La Mouche, réalisé par David Cronenberg, est bien plus qu'un simple film d'horreur. C'est une œuvre complexe qui explore des thèmes profonds tels que la transformation, la maladie, la mort et la peur de l'inconnu. L'une des scènes les plus marquantes du film est celle où Veronica Quaife, interprétée par Geena Davis, fait un cauchemar prémonitoire sur l'avortement. Cette scène, riche en symbolisme, mérite une analyse approfondie afin de comprendre sa signification au sein du récit.
Genèse d'un Projet Complexe
L'histoire de la production de La Mouche est aussi fascinante que le film lui-même. Initialement, David Cronenberg devait adapter un roman de Philip K. Dick, mais des désaccords avec les scénaristes ont conduit à l'abandon du projet. Parallèlement, un remake de La Mouche noire de Kurt Neumann était en préparation, mais le réalisateur Robert Bierman a dû se retirer pour des raisons personnelles. C'est ainsi que Cronenberg s'est retrouvé aux commandes de La Mouche, un projet qui semblait lui être destiné.
Le réalisateur a remanié le scénario de Charles Edward Pogue et a choisi Jeff Goldblum pour le rôle principal, aux côtés de Geena Davis et John Getz. Les effets spéciaux ont été confiés à Chris Walas, qui avait déjà travaillé avec Cronenberg sur Scanners.
Une Adaptation Réussie
La Mouche est une adaptation d'une nouvelle de George Langelaan, déjà portée à l'écran en 1958 par Kurt Neumann. Cependant, Cronenberg et Pogue ont réinventé l'histoire en se concentrant sur la fusion des corps et la lente dégradation du personnage principal. Ce thème de la mutation corporelle est récurrent dans l'œuvre de Cronenberg, comme en témoignent ses films Frissons, Rage et Scanners.
Le film conserve quelques éléments de l'œuvre originale, mais développe de manière plus approfondie l'intrigue et les thématiques abordées. L'éventualité d'un avortement, par exemple, soulève des questions sur la mort et la survie de l'être.
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L'Horreur et l'Humour Noir
La Mouche est un film sombre et dépressif, mais il contient également une certaine forme d'humour noir. L'aspect grotesque de certaines séquences, comme le repas de Brundle-mouche ou la transformation de l'armoire de la salle de bains, crée un contraste saisissant avec l'horreur des images. L'interprétation de Jeff Goldblum, qui incarne à merveille la personnalité excentrique du scientifique en pleine métamorphose, contribue également à cet effet.
Le Cauchemar de Veronica
La scène du cauchemar de Veronica est particulièrement marquante. Elle se voit sur une table d'opération, tandis qu'un gynécologue extrait de son utérus un énorme ver. Cette séquence, à la fois terrifiante et dégoûtante, symbolise la peur de la grossesse et de la perte de contrôle sur son propre corps. Elle reflète également les angoisses de Veronica face à la transformation de Seth et à l'incertitude quant à l'avenir de leur relation.
Thématiques Féministes et Rejet de la Maternité
Dans le cinéma de genre, les représentations de la maternité sont plus diversifiées que dans le cinéma mainstream. Le genre aborde plus frontalement les aspects psychosociaux de la maternité. Le cinéma de genre semble moins juger les femmes qui ne veulent pas d’enfants ou font un rejet de maternité, en écrivant des personnages forts et attachants, placés dans des contextes qui créent de l’empathie. La Mouche s'inscrit dans cette tendance en explorant les peurs et les angoisses liées à la grossesse et à la maternité. La scène du cauchemar de Veronica est une expression de ce rejet, une manifestation de la peur de perdre son identité et son autonomie.
La grossesse est un sujet idéal de film d’horreur. Il y a encore énormément de tabous autour de ce sujet alors qu’on lui donne une place très importante dans la société. Le corps qui change et qui se déforme, la pression sociale d’être une compagne et une mère parfaite, la démission paternelle ou charge mentale imposée à la femme, les changements très rapides et importants de la vie quotidienne, la gestion de la dualité mère/pute imposée par la société. Cela créé des paradoxes où vient se loger le doute et la peur, ce qui en fait un sujet idéal de film d’horreur.
Interprétations et Réflexions
La Mouche est un film qui suscite de nombreuses interprétations. Certains y voient une métaphore du vieillissement et de la maladie, tandis que d'autres y décèlent une critique de la société et de ses excès. La scène de l'avortement, quant à elle, peut être interprétée comme une réflexion sur la mort, la survie et la transmission de l'être.
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Conscient de sa déliquescence et donc à l'approche de sa fin en tant qu'être humain, l'homme s'inquiète de la dernière lueur d'espoir de son être qui ne va pas disparaître (mourir).
Succès et Héritage
La Mouche a été un succès commercial et critique, remportant notamment le Grand Prix du Jury au Festival du Film Fantastique d'Avoriaz en 1987. Le film a marqué les esprits par son originalité, ses effets spéciaux et ses thématiques profondes. Il a également contribué à la reconnaissance de David Cronenberg comme l'un des réalisateurs les plus importants de sa génération.
L'appât du gain mènera au tournage d'une suite, La Mouche 2, réalisée par Chris Walas qui assurera une nouvelle fois les effets spéciaux. David Cronenberg a souvent exprimé le fait qu'il voyait son film, La Mouche, comme un opéra. Et, curieusement, en 2008, un véritable opéra est ainsi créé à partir du film. David Cronenberg supervise le projet et Howard Shore, compositeur de la bande originale du film, en assure la partition musicale.
Analyse Technique de l'Édition Blu-ray
Pour sa matérialisation en Blu-ray, La Mouche se pare d'un transfert haute définition 1080p/24. Présentée dans son format cinéma d'origine (1.85), l'image du film est assez douce et le contraste n'est pas des plus appuyé. En soit, ce transfert délivre une image plutôt bien détaillée, si on la compare à un simple DVD, mais il ne présente pas pour autant un résultat spectaculaire. Mais ne cherchons pas trop la petite bête, cela reste une image plutôt solide avec des couleurs retranscrites sans heurt et une stabilité à toute épreuve.
La sonorisation se fait grâce à trois pistes sonores. Mettons tout de suite de côté le doublage allemand qui n'intéressera pas un public francophone. La piste audio française donne l'occasion de découvrir le film avec du DTS. Pas de quoi s'enthousiasmer outre mesure, le mixage n'est pas d'un grand naturel et ne donne pas non plus l'occasion de nous offrir un rendu particulièrement spectaculaire. La piste DTS HD Master Audio de la version originale anglaise ne risque pas non plus de devenir une référence même si le résultat est de qualité. Enregistré à l'origine en stéréo surround, le film ne donne pas de nombreuses occasions de se lâcher sur le son. Hormis les passages mettant en scène les téléporteurs, le reste fait un peu office de passages intimistes.
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Suppléments et Bonus
Lorsque La Mouche sort pour la première fois en DVD dans nos contrées, c'est au travers d'une édition relativement minimaliste à laquelle on donne seulement du matériel d'époque tel que la Featurette promotionnelle. Des suppléments qui n'étaient d'ailleurs pas présents sur les éditions américaines. En 2005, La Mouche a connu un traitement beaucoup plus fourni avec la sortie d'une édition double DVD particulièrement riche. Pour l'interactivité de ce Blu-ray, l'éditeur reprend tous les suppléments de cette édition. Cette fois, tout tient sur un seul disque puisque l'intégralité des suppléments sont présentés en simple définition (standard DVD).
On retrouve donc le commentaire audio de David Cronenberg qui, tout au long du film, partage ses vues concernant l'histoire et les personnages sans oublier de livrer diverses informations supplémentaires. Il évoque ainsi rapidement sa passion pour les sports tels que la boxe ou les courses automobiles sur lesquelles il a d'ailleurs réalisé un film (FAST COMPANY). Plutôt rare, ce commentaire audio est véritablement complémentaire du reste de l'interactivité.
Absent du documentaire, David Cronenberg laisse donc la parole à de nombreux autres intervenants que ce soit scénariste, producteur ou acteurs. Un documentaire qui a la particularité de s'étirer sur plus de deux heures et quart. Et, comme si la durée était trop courte, il est possible de le visionner avec une option permettant de déclencher des vidéos supplémentaires. Ces petits ajouts apportent leurs lots d'anecdotes et précisions aussi intéressantes les unes que les autres comme l'évocation de l'équipe fidèle formée autour de David Cronenberg, la présence du cinéaste et Jeff Goldblum dans le jury du festival de Cannes ou encore une amusante anecdote à propos de JURASSIC PARK. Le documentaire retrace minutieusement l'histoire du film sans oublier d'évoquer le premier réalisateur évincé pour raison personnelle. D'ailleurs, Robert Bierman s'exprime ici à propos de sa version de La Mouche qu'il n'a donc pas pu tourner. Certains passages de ce long documentaire et de ses ajouts satellites sont parfois assez surprenants à l'instar de l'évocation des érections du babouin. Enfin, les intervenants parlent franchement et sans langue de bois ce qui mène, par exemple, l'acteur John Getz a jugé plutôt médiocre LA MOUCHE 2 alors qu'il est, ce qui est plutôt amusant, le seul acteur du film original à s'y être compromis.
Passés ces deux imposants suppléments, le reste du contenu sera au mieux sympathique et au pire très anecdotique. Ainsi, le commentaire textuel affiche tout au long du film des cadres apportant diverses informations. Néanmoins, il n'y a rien à apprendre de plus sur le film que tout ce qui a pu être dit sur le commentaire audio ou le documentaire. Toutefois, c'est en s'éloignant du film et en abordant des sujets parallèles que ce petit supplément devient relativement intéressant.
Plus intéressant, «Le Musée Brundle d'Histoire Naturelle» nous permet d'aller rendre visite au collectionneur Bob Burns en compagnie de Chris Walas. Là, il est possible de découvrir maquettes et autres objets de maquillage conservés avec celles d'autres films comme ALIENS. Il est encore possible de consulter la nouvelle originale qui a inspiré LA MOUCHE NOIRE puis LA MOUCHE. De même, il est possible de consulter le scénario écrit par Charles Edward Pogue puis la version remaniée par David Cronenberg. Riche idée que de proposer les divers traitements de l'histoire mais cela n'intéressera que les anglophones puisque tout cela est présenté en langue anglaise. Il en va de même en ce qui concerne l'une des scènes coupées qui est présentée au travers de son story-board dont les annotations anglaises ne sont pas traduites. Les autres scènes coupées sont, quant à elles, bien sous-titrées en français. Parmi celles-ci, on trouvera donc l'intégralité de la fameuse séquence du singe-chat.
A côté, deux séquences proposent de découvrir le montage original intégral avant que des bouts de dialogues ne soient évacués pour en arriver à la version finale. Une section «Essais» permet encore de découvrir les divers tests pour l'introduction du film après l'apparition du titre ou bien des bouts de pelloches concernant les effets spéciaux. Dans l'optique des suppléments vidéos, la partie «promo» donne l'opportunité de retrouver le Making-Of d'époque, déjà présent sur la première édition DVD, ou encore un portrait de David Cronenberg dressé par l'équipe du film. Ainsi, les affiches de plusieurs pays sont consultables tout comme une très grande galerie de photos. Les spots TV et bandes-annonces du film sont aussi disponibles. Des bandes-annonces, on en trouve d'autres en cherchant bien au sein de l'interactivité du disque. On peut par exemple voir les bandes annonces de ALIENS et LES AVENTURES DE JACK BURTON, deux films sortis durant le même été (1986) que LA MOUCHE.
Il existe un second supplément caché où Jeff Goldblum raconte une anecdote d'enfance où il fut amené à jouer un personnage sous un imposant costume. Largement plus inutile, un jeu interactif vous permet de chasser les mouches de votre écran mais le résultat est plutôt décevant !
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