L'interruption volontaire de grossesse (IVG) est un droit fondamental en France depuis la loi Veil du 17 janvier 1975. Ce droit, bien qu'acquis, reste fragile et nécessite une vigilance constante pour garantir son accès effectif et sécurisé à toutes les femmes. À Villeneuve-sur-Lot, une commune du Lot-et-Garonne d'environ 23 000 habitants, cette réalité s'est manifestée de manière préoccupante, mettant en lumière les défis persistants en matière d'accès aux soins et les inégalités territoriales.
Une interruption de service préoccupante
Entre mars 2022 et mars 2023, les femmes de Villeneuve-sur-Lot n'ont pas eu accès à l'IVG dans leur propre ville. Le Pôle de santé du Villeneuvois (PSV), un établissement public-privé de 250 lits, a temporairement cessé de proposer ce service. Cette suspension a été principalement due au départ de deux des quatre gynécologues de l'établissement (départ à la retraite), les deux restants ayant choisi de se concentrer sur la prise en charge des grossesses et des accouchements. Officiellement, cette situation a été attribuée à un « manque de moyens humains », sans qu'aucune clause de conscience de la part des médecins n'ait été invoquée.
Conséquences et réactions
L'arrêt des IVG à Villeneuve-sur-Lot a eu des répercussions importantes sur les femmes de la région. Selon Michelle Darroman, administratrice du Planning familial du département, cette situation a entraîné un report massif des demandes vers les centres d'Agen et de Marmande, qui se sont retrouvés débordés. Certaines femmes ont même été contraintes de se rendre jusqu'à Bordeaux pour accéder à une IVG.
Cette situation a particulièrement affecté les femmes les plus précaires et les mineures souhaitant avorter sans en informer leurs parents, complexifiant davantage leur parcours. Le docteur Luc de Bernis, médecin au sein des deux centres de santé sexuelle de Villeneuve-sur-Lot et de Fumel, a exprimé son indignation face à cette situation, déplorant le manque de communication de l'hôpital et le sentiment que l'IVG avait été sacrifiée sans réel questionnement moral.
Mobilisation citoyenne et alerte des professionnels de santé
Face à cette situation, des citoyens et des professionnels de santé se sont mobilisés pour alerter les autorités et dénoncer les dysfonctionnements. Le docteur Luc de Bernis a notamment écrit à l'Agence régionale de santé (ARS), au Conseil départemental et au Conseil de l'ordre pour signaler la situation. Un collectif d'associations féministes, comprenant le Planning familial, la Maison des femmes et l'association La Mèche, a également monté au créneau pour dénoncer la dégradation de l'accès à l'IVG à Villeneuve-sur-Lot et appeler le Pôle de santé à garantir ce droit fondamental. Une pétition a été lancée et plusieurs dizaines de personnes se sont rassemblées pour protester contre cette situation.
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Reprise partielle du service et difficultés persistantes
En mars dernier, un service d'accueil pour les femmes souhaitant avorter a rouvert au Pôle de santé du Villeneuvois, permettant la prise en charge de trois IVG chirurgicales par semaine, en raison du manque de moyens. Le directeur de l'hôpital, Bruno Chauvin, s'est dit soulagé de cette reprise, tout en soulignant la fragilité du fonctionnement de l'établissement et la nécessité de faire des choix difficiles. Michèle Ruscillo, médecin gynécologue-obstétricienne, a quant à elle déploré une médiatisation « à charge » de la situation, insistant sur la nécessité d'assurer la sécurité de la prise en charge des avortements et sur le fait que les patientes n'avaient pas été abandonnées, car elles pouvaient être prises en charge dans d'autres établissements.
Malgré cette reprise partielle, la situation reste précaire. L'accès à l'IVG médicamenteuse n'est toujours pas possible au sein du Pôle de santé du Villeneuvois, en raison du départ de la sage-femme qui réalisait cet acte. Bruno Chauvin a expliqué que l'établissement était en difficulté en raison du manque d'effectif médical et que les deux gynécologues titulaires étaient débordés. Il a également évoqué un conflit interne avec la sage-femme partie, empêchant la signature d'une convention qui lui aurait permis de continuer à pratiquer les IVG médicamenteuses.
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