure Coulombel s'intéresse également aux recherches sur les chimères homme-animal, qui consistent à introduire des cellules-souches humaines dans des embryons animaux dans le but de créer des organes humains transplantables.

L’un des buts est effectivement de produire des organes chez un gros animal. Si par exemple on veut développer un pancréas, on modifie génétiquement l’embryon animal pour qu’il ne produise pas cet organe, et l’on espère que les cellules humaines rempliront cette fonction. L’un des premiers objectifs est surtout de tester les capacités des cellules-souches humaines, afin de vérifier la manière dont elles se développent in vivo, c’est-à-dire lors d’une gestation. Les chercheurs veulent prouver qu’elles sont pluripotentes, c’est-à-dire de vérifier qu’elles peuvent bien produire tous les types de cellules.

Ces recherches soulèvent d'importantes questions éthiques, notamment en ce qui concerne la frontière entre l'homme et l'animal. Laure Coulombel interroge : « Première question : si j’injecte des cellules humaines dans un animal, reste-t-il un animal ? Où est la frontière ? Y a-t-il un seuil à partir duquel ce n’est plus le cas ? »

Elle rappelle également les "lignes rouges" fixées par la communauté scientifique :

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  • Empêcher les cellules-souches humaines de fabriquer un organe qui modifierait l'apparence morphologique de l'animal.
  • Éviter que des neurones humains ne se développent dans le cerveau de l'animal et n'altèrent son fonctionnement.
  • Prévenir la création de gamètes humains (ovules et spermatozoïdes) chez l'animal.

La transgression de la frontière homme-animal revient à courir le risque de créer de nouvelles transmissions de maladies animales à l’homme.

PMA : un débat de société

Le rapport de synthèse de 198 pages des États généraux de la bioéthique, établi par le Conseil consultatif national d’éthique (CCNE), reflète l’état de l’opinion publique. Sans surprise, la question de l’extension de la procréation médicalement assistée (PMA) aux couples de femmes et aux femmes seules s’est avérée très clivante entre les « pro » et les « anti ». De la même façon, les avis restent très partagés sur une éventuelle évolution de la loi sur la fin de vie.

Sur la congélation des ovocytes, le CCNE a significativement changé d’avis. Ses membres se disent désormais favorables à l’idée de proposer une conservation ovocytaire à toutes les femmes qui le souhaitent, y voyant « un espace dans lequel la liberté des femmes pourrait s’exercer sans compromettre leur maternité future » Dans le champ de la procréation toujours, le CCNE fait d’autres propositions innovantes. Ses membres souhaitent ainsi que soit rendue possible la levée de l’anonymat des donneurs pour les enfants nés de dons de gamète - sans rien prévoir néanmoins pour les personnes déjà nées par don.

Neurosciences et la normatisation de l’être humain

Médecin neurologue à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière, Sophie Croizier intervenait sur les neurosciences, qui ont pour objet l’étude du fonctionnement du cerveau et des comportements. Elles sont en plein essor, grâce aux nouvelles possibilités d’explorer le cerveau, et posent des enjeux éthiques majeurs. Dévoyées, ces progrès techniques pourraient avoir pour conséquence de normer l’être humain. Les deux principaux risques seraient que l’on réduise l’individu à son fonctionnement cérébral, et de penser que celui-ci serait prédictif de son comportement. Le Comité est donc défavorable à l’imagerie cérébrale dans le champ judiciaire ou pour la sélection à l’embauche. Le deuxième risque ? « la neuro-amélioration ».

Fin de vie : un débat passionné

La question de la fin de vie fut, rapporta Sophie Croizier, une question « très débattue, donnant lieu à des échanges riches et passionnés ». Rappelant que les états généraux de la bioéthique ont fait état de « positions inconciliables », le CCNE renvoie le législateur à sa responsabilité. Il précise toutefois que la loi Claeys-Leonetti de février 2016 reste méconnue. Avant d’éventuelle modification législative, le CCNE préconise de commencer par faire connaître la loi existante, qui réserve aux patients la possibilité de rédiger des directives anticipées pour leur fin de vie ou celle de demander une sédation profonde et continue quand le pronostic vital est engagé. Il prévient par ailleurs qu’une évolution de la loi ne sera jamais suffisante pour affronter de telles questions et appelle à une réflexion, en veillant à éviter, d’un côté, « que la médecine moderne ne produise des situations de survie insensée » et de l’autre que « notre société ne conduise certaines personnes - les plus fragiles et vulnérables - à un sentiment d’indignité ».

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tags: #Laure #Coulombel #PMA

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