L'élevage bovin en Afrique est caractérisé par une diversité de races, chacune adaptée à des conditions environnementales spécifiques. Parmi les phénotypes rencontrés, on distingue le taurin (Bos taurus), le zébu (Bos indicus), le sanga (croisé stabilisé taurin x zébu) et le zenga (croisé stabilisé sanga x zébu). Le taurin, en particulier le N'Dama, est prédominant dans les zones humides d'Afrique occidentale et centrale, où il a développé une rusticité et une résistance aux maladies endémiques. Le zébu, quant à lui, s'est acclimaté aux zones plus arides et moins parasitées, se montrant plus productif. Cette étude se penche sur les performances morpho-métriques des races N'Dama et Goudali au Ranch Nyanga, au Gabon, afin d'évaluer leur adaptation à cet environnement équatorial.
Contexte Africain de l'Élevage Bovin
Les phénotypes de bovins rencontrés en Afrique sont le taurin (Bos taurus), le zébu (Bos indicus), le sanga (croisé stabilisé taurin x zébu) et le zenga (croisé stabilisé sanga x zébu) (Rege, 1999). Le taurin est rencontré principalement dans les zones humides d’Afrique occidentale et centrale, où il s’est adapté en développant la rusticité et la résistance aux maladies endémiques au détriment de la productivité. Le zébu par contre s’est acclimaté aux zones plus arides et moins parasitées d’Afrique occidentale et orientale. Il est plus productif que le taurin africain, raison pour laquelle il est préféré par les éleveurs et est plus largement répandu sur le continent (Rege, 1999, Mwai et al., 2015). En Afrique occidentale et centrale, la race de taurin la plus répandue est de loin le N’Dama. Les races de zébu majoritaires sont le Fulani, et le Goudali (Rege, 1999). Les performances morpho-métriques de ces races, en particulier le N’dama et le Goudali, dans leur berceau et leurs zones d’expansion sont documentées.
Études Antérieures sur les Races N'Dama et Goudali
Des auteurs ont étudié dans différents pays comme la Côte d’Ivoire (Joshi et al., 1957; Coulomb, 1976; Charray et al., 1977), le Nigeria (Mgbere and Olutogun, 2003; Mgbere et al., 2005), le Ghana (Tuah and Danso, 1985), le Mali (Pagot and Delaine, 1959; Planchenault et al., 1984), le Bénin (Youssao et al., 2000); la Guinée Conakry (Kamga Waladjo, 2003) et le Congo (Akouango et al., 2014), les variations du poids vif (PV), de la hauteur au garrot (HG), du périmètre thoracique (PT) et de la longueur scapulo-ischiale (LSI) selon le sexe et l’âge chez le taurin N’dama. Ces mêmes mensurations ont été étudiées chez le zébu Goudali au Nigeria et au Cameroun (Joshi et al., 1957), au Burkina Faso (Marichatou et al., 2005), au Cameroun (Dumas and Lhoste, 1966; Lhoste, 1967; 1968; 1977; Ebangi et al., 2002) et au Bénin (Alassan, 2013).
Le Ranch Nyanga au Gabon : Un Écosystème d'Étude
Au Gabon, des taurins N’dama sont élevés dans divers ranchs depuis les années 1980 sans que leurs PV et mensurations corporelles dans cet environnement équatorial ne soient documentés. Vers la fin des années 2000, des zébus Goudali ont été introduits dans le sud-ouest du pays, au ranch Nyanga, dans la province de la Nyanga. Ces Goudali sont protégés contre les maladies endémiques comme la trypanosomose, mais l’évolution de leur PV et leur morphologie dans ce nouvel environnement n’a pas été étudiée. Les données ont été collectées sur des bovins N’dama et Goudali élevés au Nyanga ranch, dans la province de la Nyanga, au sud-ouest du Gabon.
Caractéristiques Climatiques et Végétales du Ranch Nyanga
Le ranch Nyanga s’étend sur 100 000 ha entre les latitudes 3⁰08’S et 3⁰31’S et les longitudes 11⁰13’E et 11⁰46’E. Le climat y est de type équatorial, chaud et humide. La pluviométrie moyenne annuelle du ranch est de 1584 mm avec une humidité moyenne relative de 80%, une insolation moyenne de 1400 heures par an et une évaporation de 1000 mm par an. On y distingue quatre saisons: une grande saison de pluie de février à mai, une grande saison sèche de juin à septembre, une petite saison de pluie d’octobre à novembre et une petite saison sèche de décembre à janvier. La température moyenne au ranch Nyanga est de 27°C avec un minimum de 25°C en juillet et un maximum de 32°C en mars. Avec ce climat, Il y a une période d’abondance de pâturage d’environ 245 jours, de mi-octobre à mai et une période d’insuffisance de pâturage d’environ 120 jours de juin à mi-octobre. La végétation, composée de forêts sempervirentes et de vastes plaines, est dominée par des graminées (Panicum phragmitoides, Bracharia brizantha, Beckerio cuniseta, Eriosema geomerata, Desmodium sp.
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Pratiques d'Élevage au Ranch Nyanga
Le bétail est élevé en des troupeaux de 200 Unité Bétail Tropical (UBT) sur pâturage naturel dans des parcs de 1 000 ha entièrement clôturés au fil barbelé. Chaque parc comporte cinq parcelles. Une parcelle reste en défens et quatre sont mises à feu de façon rotative au cours de l’année par un feu de contre saison en petite saison sèche (janvier), deux feux précoces en début de grande saison sèche (juin) et un feu tardif en fin de grande saison sèche (septembre). Le bétail reçoit un complément minéral ad libitum. Le programme de suivi sanitaire comprend un soin hebdomadaire des troupeaux, un bain détiqueur bimensuel et une prophylaxie médicale semestrielle avant et après la grande saison sèche. La prophylaxie médicale consiste en des vaccinations semestrielle contre la septicémie hémorragique bovine et annuelle contre la Péripneumonie contagieuse bovine, un traitement anthelminthique semestriel au Lévamisole et une trypano-prévention semestrielle à l’acéturate de Diminazène et au chlorure d’Isométhamidium.
Méthodologie de Collecte et d'Analyse des Données
Un dixième des effectifs des bovins N’dama et Goudali présentes au ranch a été aléatoirement échantillonné au mois de septembre en saisons sèches 2015 (316 N’dama et 32 Goudali) et 2016 (390 N’dama et 19 Goudali) puis au mois de mars en saison pluvieuse 2016 (361 N’dama et 42 Goudali), soit au total 1067 Ndama et 93 Goudali. Dans un premier temps, les moyennes et les écarts types du PV par sexe et par saison ont été déterminées pour chaque race et classe d’âge. Un modèle linéaire de prédiction du PV à partir de l’âge, du sexe, de la saison, du PT, de la LSI et de la HG a ensuite été ajusté pour chacune des deux races de bovins, afin de vérifier les conditions de validation des tests paramétriques, à savoir l’indépendance, la normalité et l’homoscédasticité des résidus. Ces conditions n’étant pas remplies, des tests non paramétriques ont été utilisées notamment le test de Kruskal-Wallis pour comparer les moyennes du PV par sexe puis par saison pour chaque catégorie d’âge. En cas de rejet de l’hypothèse d’égalité des moyennes, des comparaisons par paire ont été faites par des tests de Wilcoxon. Enfin, les relations entre le PV, le PT, la LSI et la HG ont été évaluées par la corrélation de Spearman.
Résultats et Discussion
Poids Vifs Moyens et Comparaison avec les Données Existantes
Les PV moyens par race, sexe et classe d’âge des bovins échantillonnés au ranch Nyanga (1067 N’dama et 93 Goudali) sont présentés dans les tableaux 1 et 2. Les PV à la naissance n’ont pas pu être déterminés parce que les bovins étudiés sont élevés en système extensif sur parcours naturel, avec un passage hebdomadaire au couloir pour le comptage et des soins éventuels. Par contre, les PV obtenus chez les Goudali de plus d’un an d’âge sont pour la plupart supérieurs aux PV rapportés par d’autres auteurs, à savoir 110 à 167 kg pour les taurillons et 90 à 152 kg pour les génisses Goudali d’un an (Joshi et al., 1957; Ebangi et al., 2002); 180 à 190 kg pour les taurillons et 160 à 190 kg pour les génisses Goudali de deux ans (Joshi et al., 1957); 351 à 450 kg pour les taureaux de trois ans et plus, 336 à 400 kg pour les génisses au taureau et les vaches de trois ans et plus puis 450 à 500 kg pour les bœufs Goudali (Joshi et al., 1957; Dumas and Lhoste, 1966; Lhoste, 1967; 1977). Ces résultats pourraient suggérer une adaptation du N’dama, mais surtout du Goudali à l’environnement de type équatorial du ranch Nyanga.
Influence du Sexe et de l'Âge sur le Poids Vif
Ce résultat contredit la différence de poids observée selon le sexe chez les veaux N’dama au Nigéria et en Gambie (Adeyanju et al., 1976; Njie and Agyemang, 1991) et Goudali au Cameroun et au Burkina Faso (Lhoste, 1968; Marichatou et al., 2005). Cette différence pourrait s’expliquer par le mode d’échantillonnage dans la présente étude, fait selon la classe d’âge et non l’âge exact. Le nombre de femelles et de mâles castrés Goudali âgés de deux et trois ans ne permettait pas de faire des comparaisons statistiques. Ainsi, à partir d’un an d’âge, les mâles entiers des deux races sont plus lourds que les femelles, excepté le cas des N’dama de deux ans. Ces résultats confirment ceux de Joshi et al. (1957) au Mali, en Sierra Leone et en Côte d’Ivoire puis d’Akouango et al. (2014) au Congo. Les mâles castrés N’dama sont plus lourds que les mâles entiers à un et deux ans d’âge. Ces observations contredisent Lhoste (1973) et Dibanzilua et al. (1993) dont les résultats montrent que la castration n’améliore pas la croissance chez les bovins. Toutefois, il est probable que les mâles d’un à deux ans sélectionnés pour la castration au moment de l’étude soient les plus âgés de leur classe d’âge.
Impact de la Saison sur le Poids Vif
Chez le N’dama (Figure 3), l’effet de la saison sur le PV ne s’observe que sur les jeunes et ce jusqu’à l’âge d’un an. Les PV en saison sèche chez ces veaux sont plus faibles, mais l’effet de la saison sèche est plus marqué en 2015 qu’en 2016 pour les veaux et plus marqué en 2016 qu’en 2015 pour les taurillons et génisses d’un an d’âge. Toutefois, cet effet de la saison sèche sur le PV des jeunes N’dama doit être nuancé puisque les PV ont été pris pour la saison sèche au mois de septembre et pour la saison des pluies au mois de mars. Or, septembre correspond au début des naissances de la saison de monte principale qui dure de mi-décembre à mi-février, et mars à la fin des naissances de la saison de monte complémentaire et du premier service des génisses qui durent de mi-mars à mi-juin. Le nombre de sujets Goudali âgés de deux et trois ans (Tableau 2) ne permettait pas pour ces classes d’âge de comparer statistiquement le PV selon la saison. D’autres travaux ont pourtant montré une influence de l’année, du mois et de la saison de naissance sur le poids des veaux à la naissance et au sevrage aussi bien chez le N’dama (Adeyanju et al., 1976; Njie and Agyemang, 1991) que le Goudali (Lhoste, 1968; Ebangi et al., 2002). L’absence d’effet de la saison et de l’année sur le PV des veaux Goudali du ranch Nyanga pourraient être liée à une bonne gestion des pâturages. En effet, durant les périodes de mise à feux, la rotation et la charge des parcelles sont bien respectées, la qualité et la disponibilité du fourrage sont assurées, même en saison sèche. D’autres auteurs ont rapporté des pertes de poids en saison sèche sur des vaches N’dama en Gambie (Dwinger et al., 1994) et Goudali au Cameroun (Lhoste, 1967), de même que sur des bœufs Goudali au Cameroun (Dumas and Lhoste, 1966). L’effet de la saison sur le PV des bovins peut s’expliquer aussi par l’espèce et la race. Historiquement, les zébus se sont adaptés aux zones arides et semi-arides d’Afrique occidentale, centrale et orientale, alors que les taurins sont restés dans les régions subhumides et humides d’Afrique occidentale et centrale (Kim et al., 2017).
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Corrélations entre le Poids Vif et les Mensurations Corporelles
L’objectif de cette étude n’était pas la détermination de formules barymétriques. Le modèle linéaire de prédiction du PV à partir de l’âge, du sexe, de la saison et des mensurations corporelles a été ajusté pour vérifier les conditions de validation des tests paramétriques à savoir l’indépendance, la normalité et l’homoscédasticité des résidus. Ces conditions n’étant pas réunis, des tests non paramétriques ont été utilisés pour évaluer les effets sexe et saison sur le PV puis les relations entre le PV et les mensurations corporelles ont été déterminées par des corrélations de Spearman. Les corrélations entre le PV, le PT, la LSI et la HG des bovins du ranch Nyanga sont positives et fortes pour les deux races étudiées. Chez le N’dama du ranch Nyanga, le PV est plus fortement corrélé avec le PT (r=0,93), puis la LSI (r=0,88) et la HG (r=0,82). Les résultats de Akouango et al. (2014) sur des N’dama adultes suivent la même tendance avec des coefficients de corrélations de 0,93; 0,92 et 0,90 respectivement entre le PV et le PT, la LSI puis la HG. Par contre, Mgbere et al. (2005) rapportent chez des N’dama des corrélations plus faibles à la naissance (0,33≤r≤0,50 pour le PT, 0,46≤r≤0,49 pour la HG et 0,27≤r≤0,33 pour la LSI), voir négatives entre 6 mois et 24 mois (-0,63≤r≤0,24) (-0,63≤r≤0,16 pour le PT, -0,41≤r≤0,21 pour la HG et -0,58≤r≤0,17 pour la LSI). Chez le Goudali du ranch Nyanga, le PV est plus fortement corrélé avec la LSI (r=0,85) que la HG (r=0,83) et le PT (r=0,82).
Implications pour l'Estimation du Poids Vif
Les équations de régression proposées par différents auteurs pour déterminer des formules barymétriques pour le taurin N’dama et des zébus d’Afrique occidentale et centrale identifient aussi le PT comme un bon estimateur du PV. Les régressions utilisées sont de type linéaire, exponentiel, logarithmique, polynomial ou de moyenne mobile. Dans ces équations, le PT est utilisé soit seul (Coulomb, 1976; Touré et al., 2017; Assana et al., 2018), soit associé à la LSI et/ou la HG (Pagot and Delaine, 1959; Planchenault et al., 1984; Dodo et al., 2001; Youssao et al., 2013). Les mensurations retenues comme meilleurs estimateurs du PV varient toutefois selon la race de bovin, la catégorie d’âge et le sexe. Ainsi, chez le Borgou, une race Zébu x Taurin stabilisée du Bénin, les meilleurs estimateurs du PV sont: entre 6 et 12 mois d’âge, le PT seul pour les femelles ou le PT associé à la LSI pour les mâles; entre 12 et 24 mois d’âge, le PT associé à la HG pour les mâles et la LSI pour les femelles; puis après 24 mois, la HG associée à la LSI pour les mâles et le PT associé à la HG pour les femelles (Youssao et al., 2013). Chez le N’dama au Mali, les estimations les plus précises du PV sont obtenues quel que soit l’âge avec le PT, suivi de la HG pour les mâles de tout âge et les femelles jusqu’à l’âge de 24 mois, ou la LSI pour les femelles à partir l’âge de 34 mois (Planchenault et al., 1984). Chez le Goudali au Cameroun, les meilleurs estimateurs du PV sont plutôt la HG pour les mâles jusqu’à 12 mois d’âge et le PT pour les autres catégories d’âge et de sexe (Assana et al., 2018). Les différences observées pourraient dépendre des conditions d’élevage, puisque le PT et la LSI semblent être des indicateurs de l’état corporel du bovin alors que la HG est essentiellement liée au format du squelette. Cela se justifie dans cette étude par une corrélation meilleure entre le PT et la LSI comparée à la HG, aussi bien pour le N’dama (r=0,82 contre 0,80) que la Goudali (r=0,81 contre 0,79). Coulomb (1976) a d’ailleurs observé sur des veaux N’dama des rythmes de croissance semblables pour le PT et la LSI et plus rapides que celui de la HG. Des erreurs de mesures pourraient aussi expliquer ces écarts, puisque dans les travaux de Pagot and Delaine (1959), la LSI par exemple, était la mensuration sur laquelle les erreurs ont été les plus fréquentes. De même, la mesure correcte de la HG nécessite une bonne contention du bovin, l’absence de stress et une surface plane (Planchenault et al., 1984). Cela expliquerait pourquoi le PT, plus facile à mesurer, est plus fiable et plus utilisée pour la prédiction du PV aussi bien chez le N’dama que le Goudali (Mgbere et al., 2005; Assana et al., 2018).
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