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Journalistes Américaines et Opinions sur l'Avortement : Un Droit en Question

Introduction

La question de l'avortement est l'une des plus controversées aux États-Unis, suscitant des débats passionnés et des mobilisations politiques intenses. Cet article explore les opinions de journalistes américaines sur l'avortement, en s'appuyant sur des analyses et des reportages récents. Il examine également l'évolution du cadre légal de l'avortement aux États-Unis et les implications de la décision Dobbs v. Jackson Women’s Health Organization qui a annulé le droit constitutionnel à l'avortement au niveau fédéral.

Contexte Historique et Juridique

Roe v. Wade : Une Décision Fondatrice

En 1973, la Cour suprême des États-Unis a rendu la décision historique Roe v. Wade, qui a fait de la question de l'avortement une question de politique nationale. Cette décision a cristallisé l'idée selon laquelle les États avaient tout intérêt à politiser et policer le corps des femmes et la potentialité de vies humaines à des fins électoralistes. Roe v. Wade, bien que considérée comme la culmination d'une période d'intense mobilisation pour les droits des femmes, restait relativement restrictive, limitant l'accès à l'avortement à quelques semaines et ne garantissant pas l'accès à toutes les femmes, en particulier les plus précaires.

Dobbs v. Jackson Women’s Health Organization : Un Revirement Majeur

Le 24 juin 2022, la Cour suprême a rendu une nouvelle décision marquante, Dobbs v. Jackson Women’s Health Organization, qui a retiré le droit constitutionnel à l'avortement au niveau fédéral. Cette décision a annulé Roe v. Wade et Planned Parenthood v. Casey (1992), rendant aux États fédérés le pouvoir de légiférer en matière d'avortement.

Yvonne Marie Rogez souligne que l'arrêt Casey avait déjà fortement transformé Roe en permettant aux États de limiter l’accès à l’avortement et précise que de nombreux juristes s’accordaient à dire que les deux arrêts allaient de toutes façons être relativement facilement annulés car ils ne permettent l’avortement qu’à travers le droit à la vie privée au lieu d'être inscrits dans la Constitution. Ces incohérences et ambiguïtés ont ainsi donné à de nombreux juges la possibilité de s’approprier à tort des principes constitutionnels pour servir leur propre idéologie.

Rogez identifie cette utilisation du principe de consensus national comme étant plutôt la manifestation d’un consensus historique, à savoir l’utilisation de l’histoire pour justifier de décisions contemporaines. Dans ces décisions, le passé et l’histoire du pays sont idéalisés et la société moderne, jugée immorale, est présentée comme responsable de la disparition des valeurs ainsi glorifiées. Rogez prédit alors que Dobbs puisse être le début d’un effet domino pouvant remettre en question la validité de nombreux arrêts, notamment Griswold v. Connecticut (1965) protégeant le droit à la vie privée.

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Conséquences Immédiates de Dobbs

Depuis la décision Dobbs, de nombreux États ont mis en place des lois restrictives, voire des interdictions totales de l'avortement. Jennifer Merchant souligne que des récits qualifiés « d’histoires d’horreurs » affluent partout où le droit s’est vu limité. Elle liste les risques ainsi encourus par ces femmes dans des États tels que la Géorgie ou la Floride (mise en place d’une limite à six semaines) et les témoignages de docteurs se voyant obligés de refuser ces patientes, certains prenant la décision de déménager, laissant ainsi un vide derrière eux. À l’inverse, ces restrictions déclenchées dès le lendemain de l’arrêt Dobbs (communément appelées « trigger bans ») ont créé une demande accrue dans les États conservant encore l’accès à l’avortement, comme au Colorado où la demande a été multipliée par huit. Merchant revient ensuite sur les risques soulevés par une telle situation, à savoir l’augmentation de la mortalité maternelle, particulièrement pour les femmes déjà à risque, mais également de la mortalité infantile, soulignant ainsi la corrélation entre mortalité et restrictions au droit à l’avortement.

Opinions de Journalistes Américaines

Erica Hensley : Analyse et Perspectives

Erica Hensley, journaliste spécialisée en analyse de données et en santé publique, souligne que l'accès à l'avortement aux États-Unis dépend de l'endroit où vous vous trouvez. Elle explique que la réglementation fédérale autorise les États à restreindre l’avortement, mais ils ne peuvent pas l’interdire avant que le fœtus soit viable, soit avant 24 semaines. Hensley met en évidence les disparités d'accès à l'avortement, en particulier pour les femmes à faible revenu, en raison du coût de la procédure et du manque de couverture par Medicaid.

Hensley note que le fait que la Cour suprême pense à renverser l’arrêt Roe v. Wade n’a pas été une surprise pour elle parce que le président Trump a déclaré que c’était ce qu’il allait faire. La plupart des États du Sud ont adopté de nombreuses lois au cours des 20 dernières années pour restreindre ou interdire l’avortement.

Impact sur les Femmes et les Mouvements Féministes

Hensley observe que depuis la fuite du projet de décision de la Cour suprême, il y a eu beaucoup de manifestations, ce qui était attendu. Mais encore une fois, la plupart de ses sources et connaissances sur le terrain se préparent à cela depuis longtemps. Ce n’était pas une surprise. Pour être honnête, certaines d’entre elles sont contrariées parce qu’elles préviennent de ce risque depuis des années. De nombreux mouvements traditionnels de défense des droits des femmes se sont emparés du sujet lorsque le président Trump a été élu. Mais je ne pense pas que les personnes l’aient pris au sérieux. Beaucoup d’organisations spécialisées sur la justice sexuelle et reproductive qui travaillent à l’intersection de la « race », du genre et tout ce qui peut contraindre l’accès à l’avortement, estiment que le mouvement féministe traditionnel n’a pas été suffisamment conscient des risques et de la fragilité de ce droit. Certaines d’entre elles sont épuisées de devoir réconforter les tristes démocrates.

Conséquences Légales et Médicales

Hensley souligne que chaque État pourra désormais décider si les femmes peuvent se faire avorter légalement ou non. Et je pense que cela renforcera l’avortement autogéré par la pilule abortive. Le risque n’est pas médical mais principalement juridique. L’autogestion de son avortement est sûre mais le risque sera légal.

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Elle parle à des obstétriciens qui disent que cela a un effet dissuasif sur les femmes, qui ne pourront être totalement honnêtes avec leur médecin. Elles s’inquiéteront également des risques encourus par les médecins, car bon nombre des sanctions seront imposées aux médecins et non aux femmes, du moins dans un premier temps. Cela renforce la vulnérabilité des femmes enceintes, et plus généralement, de toutes les femmes.

Melania Trump : Une Voix Dissidente

Melania Trump, ancienne Première dame des États-Unis, a exprimé une opinion divergente de celle de son mari, Donald Trump, sur la question de l'avortement. Dans ses mémoires, elle défend fermement le droit à l'IVG, affirmant que les femmes doivent être « libres de toute intervention ou pression de la part du gouvernement ». Elle insiste sur le fait qu'il est impératif de garantir aux femmes l'autonomie de décider de leur préférence quant au fait d'avoir des enfants, en fonction de leurs convictions personnelles.

Enjeux Politiques et Sociaux

La Bataille Juridique Autour de la Pilule Abortive

Margaux Bouaziz revient tout d’abord sur l’argument du juge Alito qui proposait de rendre la décision (pour ou contre l’avortement) aux élus des différents États en mettant en avant l’idée selon laquelle les femmes ont un pouvoir politique qu’elles n’ont qu’à utiliser par les voies démocratiques. Cependant, Bouaziz explique que cet argument ne prend pas en compte les problèmes de représentation des femmes dans l’espace politique et de parité. Il y a en effet une égalité de participation mais pas de parité dans la représentation.

Bouaziz précise alors que l’exemple de l’Ohio met en évidence les stratégies à l’œuvre pour entraver l’expression démocratique du peuple. Elle poursuit sa présentation en abordant la notion d’interventionnisme judiciaire, l’exemple le plus frappant étant la réussite de Donald Trump à faire siéger trois nouveaux juges conservateurs à la Cour suprême alors que Joe Biden n’y parvient pas. Ceci résulte en un déséquilibre à la faveur des conservateurs car les juges (des différents circuits) interviennent de façon très agressive sur l’accès à l’avortement, voire à la contraception.

Race, Classe et Religion

Tamara Boussac explique qu’il est possible d’interpréter l’arrêt Roe comme portant la promesse d’une plus grande liberté mais contrevenant à des années de politiques de contrôle des libertés des femmes, en particulier des femmes issues des minorités ethniques et raciales. Elle prend l’exemple de l’aide pour enfants dépendants (Aid to Dependent Children) qui fut un programme visant à aider les femmes seules avec enfant à charge.

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Boussac poursuit ensuite en précisant qu’après 1973, d’autres politiques sociales se sont heurtées à la question de l’avortement, comme par exemple l’amendement Hyde : une loi budgétaire relative à Medicaid qui établit que les fonds fédéraux ne pouvaient pas financer d’avortement. Concrètement, ceci eut pour effet d’empêcher plus de 100 000 femmes éligibles à Medicaid d’avorter pour raisons financières. Boussac traite ensuite d’autres collusions entre politiques sociales et mesures d’avortement en citant l’étude d’Angela Davis qui analysa le phénomène de stérilisations forcées des femmes noires et autochtones aux États-Unis. Ceci lui permet de mettre en avant la nécessité de repenser Roe à l’aune des politiques sociales afin de déplacer l’arrêt dans une autre séquence politique et juridique de décennies de politiques de contrôle des droits des femmes. Elle précise que le mouvement conservateur anti-Roe, particulièrement virulent ces dernières années, représente une volonté de retour à un régime coercitif.

Rôle des Médias Conservateurs

Sébastien Mort explique que l’apparition progressive de médias conservateurs dans les années 1990-2000 n’a pas nécessairement mis l’avortement au centre du débat et que ce phénomène est très récent avec l’arrivée de Donald Trump au pouvoir. Les sources dans lesquels le sujet était le plus souvent abordé étaient les émissions de Laura Ingraham et de Michael Savage, notamment à travers l’esthétique du scandale utilisée pour manipuler l’opinion publique. C’est à travers ces émissions que l’opinion sur l’avortement est devenue une façon de revendiquer une identité politique marquée.

Pour conclure, il souligne le fait que cette esthétique du scandale et de l’indignation véhiculée par les médias conservateurs étasuniens énergise le public qui s’implique alors davantage dans la vie politique du pays.

L'Avortement aux États-Unis : Une Exception Occidentale

Contrairement à de nombreux pays occidentaux où l'avortement est largement accepté, il reste très contesté aux États-Unis. La décision de la Cour suprême de revenir sur l'arrêt Roe v. Wade illustre bien à quel point la société américaine demeure une exception dans le monde occidental.

Des Délais Plus Tardifs, Mais des Barrières Plus Nombreuses

Les États-Unis figurent parmi les pays ayant les délais les plus tardifs pour l'avortement, mais ils présentent aussi des barrières plus nombreuses que d'autres pays. Les États conservateurs ont multiplié les lois restrictives, forçant de nombreuses cliniques à fermer leurs portes.

Une Opinion Publique Divisée

L'opinion publique américaine est très divisée sur la question de l'avortement. Alors que la majorité des Américains soutiennent le droit à l'avortement, une minorité importante s'y oppose fermement, notamment pour des raisons religieuses.

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