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Edith Stein: De la Crèche à la Croix, un Chemin de Vérité et de Martyre

Edith Stein, philosophe brillante convertie au catholicisme, a vécu une vie marquée par une quête incessante de la vérité et un engagement profond envers son peuple et sa foi. Son parcours, depuis son enfance dans une famille juive pratiquante jusqu'à son martyre à Auschwitz, témoigne d'une âme assoiffée de Dieu, trouvant sa plénitude dans la contemplation de la Croix et l'imitation du Christ. Son analyse profonde du mystère de Noël, reliant intimement la crèche à la croix, révèle une compréhension aiguë du dessein salvifique de Dieu.

Une Jeunesse Intellectuelle et Spirituelle

Née en 1891 dans l'Empire allemand, Edith Stein démontre dès son plus jeune âge une aptitude exceptionnelle pour les études. Elle excelle dans toutes les disciplines et se passionne pour la connaissance. Cependant, à l'adolescence, elle abandonne la pratique religieuse, déclarant : « En pleine conscience et dans un choix libre, je cessai de prier ». Cette rupture avec la foi juive de sa famille ne la détourne pas de sa recherche de la vérité. Elle se plonge dans la lecture et développe un intérêt particulier pour la philosophie, qu'elle étudie à l'université de Breslau.

Sa soif de savoir la conduit à Göttingen, où elle découvre les thèmes développés par Edmund Husserl, le fondateur de la phénoménologie. Cette approche philosophique, qui part de l'expérience vécue et de la conscience, la captive. Elle devient une disciple assidue de Husserl et la première femme en Allemagne à présenter une thèse en philosophie, intitulée « Sur le problème de l'empathie ». Son travail est remarqué et elle devient la collaboratrice d'Husserl, participant activement à ses recherches et à la synthèse de ses idées.

La Découverte de la Croix et la Conversion

Malgré son succès intellectuel, Edith Stein vit une période de doute et de questionnement. Elle est touchée par la mort de son ami, le philosophe Adolf Reinach, converti à la foi évangélique et tombé au front en 1917. L'attitude de sa veuve, Anna Reinach, qui console les autres malgré sa propre douleur, l'interpelle profondément. « Pour la première fois, je rencontrai la croix et cette force qu’elle communique à ceux qui la portent. »

Un événement décisif marque un tournant dans sa vie : la lecture de l'autobiographie de sainte Thérèse d'Avila. Elle est bouleversée par le récit de la vie de la sainte, son cœur à cœur avec Dieu. « Alors, le récit vivant que Thérèse d’Avila livre de sa vie, son cœur à cœur avec Dieu bouleverse Édith. » Elle y découvre une réponse à sa quête de la vérité et une invitation à une relation personnelle avec Dieu. Elle réalise que « l’Être capable d’empathie, serait-il Dieu ? ».

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Visitant la cathédrale de Francfort, Edith est frappée par la foi simple d'une femme qui entre faire une prière au milieu de ses occupations quotidiennes. « C’était pour moi quelque chose de tout à fait nouveau. Dans les synagogues et les temples que je connaissais, quand on s’y rendait c’était pour l’office. Ici, au beau milieu des affaires du quotidien, quelqu’un pénétrait dans une église comme pour un échange confidentiel. »

Suite à ces expériences, Edith Stein se convertit au catholicisme et est baptisée le 1er janvier 1922. « Seigneur, est-il possible à quelqu’un de renaître une fois écoulée la moitié de sa vie ? Tu l’as dit, et c’est pour moi devenu réalité. Le poids des fautes et des peines de ma longue vie m’a quittée. Debout j’ai reçu le manteau blanc placé sur mes épaules, symbole lumineux de la pureté ! J’ai porté à la main le cierge dont la flamme annonce qu’en moi brûle ta vie sainte. Mon cœur est désormais la crèche qui attend ta présence. Marie, ta mère, qui est aussi la mienne, a déposé en mon cœur son enfant nouveau-né. Oh ! Nul cœur humain ne peut concevoir ce que tu prépares à ceux qui t’aiment. Tu es à moi désormais et jamais plus je ne te quitterai. »

Annoncer cette conversion à sa mère est une épreuve difficile. « Quant à ma mère, ma conversion est la plus lourde peine que je puisse lui porter ». Malgré la douleur que cela cause à sa mère, Edith reste ferme dans sa foi et poursuit son chemin spirituel.

L'Entrée au Carmel et la Science de la Croix

Après son baptême, Edith Stein songe au Carmel, mais elle ne le rejoint qu'onze ans plus tard, en 1933, alors que le IIIe Reich prend possession de l'Allemagne. Elle entre au carmel de Cologne et prend le nom de sœur Thérèse Bénédicte de la Croix, littéralement « Thérèse bénie de la Croix ». À Pâques 1935, elle est appelée à la profession simple et exprime son désir de se mettre de plus en plus à la disposition de Dieu afin de répondre en plénitude à sa vocation de consacrée, d'épouse du Christ. « Je ferai de toi mon épouse pour toujours »

La même année, les lois antisémites interdisent le mariage entre juifs et sujets de sang allemand et retirent aux juifs la citoyenneté allemande, leur interdisant de voter, de servir dans l'armée et dans la fonction publique. Sœur Bénédicte souffre et prie pour son peuple et pour l'Église, mais elle est sans illusion. Elle perçoit que « Voici l’heure de Gethsémanie et du Golgotha. »

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En 1938, lors d'élections, une délégation se présente au parloir du Carmel avec les urnes et les bulletins. Les sœurs remplissent sur place leur devoir civique. À la fin du vote, l'un des commissaires remarque que deux noms manquent à l'appel. La Prieure répond que c'est une sœur qui a perdu ses esprits et que l'autre n'est pas aryenne. Un des hommes hurle : « inscrivez immédiatement ‘non aryenne’ ».

Peu de temps après, dans ce climat d'angoisse, elle fait profession solennelle. « Je ferai de toi mon épouse dans la justice et le droit. » La même année, la synagogue de Cologne est brûlée au cours de la nuit de cristal. Sœur Bénédicte est transie de douleur. « L’ombre de La croix s’abat sur mon peuple » dira-t-elle.

Consciente du danger, la prieure essaye de la faire partir dans un carmel en Israël, mais c'est trop tard. Elle la fait alors partir au Carmel d'Echt en Hollande. Sa sœur Rosa arrive également à quitter l'Allemagne et la rejoint, sollicitant son admission dans l'ordre, auquel elle aspire aussi depuis son baptême.

Au Carmel, elle étudie et écrit, développant une profonde théologie de la Croix. « La science de la croix - titre de l’un de ses ouvrages - peut être apprise seulement si l’on ressent tout le poids de la croix. » Elle comprend que la souffrance, vécue dans l'amour du Christ, peut devenir une source de rédemption. Elle se met de plus en plus à la disposition de Dieu afin de répondre en plénitude de sa vocation de consacrée, d’épouse du Christ, tel que bien avant d’entrer en religion, elle l’avait évoqué : la consacrée « se tient debout à ses côtés, comme l’Eglise et comme la mère de Dieu (…). Elle se tient là pour aider aux travaux de la Rédemption. Le don total de son être et de sa vie, la fait entrer dans la vie et les travaux du Christ, lui permettant de compatir et de mourir avec lui, de cette mort terrible, qui fut pour l’humanité, la source de la vie. Ainsi, l’épouse de Dieu connaît une maternité surnaturel qui embrasse l’humanité, rachetée tout en entière.

L'Arrestation et le Martyre à Auschwitz

Au début de 1942, il devient évident que les Allemands programment pour la Hollande l'extermination systématique des juifs. Les sœurs Stein sont convoquées en mai par la Gestapo d'Amsterdam. Elles tentent des démarches vaines pour aller en Suisse, puis en Espagne.

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Le 11 juillet 1942, l'épiscopat catholique des Pays-Bas, en accord avec le synode de l'église réformée, adresse au commissaire du Reich une vive protestation contre les mesures dont les juifs sont victimes. En représailles, le 2 août, les nazis ordonnent d'arrêter tous les religieux non aryens dans leur couvent. Les deux sœurs sont arrêtées et envoyées dans un camp de transit. « Viens, nous partons pour notre peuple », dit-elle à sa sœur.

Edith Stein est déportée à Auschwitz et gazée le 9 août 1942. Elle meurt en martyre, offrant sa vie pour son peuple et pour la vérité. Dans le camp d’extermination nazi, Edith Stein porte un témoignage d’amour bouleversant par l’attention et la tendresse qu’elle porte aux plus faibles.

La Crèche et la Croix: Une Analyse du Mystère de Noël

Edith Stein médite profondément sur le mystère de Noël et sur le lien intime qui unit la crèche à la Croix. Elle remarque que, dès le lendemain de Noël, l'Église dépose ses ornements blancs pour revêtir la pourpre du sang, en mémoire d'Étienne, premier martyr, et des saints Innocents.

« Cette joie de Noël, chacun de nous a pu l’éprouver ; mais le ciel et la terre ne sont pas encore unis. Aujourd’hui encore, l’étoile de Bethléem brille dans une nuit profonde. Déjà au lendemain de Noêl, l’Eglise dépose ses ornements blancs pour revêtir la pourpre du sang et, au quatrième jour, le violet du deuil. Etienne, premier martyr à suivre le Seigneur dans la mort, et les saints Innocents, les nourrissons de Bethléem et de Juda impitoyablement massacrés, font cortège à l’Enfant dans la crèche. Qu’est-ce que cela signifie ? Où donc est l’allégresse des cohortes célestes, où est la tranquille félicité de la nuit sainte ? Paix sur la terre aux hommes de bonne volonté. Mais tous ne sont pas de bonne volonté. Le Fils du Père éternel dut descendre de la gloire du ciel parce que le mystère du mal avait enveloppé le monde de ténèbres. Ces silhouettes agenouillées autour de la crèche sont des figures de pure lumière : les frêles Innocents, les Bergers confiants, les humbles Rois-mages, Etienne le disciple ardent, et Jean, l’apôtre de l’Amour, tous ont répondu à l’appel du Seigneur. Devant l’Enfant de la crèche, les esprits se divisent. Il est le Roi des rois, celui qui règne sur la vie et la mort. Il dit : Suis-moi, et qui n’est pas pour lui est contre lui. »

Elle comprend que Dieu se fait homme pour libérer l'homme du péché et que cette libération passe par la Croix. La Fuite en Égypte, représentée dans l'art, illustre la persécution que subit l'Enfant Jésus dès sa naissance. Corot, dans son tableau de la Fuite en Égypte, met en valeur la Sainte Famille fuyant la fureur d'Hérode. Le batelier qui les fait traverser le fleuve évoque la Passion du Christ. Marie, sereine et souriante, tient dans ses bras l'Enfant, symbole d'espérance.

Edith Stein nous invite à approfondir le mystère de Noël à la lumière de la liturgie de l'Église, en reliant la crèche et la Croix. Elle nous rappelle que l'Incarnation du Fils de Dieu est un acte d'amour qui culmine dans le sacrifice de la Croix.

Canonisation et Patronne de l'Europe

En octobre 1998, saint Jean-Paul II canonise Edith Stein comme martyre, sous son nom de carmélite Thérèse Bénédicte de la Croix. Il la nomme ensuite co-patronne de l'Europe, avec Brigitte de Suède et Catherine de Sienne. Il y a également trois co-patrons de l’Europe : saint Benoît et saints Cyrille et Méthode. Donc 6 fois par an nous prions pour notre vieux continent.

Jean-Paul II souligne le lien entre son martyre et l'histoire contemporaine. Il voit en elle un contrepoids lumineux à la crise de la charité qui a marqué le XXe siècle, un siècle marqué par l'archipel du goulag, les chambres à gaz, les services d'avortement et les services d'euthanasie, dans ce que Jean-Paul II appelait une culture de mort. Il la compare à Thérèse de l'Enfant Jésus et à Mère Teresa, trois figures lumineuses qui témoignent de l'amour de Dieu.

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