Le film Annie Colère, réalisé par Blandine Lenoir et sorti le 30 novembre 2022, met en lumière une période cruciale de l'histoire des droits des femmes en France : la lutte pour la légalisation de l'avortement dans les années 1970. À travers le portrait d'Annie, une ouvrière interprétée par Laure Calamy, le film nous plonge au cœur du Mouvement pour la Liberté de l’Avortement et de la Contraception (MLAC), une organisation clandestine qui a joué un rôle déterminant dans l'obtention de ce droit fondamental.
Le contexte historique : l'illégalité de l'IVG et l'émergence du MLAC
Dans la France des années 1970, l'avortement est illégal. Les femmes qui souhaitent interrompre une grossesse se retrouvent souvent confrontées à des avortements clandestins, pratiqués dans des conditions sanitaires déplorables et mettant leur vie en danger. Face à cette situation, des mouvements comme le MLAC (Mouvement pour la Liberté de l’Avortement et de la Contraception) émergent, prônant la liberté pour les femmes de disposer de leur corps et revendiquant le droit à l'avortement libre et gratuit. Le film revient sur la formation du MLAC, le Mouvement pour la Liberté de l’Avortement et de la Contraception en France dans les années 1970.
Annie Colère : le parcours d'une femme engagée
Annie Colère raconte l’histoire d’une ouvrière, mère de deux enfants (interprétée par Laure Calamy) qui tombe enceinte en 1974 (un an avant la loi Veil) et décide d’avorter clandestinement grâce au MLAC, le Mouvement pour la Liberté de l’Avortement et de la Contraception. Le spectateur suit le parcours d'Annie, une femme ordinaire qui, confrontée à une grossesse non désirée, découvre l'existence du MLAC et s'engage dans la lutte pour le droit à l'avortement. Au sein de ce mouvement, Annie trouve un espace de solidarité et de sororité, où les femmes se rencontrent, échangent et se soutiennent mutuellement. Elle découvre une autre vision de leur corps et de leur sexualité.
Laure Calamy : un rôle engagé pour une cause essentielle
Laure Calamy incarne le rôle principal dans Annie Colère. Pour Laure Calamy, l’avortement est un droit qu’il faudra toujours protéger en France. “Comme tous les droits arrachés de haute lutte”, explique l’actrice. Elle incarne le rôle principal dans Annie Colère, réalisé par Blandine Lenoir, sorti ce 30 novembre 2022 au cinéma. L'actrice, connue pour son rôle dans la série Dix pour cent, offre une interprétation poignante et engagée d'Annie, une femme à la fois vulnérable et déterminée. Calamy souligne l'importance de ce film pour sensibiliser le public à la fragilité du droit à l'avortement et à la nécessité de rester vigilant face aux remises en question. Elle souhaiterait que les militants sur le terrain soient ceux qui sont réellement le plus entendus.
Blandine Lenoir : une réalisatrice engagée
Blandine Lenoir, réalisatrice d'Annie Colère, est une cinéaste engagée qui s'intéresse aux questions de société et aux luttes féministes. Avant Annie colère, Blandine Lenoir a réalisé Aurore en 2017 avec Agnès Jaoui et Zouzou en 2014 déjà avec Laure Calamy. Elle explique avoir été inspirée par la thèse d'une jeune chercheuse, Lucile Ruault, qui a mené des entretiens avec des militant(e)s du MLAC et des femmes ayant avorté. Lenoir a souhaité rendre hommage à ces femmes oubliées qui ont contribué à faire avancer le droit à l'avortement en France.
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Un film nécessaire pour un combat toujours d'actualité
En salles le 30 novembre, "Annie colère" sort en pleine remise en cause du droit à l'avortement aux Etats-Unis par la Cour suprême. Une décision qui pourrait, selon Laure Calamy, faire des émules. Même en France."Il faut avoir cette prise de conscience que c'est un combat permanent, que ce ne sera jamais terminé", affirme-t-elle. Annie Colère est un film nécessaire qui résonne particulièrement avec l'actualité. Dans un contexte mondial marqué par des attaques contre le droit à l'avortement, notamment aux États-Unis, le film nous rappelle que ce droit est fragile et qu'il est essentiel de le défendre.
Les obstacles persistants à l'accès à l'IVG
"Même si la loi est là, autorise l’avortement, ce sont des moyens aussi très hypocrites de la contourner qui sont, par exemple, les médecins qui sortent leur clause de conscience et qui disent: ‘je ne fais pas au-delà de 10 semaines’, ou des choses comme ça. Ou ‘je ne le fais pas’, tout simplement. Ou des plannings familiaux qui ferment, donc il y a carrément des départements où ça devient très difficile de pouvoir avorter”, dénonce-t-elle. Laure Calamy souligne que, même si la loi Veil a légalisé l'avortement en 1975, des obstacles persistent dans l'accès à l'IVG en France. Elle dénonce notamment la clause de conscience des médecins, qui leur permet de refuser de pratiquer des avortements, ainsi que la fermeture de plannings familiaux, qui rendent l'accès à l'IVG plus difficile dans certains départements.
La clause de conscience des médecins : un sujet de préoccupation
Dans le film, la clause de conscience des médecins est évoquée. Signe que dès les années 1970, le sujet préoccupait les militantes. La clause de conscience des médecins reste un sujet de préoccupation pour les défenseurs du droit à l'avortement. Ils craignent que cette clause ne soit utilisée pour restreindre l'accès à l'IVG, en particulier dans les zones rurales où le nombre de médecins pratiquant l'avortement est limité.
L'importance de la transmission du savoir et de l'action collective
"Avec cette méthode, on s'est rendu compte qu'on pouvait se transmettre le geste et faire en sorte que ce soit quelque chose dont on soit maîtresse", observe l'actrice. Annie Colère met en lumière l'importance de la transmission du savoir et de l'action collective dans la lutte pour le droit à l'avortement. Le MLAC a permis aux femmes de se réapproprier leur corps et de devenir actrices de leur propre santé. En se transmettant les connaissances et les techniques d'avortement, les militantes ont permis aux femmes d'avorter dans des conditions plus sûres et plus dignes.
"Annie Colère" : un film féministe et émouvant
Porté par Laure Calamy, Annie Colère est un film émouvant, rappelant l'utilité du collectif et une page capitale de l'histoire des femmes, et de tous les français. Annie Colère est un film féministe et émouvant qui rend hommage aux femmes qui ont lutté pour le droit à l'avortement en France. Le film nous rappelle que ce droit est précieux et qu'il est essentiel de le défendre face aux menaces qui pèsent sur lui.
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"Annie Colère" : un récit d'émancipation
Pas seulement un film sur l'IVG, "Annie Colère" est aussi le récit d'une émancipation. Car le MLAC n'est pas seulement un endroit où avorter, c'est un espace où les femmes se rencontrent, échangent et découvrent une autre vision de leur corps et de leur sexualité. Au-delà de la question de l'avortement, Annie Colère est aussi un récit d'émancipation. Le film montre comment l'engagement dans la lutte pour le droit à l'avortement a permis à Annie de s'affirmer en tant que femme et de prendre le contrôle de sa vie.
La nécessité d'inscrire le droit à l'avortement dans la Constitution
"Je me souviens de la complaisance de Jacques Chirac pour les mouvements anti-IVG qui venaient s'enchaîner dans les plannings familiaux pour culpabiliser les femmes. C'est tout le temps, il y a tout le temps des pressions pour contester ce droit qu'il faut absolument inscrire dans la Constitution. D'urgence" poursuit-elle. Face aux menaces qui pèsent sur le droit à l'avortement, Laure Calamy appelle à inscrire ce droit dans la Constitution française. Cette mesure permettrait de renforcer la protection du droit à l'avortement et de le rendre plus difficile à remettre en question. Début juillet, des propositions de loi ont été déposées à l'Assemblée dans le but d'ancrer ce droit dans la Constitution.
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