Introduction
"Lara Croft : Tomb Raider - Le Berceau de la Vie" est le deuxième volet cinématographique mettant en scène l'archéologue aventurière Lara Croft, incarnée par Angelina Jolie. Bien que mieux reçu que le premier film, il a suscité des critiques mitigées. Cet article propose une analyse approfondie du film, explorant son intrigue, ses personnages, ses thèmes et sa place dans la franchise Tomb Raider.
Un récit enrichi, mais toujours perfectible
Il est vrai que le récit ne présente guère d’intérêt. Certes, depuis le premier épisode de la série, la trame narrative s’est enrichie, les personnages se sont multipliés et épaissis, bref, on est sorti du rythme game-boy pour accéder à une plus grande rigueur narrative. Pour autant, le récit échappe encore difficilement à la logique, proche de l’incohérence, du « copier-coller ». On peut le regretter : la double figure de la boule et de la boîte, le contraste de la lumière et de la musique, l’opposition encore plus forte du berceau de la vie avec la boîte de la mort qui le contient, autant de symboliques qui, exploitées, auraient pu donner de l’épaisseur au récit. Seulement, il aurait fallu que ces multiples idées heureuses soient ressaisies dans un récit qui leur aurait donné une signification en les intégrant dans une narration unifiée.
Comme trop de blockbusters américains, le film demeure un prétexte pour une succession de scènes spectaculaires qui sont autant de sacrifices du symbolique à l’imaginaire, donc de l’unité supérieure qui fait sens au multiple dispersé qui plaît aux sens (seuls). De plus, si l’intrigue est souvent ingénieuse, il demeure que la fin est invariablement la même : le monde sera sauvé, de justesse, le méchant sera puni, cruellement, et la belle héroïne s’en sortira, à peine égratignée. Les obstacles se multiplient, Lara risque sa vie à de multiples reprises ; mais comment trembler, quand on sait que cette existence demeure intouchable ?
Angelina Jolie : une Lara Croft engagée
Angelina Jolie a réalisé de nombreuses cascades elle-même, notamment des scènes de combat, de plongée sous-marine et d'escalade. Cela a renforcé son image d'actrice engagée dans des rôles physiques et d'action.
Lieux de tournage exotiques
Le film a été tourné dans des lieux exotiques à travers le monde, notamment en Afrique, en Grèce et en Chine, ajoutant un aspect visuel spectaculaire aux scènes d'exploration archéologique.
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Accueil critique et performance au box-office
Bien que le film ait été mieux reçu que le premier volet, il a reçu un accueil critique mitigé, certains louant l'amélioration de l'intrigue et des scènes d'action, tandis que d'autres ont estimé que le film restait trop cliché pour se démarquer dans le genre. Bien que le film ait rapporté environ 160 millions de dollars dans le monde, ce chiffre est considéré comme décevant par rapport aux attentes élevées, ce qui a entraîné l'annulation d'un troisième film avec Angelina Jolie.
Gerard Butler : un rôle clé
Le film marque l'une des premières grandes apparitions de Gerard Butler à Hollywood, jouant un rôle important en tant qu'ancien amant de Lara, ajoutant une dynamique romantique et conflictuelle à l'intrigue.
Lara Croft : une héroïne complexe
Quel homme ne rêverait d’épouser une femme jeune, intelligente, cultivée, autonome, voire volontaire, belle, riche, autant d’adjectifs qui peuvent être dopés d’un « très » sans exagération ? J’oubliais : célibataire. Cette rare créature existe : elle s’appelle Lady Lara Croft. Mais la question est en réalité inverse : Lara veut-elle rencontrer l’autre ? Voire, le peut-elle ? Pour trois raisons, narrative, psychologique, mythologique, Lara Croft ne rencontre pas l’homme. Elle n’a cependant pas fermé toutes les portes.
Tout d’abord, le film ne nie pas toute évolution chez Lara. C’est ce qu’atteste la différence, somme toute éloquente, entre l’une de ses premières phrases - « Tout ce qui est égaré est appelé à être retrouvé », concernant la boule - et sa toute dernière - « Il est parfois des choses qu’il vaut mieux ne pas retrouver ». Une telle inclusion ne saurait être involontaire. Or, autant la première phase dit la toute-puissance, autant la dernière exprime un consentement à la finitude. À la remarque : « Cela ne t’arrive jamais de faire dans la simplicité ? », la réplique redoublée est qu’elle veut étonner son compagnon, donc le séduire. Se ménage-t-il ici une ébauche d’entrée dans la relation ? Par ailleurs, Lara l’omnipotente apparaît comme un être vulnérable et attachant. Un psychiatre aurait beau jeu de soupçonner un versant hystérique : la jeune femme éveille le désir ; puis, pour peu que la conquête souhaite passer de la promesse à son accomplissement, elle fait comprendre de la manière la plus claire que le mandant s’est leurré sur ses intentions. Et il n’est pas besoin d’avoir lu Freud pour s’interroger sur la figure paternelle d’autant plus investie et idéalisée qu’elle est disparue et ne craint plus la rivalité : qui remplacera ce père si aimé ? Enfin, Lara Croft ne se réduit pas à la figure d’Athéna. La femme qui, dans la mythologie, a ouvert la boîte de Pandore est celle qui, dans le film, s’y refuse - non sans avoir été tentée - et sauve ainsi l’humanité. Or, être donnée à tous est une vocation à part entière. Lara ne fait-elle pas partie de ces figures messianiques, inventées par Marvel, qui fourmillent aujourd’hui (de Batman à Superman en passant par Spiderman et Daredevil) et dont le renoncement à la relation exclusive permet la disponibilité à tous ?
Parallèles avec James Bond
Tous deux, britanniques, travaillent au service secret de Sa très gracieuse Majesté. Tous deux ne daignent sortir de leur réserve que pour s’affronter à pas moins qu’un nouveau maître du monde, dont l’ambition néfaste n’a d’égal que l’absence totale de conscience morale, jointe à une intelligence exceptionnelle. Tous deux sont des indépendants, aussi séduisants qu’intouchables. Il n’est pas jusqu’aux décors gigantesques et spectaculaires (qu’on songe au Temple sous-marin de la Luna, au large de Santorin) qui empruntent à l’univers de James Bond.
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Une pénétrante analyse d’Umberto Eco sur les romans de Ian Fleming, l’inventeur de James Bond, éclaire ce point et, en retour, précisera la distinction qu’a opérée l’introduction générale entre récits synchroniques (ou structuraux) et récits diachroniques (ou dynamiques). Cette différence apparaît au terme du premier roman, Casino Royal. L’espion britannique a vaincu une organisation soviétique, Le Chiffre. Savourant sa convalescence sur un lit d’hôpital, il disserte avec son collègue français, Mathis, et lui confie ses doutes : combattent-ils la bonne cause ? le Chiffre ne remplit-il pas une mission véritable ? Bond est donc en pleine crise : découvrant l’universelle ambiguïté de l’humanité, va-t-il emprunter le chemin des protagonistes des romans de John Le Carré ? « Quand vous serez rentré à Londres, vous découvrirez qu’il y a d’autres Le Chiffre qui essaient de vous détruire, de détruire vos amis et votre pays. ‘M’ vous en parlera. Et maintenant que vous avez vu un homme véritablement méchant, vous saurez sous quel aspect le mal peut se présenter, vous irez à la recherche des méchants pour les détruire et protéger ainsi ceux que vous aimez, et vous-même. […] Entourez-vous d’êtres humains, mon cher James. Il est plus facile de se battre pour eux que pour des principes. Mais, […] ne me décevez pas en devenant humain vous-même. Cette dernière phrase fait basculer la vie de Bond, et toute la série : désormais, l’espion ne cherchera plus à méditer sur la vie et la mort ou sur le sens des choses.
« Avec les dernières pages de Casino Royal, Fleming renonce de fait à la psychologie comme moteur narratif, décidant de transférer caractères et situations au niveau d’une stratégie structurale objective et conventionnelle. Sans le savoir, Fleming accomplit un choix familier à nombre de disciplines contemporaines : il passe de la méthode psychologique à la méthode formelle ». Sur Bond, l’histoire ne mouille plus. Une conséquence de ce caractère structural est un trait qui traverse tous les James Bond : le manichéisme. Tous, sans exception, opposent un bon à un méchant, et nulle évolution n’est même seulement pensable : immuables, la bonté ou la malice constituent des traits non plus éthiques mais ontologiques. N’en est-il pas de même ici ? Lara est une pure, voire une cathare ; elle n’est pas vertueuse, elle est le parangon même de la droiture ; parler d’une évolution vers une plus grande honnêteté ou justice supposerait qu’elle ne les possède pas sans mélange. Tout à l’inverse, Jonathan Reiss est la malice incarnée : les agents du MI-6 disent de lui que « son mépris de la vie humaine est légendaire ». Du moins partage-t-il avec l’héroïne son anhistoricité : il n’évoluera pas plus vers le moindre regret que celle-ci ne composera avec le mal. Si le plus grand bouleversement d’une vie est le mariage, Lara Croft n’est pas plus épousable que l’intemporel James Bond.
Terry Sheridan : un personnage qui complexifie le récit
Un fait permet d’en douter. La structure d’un James Bond est manichéenne, donc binaire. Or, le second opus de Lara Croft, étrangement, déroge à la règle en introduisant un troisième personnage qui est aussi un troisième élément : Terry Sheridan. En effet, celui-ci n’est ni totalement immaculé, ni absolument néfaste. Son histoire l’atteste : « Officier de marine, il a terminé comme mercenaire et comme traître », présente l’un des hommes du MI-6. De fait, il est en train de croupir dans une prison du Kazakstan. En passant d’un schéma binaire à un schéma triangulaire, le film non seulement se complexifie, mais s’historicise. En introduisant de l’instabilité, il crée du mouvement. En effet, cet élément nouveau, irréductible au bien et au mal, doit choisir, donc évoluer. Quand Lara Croft vient proposer le marché à Terry, le mercenaire demande : « Je me trouverai dans la peau de Faust ou de Lucifer ? » Et Lara de répliquer : « Tu auras le choix ». Autrement dit, en brisant l’opposition simpliste du bon et du mauvais, le film refuse le manichéisme ; en injectant de l’histoire, il grippe définitivement la machine structurale.
L’affrontement final le confirme. Il commence comme un duel entre Jonathan Reiss et Lara Croft ; mais très vite intervient Terry Sheridan. De prime abord, celui-ci prend parti pour Lara contre le savant. En réalité, lors du combat opposant Lara à Reiss, il observe avant d’intervenir ; et même alors, son intervention demeure minimale. Omnis comparatio claudicat. La comparaison cloche, au moins partiellement. Lara cesse donc d’être une héroïne « structurale » et rentre dans l’histoire. Pourquoi, dès lors, ne pourrait-elle rencontrer l’autre, c’est-à-dire Terry Sheridan ? Mais, pour qu’il y ait rencontre, il faut être deux. En effet, elle a aimé Terry : « cinq mois ». À sa demande instante, elle reconnaît que ce n’était pas une passade. Plus encore, le souvenir est vivace, puisqu’elle corrige le chiffre de « quatre mois » en « cinq ». Le verbe « aimer » doit-il donc se conjuguer non pas seulement au passé mais au présent ? Le sourire qu’elle adresse à Terry, s’il échappe à Lara (et elle le regrette vite), n’échappe nullement à l’aventurier, toujours très en demande. À plus d’une reprise, elle dit son attachement et le montre. Au fond, elle se défend d’être amoureuse. Donc, contrairement à James Bond, Lara est amoureuse ; contrairement à lui, son passé amoureux hante son présent ; contrairement à lui, et ce point fonde les deux autres, dans la relation à l’homme, Lara donne plus que son corps. En ce sens, ces différences expriment l’altérité homme-femme, encore beaucoup plus que la différence structural-narratif. Lara est donc disposée à rencontrer Terry.
En effet, Terry avait le choix et il a opté pour ce qu’il faut oser appeler le mal. Dans le triangle, le sommet truand a finalement rejoint le sommet méchant. Cette affirmation étonne, voire choque. Terry semble plutôt tenir une posture intermédiaire : Reiss veut la destruction de l’humanité ; Lara veut le bien de l’humanité ; Terry, lui, ne recherche que son propre bien. Il se situe donc exactement entre les deux plateaux de la balance. Cette objection pose une question morale de fond : comment évaluer un acte humain ? Disons brièvement qu’on peut juger la moralité d’un acte de deux manières : selon les conséquences ou effets ; selon leur visée ou objet. Selon le premier point de vue, qui est le plus habituel aujourd’hui, Terry se rapproche de Lara ; selon le second, il ressemble à Reiss. Mais la morale conséquentialiste manque l’essentiel qui est la visée de l’acte, sa finalité (et celle-ci est plus que son intention). En effet, un acte humain se caractérise par le fait qu’il se donne à lui-même sa propre fin. Or, de ce point de vue, il y a deux et seulement deux options possibles : ou la préférence de soi jusqu’au mépris de l’autre ; ou l’amour de l’autre jusqu’au sacrifice de soi. À plusieurs reprises, le scénario a souligné la liberté de Terry. Comme dans un jeu de rôles, il a été placé face à une alternative qu’il lui appartenait de trancher. Cela apparaît clairement lors du dernier choix : prendre ou ne pas prendre la boîte de Pandore. On objectera peut-être que, du moins, Terry fait passer son amour pour Lara avant tout le reste. L’intention foncière que des choix moins radicaux peuvent masquer, la scène finale présente l’avantage de la démasquer. Face à la résistance de Lara, l’option : prendre ou ne pas prendre, se double d’une autre alternative : suivre Lara (et donc abandonner la boîte), perdre Lara (et garder la boîte). On peut comprendre que Terry peine à adhérer au grand idéal de Lara ; et son histoire pourrait sans doute l’expliquer. Mais ici l’option met en jeu ses p…
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Tomb Raider : une franchise en constante évolution
C’est d’abord Lara Croft, héroïne devenue instantanément culte en plus d’être une révolution dans le jeu vidéo. C’est une douzaine de jeux officiels, sans compter les dérivés, qui ont traversé les ères de la PlayStation et des consoles en général. C’est aussi trois films, d’abord avec Angelina Jolie dans Lara Croft : Tomb Raider (2001) et Lara Croft : Tomb Raider - Le Berceau de la vie (2003), puis avec Alicia Vikander dans Tomb Raider (2018). Née en 1996, la saga Tomb Raider est devenue un monument du jeu vidéo et de la pop culture, pour le meilleur et pour le pire. Au fil des succès, des échecs et des désastres en coulisses, Lara Croft a été essorée, tuée, réinventée, réécrite et remodelée pour rester pertinente. Quitte à perdre son identité.
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