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Jeanne du Barry: Ascension, Intrigue et Chute d'une Favorite Royale

Jeanne du Barry, un nom qui résonne à travers les siècles, évoquant le faste de la cour de Louis XV et les tourments de la Révolution française. Mais derrière ce nom se cache une vie complexe, une identité construite de toutes pièces, une ascension sociale fulgurante et une fin tragique. Elle fut tour à tour Jeanne Bénédicte Bécu, Mlle Rançon, Mlle Beauvarnier, Jeanne Gomard de Vaubernier, et affublée de surnoms tels que « Mlle Lange », la « sultane », la « fille de Vénus », « Elmire », « Margot », la « favorite », la « fameuse courtisane », « notre moderne Roxane », « la Bourbonnaise », « Mademoiselle du Baril », la « femelle », la « drôlesse », « l’impure », la « catin », la « putain ». Cet article se propose de plonger au cœur de son histoire, de ses origines modestes à son rôle de favorite royale, de son influence artistique à sa chute fatale sous la guillotine.

Une Identité en Construction

Jeanne du Barry est une énigme, une figure aux multiples facettes. Elle s’est inventé une identité, un père, un lieu de naissance, un acte de baptême, pour répondre aux exigences du roi et de la cour. Elle ressemble à ces poupées russes, où chaque ouverture révèle une autre, plus petite, cachée à l’intérieur. Sa vie est une enquête policière, un jeu de piste semé d'incertitudes.

Emmanuel de Waresquiel, biographe de Jeanne du Barry, souligne le défi que représente ce personnage pour l’historien. Les archives sont lacunaires, les sources contradictoires. Il faut croiser les informations, déjouer les légendes, pour tenter de cerner la vérité.

Les Mystères de la Naissance

Deux certitudes émergent des brumes de son passé : sa naissance est illégitime et sa mère s’appelait Jeanne Bécu, une lingère au service de grands personnages parisiens. Le reste est sujet à caution.

Un écrit de Pierre-Jean Grosley, érudit du XVIIIe siècle, évoque le baptême d’une petite fille « J.B. » à Albenga, en Italie, en 1745. La mère serait une lingère de Claude Billard Dumonceau, un financier, et le père, Nicolas Rançon. Cette hypothèse plausible suggère que Jeanne serait la bâtarde d’un fermier général, Billard-Dumonceau.

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Au XVIIIe siècle, la bâtardise est une tare sociale. La petite fille est cachée, sa mère mariée. Jeanne est placée dans un couvent rigoureux à Paris, fréquenté par les filles de bonne famille, grâce à l’entremise de Claude Billard. Son éducation y est soignée, ce qui lui vaudra plus tard les éloges de Talleyrand, qui la jugeait plus distinguée que Madame de Pompadour.

L'Ascension Sociale: De la Modiste à la Favorite

À 16-17 ans, Jeanne rencontre Jean du Barry, un noble désargenté et joueur, qui tient une maison de jeux à Paris. Elle devient sa maîtresse et est introduite dans les cercles mondains de la capitale. On a longtemps dit que Jeanne avait été manipulée par Jean du Barry.

La rumeur affirme que Jeanne aurait été présentée indirectement au roi, au cours d’un dîner auquel Louis XV aurait assisté par un miroir sans tain. Plus vraisemblablement, elle a été introduite par le premier valet de chambre du roi, son ami Jean-Benjamin de La Borde, touche-à-tout caractéristique du XVIIIe siècle, compositeur et historien, qui est quasiment l’inventeur du livre illustré de voyages.

En 1768, Louis XV, veuf et vieillissant, est séduit par la beauté et la vivacité de Jeanne, alors âgée de 25 ans. Pour la bienséance, elle est mariée en hâte à Guillaume du Barry, frère de Jean. Elle est ensuite présentée à la cour et devient la maîtresse officielle du roi.

La Favorite à la Cour de Versailles

À la différence de Madame de Pompadour, Jeanne du Barry ne s’intéressait guère aux affaires et ne chercha pas à jouer de rôle politique. Elle était l'intermédiaire de la coterie du maréchal de Richelieu et influença discrètement certaines décisions. Elle obtint la grâce de plusieurs condamnés à mort et s’efforça d’être agréable à tous.

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Voltaire, séduit par son charme, lui adressa un quatrain élogieux. Cependant, le clan Choiseul, hostile à Madame du Barry, la diffama à travers des pamphlets et des chansons grivoises.

Marie-Antoinette, arrivée à la cour en 1770, voua d’emblée une vive antipathie à Madame du Barry. Elle la traita avec mépris, refusant de lui adresser la parole. En 1771, Louis XV renvoya Choiseul et le fit remplacer par le duc d’Aiguillon, ce qui accrut encore la rancœur de Marie-Antoinette.

Mécène et Initiatrice du Style Louis XVI

Par l’intermédiaire du banquier de Cour, Nicolas Beaujon, Jeanne du Barry a bénéficié des munificences royales. À la différence de Madame de Pompadour ou de Madame de Châteauroux, elle n’est pas titrée et ne reçoit aucune propriété. Le roi lui donne à titre viager une petite propriété dans une boucle de la Seine près de Marly, Louveciennes. Là, elle exerce un rôle de mécène et de collectionneur à une époque de grand renouvellement esthétique.

Elle participe au « goût grec » et au néoclassicisme qui remplace le style rocaille. Elle est la véritable initiatrice du style Louis XVI. Elle ne se fournit pas au garde-meuble de la Cour mais a des relations directes avec les bronziers, ébénistes, doreurs de son temps. C’est elle qui décore le Petit Trianon, avant Marie-Antoinette.

La Fin du Règne et l'Exil

En mai 1774, Louis XV, atteint de la petite vérole, meurt. Madame du Barry est chassée de Versailles et se retire au couvent du Pont-aux-Dames. En 1776, Louis XVI l’autorise à se retirer à Louveciennes, à condition de rester à six lieues de la capitale.

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Elle y mène une vie paisible, marquée par sa liaison avec le duc de Brissac et agrémentée des visites de la peintre Élisabeth Vigée Le Brun, qui réalisa plusieurs portraits d’elle.

La Révolution et l'Échafaud

En 1789, la comtesse du Barry offrit généreusement ses services à la cour. À l'heure du danger, quand beaucoup de courtisans s'enfuyaient à l'étranger, elle ne cessa de soutenir de l'intérieur la contre-révolution naissante.

Dans la nuit du 10 au 11 janvier 1791, sa demeure de Louveciennes fut cambriolée et des bijoux précieux lui furent dérobés. Ils furent retrouvés un mois plus tard à Londres, où elle fit quatre séjours successifs pour tenter - en vain - de les récupérer.

Après l'exécution de Louis XVI (21 janvier 1793), Madame du Barry revint précipitamment en France pour éviter l'apposition des scellés sur sa propriété de Louveciennes. Mais à cette époque, un séjour en Angleterre était assimilé à une aide aux émigrés et impliquait arrestation puis condamnation.

Dénoncée par un agent anglais, elle fut emprisonnée à Sainte-Pélagie le 22 septembre 1793. Son procès s'ouvrit le 6 décembre devant le Tribunal révolutionnaire. Le lendemain, elle fut condamnée à la guillotine.

L'exécution eut lieu sur l'actuelle place de la Concorde le 8 décembre 1793. Au dernier moment, elle implora la clémence, mais en vain. Elle fut traînée jusqu'à l'échafaud, où elle mourut dans la terreur.

Postérité et Réhabilitation

Pendant des siècles, Jeanne du Barry a été dénigrée, calomniée, réduite à l’image d’une courtisane vénale et sans scrupules. Mais aujourd’hui, son histoire est revisitée, sa complexité reconnue.

Emmanuel de Waresquiel lui rend justice dans sa biographie, la présentant comme une femme élégante, intelligente, mécène des arts. Il souligne son rôle dans l’évolution du goût et son influence sur la décoration du Petit Trianon.

Le film de Maïwenn, sorti en 2023, contribue également à réhabiliter cette figure controversée. Il montre une femme sensible, attachée à ses origines, victime des préjugés de son époque.

Jeanne du Barry, une femme qui a défié les conventions, qui a connu la gloire et la misère, qui a marqué son temps par son charme et son élégance. Son histoire est un reflet des contradictions de la société du XVIIIe siècle, un témoignage poignant de la fragilité de la condition humaine.

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