Condamnées par la loi, les mutilations sexuelles féminines (MSF) restent une réalité préoccupante. La France se positionne comme le deuxième pays européen le plus touché après le Royaume-Uni. Cet article vise à informer sur les risques liés à l'infibulation et à l'accouchement, ainsi que sur la prise en charge des femmes concernées.
Généralités sur les Mutilations Sexuelles Féminines
Les mutilations sexuelles féminines sont des maltraitances qui touchent les femmes de tous les âges et de toutes les catégories socio-professionnelles. Elles relèvent d’une pratique coutumière ancestrale qui ne correspond aux préceptes d’aucune religion. Dans le monde, 200 millions de femmes en auraient été victimes, et 125 000 femmes adultes mutilées vivraient en France selon une estimation de 2010.
Ces mutilations sont de natures diverses : altération des organes sexuels, ablation partielle ou totale des lèvres ou du clitoris (excision) ou sutures des lèvres (infibulation) pour les principales. En France, les femmes victimes de mutilations sexuelles ont pour la grande majorité d’entre elles (80 %) subi une excision (mutilation de type II).
Il est essentiel que les professionnels de santé connaissent mieux ces maltraitances afin de participer au repérage des risques, de les prévenir mais également afin de savoir comment réagir s’ils découvrent une mutilation sexuelle chez une de leurs patientes, qu’elle soit mineure ou majeure.
Être la fille d’une femme victime de mutilations sexuelles augmente le risque d’être mutilée à son tour : environ 11 % des filles de femmes mutilées sexuellement le sont également.
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Risques Immédiats et à Long Terme des MSF
Les conséquences médicales immédiates de l’acte de mutilation sont graves, en particulier décès par hémorragie, septicémies, douleurs, infections ou fractures par contention. À moyen et long terme, les filles ou femmes risquent des complications uro-gynécologiques (douleurs chroniques vulvaires et pelviennes, mauvaise cicatrisation, stérilité, dysménorrhée…), des difficultés sexuelles (trouble du désir, vaginisme) ou des complications obstétricales, notamment lors de l’accouchement. Les conséquences sont très lourdes.
Les mutilations génitales féminines, dont l’excision est la forme la plus connue constituent une violation fondamentale de la dignité des femmes et de leurs droits tels qu’ils sont énoncés dans de nombreuses conventions internationales, notamment dans la Convention relative aux droits de l’enfant et dans la Convention sur l’élimination de toutes les formes de violence à l’égard des femmes.
Infibulation : Définition et Particularités
L'infibulation, une forme spécifique de mutilation génitale féminine (type III selon la classification de l'OMS), consiste en la suture quasi-totale des petites et grandes lèvres, ne laissant qu'une petite ouverture pour l'écoulement de l'urine et des menstruations. Cette pratique est particulièrement risquée en raison des complications qu'elle peut engendrer, notamment lors de l'accouchement.
Risques Spécifiques Liés à l'Accouchement en Cas d'Infibulation
L'infibulation complique significativement l'accouchement. Les femmes infibulées peuvent rencontrer les difficultés suivantes :
- Déchirures importantes: Le périnée, déjà fragilisé par la cicatrice de l'infibulation, est plus susceptible de se déchirer lors du passage du bébé.
- Hémorragies: Les déchirures importantes augmentent le risque d'hémorragies post-partum.
- Difficulté de progression du travail: La cicatrice peut empêcher la dilatation normale du col de l'utérus et ralentir la progression du travail.
- Nécessité d'une épisiotomie: Une épisiotomie (incision du périnée) est souvent nécessaire pour permettre le passage du bébé, mais elle peut être plus complexe à réaliser sur un périnée déjà cicatriciel.
- Souffrance fœtale: Un travail prolongé et difficile peut entraîner une souffrance fœtale.
- Complications infectieuses: Les déchirures et l'épisiotomie augmentent le risque d'infections post-partum.
Prise en Charge de l'Accouchement chez les Femmes Infibulées
Une prise en charge spécifique est nécessaire pour les femmes infibulées qui souhaitent accoucher. Cette prise en charge doit être globale et inclure :
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- Information et éducation: La femme doit être informée des risques et des options disponibles pour l'accouchement.
- Déinfibulation: La déinfibulation (ouverture de la cicatrice) est généralement recommandée avant l'accouchement pour faciliter le travail et réduire les risques de complications. Elle peut être réalisée pendant la grossesse ou au début du travail.
- Surveillance accrue pendant le travail: Une surveillance attentive du travail est nécessaire pour détecter tout signe de complication.
- Équipe médicale expérimentée: L'accouchement doit être réalisé par une équipe médicale expérimentée dans la prise en charge des femmes infibulées.
- Soutien psychologique: Un soutien psychologique est important pour aider la femme à gérer l'anxiété et le stress liés à l'accouchement.
Repérer les Situations à Risques et Agir
Plusieurs signaux doivent alerter le professionnel de santé sur un risque de survenue de mutilations sexuelles. L’origine géographique des parents de la patiente est le premier élément à considérer. La proportion de femmes mutilées sexuellement est en effet plus importante dans plusieurs pays africains. D’autres régions du monde sont également touchées, mais dans de moindres proportions, au Proche et au Moyen Orient et en Asie. Savoir si la patiente compte parmi ses proches ou son entourage des femmes ayant subi des mutilations sexuelles est aussi déterminant. Il est alors primordial d’évaluer la place attribuée par la famille à ces pratiques et coutumes ainsi qu’au respect de ces traditions délétères.
Aborder ce sujet est extrêmement délicat, le professionnel doit tenter de déculpabiliser la patiente, faire preuve de tact dans le choix des mots en utilisant un vocabulaire adapté et accessible.
Face à un risque imminent de mutilation sexuelle féminine chez une mineure, le professionnel doit faire un signalement en urgence. Il informe pour cela le Procureur de la République par téléphone, télécopie ou courriel avec accusé de réception et adresse une copie écrite du signalement à la Cellule de recueil des informations préoccupantes (CRIP) de son Conseil départemental.
Les signes évocateurs d’une mutilation sexuelle subie par une jeune fille ou une femme sont de divers ordres : modifications du comportement, fugues, douleurs pendant les règles, refus d’examen médical etc. Si, lors d’un examen médical, un professionnel de santé constate des mutilations sexuelles chez une mineure, il a l’obligation d’établir un signalement au procureur de la République. Si la victime est une personne majeure, le professionnel ne pourra le faire qu’avec l’accord de la patiente.
Le Rôle Crucial des Professionnels de Santé
Il est essentiel que les professionnels de santé soient formés et sensibilisés aux MSF afin de pouvoir :
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- Identifier les femmes à risque.
- Dépister les femmes ayant subi des MSF.
- Offrir une prise en charge médicale et psychologique adaptée.
- Signaler les cas de MSF sur mineures aux autorités compétentes.
- Participer à la prévention des MSF.
En effet il est important d’envisager un travail de sensibilisation et de formation sur les mutilations sexuelles féminines dans le monde qui doit être mené auprès des professionnels : médecins, sages‑femmes, infirmiers, travailleurs, sociaux, enseignants, magistrats… afin que chacun puisse avoir une connaissance large du sujet et puisse mieux en prévenir les risques.
Cadre Légal et Actions de Prévention en France
En France, les MSF sont illégales et sévèrement punies par la loi. Depuis 1983, le juge pénal français s’est saisi de ce problème, qui touche non seulement à la santé publique mais aussi et surtout aux droits les plus fondamentaux de l’être humain, et condamne lourdement les auteurs et complices de mutilations génitales féminines au titre de violences ayant entraîné une mutilation. L’article 222‑16‑2 du code pénal précise que « Dans le cas où les crimes et délits prévus par les articles 222‑8, 222‑10 ou 222‑12 sont commis à l’étranger sur une victime mineure résidant habituellement sur le territoire français, la loi française est applicable par dérogation aux dispositions de l’article 113‑7. »
La France est le pays de l’Union européenne dans lequel il y a eu le plus grand nombre de poursuites pénales pour des faits de mutilations sexuelles : environ 29 procès depuis 1979.
Plusieurs actions de prévention sont menées en France pour lutter contre les MSF, notamment :
- Des campagnes de sensibilisation auprès des populations à risque.
- Des formations pour les professionnels de santé.
- La mise en place de certificats médicaux constatant la non-excision pour les jeunes filles voyageant dans des pays où la pratique est courante. Afin d’assurer une protection effective aux jeunes filles exposées à une mutilation génitale, la loi du 29 juillet 2015 a mis en place, à travers les articles L. 723‑5 et L. 752‑3 du Ceseda, deux mécanismes tendant à la production par les parents de certificats médicaux constatant la non‑excision. Si, a contrario, le médecin constate une mutilation, le certificat serait directement transmis pour signalement au Procureur de la République.
- Un suivi de la santé de l'enfant jusqu'à ses 18 ans, avec une attention particulière à l'absence de mutilation sexuelle.
Nécessité d'une Approche Globale et Culturelle
La lutte contre les MSF nécessite une approche globale qui prend en compte les dimensions médicales, psychologiques, sociales et culturelles. Il est essentiel de travailler avec les communautés concernées pour faire évoluer les mentalités et promouvoir l'abandon de ces pratiques néfastes. Les mutilations sexuelles féminines sont l’expression de stéréotypes liés au sexe profondément enracinés et inhérents aux communautés patriarcales. Cette pratique fait partie des moyens par lesquels le pouvoir patriarcal s’impose aux femmes. - elles sont souvent motivées par des traditions relatives à ce qui est considéré comme un comportement sexuel approprié. Les mutilations sexuelles féminines réduiraient la libido féminine, préserveraient virginité prénuptiale et fidélité conjugale.
Plus de 110 pays, dont une cinquantaine africains, ont soutenu conjointement ce texte qui demande aux États membres de « compléter les mesures punitives par des activités d’éducation et d’information ».
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