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La Croix, l'Avortement et l'Actualité : Entre Doctrine, Société et Débats Éthiques

L'interruption volontaire de grossesse (IVG) est une question complexe qui suscite des débats passionnés et des opinions divergentes à travers le monde. Elle touche à des aspects éthiques, moraux, religieux, sociaux et politiques, et son traitement varie considérablement d'un pays à l'autre. En France, comme ailleurs, l'IVG est un sujet d'actualité qui continue de susciter des discussions et des mobilisations, notamment autour de la "Marche pour la Vie" et de l'inscription de la liberté de recourir à l'IVG dans la Constitution. Cet article explore les différentes facettes de cette question, en mettant en lumière la position de l'Église catholique, les évolutions législatives, les débats éthiques et les réalités vécues par les femmes concernées.

La Position de l'Église Catholique : Une Opposition Constante, un Discours en Évolution

L'Église catholique s'oppose catégoriquement à l'avortement (IVG), considérant que la vie humaine est sacrée et inviolable dès la conception. Cette position s'appuie sur l'enseignement traditionnel de l'Église depuis ses origines, même si l'IVG est une pratique moderne. L’avortement constitue une «atteinte à la vie en son commencement» et représente un acte moral inacceptable quelles qu’en soient les circonstances.

Au XXe siècle, des textes comme la constitution Gaudium et Spes du Concile Vatican II et l’encyclique Evangelium Vitae de Jean-Paul II ont éclairé les débats. Gaudium et Spes aborde la question de l’IVG dans le cadre plus large de la dignité de la personne humaine et du respect de la vie. Ce texte de 1965 réaffirme l’enseignement de l’Église concernant la valeur de la vie humaine dès sa conception, dans le chapitre intitulé «La dignité du mariage et de la famille», au paragraphe 51. Dans son encyclique, Jean-Paul II souligne quant à lui que la vie humaine est inviolable dès le moment de la conception. Il rejette tout argument qui tenterait de relativiser cette position en fonction de circonstances particulières ou de la viabilité du fœtus. Il précise que la dignité de l’être humain ne dépend ni de son âge ni de son état de développement, mais de sa nature même d’être humain créé à l’image de Dieu. Jean-Paul II critique vivement les sociétés modernes qui, à travers la légalisation de l’avortement, considèrent cet acte comme un droit. Il qualifie ces législations de manifestations de la «culture de la mort», qui méprise la valeur de la vie humaine au profit du relativisme moral.

Bien que la doctrine reste inchangée, le discours de l’Église évolue. Progressivement, pour des raisons pastorales et de l’ordre de la miséricorde, l’Eglise préfère utiliser des arguments empruntés au registre des droits de l’homme et entend défendre les droits de l’enfant à naître. Elle souligne aussi les risques psychologiques pour les femmes ayant recours à l’IVG, souvent négligés. Pour le pape François, cette position s'inscrit « dans la défense de tous les droits humains ».

Face à la légalisation et à la constitutionnalisation de l’IVG, l’Église soutient des actions concrètes non violentes de ses fidèles. Elle peut lancer, par la voix de ses pasteurs, des appels «au jeûne et à la prière» ; elle encourage le soutien aux femmes enceintes en difficulté et propose un accompagnement psychologique et spirituel post-avortement. Plus largement, l’Eglise inscrit sa position dans une défense globale de la vie «de la conception à la mort naturelle». Elle veut faire entendre la promotion des droits des femmes et des enfants, ses appels à une politique familiale plus ambitieuse.

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Évolutions Législatives et Constitutionnalisation de l'IVG en France

En France, la dépénalisation de l’avortement et son encadrement légal datent de l’entrée en vigueur, en 1975, de la loi défendue par la ministre de la santé Simone Veil. L’IVG médicamenteuse est désormais la méthode la plus utilisée devant l’IVG instrumentale ou chirurgicale. Le choix de la méthode détermine le délai de recours : 16 semaines d’aménorrhée pour la seconde option, 9 semaines pour la première. La loi Vallaud-Belkacem de 2014 renforce encore ce droit en sanctionnant toute « entrave à une information neutre et fiable » et en supprimant la condition de « détresse avérée » que la loi de 1975 exigeait.

Depuis le 8 mars 2024, la France est le premier pays au monde à avoir inscrit dans sa Constitution la liberté de recourir à l’IVG. L’inscription de la liberté de recourir à l’IVG dans la Constitution vient d’être votée par le Congrès. Alors que ce « moment historique » est salué par des cris de victoire, le temps est peut-être venu d’une vraie demande de pardon.

La "Marche pour la Vie" et les Mobilisations Anti-IVG

Cinquante ans après la loi Veil, plusieurs milliers d’opposants à l’avortement ont manifesté à Paris dans le cadre de la « marche pour la vie » qui vise aussi à dénoncer la volonté de relancer le débat parlementaire sur la loi portant sur la fin de vie. « IVG, ça suffit, nous marchons pour la vie », « euthanasie, loi du mépris »: entonnant ces mots d’ordre, le cortège de cette manifestation, à l’initiative de militants s’inscrivant dans les rangs catholiques conservateurs, est parti de la place du Trocadéro.

La manifestation est organisée chaque année autour de l’anniversaire de la loi portée par Simone Veil relative à l’interruption volontaire de grossesse (IVG) et promulguée le 17 janvier 1975. « C’est une marche pour le droit à vivre, pour montrer que le débat est toujours ouvert en France, pour que les Français se questionnent sur les convictions qui sont défendues ici », a dit à l’AFP, Sophie, 23 ans, qui comme les autres manifestants interrogés n’a pas souhaité révéler son patronyme.

S’exprimant sur un podium au-dessus duquel une banderole proclamait « 50 ans de défense de la vie » et où était barré d’un trait « 50 ans de défaites politiques », le président de la Marche pour la vie, Nicolas Tardy-Joubert a affirmé ne pas avoir « peur de dire que l’avortement est la première cause de mortalité en France pour l’espèce humaine ». « Il y a 50 ans, la loi Veil qui dépénalisait l’avortement a été promulguée. Cette loi a causé de lourdes pertes humaines et entraîné la mort et l’exclusion de plus de 10 millions de bébés de la société française », a-t-il lancé à la foule avant que celle-ci ne respecte une minute de silence.

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Outre l’opposition à l’IVG, les organisateurs de la « marche pour la vie » réclament une échographie obligatoire dès la sixième semaine de grossesse, permettant d’« entendre battre le cœur du fœtus », ou encore un délai de réflexion de trois jours avant toute IVG. Ils appellent également à « encourager l’accouchement sous X » et à défendre « le droit absolu à l’objection de conscience des personnels de santé et protéger la clause de conscience spécifique. » Autre sujet également à l’ordre du jour de la manifestation, le rejet de toute « légalisation du suicide assisté et de l’euthanasie » et l’appel à « un grand plan pour que les soins palliatifs soient accessibles » à tous.

L'IVG dans le Monde : Diversité des Législations et Réalités

La législation concernant l’IVG diffère selon les pays. En 2024, 77 États, dont la France et les autres membres de l’Union européenne sauf la Pologne et Malte, autorisent l’avortement sans autre restriction que le délai de recours, période pendant laquelle la femme peut avorter, généralement exprimée en semaines d’aménorrhée (absence de règles). Ce délai est très variable : de 14 semaines en Espagne à 24 aux Pays-Bas.

Aux États-Unis, depuis que la Cour suprême a annulé, en 2022, l’arrêt fédéral Roe v. Wade qui garantissait depuis 1973 le droit d’avorter sur tout le territoire, chaque État est libre de déterminer sa propre politique sur l’accès à l’IVG. Quatorze États l’ont interdit ou ont restreint l’accès. Des États ne permettent l’avortement qu’après autorisation médicale, comme la Pologne, ou sur justifications socio-économiques, comme le Royaume-Uni, l’Inde ou le Japon. Dans 41 pays, l’IVG n’est légal que pour motifs particuliers : grossesses issues d’un viol ou d’un inceste, ou problèmes médicaux pour la mère ou l’enfant.

Quelle que soit la législation, le recours à l’avortement reste dans les mêmes proportions : 34 femmes sur 1 000 lorsque la loi l’autorise, 37 sur 1 000 lorsque la loi l’interdit. Au total, selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), 73 millions d’IVG ont lieu chaque année dans le monde - environ 3 grossesses sur 10 -, qu’ils soient légaux ou clandestins. Ces IVG clandestines, non sécurisées, causent entre 4,7 % et 13,2 % des décès maternels, particulièrement dans les régions en développement.

Les Débats Éthiques et les Souffrances Muettes

L’IVG continue de faire l’objet d’un débat éthique entre les « pro choix » qui estiment que l’IVG est un droit fondamental et les « pro vie » qui défendent la dignité de la personne dès sa conception. En filigrane, derrière l’IVG, se profile la longue liste de blessures féminines liées aux relations avec les hommes : coups, viols, violences, abandon, mépris, mensonge, trahison… La relation homme-femme est abîmée et souvent douloureuse.

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Dans l’IVG, l’homme autant que la femme est en cause : ce n’est jamais tout à fait un « acte solitaire ». Si on en a fait un « droit fondamental », il est malheureusement souvent le reflet d’une démission de l’homme. Il aurait dû être un soutien… il était absent. Combien de femmes ne se seraient pas résignées à cette issue si elles n’avaient pas été laissées seules face à ce choix ? Comment ne pas penser à tous les chantages et les ultimatums pathétiques auxquels elles ont été soumises, les menaces et les pressions auxquelles il leur a fallu faire face ?

Il est bien rare que l’on propose une alternative à la femme qui se pose la question. Sommes-nous devenus aveugles à ce point pour refuser de regarder en face les blessures profondes et durables liées à ce drame ? La femme n’est-elle pas aussi victime de l’IVG ? Combien de souffrances muettes n’avons-nous pas causées par nos silences complices ? Ne sommes-nous pas face à des souffrances d’autant plus vives qu’on n’ose pas les nommer ?

Les divisions coupables

Les plus mobilisés sur la question de la vie sont aussi les plus divisés, chacun pensant que l’unité devra se faire autour de sa propre initiative. Les tenants de l’action politique ignorent parfois les associations de terrain, qui ont choisi l’engagement auprès des personnes. Celles-ci au contraire critiquent les marches ou autres démonstrations publiques, qui seraient inutiles et contre-productives. Il y a enfin ceux qui considèrent que ce n’est jamais le moment de parler de cette question, que l’Église n’en a ni la légitimité ni les compétences. Mais s’il faut attendre d’être irréprochable pour nous exprimer, nous risquons fort de ne plus rien dire sur aucun sujet.

Augmentation du nombre d'IVG en France

Avec 251 270 interruptions volontaires de grossesse (IVG) en 2024, le taux de recours à l’avortement en France continue d’augmenter. En 2024, il y a eu 251 270 IVG, soit 7000 de plus qu’en 2023, selon l’étude annuelle de la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (Drees) publiée. Le taux de recours à l’avortement atteint désormais 17,3 IVG pour 1 000 femmes, soit 2,3 points de plus qu’en 2021 et 0,5 point de plus qu’en 2023.

L'opinion des Catholiques aux États-Unis

Une étude montre que les catholiques aux États-Unis sont en majorité favorables à l’instauration d’un cadre légal à l’avortement. Selon les résultats, extraits d’une bien plus large étude conduite, plus de six catholiques sur dix (61 %) se prononcent en faveur de la légalisation de l’avortement outre-Atlantique. Un positionnement qui se rapproche de l’ensemble de l’opinion américaine sur l’épineuse question de l’IVG.

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