L'inceste, défini comme une agression sexuelle ou un viol commis par un ascendant ayant un lien de parenté avec la victime, est un crime grave aux conséquences profondes. Cet article explore les répercussions légales et psychologiques de telles agressions, en mettant en lumière les traumatismes vécus par les victimes et les défis auxquels elles sont confrontées.
Définitions et contexte
L'inceste se manifeste par des actes sexuels imposés à un enfant par un membre de sa famille, qu'il s'agisse du père, de la mère, des grands-parents, d'un oncle, d'une tante, d'un neveu, d'une nièce, ou encore du beau-père ou de la belle-mère. Ces actes peuvent inclure des baisers déplacés et imposés, des caresses sur les parties intimes, ou des pénétrations. L'agresseur peut recourir à la douceur et à la gentillesse pour abuser de la confiance de l'enfant, ou imposer les gestes avec autorité, violence physique et psychologique, menaces et chantage.
L'incestuel, notion introduite par le psychiatre et psychanalyste Paul-Claude Racamier, désigne un climat de relations intrafamiliales où il y a une confusion des places et des rôles entre les différents membres d'une même famille, sans qu'il n'y ait de passage à l'acte. Il y a un empêchement de l'autonomisation de l'enfant, un déni de son développement et de ses besoins. Bien que cette notion ne soit pas reconnue par la loi, les conséquences psychiques sont visibles.
Témoignage
Myriam, 21 ans, s'est longtemps demandé si elle avait « réglé son Œdipe ». L’histoire commence au divorce de ses parents. Elle a 10 ans, et se rend chaque semaine chez son père qui menace de se tuer. L’enfant se met à préparer les repas, à faire le ménage tandis que lui s’épanche - « ta mère ne voulait plus faire l’amour avec moi », « elle avait les seins qui tombent ». Dîners en tête-à-tête, séances ciné aux scènes crues. Bientôt, une copine arrive dans la vie du père, les préservatifs traînent. Le soir, il prive Myriam de son téléphone, insinuant qu’elle se masturbe avec, entre dans sa chambre sans frapper. L’ado verrouille la salle de bains, peine à mettre ses sous-vêtements au sale. A l’heure des premiers émois, elle se sent bloquée. « J’avais l’impression de lui appartenir. Accepter le contact avec un garçon, c’était comme le trahir », pense Myriam. Déjà sous antidépresseurs, elle prend du poids, s’alcoolise, s’assomme de joints, glisse vers une sexualité compulsive. Tombe en dépression. S’ensuit une hospitalisation en psychiatrie. Un jour, elle arrive en larmes à un cours particulier. Sa professeure l’interroge, puis la convainc de partir du domicile paternel. Sa mère, qui n’avait rien dit jusqu’ici, semble soulagée.
Formes d'incestuel
Robert Courtois, psychiatre au CHU de Tours, distingue trois formes d'incestuel :
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- Une forme où il y a un empêchement de différenciation de l’enfant, au sens d’un individu, un empêchement de son altérité. Il permettrait de servir les besoins narcissiques de ses parents. « Je sais ce que t’aimes ou pas quand même, c’est moi qui t’ai faite » « Jamais aucune autre femme ne saura mieux que moi te combler ».
- Une forme où l’enfant n’est pas à sa place, où il serait par exemple le confident d’un parent à propos d’éléments qui ne le concernent pas comme la sexualité, la violence…« Je te souhaite de trouver un meilleur coup que moi mon fils, ta mère c’est une plaie » « Je n’ai jamais autant pris mon pied qu’avec ton père ».
- Une forme où l’enfant va être pris dans les enjeux de demandes parentales autour de jeux, de manipulations, parfois de menaces et de violences qui peuvent amener progressivement des violences sexuelles.
Exemples de climat incestuel
Voici quelques exemples qui peuvent caractériser le climat incestuel :
- Enfant dormant avec les adultes à un âge avancé ;
- Enfant à un âge avancé prenant leur bain avec les adultes ;
- Nudité exposée ;
- Enfant non protégé de la vie sexuelle des parents ou de confidences (exhibitionnisme des parents sur leur intimité et leur sexualité ; enfant qui devient le confident d’un parent, sur la sexualité du couple par exemple) ;
- Pas de frontière, de limite ou de respect de l’intimité individuelle (portes ouvertes, non-respect de la vie privée, intrusions dans la salle de bain…) ;
- Exposition à des vidéos pornographiques ;
- Commentaires / Comportements / Attitudes déplacées vis-à-vis du corps de l’enfant ;
- Enfant qui occupe une position parentale.
Une personne ayant grandi dans ce climat incestuel, sera toujours confrontée à ses questionnements internes. Elle ne saura jamais dire si ce qu’elle a vécu était normal et remettra tout en cause, tout en minimisant les faits.
Conséquences psychologiques de l'inceste
Les conséquences des abus sont corrélées à de nombreux facteurs, notamment l'âge de la victime, sa maturité physique et psychologique, la proximité de l'agresseur, le climat familial, la durée et la répétition des abus, et le fait que cela soit vécu seul. Le traumatisme peut être "oublié" dans la mémoire traumatique, mais les symptômes sont souvent éloquents et parlent d'eux-mêmes.
Symptômes courants
- Un sentiment d'insécurité, une intranquilité: L'agression sexuelle, le viol et l'inceste créent une effraction physique et psychique qui engendre un sentiment profond de mal-être et d'insécurité. La théorie polyvagale de Stephen Porges relie ce qui se passe dans le corps, dans la relation à l'autre, en termes d'émotions et en interaction avec l'esprit. L'état du dorsal, correspondant à l'état traumatique, se manifeste par des états d'angoisse, de mal-être, et une incapacité à se poser.
- Difficulté dans le lien: La personne agressée ne se sent plus en sécurité avec l'autre, que ce soit l'agresseur ou l'entourage qui ne voit pas toujours ou ne croit pas ce qui a été vécu. Il est difficile d'avoir confiance dans l'être humain et de construire des relations de confiance, à tous les niveaux de relation et d'autant plus dans l'intimité du couple.
- Relation au corps, troubles gynécologiques: Les troubles gynécologiques (douleurs pelviennes, règles douloureuses, endométriose) peuvent être évocateurs d'agressions sexuelles. Le corps peut être vécu comme mauvais, sale ou honteux, avec un besoin de propreté compulsif.
- Le couple, les relations sexuelles: La construction d'une relation de couple est difficile car l'autre est perçu comme dangereux. La victime peut ressentir de la méfiance envers son conjoint, des sentiments ambivalents d'amour, de haine, de désir et de dégoût, et une peur d'être à nouveau manipulée. L'accès au plaisir peut être coupé, et la personne peut souffrir de vaginisme, d'anorgasmie, d'absence de désir.
- Troubles somatiques: Le corps exprime la souffrance à travers des troubles psychosomatiques, tels que des troubles gastro-intestinaux, cardio-vasculaires, des douleurs, des troubles du sommeil et métaboliques. Le principal mal dont souffrent les victimes d’inceste est la dépression.
Comportements et mécanismes de défense
Pour essayer de gérer son mal-être, la personne victime du traumatisme peut :
- Essayer de se sécuriser en passant par des mécanismes de contrôle (contrôle obsessionnel des choses, organisation, tri, hypervigilance).
- Mettre en place des conduites d'évitement pour échapper aux situations en lien avec le traumatisme (angoisses, phobies).
- Poursuivre la dissociation, pour se couper des sensations et des émotions, avec l'usage de produits qui dissocient (addictions, compulsions alimentaires).
- Aller vers le "trop" pour augmenter le stress et à nouveau faire disjoncter le système, avec des conduites qui reproduisent le traumatisme initial (fréquentation d'individus pervers, conduites sexuelles dangereuses, mise en danger) ou des conduites d'agressions envers soi (automutilations).
L'inceste, un crime de lien
L’inceste est un crime de lien puissant qui détruit la relation familiale. L'interdit de l'inceste est présent depuis des millénaires dans toutes les cultures du monde : c'est un interdit universel.
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Conséquences légales de l'inceste en France
En France, un rapport sexuel entre deux personnes parentes à un degré où le mariage est interdit ne constitue pas une infraction spécifique si la relation est "librement" consentie et concerne deux personnes qui ont dépassé l'âge de la majorité sexuelle (15 ans).
Depuis mars 2021, l’article 222-31-1 du Code pénal qualifie d’« incestueux » les viols et agressions sexuelles commis par « un ascendant ; un frère, une sœur, un oncle, une tante, un neveu ou une nièce ; le conjoint, le concubin ou le partenaire lié par un pacte civil de solidarité d’une de (ces) personnes, s’il a sur la victime une autorité de droit ou de fait. »
Cette définition s’appuie sur la notion d’autorité, au-delà du lien biologique, en incluant notamment les beaux-pères et belles-mères de la victime.
Déni familial et complicités
Il n’y a pas un crime d’inceste simple, entre un binôme « agresseur/victime ». L’ensemble de la famille est concernée par le tabou de l’inceste. Plus d’un tiers des victimes ont un deuxième agresseur et, pour une victime sur dix, un complice était présent lors des agressions.
Dans 54 % des cas, quelqu'un était informé des agressions au moment des faits, principalement la mère (16 %).
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Révélation et protection
Près de la moitié des victimes parlent dans les dix années qui suivent les faits. Au sein de la famille, quel que soit l’âge de la victime, la mère est la première confidente pour 46 % des personnes interrogées.
72 % des pères et 75 % des mères ont une attitude négative après la révélation. Dans un tiers des cas, les parents ne font rien après avoir eu connaissances des faits. Seulement 5 % des pères et 6 % des mères vont porter plainte. Si 34 % des répondants étaient mineurs lorsqu’ils ont révélé les faits à leurs parents, 52 % d’entre eux ne les ont pas protégés.
Prévention et prise en charge
La prévention de l'inceste passe par plusieurs axes :
- Dépister les parents victimes, les informer systématiquement et les orienter le plus tôt possible pour une prise en charge.
- Sensibiliser les professionnels de la santé et de l'éducation pour qu'ils puissent détecter les signes de violence et orienter les victimes vers les structures d'aide.
- Briser le tabou qui entoure l'inceste et encourager les victimes à parler.
La prise en charge des victimes d'inceste est essentielle pour leur permettre de se reconstruire. Elle peut inclure une thérapie individuelle ou de groupe, un soutien psychologique, et un accompagnement juridique.
Importance de la parole
Il est difficile et culpabilisant pour une victime de ressentir de la peine et de l'amour pour la personne qui l'a agressée. Un enfant qui subit un inceste d'une figure parentale ou d'un membre de sa famille ne cesse pas de l'aimer pour autant, il n'arrive pas à s'aimer lui-même. A l'âge adulte, cela induit des sentiments paradoxaux, entre la colère, la rage et dans le même temps un profond amour et attachement pour cette personne pourtant responsable de notre douleur.
Être agressé(e) dans son intimité par une personne de confiance telle que peut l'être un père, une mère, un frère, une sœur, un grand-père, une grande-mère ou autre n'est pas tolérable et l'enfant en a bien conscience.
La culpabilité de faire souffrir l'autre, quand bien même il s'agit de notre agresseur, est trop intense. La victime se sent responsable de faire porter cette souffrance alors qu'il n'en est rien, mais ce sentiment est plus fort que tout et engendre un bon nombre de silence.
Conclusion
Les relations sexuelles avec un grand-père, comme toute forme d'inceste, ont des conséquences dévastatrices sur le plan psychologique et peuvent entraîner des poursuites judiciaires. La prise de conscience de ce crime, la prévention et la prise en charge des victimes sont essentielles pour briser le cycle de la violence et leur permettre de se reconstruire.
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