Connue pour ses lunettes rondes surdimensionnées, son rouge à lèvres audacieux et ses accessoires XXL, Iris Apfel incarnait le sens de la démesure. Décédée à l'âge de 102 ans, cette Américaine d'origine russe a marqué le monde de la mode de son vivant grâce à ses tenues éclectiques issues des quatre coins du monde. Elle était suivie par 3 millions de personnes sur Instagram. Décoratrice d'intérieur, designer et architecte de talent, elle a travaillé à la Maison-Blanche pour neuf présidents, de Truman à Clinton.
Une ascension inattendue dans le monde de la mode
C'est dans le secteur de la mode qu'Iris Apfel a connu une renommée inattendue, comme elle le relate dans son autobiographie "Icône malgré moi". Selon Cécile Poignant, experte en tendances mode, Iris Apfel était peu connue du grand public avant de devenir une icône à plus de 80 ans grâce à sa garde-robe mémorable.
L'exposition au Metropolitan Museum : un tournant
En 2005, une exposition de sa collection personnelle de vêtements au Metropolitan Museum à New York a propulsé Iris Apfel sur la scène internationale. Cette opportunité s'est présentée après l'annulation d'une autre exposition à l'Institut du vêtement. Harold Koda lui a alors offert la possibilité d'exposer les pièces qu'elle avait dénichées lors de ses nombreux voyages. Au total, 300 pièces de sa garde-robe ont été présentées, un événement sans précédent au MET, qui réserve habituellement ses expositions aux femmes décédées ou influentes dans l'industrie de la mode.
Cette exposition a mis en lumière son goût unique pour les bijoux et les vêtements artisanaux. La sortie de son autobiographie en 2008 a renforcé son statut d'icône, consolidé lorsqu'elle est devenue égérie de la marque de maquillage Mac Cosmetics et designer de sa collection de vêtements en collaboration avec H & M.
Une influenceuse avant l'heure
À l'ère des réseaux sociaux, Iris Apfel est devenue incontournable pour son extravagance. Elle bousculait les codes en matière de couleurs, de motifs et de superposition de pièces. Pour elle, c'était une liberté créative de sortir du style discret attendu pour les personnes d'un certain âge. Arborant des lunettes hublots XXL cerclées de noir, sa signature, des cheveux blancs coupés court et un regard malicieux, Iris Apfel ressemblait à un chouette harfang qui aurait élu domicile à Manhattan.
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Une identité indélébile
Iris Apfel a marqué les esprits par son identité indélébile. Elle s'est créé un personnage avec sa façon très colorée de s'habiller et ses cheveux d'un blanc éclatant. Elle a été l'une des premières femmes visibles à participer au changement de regard sur les personnes âgées. Influenceuse avant l'heure, Iris incarnait la mamie cool par excellence pour la nouvelle génération, laquelle la découvre dans les publicités Citroën dont elle est l'égérie, ou encore dans le documentaire Netflix "IRIS".
Détenant la poupée Barbie à son effigie la plus âgée, Iris Apfel inspirait par son identité excentrique et sa soif de liberté. Elle prônait la liberté et revendiquait fièrement une indépendance farouche. "Je me suis toujours habillée pour moi. Si l'on me demandait ce que les gens allaient penser de ma tenue, je répondais que je m'en fichais royalement ! Être soi-même, c'est tout ce qui compte. Cela n'arrive pas tout seul, il faut s'intéresser et s'investir."
Un style unique et personnel
Amoureuse des belles choses, Iris Apfel leur a consacré sa vie. Son diplôme d'histoire de l'art en poche, elle travaille pour la presse et des designers, épouse en 1948 Carl Apfel, avec lequel elle fonde une société spécialisée dans la reproduction de textiles anciens. À l'époque, les styles Louis XV et Louis XVI ont la cote, et les riches clients, de Greta Garbo à la Maison-Blanche, confient leur décoration aux Apfel, qui sillonnent la planète pour les satisfaire.
"Chineurs, décorateurs, touche-à-tout, nous nous sommes beaucoup amusés. J'ai découvert Paris dans les années 1950. Les gens et la mode étaient très créatifs et pleins de vie. Aujourd'hui, il est impossible de trouver des pièces originales, sauf en haute couture. Le prêt-à-porter coûte vingt fois plus cher, avec des matières le plus souvent de mauvaise qualité et des coupes pour fillette. C'est absurde. En Amérique, ce sont les femmes entre 60 et 80 ans qui ont le temps et l'argent pour acheter, mais on ne leur propose que des trucs de mémère !"
Iris Apfel possédait une collection de vêtements qui remplissait deux niveaux de son appartement, auxquels s'ajoutaient plusieurs pièces à Palm Beach. "Je ne sais pas coudre, mais je sais transformer les habits." Par exemple, faire d'un vêtement liturgique un pantalon de ville, mixer chic et cheap ou associer mille colliers pour qu'ils ne fassent plus qu'un.
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Une vision de la vie inspirante
Dans le documentaire "Iris", le réalisateur Albert Maysles la montre aux prises avec un vendeur qui justifie le prix d'un sac par le nombre d'heures passées à sa conception par l'artisan. Elle incarnait le culte de la performance, qu’elle a poussé à l’extrême.
Elle étudie l’histoire de l’art, avant de commencer à travailler pour le magazine Women’s Wear Daily, puis d’assister un designer d’intérieur ainsi qu’un illustrateur. Après avoir épousé en 1948 Carl Apfel, elle lance avec lui une entreprise de textile pour laquelle il voyage à travers le monde. C’est ce qui lui donne l’occasion de chiner à travers le monde des bijoux et des vêtements flamboyants qui font d’elle l’icône de mode qu’on a retenue.
Dans les années 2010, elle devient égérie de plusieurs marques, intrigant de nouvelles générations par ses tenues qui mélangent toujours plus de matières, de couleurs, de motifs, et d’imposants bijoux. On peut d’ailleurs apprendre à mieux la connaître à travers le documentaire IRIS, réalisé par Albert Maysles et sorti en 2015. Mais la même année, elle perd son mari quelques jours avant qu’il ne fête ses 101 ans.
Dans le documentaire IRIS, l’icône de mode centenaire déclare notamment : « La vie peut être grise et fade, alors autant s’amuser quand on s’habille. » Elle nous encourageait à cultiver notre soif d’apprendre, qui nous rend forcément plus intéressant·e, aux yeux des autres peut-être, mais surtout pour soi-même, et c’est bien là le plus épanouissant. « Trouver qui vous êtes, c’est comme s’allonger sur le divan d’un psy, mais avec personne pour vous aider. Vraiment, ce n’est pas facile.
L'amour inconditionnel pour Carl Apfel
Derrière son parcours unique et l'impact profond qu'elle a eu sur la mode se cachait une femme éprise d'amour inconditionnel pour son homme. Le seul et l'unique Carl, avec qui elle partagea un amour inconditionnel pendant 67 ans.
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Iris Apfel rencontre l'homme de sa vie en 1947, dans la ville de La grosse pomme. Elle a 26 ans, lui 32. "Notre premier rendez-vous a eu lieu le jour de Christophe Colomb ; À Thanksgiving, Carl m'a demandée en mariage. À Noël, j'ai été décorée avec des bijoux. Le jour de l'anniversaire de Washington, nous nous sommes mariés." explique l'icône mode au Guardian. Une alchimie limpide qui durera 67 ans.
Après leur mariage en 1948, durant lequel Iris Apfel était affreusement stressée, Carl et elle fondent en 1950 Old World Weavers, une entreprise dédiée à la restauration des meubles pour la maison. Voyageant autant que possible pour dénicher de magnifiques pièces charismatiques, le couple ne se quittait plus. Le décès de Carl en 2015 fut une tragédie pour Iris.
N'ayant pas eu d'enfants en raison de leurs nombreux voyages et de la vision précise qu'Iris portait à la famille, Iris déclarait au Guardian : "Je ne crois pas qu'un enfant ait une nounou, donc ce n'était pas ce que nous allions faire, mais avoir des enfants, c'est aussi un protocole."
Après la mort de son mari, et jusqu'à son dernier jour, l'amour que Iris Apfel portait pour la mode n'a jamais faibli. Comme un hommage à Carl et à l'univers excentrique qui l'a animé pendant tant d'années, l'entrepreneuse a gardé son dynamisme et son éclat de vie.
Une source d'inspiration pour les créateurs
En mars 2016, Iris Apfel assiste au défilé automne-hiver 2016-2017 de Dries Van Noten à Paris. Dries Van Noten lui a dit qu’elle était une source d’inspiration pour lui. Quelqu’un avait demandé à Dries de préparer une liste de dix objets sans lesquels il ne pouvait pas vivre, et son nom était sur cette liste! Il m’a dit que je l’inspirais, qu’il gardait mon livre dans son atelier et que parfois quand il n’arrivait pas à se faire comprendre par un designer, il lui montrait une de mes photos. Cela m’a ravie!
Une philosophie de vie : "More is more, less is a bore"
Une de ses leçons de style tient en une phrase: More is more, less is a bore (plus c’est mieux et moins c’est ennuyeux). Il faut savoir doser le «plus», car sinon vous pouvez vite ressembler à un sapin de Noël! Certains ont un style minimaliste et cela leur va très bien. Je ne dis à personne comment s’habiller. Je pense que chacun doit en être conscient pour soi-même. C’est d’ailleurs là où est le problème: tellement de gens ne prennent pas le temps de se connaître et de savoir ce qu’ils peuvent porter, quelle est leur zone de confort. Ils suivent aveuglément ce que les autres font. C’est plus facile, mais ce n’est ni créatif ni très intéressant. Ils se ressemblent tous.
Je me suis inventée, oui, mais je ne l’ai pas fait consciemment. Je ne fais jamais rien consciemment, d’ailleurs, tout est viscéral. Je peux expliquer les choses de manière intellectuelle, mais je les réaliserai de manière intuitive. On dit que je revendique le fait d’être une rebelle. Ce n’est pas vrai. Simplement, je fais ce que je veux. Personne n’a à me dire ce que je dois faire, de la même manière que je ne me permets pas de dire à qui que ce soit ce qu’il ou elle devrait faire.