Le lait maternel est un aliment exceptionnel, conçu par la nature pour répondre parfaitement aux besoins nutritionnels et immunitaires du nourrisson. Sa composition évolue constamment pour s'adapter aux besoins spécifiques du bébé à chaque étape de sa croissance. Après le colostrum et le lait de transition, le lait mature devient la principale source d'alimentation du nourrisson pendant toute la durée de l'allaitement.
Lait Maternel : Un Aliment Complexe et Évolutif
Le lait maternel n'est pas un simple « véhicule » de nutriments. Il s’agit d’un produit biologique extrêmement complexe, très différent du lait de vache. Le lait maternel est un véritable trésor pour le développement et la santé des nourrissons. Sa composition est atteinte très rapidement, 4 à 5 jours après le début de l’allaitement. La composition du lait maternel va ainsi se « normaliser » pour satisfaire les besoins nutritionnels du nouveau-né en constante évolution, et ce, dès l’accouchement. Le lait maternel est loin d’être une substance figée. Sa composition évolue considérablement lors des premières semaines de vie du nouveau-né. Si l’on se réfère à sa définition, le lait mature est celui qui va permettre au bébé de grandir. Il contiendra alors tous les éléments indispensables pour assurer la croissance et le développement physique et cognitif du nouveau-né. Et cela tombe bien, car la première poussée de croissance forte du bébé survient vers la 3e semaine environ ! C’est pour cette capacité à s’adapter aux besoins de l’enfant que le lait maternel constitue le mode d’alimentation recommandé par les pédiatres dans les premières semaines après la naissance. Le lait maternel est un cadeau naturel, précieux et unique. Sa composition varie au fil du temps et des saisons, et même au cours de la tétée pour s’adapter au mieux aux besoins de votre bébé.
Composition du Lait Maternel Mature
Le lait mature est composé d'environ 87% d'eau, assurant l'hydratation du bébé. Les 13% restants sont constitués de nutriments essentiels et de composés bioactifs. En début de tétée, le lait est plus aqueux pour satisfaire la soif de bébé, et à la fin de celle-ci il est plus riche en acides gras et glucides pour combler sa faim.
Lipides
Les lipides représentent environ 35 à 40g/L et sont une source d'énergie cruciale, fournissant jusqu'à 55% des apports caloriques. Ils sont importants pour la maturation cérébrale et rétinienne. La teneur des différents lipides dépend des apports alimentaires de la femme allaitante. Il est donc essentiel que la maman ait un régime alimentaire équilibré pendant la période d’allaitement. Ce n’est donc en aucun cas le moment de faire un régime draconien, supprimant toutes les graisses. La majorité des lipides du lait (> 98%) sont sous forme de triglycérides, le reste étant constitué de phospholipides et de cholestérol. Ces lipides sont organisés en globules gras microscopiques, ce qui facilite leur digestion dans le tractus gastro-intestinal immature du nouveau-né. Le cholestérol (200 - 300 mg/L de lait maternel) joue un rôle important dans le développement cérébral, mais également dans la cohésion des membranes cellulaires. Le lait maternel est riche en acides gras polyinsaturés à longue chaîne (AGPI-LC) de type omega-3 comme l’acide docosahexaénoïque (DHA) et omega-6 comme l’acide arachidonique (AA). Les AGPI-LC sont des constituants majeurs des membranes des cellules neuronales. Ils sont essentiels au bon développement de l’enfant à naître : l’AA est essentiel pour la croissance tandis que le DHA l’est pour le développement du système nerveux central et de la rétine durant la période pré- et post-natale.
Glucides
Le lait maternel contient environ 7,5g/100mL de glucides, dont 6,3 g de lactose et 1,2 g d’oligosaccharides, alors que le lait de vache ne contient que du lactose. Le lactose est, après l’eau, le constituant principal en poids du lait maternel et la deuxième source d’énergie. Il fournit 40% des calories du lait. Commun au lait de tous les mammifères, c’est un nutriment spécifique de la première année de vie. La lactase - enzyme de digestion du lactose - n’est effectivement présente que chez les jeunes mammifères ce qui explique l’incidence des intolérances au lactose chez l’adulte. Le lactose est un glucide structuralement simple puisqu’il s’agit d’un disaccharide composé d’une molécule de glucose et d’une molécule de galactose. Une fois décomposé par la lactase, le lactose est un réservoir essentiel en glucose pour le nouveau-né. Le glucose libéré est transmis dans la circulation sanguine et utilisé comme substrat pour produire de l’énergie. Le galactose est quant à lui absorbé via le foie et converti en glucose-1-phosphate, qui se transforme en glucose pour enrichir les réserves de glycogène (glucide complexe polymère de glucose) du foie.
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Oligosaccharides du Lait Maternel (HMO)
Le lait maternel renferme également un nombre extraordinaire de glucides complexes spécifiques du lait maternel, que l’on appelle les oligosaccharides du lait maternel (Human Milk Oligasaccharides (HMO) en anglais). Après le lactose et les triglycérides, ils sont le troisième composant principal du lait maternel. Aucunement considérés comme source énergétique car non absorbés par l’organisme, ils ont une fonction immunologique importante conférée par leur action prébiotique et stimulatrice de la croissance des bactéries intestinales. Les HMO sont des oligomères formés de plusieurs sucres de type glucose, galactose, N-acétylglucosamine, fucose et acide sialique. De nature linéaire ou ramifiée, ils sont plus d’une centaine au sein du lait maternel. Les HMO arrivent intacts dans les intestins et servent de repas aux « bonnes bactéries » de la flore intestinale, favorisant ainsi leur multiplication. Les HMO réduisent directement les infections microbiennes en servant d’antimicrobiens antiadhésifs : en ressemblant à des glycanes, ils servent de récepteurs solubles (leurres) afin d’empêcher la fixation de l’agent pathogène et ainsi réduire les risques d’infection. Les HMO interagissent directement avec les cellules intestinales dans le but d’affecter l’expression des gènes et reprogrammer le cycle cellulaire afin d’induire une glycosylation différente de la surface cellulaire. Les HMO ont également un rôle de modulateurs immunitaires.
Protéines
La teneur en protéines du lait maternel mature est remarquablement faible, entre 0,8 et 1,0 g/100mL, démontrant une excellente absorption et une parfaite adéquation du profil en acides aminés avec les besoins du nourrisson. La teneur en protéines du lait maternel est comprise entre 8 et 12g/L et évolue au cours du temps (de la lactation ou même durant une tétée) pour suivre les besoins de bébé. Plus de 400 types de protéines ont été identifiés dans le lait maternel. Les protéines du lait de femme sont aussi très spécifiques ; même les caséines, qui ne représentent que 40 % des protéines (contre 80 % dans le lait de vache) sont différentes. Les caséines du lait de femme forment des micelles beaucoup plus petites que celles du lait de vache. Ce pourcentage élevé de protéines solubles et les micelles de caséine de petite taille expliquent la coagulation plus fine du lait de femme dans l’estomac du nourrisson, contribuant à une vidange gastrique plus rapide. Parmi les protéines solubles du lait maternel, certaines ont des rôles fonctionnels essentiels et que l’on ne retrouve pas dans le lait de vache commercialisé, comme les immunoglobulines, la lactoferrine, des enzymes, des facteurs de croissance. Les caséines ont des propriétés antiseptiques et anti-infectieuses cruciales. Le lait maternel est également un vivier exceptionnel en une protéine au mille vertus que l’on appelle la lactoferrine. Elle aurait dans le lait maternel des propriétés bactéricides, antivirales, et anti-inflammatoires. Considéré comme une sorte de vaccin naturel pour nos enfants (ne remplaçant toutefois pas les vaccins préconisés par les autorités de santé), le lait maternel est également une ressource inégalable en « petits soldats » du système immunitaire que l’on appelle les immunoglobulines (Ig). Le lait maternel est particulièrement riche en immunoglobulines de type A, appelées IgA sécrétoires.
Vitamines et Minéraux
Le lait maternel contient des vitamines, des sels minéraux et des oligo-éléments (2 g/L), une quantité adaptée aux possibilités d'élimination rénale du bébé. Le lait maternel contient diverses vitamines qui représentent un apport essentiel pour le nouveau-né. Les taux lactés en vitamines dépendent du statut vitaminique maternel et de ses apports alimentaires. Chez les nouveau-nés allaités peu exposés au soleil, les apports en vitamine D dépendent exclusivement de ceux de leur mère. Or les carences en vitamine D sont fréquentes en France, surtout en hiver. La teneur lactée en vitamine K est assez faible (2-3 µg/L). Le risque de déficit néonatal existe et la maladie hémorragique du nouveau-né doit être prévenue par des suppléments. Cette supplémentation est proposée dès la naissance. Selon si le nouveau-né est prématuré ou non, le protocole diffère. Pour les mères végétariennes, il existe un possible déficit en vitamine B12.
Bienfaits du Lait Maternel Mature
L’allaitement maternel possède des bénéfices essentiels pour un bébé ou un enfant. L’Organisation Mondiale de la Santé, recommande notamment « l’allaitement au sein exclusif du nourrisson jusqu’à l’âge de 6 mois et de poursuivre ensuite jusqu’à l’âge de 2 ans au moins, en l’associant à une alimentation de complément qui convienne ».
Adaptation aux Besoins du Nourrisson
La composition du lait maternel se modifie au fil de la journée, selon les besoins et l’âge du bébé : le matin il est riche en lactose et en cortisol (hormone qui donne de l’énergie au bébé), le midi en lipides et en protéines. L’après-midi le lait maternel contient beaucoup de nutriments qui renforcent la barrière intestinale du bébé et le soir plus de protéines et de la mélatonine (l’hormone du sommeil). Le lait maternel est produit selon les besoins du nourrisson. Lors des tétées, il est impossible de savoir la quantité de lait qui sera ingurgité par le bébé. Le lait maternel est suffisamment nourrissant pour le bébé et la quantité de lait produit par la femme, s’adapte en fonction de la faim du bébé.
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Protection Immunitaire
Parmi les bienfaits de composition du lait maternel, l’on recense un avantage majeur : le lait maternel participe positivement à la santé de bébé. Lors de sa venue au monde, son système de défense immunitaire n’est donc pas correctement développé. Le lait maternel permet de faire profiter son bébé de son propre système immunitaire. Le lait maternel est donc une protection contre les microbes car il contient les anticorps de la maman. C’est pourquoi les enfants allaités sont plus résistants aux infections comme les gastro-entérites, les rhumes, les grippes, les bronchiolites, les pneumonies et les otites. Aussi, le lait maternel a des vertus anti-inflammatoires et anti-douleur et contribuerait même à la cicatrisation des plaies.
Développement du Lien Affectif
L’allaitement maternel est considéré comme un prolongement naturel de la grossesse. Lors des séances de peau à peau et des premières tétées, l’ocytocine est stimulée. Cette hormone favorise l’augmentation du lait maternel et joue un grand rôle dans le développement du lien d’attachement maman-bébé. L’ocytocine diminue le stress de la mère qui allaite : plus calme, la mère se rend plus disponible pour s’occuper de son bébé.
Bienfaits pour la Mère
Au-delà des nombreux bénéfices de l’allaitement pour le bébé, la mère jouit aussi de bénéfices sur sa santé, tant sur le court que sur le long terme : A court terme - Le mode d’alimentation par le lait maternel facilite les suites de couches. En effet, l’allaitement provoque des contractions de l’utérus. Cela a pour effet de diminuer le risque d’hémorragie après un accouchement. Ainsi, l’utérus reprend plus rapidement sa forme, sa taille et sa tonicité d’origine. L’allaitement retarde le retour des règles grâce à la prolactine, l’hormone secrétée pendant la tétée. Enfin, l’allaitement permet de retrouver plus facilement son poids initial. Donner le sein augmente les dépenses énergétiques car le corps doit fabriquer le lait. L’allaitement permet de brûler 840 Kcal à chaque litre de lait produit et après 6 mois d’allaitement vous devriez reconnaître votre corps d’avant ! A long terme- L’allaitement protège la femme contre les cancers du sein et des ovaires : c’est l’allaitement long, celui qui dure entre 6 à 12 mois minimum, qui a cet effet protecteur. Chaque période d’allaitement de 12 mois diminue le risque de cancer du sein de 4.3 %. Des chercheurs ont également découvert que l’ocytocine joue un rôle dans la protection contre l’ostéoporose. Ainsi les femmes ayant allaité ont une meilleure ossature après la ménopause.
Aspects Pratiques et Écologiques
L’allaitement a un côté pratique ! Et c’est un soulagement pour toutes les femmes qui allaitent : pas de réflexions sur le choix de lait, sur la température du lait à donner, pas de choix de biberon et de tétine, pas de nettoyage. Le lait maternel est l’aliment le plus écologique qui soit : il ne laisse aucun déchet et ne pollue pas l’environnement. Et puis l’allaitement fait du bien au porte-monnaie et ça on aime !
Conservation et Réchauffage du Lait Maternel Tiré
Vous pouvez tout à fait tirer votre lait maternel et le conserver ! Nous vous préconisons plusieurs méthodes : - A température ambiante : 4h maximum. - Au réfrigérateur : 48h maximum - Au congélateur : 4 mois maximum - attention de ne pas recongeler un produit congelé. Pour réchauffer le lait maternel, vous pouvez utiliser un chauffe biberon ! Si vous n’en avez pas, vous pouvez le réchauffer à la casserole, mais attention de ne pas le faire brûler, celui-ci ne doit pas excéder 40°. L’idéal est de le faire chauffer à la température du corps (37°).
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