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L'acte fécond en psychanalyse : Définition et implications

La psychanalyse, en tant que pratique et théorie, se distingue des autres formes de psychothérapie par son emphase sur l'inconscient, le transfert et l'interprétation. Au cœur de cette distinction se trouve la notion d'acte psychanalytique, un concept que Jacques Lacan a cherché à définir et à explorer tout au long de son œuvre. Cet article se propose d'examiner la définition lacanienne de l'acte psychanalytique, en mettant l'accent sur le moment fécond de cet acte et ses implications pour la cure analytique.

L'acte psychanalytique : une révolution?

Lacan, dans son séminaire « L’acte psychanalytique », a souligné que la dimension d’acte du travail de l’analyste est demeurée largement méconnue. Il a constaté que la vérité de cet acte est restée voilée, et qu'il est peut-être le premier à en parler explicitement. Selon Lacan, le propre de l'acte psychanalytique est de « révolutionner » quelque chose. Il rapproche cet acte de l'activité contestataire, qui tend à dénoncer ce qui est demeuré occulté.

Dans le contexte historique des bouleversements de Mai 1968, Lacan a établi un parallèle entre l'acte psychanalytique et la révolte étudiante. Il a suggéré que la révolte étudiante visait à dévoiler les effets du progrès scientifique sur la réalité économique, notamment l'exploitation capitaliste, que l'université aurait couvert complaisamment. De même, l'acte psychanalytique vise à faire émerger quelque chose d'occulté, un savoir inconscient qui fait retour sur la scène de la réalité présente, à travers le phénomène du transfert.

Le transfert : un savoir occulté qui fait retour

Le transfert, tel qu'il se manifeste au cours d'une cure psychanalytique, est un surgissement dans l'actuel, une prise en masse aveuglante, mais qui contiendrait en même temps les données permettant de reconnaître la vérité en cause. Il s'agit d'un phénomène complexe qui implique une implication active du psychanalyste dans le processus de la cure.

Freud n’avait pourtant pas évité la question, comme en témoigne la tonalité nettement activiste de l’ensemble des Écrits techniques qui traitent de l’action thérapeutique de celui que Freud continue d’appeler « le médecin ». Cependant, une difficulté demeure aujourd'hui pour spécifier clairement cette action du psychanalyste, pour la différencier de la pratique médicale, mais aussi de celle du maître, de l'éducateur et du professeur.

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Les postulats de l'analyste

L'approche psychanalytique implique une disposition subjective particulière de l'analyste. Pour autant qu'on n'observe que ce que l'on cherche, il faut parler des « postulats » qui supportent chaque psychanalyste dans son entreprise. Ces postulats-désir de l’analyste précèdent de fait ce qu’il est convenu d’appeler son contre-transfert vis-à-vis d’un patient donné. Il s’agit, en effet, de ce que l’analyste attend a priori de l’analyse, et donc l’ouverture qu’il propose plus ou moins consciemment à l’investissement du patient.

Le rôle déterminant d'une telle attente subjective de l'analyste peut être comparé à celle qui prévaut au départ du développement de toute vie subjective ; l'attente des parents, leurs dispositions, conditionnent les possibilités du bébé à se constituer comme « sujet nouveau ». De même, les postulats de départ des parents vont déterminer pour une part ses chances d’un développement subjectif.

Cette attente d'un gain de savoir implique que l'analyste considère tout savoir constitué comme structurellement déficient. Mais n'est-ce pas de façon générale le propre de la démarche de tout chercheur que de supposer une telle incomplétude ?

Supporter le transfert et dynamiser le processus

Une fois instauré ce transfert, quelque en soit la nature, le psychanalyste aura ensuite pour tâche de graduellement l’expliciter afin de le rendre saisissable par le patient. Aussi l’action du psychanalyste doit-elle tirer parti d’un certain porte-à-faux pour dynamiser le processus perlaboratif. Il s'agit surtout, comme le formule Lacan, de « faire passer quelque chose de la jouissance à la parole » : passer du bénéfice de la répétition agie, à l’effort de mettre celle-ci en mots.

Lacan pose que l’acte du psychanalyste consiste avant tout à « supporter le transfert », c’est-à-dire pas seulement le subir ou l’endurer, mais en quelque sorte de se faire le « supporter », dans chaque cure, du transfert particulier qui a besoin de s’y produire, même et surtout s’il est « négatif ». Car c’est avant tout en se prêtant à être objet du transfert que l’analyste peut être instruit de ce qui est en jeu.

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Lacan précise : « La mise en place du sujet-supposé-savoir consiste à jouer sur quelque chose que votre acte va démentir ». Il ajoute : « C’est pour cela que j’ai réservé pendant des années le terme de Verleugnung [déni-désaveu] … pour le faire vivre au niveau de l’analyste lui-même. » Ce terme Verleugnung rapproche l’activité de l’analyste de la position dite « perverse » que Freud caractérise par ce concept.

Interprétation et suspension du jugement

Même lorsqu’il en vient à expliciter au patient quelque chose du rapport transférentiel, l’analyste doit parfois prendre soin d’en formuler l’interprétation en maintenant un certain suspens d’attribution ; c’est-à-dire non seulement suspendre le jugement « bon/mauvais », mais aussi l’attribution « de moi/pas de moi ». Il faut souvent ménager un tel suspens avec le patient, le temps nécessaire, surtout lorsque celui-ci a été marqué par une forme d’aliénation à son origine.

Lacan dit que « par son acte, le psychanalyste a pour fonction de présentifier dans la cure un démenti ». Or en fait, l’acte premier, celui de supporter le transfert, établit une complicité silencieuse, et c’est seulement la levée de cette complaisance qui pourra apporter un démenti - pour autant que dé-mentir, c’est littéralement lever un mensonge. L’actualisation effectuée par le transfert n’apporte en tant que telle aucun démenti, mais constitue seulement un symptôme porteur de ce qu’il y a lieu d’analyser. C’est bien pourquoi Freud a d’abord parlé du transfert comme d’une résistance.

Interpréter trop vite, sans avoir suffisamment « supporté le transfert », ne peut être reçu par le patient que comme une fin de non-recevoir. À l’inverse, ne pas interpréter et se borner à endosser le transfert, sous prétexte de s’en servir, tend à entretenir indéfiniment la mystification du patient. La passivité complaisante de l’analyste cautionne le transfert occulté et fait perdurer la communauté du déni.

Le moment fécond de l'acte psychanalytique

La question se pose alors de savoir dans quelle mesure un analyste sait vraiment ce qu’il fait au moment le plus fécond de son acte, et jusqu’à quel point l’analyste est à même de diriger le processus. L’action du psychanalyste se spécifie de favoriser chez le patient un processus de saisie subjective, vers un plus d’ex-sistence.

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Il importe d’insister sur le fait que si l’objet par excellence de la psychanalyse est bien la subjectivation, celle-ci constitue ce qu’il convient d’appeler un objet complexe. L’approche psychanalytique s’est imposée comme un dispositif conséquent pour mieux saisir cet objet complexe qu’est la vie subjective - tant il est vrai que l’action de subjectiver constitue en soi quelque chose de complexe et de paradoxal.

Lorsqu’on parle de subjectiver quelque chose, cela indique certes le fait de se l’approprier en personne propre ; c’est le versant actif de l’opération, qui peut être envisagé comme étoffage du Moi, au sens où l’entend Freud dans La Négation. Mais l’acte de subjectiver comporte simultanément un tout autre registre, qui ne cesse d’apparaître dans le travail en séance, où subjectiver consiste en même temps à se reconnaître assujetti et se situe par-là du côté de la passivation.

La subjectivation ne peut donc se réduire aux fonctions de maîtrise du moi ; car elle est tout autant, comme renversement subjectivant, l’effet d’une quête de satisfaction (pulsionnelle) sur le mode passif. C’est pourquoi dans le processus d’une cure qui marche, la subjectivation progresse au travers d’une aptitude accrue à la passivation - celle avant tout de se reconnaître assujetti aux signifiances qui surgissent dans la libre association.

Inconscient et "Une-bévue"

Lacan, en promouvant la suprématie du symbolique sur l’imaginaire, a donné une sorte de définition de l’inconscient : l’inconscient se manifeste dans les accrocs, les accidents de la parole, et le rêve. Dans ses Séminaires XII et XIII, Lacan a identifié les problèmes cruciaux pour la psychanalyse comme étant le sujet, le savoir et le sexe, tous marqués par un manque. L’objet de la psychanalyse se présente alors comme coupé de toute représentation, comme n’ayant pas d’image, pas non plus de nom d’où son appellation de « petit a ».

En 1967, Lacan a écrit trois textes importants : la Psychanalyse dans ses rapports à la réalité, la Méprise du sujet supposé savoir, et Raison d’un échec. Dans la Méprise du sujet supposé savoir, Lacan critique l’oubli de la découverte de Freud, avance que l’inconscient « c’est des pensées » et que sa fonction consiste dans l’effacement du sujet. Il rappelle que « l’inconscient, ce n’est pas de perdre la mémoire : c’est de ne pas se rappeler de ce qu’on sait » et que « Tout ce qui est de l’inconscient ne joue que sur des effets de langage ».

Lacan ne reculera pas à dire que la mise en place de la supposition de savoir est de veine, soit de structure dans l’expérience analytique. Parler c’est supposer un Autre, et tous les problèmes de la fin de l’analyse résident en ce point : la chute du sujet supposé savoir n’éradique pas la supposition qui est coextensive au statut d’être parlant. Il s’agit de construire la théorie de la méprise essentielle au sujet de la théorie, avec pour l’analyste une tâche dans la pratique : s’égaler à la structure, ce qui ne veut rien dire d’autre que faire apercevoir à l’analysant la méprise, ce qui dévoile S( A-barré), qui est la structure même…. qui le détermine.

Dans le Séminaire XX, Encore, Lacan avance vers un statut de l’inconscient proprement lacanien qui se manifeste dans la bévue. La bévue remplace l’Un-bewusst et l’inconscient est réel. La cure a permis au sujet de « construire » son histoire et dès lors c’est l’hystoire avec un « y » qui prévaut soit la façon dont le sujet a pu par l’analyse se détacher des composantes infantiles de sa névrose. Ce point d’arrivée suppose que la construction du fantasme se soit conclue par sa traversée, et que le symptôme message ait pu être réduit à sa fonction de jouissance qu’on appelle sinthome. Assumer la castration signifie réaliser que la béance tient à son statut d’être parlant, ce pourquoi Lacan avance en 75 la notion de parlêtre, qui dit-il remplace pour lui l’ICS de Freud.

Options lacaniennes pour la direction de la cure

Lacan a été amené à prendre des options pour la direction de la cure, impliquant un choix dicté par l’expérience. Ces options incluent la durée variable des séances et la possibilité d'envisager la fin de l’analyse selon un autre type d’identification, car l’identification au symptôme n’est aucune des trois identifications proposées par Freud. Il y a promesse de moindre démenti sur le réel, mais c’est surtout entrer dans l’ère de la contingence, de la rencontre, aussi bien amoureuse que celle de vivre sous la loi sexuelle du réel.

Lacan pose la réalité psychique comme étant le fantasme, tandis que la réalité de l’inconscient est la réalité sexuelle, marquée du sceau de l’impossible. Le sinthome est ce quelque chose qui répond à la réalité sexuelle, nouant ensemble symbolique et réel ou ajoutant une troisième dit-mension au couple S-I, I voulant dire l’implication du corps dans l’affaire. Le sinthome articule exactement le symbolique au corps (d’où cette appellation de parlêtre amenée par Lacan dans RSI qui équivaut à l’ICS freudien et qui articule le fait que l’être pour l’humain est parlant, il n’y a d’être que parlant, que vivant, qu’ayant un corps dont il fait usage).

En venir à faire de l’analyste précisément ce sinthome fait mesurer immédiatement l’écart avec l’analyste comme Autre. Il faut éviter l’obstacle que l’identification au sinthome se révèle en fait une resucée de l’identification à l’analyste sur laquelle Lacan n’a pas ménagé les égarements de l’IPA. Il s’agirait donc de s’identifier à ce qui répond du Non-rapport sexuel, et envisager la fonction de l’analyste dans cette réduction au sinthome de la jouissance pour l’analysant. Lacan confère au sinthome cette propriété particulière de dé-nouage et re-nouage autrement, ou tout au moins la réparation de l’erreur, du lapsus qui a fonctionné pour donner un mauvais arrangement du nœud.

Le trou inviolable et la lettre de jouissance

Le symbolique alors n’est plus la chaîne signifiante mais défini par le trou, trou du refoulement primaire, « trou inviolable » dit Lacan. Ce deuxième temps, celui où Lacan met l’accent sur la lettre et non plus sur l’objet, correspond donc à un changement qui fait passer de la voix à l’écriture, à la lettre de jouissance. Le support du signifiant dès lors change, ce n’est plus la voix mais l’écrit, le trait.

L’écriture en question vient d’ailleurs que du signifiant. Lacan ne rapporte pas l’écriture au trait unaire comme identificatoire car, dit-il, « du fait du nœud borroméen, j’ai donné un autre support à l’Einziger Zug. » La droite infinie est équivalente au réel, qui réalise le nouage des deux cercles valant pour l’imaginaire et le symbolique. Lacan construit avec le nœud une logique de sac et de corde, la corde servant à ficeler le sac.

Une fin possible pour l’analyse est une fin contingente, une fin ouverte. C’est par la contingence que le réel peut venir à sa place, c’est-à-dire reconnu et inclus dans ce que sera le « vivre la pulsion du sujet ». L’implication de l’analyste est telle qu’au bout du compte, l’analyste fait partie de l’inconscient et la cure et son issue en dépendent strictement.

Lacan et la psychose

Dès les années 30, Lacan s’appuie sur la théorie freudienne dont il reconnaît la démarche scientifique. Il prône le «retour » à Freud, la lecture attentive des textes freudiens. Cependant, la personnalité singulière de Lacan va infiltrer toute la pensée freudienne et la détourner. Il opèrera même une transformation progressive et radicale des concepts freudiens ; il passera de la logique des topiques freudiennes à une topologie lacanienne en revendiquant une rigueur conceptuelle à l’idéal mathématique.

Une hypothèse pourrait permettre de comprendre en partie ces écarts conceptuels entre Freud et Lacan : si la théorie de Freud s’est organisée autour de l’énigme de l’hystérie et de la relation avec Dora, la théorisation de Lacan s’originerait de la relation singulière avec Aimée à Sainte-Anne autour de l’énigme de la paranoïa. Sa thèse de 1932 est centrée autour du cas d’Aimée, dans une approche alors psychiatrique d’un jeune brillant aliéniste de St Anne, histoire clinique qu’il qualifie de prototype de la paranoïa d’autopunition.

Ses réflexions sur le stade du miroir (1936-1949), restent essentielles à la compréhension des psychoses, Le stade du miroir comme formateur de la fonction du Je. La construction du sujet passe par la constitution de l’image du corps propre, d’une identification première, un « nœud imaginaire », au fondement du narcissisme.

C’est dans les années 1955-1956, dans son séminaire sur les psychoses, que vont progressivement s’élaborer ses constructions à partir de ses hypothèses du signifiant et du signifié, et des ordres du symbolique, de l’imaginaire et du réel. Pour Lacan, l’existence du sujet est conditionnée par son accession à l’ordre symbolique, une « Bejahung » primordiale, une affirmation d’une perception originelle correspondant au jugement d’attribution. Cette Bejahung peut faire défaut dans un au-delà du refoulé sous l’effet d’un phénomène d’exclusion, die Verwerfung, désignant un mécanisme de défense primitif, antérieur à la Verneinung, à la dénégation, correspondant au jugement d’existence. Ce qui est refusé, dans l’ordre symbolique, reparaît dans le réel.

Lacan définit le mécanisme de la forclusion comme défaillance de la symbolisation primaire. La Bejahung, symbolisation primaire, nécessite deux opérations complémentaires, une introduction dans le sujet et une expulsion hors du sujet, ce qui correspond à la projection de Freud - et ce qui a été aboli à l’intérieur du sujet, revient de l’extérieur.

Pour approfondir la compréhension des psychoses, Lacan va choisir, à l’instar de Freud, un document, le livre d’un aliéné, Les mémoires d’un névropathe du président Schreber. Lacan formule sa proposition : « l’inconscient est structuré comme un langage » et il affirme ainsi la fonction primordiale de la parole. Lacan opère une liaison logique entre le penser et le perceptif alors que Freud insiste sur un écart irréductible.

Lacan reste fasciné par le fonctionnement paranoïaque et ses formulations sont traversées par les travaux linguistiques et structuralistes : « Le fondement même de la structure paranoïaque est que le sujet a compris quelque chose qu’il formule, à savoir quelque chose a pris forme de parole qui lui parle, structure de cet être qui parle au sujet ».

Lacan à partir de sa distinction signifiant/signifié formule une hypothèse pour spécifier la différence des névroses et des psychoses : dans la névrose le conflit mettrait plus en jeu les signifiés, dans la psychose la problématique se joue dans l’existence de la structure du signifiant et des signifiants de base, c’est-à-dire des signifiants primordiaux.

La question posée par Lacan est celle du manque essentiel d’un signifiant, un défaut inscrit dans l’histoire du sujet, qui existe depuis toujours : ce défaut est désigné par Verwerfung qu’il théorise ultérieurement sous le terme de forclusion. Ce défaut met radicalement en cause l’ensemble du signifiant. Ce signifiant qu’il développera plus tard est le signifiant Père, tour à tour être père, phallus, le Nom de père.

Lacan précise le moment crucial de toute entrée dans la psychose, le moment où, de l’autre, vient l’appel d’un signifiant essentiel qui ne peut être reçu et « il se rapporte au court-circuit de la relation affective, qui fait de l’autre un être de pur désir, lequel ne peut être dès lors, dans le registre de l’imaginaire humain, qu’un être de pure interdestruction…, ceci lorsque se trouve cour-circuité la relation triangulaire œdipienne ».

Lacan constate que les délirants, les psychotiques aiment leur délire comme ils s’aiment eux-mêmes, dimension narcissique dans l’investissement des représentations de mot dissociées des représentations de chose. À partir de cette dissociation, Lacan formule une autre hypothèse au sujet de la psychose avec la notion de « points de capiton » considérés comme des points d’attache entre signifiant et signifié, opération par laquelle «le signifiant arrête le glissement autrement indéfini de la signification » par effet rétroactif, en après-coup.

Dans le schéma L, « La condition du sujet S (névrose ou psychose) dépend de ce qui se déroule en l’Autre ».

Liberté et psychose

Il n’est pas de psychotique qui ne se pose ou qui ne pose la question de la liberté. Dégager la production délirante de l’organicité, c’est la seule possibilité de rendre au psychotique sa liberté donc sa responsabilité. Le surgissement d’un sujet du langage au champ de l’Autre, suppose une affirmation, un oui primordial au signifiant. En ce sens, seul le psychotique serait l’homme libre de ne pas être aliéné au langage avec lequel il prend toute liberté, au point d’en faire un langage privé.

Une patiente a trouvé un support dans l’envoi, depuis plusieurs années, de fréquentes lettres. Dans sa dernière lettre, elle écrit : “Pardonnez-moi de vous harceler constamment par mes lettres. Mais, combien votre pensée m’a sauvée alors que j’étais sans issue psychique, privée de liberté parce que j’étais atteinte d’hallucinations. Ces années ont été l’avènement du Message avec moi-même, avec le Maquillage. J’ai choisi la solution du mensonge, du déguisement car, si j’avais avoué ma maladie, j’en serai au même point. Elles ne m’assaillent plus. ”

Cette vignette clinique montre comment un patient psychotique a pu trouver lui-même à s’appuyer sur un Autre - sans qu’il ait eu besoin que cet Autre ne lui fasse signe et c’est même à cette condition que l’Autre a pu exister comme faisant fonction d’Autre.

Lapsus calami et architecture d'une suppléance

Joyce s’affronte aussi à la psychanalyse par le traitement singulier qu’il applique au rêve où les images sont relues comme des impressions auditives. Lacan souligne une erreur dans l’écriture du nœud : un lapsus calami touchant au réel.

Lacan a aussi fait valoir comment une invention, résultant le plus souvent d’un travail soutenu sur de nombreuses années, est une conquête de haute lutte pour celui qui n’a pas le Nom-du-père comme appui. C’est le cas de ce jeune architecte qui en vient à exprimer que ce qu’il appelle « son obsession » est son « outil de travail » et il ajoute cette précision en deux points indissociables : « La pensée se fait auditive, la pensée est thématique ». Il se trouve à fortifier l’architecture de sa suppléance avec des lignes toujours à redresser et des poutres à placer ici où là pour éviter tout effondrement.

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