L’Interruption Volontaire de Grossesse (IVG) est un droit fondamental pour les femmes en France, légalisé après un combat difficile en 1975 grâce à la loi Veil. L'Assemblée Nationale a voté pour l'IVG à 284 voix contre 189. Cependant, au-delà de l'aspect légal, l'IVG est une expérience complexe, tant sur le plan émotionnel que physique, qui peut engendrer des difficultés pour les femmes et avoir des répercussions sur leur vie de couple. Cet article se propose d'explorer les différentes facettes de cette réalité, en abordant les aspects médicaux, psychologiques et relationnels liés à l'IVG, ainsi que les ressources disponibles pour accompagner les femmes et les couples dans cette épreuve.
L'IVG : Un Droit Encadré par la Loi
La loi française encadre strictement la pratique de l'IVG, garantissant ainsi la sécurité et la santé des femmes. La meilleure application de la loi Veil est recherchée. Une femme enceinte, y compris mineure, qui ne souhaite pas poursuivre une grossesse peut en demander l'interruption. La pratique de l'avortement est réglementée et plusieurs étapes doivent être respectées, avant et après l'intervention. La loi a été portée à la 12ème semaine de grossesse, puis à la 14ème semaine.
Les Méthodes d'IVG
Il existe deux méthodes principales d'IVG, chacune ayant ses spécificités et ses indications :
IVG médicamenteuse : Elle consiste à prendre deux médicaments, le mifépristone et le misoprostol, pour interrompre la grossesse et provoquer l'expulsion de l'œuf. 76 % des IVG réalisées sont des IVG médicamenteuses. Elle est possible jusqu’à 7 semaines de grossesse (9 semaines d'aménorrhée). Deux médicaments sont nécessaires pour interrompre la grossesse. Les deux temps préalables à l'IVG : information et recueil du consentement. Le temps d'information se fait avec votre médecin ou dans un cabinet de ville, en centre de santé, en établissement de santé. Au cours de ce premier temps, votre médecin ou sage-femme : vous informe sur les deux méthodes d’IVG (médicamenteuse ou instrumentale) et vous remet un dossier-guide ; vous propose de réaliser un entretien psychosocial (uniquement obligatoire pour les mineures) ; doit vous orienter vers un autre professionnel de santé s’il ne pratique pas lui-même l’IVG. Dans ce cas, il vous remet une attestation prouvant que vous vous êtes conformée aux étapes préalables à une IVG. Lors de ce second temps, vous choisissez la méthode d’IVG qui convient le mieux à votre situation personnelle et confirmez votre choix par un écrit. Si vous avez choisi la méthode médicamenteuse, vous pouvez choisir de prendre les médicaments en présence du professionnel de santé ou à domicile. Si vous souhaitez réaliser l’IVG à domicile, le professionnel de santé vous remet les médicaments ainsi qu’un mémo pratique dans lequel vous retrouverez toutes les informations utiles concernant la procédure. Si vous avez fait le choix de la téléconsultation, vous devrez récupérer les médicaments en pharmacie. La prescription sera transmise par le médecin ou la sage-femme à la pharmacie de votre choix après vérification de la disponibilité des médicaments.
La prise des médicaments
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La prise du premier médicament : la mifépristone Ce médicament débute l’interruption de la grossesse. Il est pris soit à domicile, soit à l’occasion d’une consultation. Il bloque l’action de l’hormone nécessaire au maintien de la grossesse (la progestérone), favorise les contractions de l’utérus et l’ouverture du col utérin. Dès cette première étape, vous pouvez avoir des saignements et des douleurs plus ou moins importants, mais la plupart du temps les saignements commencent après la prise du 2e médicament. Le premier comprimé : rôle et effets La prise du premier comprimé : bloque l’action de l’hormone (la progestérone) et arrête la grossesse ; favorise les contractions de l’utérus et l’ouverture du col utérin ; provoque des saignements plus ou moins importants.
La prise du second médicament : le misoprostol Elle a lieu dans un délai de 24 à 48 heures après la prise du premier médicament. Ce médicament est pris soit à domicile, soit à l’occasion d’une consultation, soit au cours d’une courte hospitalisation. Il augmente les contractions et provoque l’IVG. Les contractions utérines provoquent des douleurs qui ressemblent à celles des règles, parfois plus fortes (douleurs pelviennes), mais qui peuvent être réduites grâce à la prescription d’anti-douleurs. Les saignements souvent assez abondants qui accompagnent l’interruption de la grossesse arrivent parfois très vite après la prise du misoprostol, parfois plus tard. Si votre groupe sanguin est rhésus négatif, vous recevrez une injection de gamma-globulines anti-D au plus tard dans les 72 h suivant le début du saignement pour éviter toute lors d’une prochaine grossesse. Le second comprimé : rôle et effets La prise du second comprimé : augmente les contractions ; déclenche l’expulsion de l’œuf ; provoque des contractions utérines plus ou moins douloureuses qui ressemblent à celles des règles ou plus intenses. Ces douleurs sont atténuées par un antalgique ; peut occasionner certains effets secondaires : nausées, vomissements, diarrhées ; entraîne des saignements, quelques heures après ou plus tardivement. Ces saignements durent généralement une dizaine de jours, ils s’arrêtent d’eux-mêmes. Ils sont très importants le jour de la prise du comprimé mais diminuent ensuite. l’expulsion de l’œuf se fait dans les 4 heures suivant la prise du deuxième comprimé dans 60 % des cas. Dans 40 % des cas, l'expulsion a lieu dans les 24 à 72 heures.
IVG instrumentale (chirurgicale) : Elle est pratiquée obligatoirement en établissement de santé (hôpital ou clinique autorisé en gynécologie obstétrique ou chirurgie). L'intervention consiste en une aspiration de l'œuf, précédée d'une dilatation du col de l'utérus. L'ouverture du col utérin peut être facilitée par l'administration d'un médicament. L'intervention peut être réalisée sous anesthésie locale ou générale. Vous choisissez avec l'aide du professionnel de santé le mode d'anesthésie le mieux adapté à votre situation. L'hospitalisation dure en général quelques heures, mais l'intervention en elle-même dure une dizaine de minutes. Les sages-femmes effectuant une IVG instrumentale (chirurgicale) en établissement de santé doivent justifier de leur compétence. Cette compétence est attestée par le suivi d'une formation théorique et pratique à l'IVG instrumentale (chirurgicale) et à la conduite à tenir en cas de complications liées à l'IVG.
Le choix de la méthode dépend du terme de la grossesse, du choix de la femme et de l'avis du professionnel de santé. Ce choix peut être effectué avec l'aide du médecin ou de la sage-femme.
Le Parcours de l'IVG : Étapes et Accompagnement
Le parcours d'une IVG est balisé par des étapes obligatoires, visant à garantir le consentement éclairé de la femme et à lui offrir un accompagnement adapté :
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- Consultation d'information : Vous faites votre demande d'avortement. Vous recevez des informations orales et un guide sur l'IVG qui portent sur les différentes méthodes d’IVG, les lieux de réalisation et notamment le choix dont vous disposez mais aussi sur les effets indésirables possibles. Le médecin ou la sage-femme vous propose un entretien psycho-social (celui-ci est obligatoire si vous êtes mineure et doit être réalisé avant le recueil de votre consentement). Cet entretien a lieu dans un EVARS (espace vie affective, relationnelle et sexuelle), dans un centre de santé sexuelle ou dans un organisme agrée. Il n'existe plus de délai de réflexion imposé en matière d'avortement. Si vous êtes majeure et ne souhaitez pas réaliser d’entretien psycho-social, vous pouvez choisir de réaliser le temps d’information et le temps de recueil du consentement au cours d’une seule et même consultation. Si vous choisissez de réaliser un entretien psycho-sociale (obligatoire pour les mineures) , il n’y a pas de délai minimal obligatoire entre celui-ci et la réalisation de l’IVG que vous soyez majeure ou mineure.
- Recueil du consentement : Vous remettez votre consentement écrit de demande d'avortement au médecin ou à la sage-femme.
- Réalisation de l'IVG : Selon la méthode choisie, l'IVG est réalisée en établissement de santé, en cabinet de ville ou à domicile (pour l'IVG médicamenteuse).
- Visite de contrôle : Elle permet de s'assurer qu'il n'existe pas de complication et que la grossesse a bien été interrompue. Lors de la consultation de contrôle, le médecin ou la sage-femme s'assure que vous disposez d'un moyen contraceptif adapté à votre situation si nécessaire. Elle doit intervenir entre le 14e et le 21e jour après l'IVG instrumentale ou médicamenteuse.
Tout au long de ce parcours, la femme a le droit d'être informée, conseillée et soutenue par des professionnels de santé. Une consultation psycho-sociale est systématiquement proposée après l’IVG. Elle vous permet de parler de votre situation si vous en ressentez le besoin.
Aspects Financiers de l'IVG
Pour toutes les femmes assurées sociales (majeures ou mineures), l'avortement et tous les actes associés (consultations, échographies, prises de sang…) sont pris en charge à 100 % par l'Assurance maladie. Il n'y a aucune avance de frais et aucun dépassement d’honoraire possible. Pour les femmes résidant en France en situation irrégulière et non admises à l'aide médicale de l'État (AME), il existe une prise en charge des soins urgents (dont fait partie l’IVG) à l'hôpital (hospitalisation ou consultation en établissement de santé).
Le coût d'une IVG instrumentale est remboursé par l'Assurance maladie à 100 % sur la base d'un tarif forfaitaire. Ce tarif est compris entre 579,06 € et 830,06 € en fonction : De l'établissement de santé (hôpital ou clinique) Du type d'anesthésie (locale ou générale) Et de la durée de l'hospitalisation. Le coût d'une IVG médicamenteuse, en établissement de santé (hôpital, clinique), est remboursé par l'Assurance maladie à 100 % sur la base d'un tarif forfaitaire fixé à 353,64 €. Le coût d'une IVG médicamenteuse de ville (cabinet médical, centre de santé, centre de santé sexuelle appelé avant centre de planification et d'éducation familiale) est remboursé par l'Assurance maladie à 100 %, avec des tarifs fixés par arrêté à chaque étape.
IVG et Vie de Couple : Une Épreuve à Surmonter
Si l'IVG est une décision personnelle pour la femme, elle peut avoir des répercussions importantes sur la vie de couple. Il y a de nombreux événements de la vie qui peuvent fragiliser le couple. Parmi eux, l’Interruption volontaire de grossesse. Si c’est une épreuve pour les femmes, cela peut aussi l’être pour l’homme. Quant au couple, il peut en pâtir et parfois mener à la rupture.
Une Décision à Prendre à Deux
Jeune couple ou déjà parent d’un ou plusieurs enfants, la décision d’avorter n’est pas toujours facile à prendre. Pas le bon moment, des enfants en nombre suffisant, il y a de multiples raisons qui nous mènent à faire ce choix. Si la décision finale nous revient souvent puisque c’est nous qui portons l’enfant, le choix de l’IVG se fait avant tout à deux. On ne peut pas imposer un enfant à un homme ni imposer une IVG à une femme quand on sait les conséquences psychologiques que cela peut présenter. L’important est donc de parler ensemble afin de trouver la meilleure solution pour le couple.
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Le Manque de Soutien : Un Facteur de Risque
220 000 IVG sont pratiquées chaque année. Ce nombre élevé banaliserait-il ce geste ? On peut déplorer le manque d’accompagnement psychologique des femmes surtout quand on sait que certaines d’entre-nous ont du mal à vivre cette décision, que ce soit le jour de l’IVG ou post-IVG. Les hommes, eux, sont d’autant plus laissés-pour compte et ont encore moins le droit à la parole bien qu’ils puissent trouver des interlocuteurs dans les centres de planification : ils n’en sont tout simplement pas informés, mis à l’écart dans ce moment difficile. Pourtant, 50 % des hommes vivent cette expérience de manière douloureuse.
20 % des femmes viennent accompagnée de leur partenaire durant ce moment difficile alors que 8 fois sur 10 la décision est prise ensemble. Aucun accueil au couple est prévu. Il est donc important de parler avec son compagnon avant et après l’IVG pour ne pas laisser s’installer des incompréhensions et que cela devienne un sujet tabou qui mènera inévitablement à la rupture. Parler du jour en question, des émotions ressenties est primordial.
Les Conséquences Psychologiques et Émotionnelles
L'IVG peut être une expérience traumatisante pour la femme, entraînant des sentiments de culpabilité, de tristesse, de colère ou de deuil. Ces émotions peuvent être exacerbées par le manque de soutien de l'entourage, le tabou qui entoure l'IVG ou les convictions personnelles.
L'homme peut également ressentir des émotions complexes, telles que l'impuissance, la tristesse, la culpabilité ou la frustration. Il peut avoir du mal à exprimer ses sentiments, se sentant mis à l'écart ou incompris.
Ces difficultés émotionnelles peuvent entraîner des tensions au sein du couple, des disputes, un éloignement affectif et, dans certains cas, une rupture.
Comment Préserver son Couple Face à l'Épreuve de l'IVG ?
Il est essentiel de reconnaître que l'IVG est une épreuve pour les deux partenaires et de mettre en place des stratégies pour la surmonter ensemble :
- Communication : Parler ouvertement de ses émotions, de ses craintes et de ses besoins est primordial. Il est important d'écouter l'autre sans jugement et de faire preuve d'empathie.
- Soutien mutuel : Se soutenir mutuellement, se réconforter et s'encourager est essentiel pour traverser cette période difficile.
- Accompagnement professionnel : Consulter un thérapeute de couple ou un psychologue individuel peut aider à gérer les émotions et à surmonter les difficultés relationnelles.
- Respect du rythme de chacun : Il est important de respecter le rythme de chacun dans le processus de deuil et de guérison. Ne pas forcer l'autre à parler ou à "passer à autre chose" trop vite.
- Recherche d'informations fiables : S'informer sur les aspects médicaux, psychologiques et légaux de l'IVG peut aider à mieux comprendre la situation et à prendre des décisions éclairées.
La Contraception : Un Enjeu Crucial
La contraception est un élément essentiel de la santé sexuelle et reproductive. Une contraception mal conduite peut conduire à des grossesses non désirées et, par conséquent, à des IVG. Il est donc primordial de promouvoir la contraception et d'améliorer l'accès à l'information et aux moyens contraceptifs.
Les Différentes Méthodes Contraceptives
Il existe de nombreuses méthodes contraceptives, chacune ayant ses avantages et ses inconvénients. Il est important de choisir la méthode la plus adaptée à sa situation personnelle, en tenant compte de son état de santé, de ses préférences et de son mode de vie.
Parmi les méthodes contraceptives les plus courantes, on peut citer :
- La pilule contraceptive : Il existe différents types de pilules, contenant des estroprogestatifs ou uniquement des progestatifs. L'efficacité contragestive est de l'ordre de 97%. Elle doit être prise régulièrement pour être efficace.
- Le stérilet (dispositif intra-utérin) : Il existe des stérilets au cuivre et des stérilets hormonaux (contenant du lévonorgestrel).
- L'implant contraceptif : C'est un petit bâtonnet inséré sous la peau du bras, qui libère des hormones progestatives.
- Le préservatif : C'est la seule méthode contraceptive qui protège également contre les infections sexuellement transmissibles (IST).
- La contraception d'urgence : Elle peut être utilisée en cas de rapport sexuel non protégé ou d'échec de la contraception habituelle. Elle est disponible en pharmacie et dans les centres de planification. L'efficacité contragestive est de l'ordre de 99%.
La Contraception d'Urgence
La contraception d'urgence, souvent appelée "pilule du lendemain", est une méthode contraceptive qui peut être utilisée en cas de rapport sexuel non protégé ou d'échec de la contraception habituelle (oubli de pilule, rupture de préservatif, etc.). Elle permet de réduire le risque de grossesse si elle est prise dans les plus brefs délais après le rapport sexuel à risque.
Il existe deux types de contraception d'urgence :
- La pilule du lendemain : Elle contient une forte dose d'hormones progestatives (lévonorgestrel) et doit être prise dans les 72 heures (3 jours) suivant le rapport sexuel à risque.
- Le stérilet au cuivre : Il peut être posé jusqu'à 5 jours après le rapport sexuel à risque et offre une efficacité de l'ordre de 100%.
La contraception d'urgence est disponible en pharmacie, sans ordonnance pour les majeures. Elle est également disponible gratuitement dans les centres de planification familiale et les infirmeries scolaires.
Important : La contraception d'urgence ne doit pas être utilisée de façon régulière. Elle ne remplace pas une méthode contraceptive régulière et ne protège pas contre les IST.
L'Importance de l'Information et de l'Accès à la Contraception
Il est essentiel d'informer les jeunes et les adultes sur les différentes méthodes contraceptives, leur efficacité, leurs avantages et leurs inconvénients. Il est également important de faciliter l'accès à la contraception, en la rendant gratuite ou peu coûteuse, et en la proposant dans les lieux de consultation médicale et les centres de planification familiale.
La contraception d'urgence pour les mineures en difficulté est une priorité de santé publique. Selon des conditions définies par décret. J.O. J.O. premières semaines de grossesse. art.
Conclusion
L'IVG est un droit fondamental pour les femmes, mais c'est aussi une expérience complexe qui peut avoir des répercussions importantes sur leur vie et sur leur couple. Il est essentiel d'accompagner les femmes et les couples dans cette épreuve, en leur offrant un soutien médical, psychologique et social adapté. Il est également primordial de promouvoir la contraception et d'améliorer l'accès à l'information et aux moyens contraceptifs, afin de réduire le nombre de grossesses non désirées et d'IVG.
La reprise de la fertilité après une IVG est immédiate. Il est donc recommandé si nécessaire d'utiliser une contraception. Vous pouvez en discuter au cours de la procédure avec votre médecin ou sage-femme pour choisir celle qui vous conviendra le mieux.
En cas d’échec de l’IVG (si la grossesse se poursuit), le médecin, ou la sage-femme, vous oriente vers l’IVG instrumentale. Afin que l’IVG médicamenteuse se déroule dans les meilleures conditions possibles, n’hésitez pas à vous faire accompagner dans vos démarches par une personne de confiance. Si vous avez décidé de prendre les médicaments à votre domicile, essayez, dans la mesure du possible, de vous octroyer du repos. En cas de douleurs, un arrêt maladie peut vous être prescrit.
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