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Gabriel Fauré : Berceuse d'une Vie en Musique

Gabriel Fauré, figure emblématique de la musique française, a marqué son époque par ses mélodies, son harmonie et son sens de l'équilibre. Compositeur, organiste et directeur du Conservatoire de Paris, Fauré a mené une vie inspirée par ses rencontres féminines et ses déceptions amoureuses.

Les Jeunes Années et la Formation Musicale (1845-1870)

Né le 12 mai 1845 à Pamiers, en Ariège, Gabriel Fauré est le benjamin d'une famille de six enfants. En 1849, sa famille s'installe près de Foix, à Montgauzy, où son père, Toussaint-Honoré Fauré, est nommé directeur de l'école normale. Dès l'âge de 9 ans, Fauré se passionne pour la musique religieuse. En octobre 1854, il entre à l'École de musique classique et religieuse de Paris, communément appelée École Niedermeyer, grâce à une bourse.

À Paris, Fauré se forme auprès des chefs de chœur et des maîtres de chapelle, et surtout auprès de son mentor, Camille Saint-Saëns. Il étudie le chant grégorien, les grands polyphonistes (Josquin, Palestrina, Bach), les classiques allemands (Mozart, Beethoven) et les « modernes » (Schumann, Liszt, Wagner). En 1865, à l'âge de 20 ans, il obtient le premier grand prix de composition et livre au jury le fameux Cantique de Jean Racine.

Les Premières Expériences et la Société Nationale de Musique (1870-1883)

À 25 ans, Fauré s'engage dans la guerre de 1870 pour lever le Siège de Paris. Il quitte ensuite la France et se tient à l'écart pendant les combats de la Commune de Paris. Il enseigne ensuite à l'école Niedermeyer où il a été scolarisé enfant. Il rentre à Paris en 1871, où il retrouve Camille Saint-Saëns. Le 25 février 1871, un mois après la capitulation, il participe à la création de la Société Nationale de Musique (avec : César Franck, Ernest Guiraud, Camille Saint-Saëns, Jules Massenet, Henri Duparc, Jules Garcin Théodore Dubois, Paul Taffanel et Romain Bussière). Il habite alors avec son frère Arnaud à Paris (45 rue des Missions). Il est pendant quelques semaines organiste de l'église Saint-Honoré d'Eylau dans le XVIe arrondissement de Paris. Il est de retour à Paris en octobre, et loge à l'emplacement actuel du 167 boulevard de Saint-Germain (qui était alors le 19 rue Taranne).

Fauré fréquente les salons et rencontre les musiciens français de son époque : Henri Duparc, César Franck, Jules Massenet et d’autres. Ensemble, ils créent la Société nationale de musique, toujours sous l’égide de Camille Saint-Saëns qu’il remplace désormais de temps à autre aux grandes orgues de la Madeleine. En 1877, Fauré devient maître de chapelle à l’église de la Madeleine.

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Fiancé un temps à la fille de Mme Viardot - dont il a fréquenté le salon - celle-ci rompt les fiançailles. Fauré est mortifié mais inspiré, il compose une mélodie intitulée Après un rêve, inspirée par ces vers : « Dans un sommeil que charmait ton image, je rêvais le bonheur, ardent mirage ». Inspiré par son chagrin d’amour, mais néanmoins malheureux, Fauré part à Weimar où il rencontre Liszt, en Allemagne. Il assiste à une représentation du Ring des Nibelungen de Richard Wagner. Il est bouleversé par son voyage, par la musique et revient en France pour composer son Quatuor n°1 pour piano.

Mariage et Reconnaissance (1883-1905)

En 1883, Fauré épouse Marie Frémiet, fille d’un sculpteur, sans enthousiasme, mais il n’est plus seul. Ils s'installent dans le XVIIe arrondissement de Paris, 93 avenue de Niel. À cette époque, il donne des leçons et assure les services quotidiens à l’église de la Madeleine. En 1886, Fauré fait la connaissance de la comtesse Greffulhe qui va soutenir son travail. C’est grâce à Robert de Montesquiou qu’il rencontre cette comtesse. Une rencontre qui marque une nouvelle étape dans l’inspiration créatrice de Fauré. C'est à cette époque qu'il compose son Requiem, qui est créé le 16 janvier 1888 à la Madeleine.

En 1892, Fauré devient inspecteur des Conservatoires de musique en province. Fini les leçons chronophages qui l’ont parfois fois obligé à sacrifier la composition. En 1896, il est nommé organiste en chef à l’église de la Madeleine et succède à Jules Massenet comme professeur de composition au Conservatoire de Paris. Il aura pour élève Maurice Ravel et Nadia Boulanger. 1896 est l’année de composition de la suite pour orchestre intitulée Dolly. Pourquoi Dolly ? Tout simplement parce que c’est le surnom d’Hélène, la fille d’Emma Bardac, qu’épousera quelques années plus tard Claude Debussy. En 1898, Fauré compose sa célèbre Sicilienne qui va connaître un destin curieux.

Directeur du Conservatoire et les Dernières Années (1905-1924)

En 1903, Fauré devient critique au Figaro. Il a 58 ans, et signera des critiques musicales jusqu’en 1920. Saint-Saëns lui dira qu’il manquait d’ambition. Il avait raison, mais Fauré fait sa place et prend même la direction du Conservatoire de Paris en 1905.

Fauré est un professeur adoré de ses élèves, mais comme directeur, il en va tout autrement. Il remet de l’ordre et de la discipline au conservatoire et bien sûr, on lui en veut. On lui reprochera même de ne pas avoir obtenu le prix de Rome. Dès sa nomination, le nouveau directeur engage des réformes visant à « faire de nos virtuoses, de nos chanteurs, de nos futurs compositeurs des artistes complètement instruits ». La réalisation de cet objectif passe par la rénovation de l’enseignement du chant, le renouvellement des programmes d’étude, l’obligation faite aux élèves chanteurs et instrumentistes de suivre les classes d’ensemble et aux compositeurs d’assister à la classe d’Histoire de la musique, etc. Son intransigeance suscite bien des oppositions et vaut au doux Fauré le surnom de Robespierre. C’est aussi sous son mandat que le Conservatoire quitte ses locaux historiques de la rue Bergère pour la rue de Madrid (1911). Resté en fonction jusqu’en 1920, Fauré fait ainsi entrer la vénérable institution dans le XXe siècle.

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Depuis quelques années, il perd l’audition : le compositeur entend les graves, mais pas les aigus. C’est dans ces conditions qu’il compose son premier Quintette pour piano et cordes. Le compositeur est désormais un notable des arts et de la culture. En 1909, il est élu à l’Institut de France. De plus en plus sourd, il compose difficilement. En 1920, à 75 ans, il prend sa retraite du Conservatoire et reçoit la même année la Grand-croix de la Légion d’honneur.

Il compose alors ses derniers chefs-d’œuvre : Le cycle de mélodie, L’horizon chimérique, Les seconds quintettes et sonates pour piano et violon, Le trio et le quatuor à corde, la Barcarolle n°13, son ultime pièce pour piano. Fauré termine sa vie avec des problèmes de santé. Il fume trop. Il ne compose plus, mais reste attentif au travail de la nouvelle génération. Il meurt le 4 novembre 1924 d’une pneumonie.

L'Héritage Musical de Fauré

Fauré est l’un des plus grands compositeurs français du XXe siècle avec Ravel et Debussy. Sa musique est synonyme de charme et d’élégance. Son Requiem jouit d’une célébrité universelle.

Principales Oeuvres

  • Opus 1 (1860-1871), Romances pour voix et piano (1. Le Papillon et la Fleur ; 2.
  • Opus 2 (1869-1876), Romances pour voix et piano (1. Dans les Ruines d'une Abbaye ; 2.
  • Opus 3 (1871-1879), Romances pour voix et piano (1. Seule ; 2.
  • Opus 4 (1871), Romances pour voix et piano (1. Chanson du pêcheur (Lamento) ; 2.
  • Opus 5 (1871-1879), Romances pour voix et piano (1. Chant d'Automne ; 2.
  • Opus 6 (1876), Romances pour voix et piano (1. aubade ; 2. Tristesse ; 3.
  • Opus 7 (1871), Romances pour voix et piano (1. Après un Rêve (Levati sol que la luna è levata) ; 2. Hymne ; 3.
  • Opus 8 (1871), Romances pour voix et piano (1. Au bord de l'eau ; 2. La Rançon ; 3.
  • Opus 10 (1874), Deux duos pour sopranos (1. Puisque ici-bas… ; 2.
  • paroles pour piano (1. Allegro molto, en la mineur ; 3.
  • Opus 18 (1880), Romances pour voix et piano (1. Nell ; 2. Le Voyageur ; 3.
  • Opus 21 (1880), Poème d'un jour, sur des poèmes de Ch. Grandmougin (1. Rencontre ; 2. Toujours ; 3.
  • Opus 23 (1882), Trois mélodies, pour vois et piano ( 1. Les Berceaux ; 2. Notre Amour ; 3.
  • Opus 27 (1883), Deux mélodies, pour voix et piano (1. Chanson d'Amour ; 2.
  • piano (1. en mi bémol mineur ; 2. en si majeur ; 3.
  • Opus 39 (1884), Quatre mélodies (1. Aurore ; Fleur jetée ; 3. Le Pays des Rêves ; 4.
  • Opus 43 (1886), Deux mélodies (1. Noël ; 2.
  • Opus 46 (1887), Deux mélodies (1. Les Présents ; 2.
  • Opus 47 (1887-1888), Deux motets (1. O Salutaris, en si pour baryton et orgue ; 2.
  • Opus 51 (1888), Quatre mélodies (1. Larmes ; 2. Au Cimetière ; 3. Spleen ; 4.
  • Opus 56 (1893-1896), Dolly, six pièces pour piano à 4 mains (1. Berceuse ; 2. Mi-a-ou ; 3. Le jardin de Dolly ; 4. Kitty-Valse ; 5. Tendresse ; 6.
  • Opus 57 (1889), Shylock, musique de scène pour orchestre (1. Chanson (Edmond Haraucourt) ; 2. Entr'acte ; 3. Madrigal (Edmond Haraucourt) ; 4. épithalame ; 5. Nocturne ; 6.
  • poèmes de Verlaine (1. Mandoline ; 2. En sourdine ; 3. Green ; 4. à Clymène ; 5.
  • Verlaine 1. Une Sainte en son auréole ; 2. Puisque l'aube grandit ; 3. La lune blanche luit dans les bois ; 4. J'allais par des chemins perfides ; 5. J'ai presque peur, en vérité ; 6. Avant que tu ne t'en ailles ; 7. Donc, ce sera par un clair jour d'été ; 8. N'est-ce pas ? ; 9.
  • Opus 63 bis (1894), Hymne à Apollon, chant grec du IIe siècle av.
  • Opus 65 (1894), Deux motets (1. Ave verum corpus, pour 2 voix de femmes et orgue ; 2.
  • Opus 67 (1895), Deux motets (1. Salve Regina, pour voix et orgue ou piano ; 2.
  • dièse mineur, pour piano [orchestré par D. E.
  • Opus 76 (1897), Deux mélodies (1. Le Parfum impérissable ; 2.
  • Opus 80 (1898), Pelléas et Mélisande, musique de scène pour orchestre (1. 2. Fileuse ; 3.
  • Opus 83 (1896), Deux mélodies (1. Prison ; 2.
  • piano (1. Capriccio en mi bémol ; 2. Fantaisie en la bémol ; 3. Fugue en la mineur ; 4. Adagietto en mi mineur ; 5. Improvisation en ut dièse mineur ; 6. Fugue en mi mineur ; 7. Allégresse en ut ; 8.
  • Opus 85 (1902), Trois mélodies (1. Dans la Forêt de septembre ; 2. La Fleur qui va sur l'eau ; 3.
  • Opus 87 (1904), Deux mélodies (1. Le plus doux chemin ; 2.
  • (1. Paradis ; 2. Prima Verba ; 3. Roses ardentes ; 4. Comme Dieu rayonne ; 5. L'aube blanche ; 6. Eau vivante ; 7. Veilles-tu, ma senteur de soleil ? ; 8. Dans un parfum de roses blanches ; 9. Crépuscule ; 10.
  • Opus 103 (1909-1910), Neuf Préludes, pour piano (1. bémol ; 2. en ut dièse mineur ; 3. en sol mineur ; 4. fa ; 5. en ré mineur ; 6. en mi bémol mineur ; 7. ; 8. en ut mineur ; 9.
  • Opus 104 (1913), Deux pièces, pour piano (1. dièse mineur ; 2.
  • Opus 105 (1914-1915), Deux pièces, pour piano (1. Barcarolle no 11 en sol mineur ; 2.
  • Lerberghe (1. Exaucement ; 2. Quand tu plonges tes yeux dans mes yeux ; 3. La Messagère ; 4. Je me poserai sur ton cœur ; 5. Dans la Nymphée ; 6. Dans la pénombre ; 7. Il m'est cher, Amour, le bandeau ; 8.
  • Menuet ; 3. Gavotte ; 4.
  • Opus 113 (1919), Mirages, mélodies sur des poèmes de la Baronne de Brimont ( 1. Cygne sur l'eau ; 2. Reflets dans l'eau ; 3. Jardin nocturne ; 4.
  • de mélodies sur des poèmes de Jean de la Ville de Mirmont (1. La Mer est infinie ; 2. Je me suis embarqué ; 3. Diane, Séléné ; 4.
  • s. s. Concerto en ut majeur K 491, de W. A.

La Berceuse : Un Thème Récurrent

Le goût de Gérard Pesson pour les berceuses est loin d’être anecdotique. Il s’articule à tout un univers poétique où l’intime et le rapport à l’enfance ont toujours été prisés et recherchés. Outre ses émissions sur France musique, où les berceuses avaient une place à part, le compositeur est aussi l’auteur de sept pièces de ce genre. L’étude de ce corpus met en évidence quelques universaux stylistiques (telle que l’oscillation) et déplace la question de la vocalité dans une écriture proprement instrumentale. Aussi, la berceuse pessonienne n’est pas que consolation, mais semble refléter, à l’intérieur même de la musique, l’inquiétude portée par celui qui s’endort.

On rapprochera le mouvement de la berceuse de celui de la barcarolle, autre genre privilégié par Fauré. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si, pour lui rendre hommage, Maurice Ravel compose en 1922 une Berceuse sur le nom de Gabriel Fauré.

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Dolly Suite

La Suite « Dolly » fut d’abord écrite par Fauré en l’honneur d’une petite fille prénommée Hélène, que sa mère, Emma Bardac, future seconde épouse de Debussy, surnommait affectueusement Dolly. Elle prend place, écrit Harry Halbreich, « aux côtés des Scènes d’enfants de Schumann et du Children’s Corner de Debussy, parmi les musiques les plus ravissantes jamais inspirées par l’enfance ». Les titres des pièces indiquent combien cette suite fait allusion à des situations ou à des personnages familiers : la Berceuse avait été écrite trente ans plus tôt pour une petite Suzanne, dont le père était préfet et ami de Fauré ; Kitty (en réalité Ketty) était le nom du chien des Bardac ; « Le jardin de Dolly » est une « promenade au jardin du Tendre », selon Jean-Michel Nectoux, qui voit dans « Le pas espagnol », l’utime page du recueil, « un éblouissant hommage à España de l’ami Chabrier »; quant à « Mi-a-ou », il ne s’agit pas d’une allusion à un chat mais à « Monsieur Raoul », frère de Dolly (qu’elle appelait « Aoul »). C’est Henri Rabaud (1873-1949) qui en assura l’orchestration en 1905, époque à laquelle Massenet commençait à trop souffrir de surdité pour démêler les timbres : « Ce que j’entends le moins péniblement, c’est la voix chantée. Mais l’ensemble instrumental, c’est le chaos et la douleur », écrira-t-il quelques années plus tard.

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