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Frank Lucas : Un baron de la drogue de Harlem et son héritage complexe

Introduction

Frank Lucas, né le 9 septembre 1930 à La Grange, en Caroline du Nord, et décédé le 30 mai 2019 dans le New Jersey, fut un important trafiquant d'héroïne américain. Il dirigea une organisation criminelle basée à Harlem de la fin des années 1960 au milieu des années 1970. Sa vie connut une nouvelle notoriété en 2008 avec la sortie du film « American Gangster » de Ridley Scott, inspiré de son parcours. Cet article explore la vie de Lucas, ses activités criminelles, son arrestation et les conséquences qui en découlèrent, ainsi que l'impact sur sa famille.

Jeunesse et Premiers Pas dans le Crime

Frank Lucas grandit à Greensboro, en Caroline du Nord. Il affirma que l'incident qui motiva sa vie criminelle fut d'être témoin de l'assassinat de son cousin, âgé de 12 ans, par le Ku Klux Klan, pour avoir « maté » une femme blanche à Greensboro. Contraint de travailler dès son plus jeune âge, il se vit refuser le droit d'aller à l'école. À six ans, il assista impuissant au meurtre de son cousin, un événement tragique qui bouleversa sa vie.

À douze ans, il faisait du vol son passe-temps favori, agressant et dérobant des clients à la sortie des bars. Il finit par trouver un travail dans une entreprise de tuyauterie, mais dérapa suite à une bagarre avec son patron, qu'il assomma avant de voler 400 dollars dans la caisse. Sur les conseils de sa mère, il prit la route de New York pour commencer une nouvelle vie.

Arrivé à Harlem, il enchaîna les vols à main armée. Il rencontra alors Ellsworth « Bumby » Johnson, homme à tout faire de la mafia italienne, et après la mort de ce dernier, Frank Lucas reprit ses trafics. Très à cheval sur les délais, il n'hésitait pas à s'en prendre physiquement à ceux qui tardaient à « payer leur impôt ». Lassé, il commença à s'éloigner peu à peu du milieu.

L'Ascension dans le Trafic de Drogue

Dans un bar, il croisa le chemin de Leslie « Ike » Atkinson, ancien sergent lui aussi originaire de Caroline du Nord, marié à une cousine de Frank Lucas. En 1968, alors que la guerre faisait rage au Vietnam, il s'envola pour l'Asie, non pas pour combattre, mais pour mettre la main sur de grandes quantités d'héroïne. À son retour, les deux hommes s'associèrent, leur plan étant simple : faire des allers-retours en Asie pour ramener la drogue et la revendre aux États-Unis.

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À l'époque, il remarqua que les soldats étaient les plus grands consommateurs de poudre blanche. Il était donc facile de passer par ces derniers pour rapatrier la marchandise, cachée dans les cercueils de militaires tués au Vietnam, que personne n'avait eu l'idée de fouiller. D'autres cercueils, identiques à ceux de l'armée, furent confectionnés avec un double fond, pour pouvoir ramener encore plus de drogue.

En Thaïlande, Lucas rencontra Leslie « Ike » Atkinson au Jack’s American Bar, un lieu de repos pour les soldats afro-américains. Atkinson dirigeait le bar et avait de bonnes relations avec de nombreux soldats, leur fournissant souvent de la drogue à la demande. Atkinson accepta de fournir l’héroïne à Lucas, qui voulait voir les opérations par lui-même. Ils voyagèrent dans la jungle thaïlandaise et rencontrèrent Luetchi Rubiwat, qui contrôlait des champs de pavot dans le Triangle d’Or. Lucas acheta 132 kilos d’héroïne de haute qualité pour 4 200 dollars l’unité.

Le "Blue Magic" et la Guerre des Gangs

Si les clients ne manquaient pas, il était impossible pour Frank Lucas de vendre de l'héroïne pure à 98%. Il décida donc de la couper pour n'en garder que 10%, ce qui lui permit de vendre sa marchandise moins chère que ses concurrents. Pour se faire connaître, il vendait des petits sachets bleus, sur lesquels était écrit « Blue Magic ». En quelques mois, il gagna plus d'un million de dollars par jour.

L'héroïne de Lucas, pure de 98 % à 100 % avant d'être coupée pour être vendue pure à 3 %, était bien plus forte que l'héroïne en circulation, engendrant une épidémie d'overdoses du Maine à la Floride. Le gouvernement décida alors de mettre en place des unités de lutte contre la drogue.

Désormais connu à New York, il commença à prendre peur. Pour éviter d'être attaqué par la mafia, il demanda à ses cinq frères de le rejoindre. Ensemble, ils formèrent les Country Boys. Afin de se faire respecter, il n'hésitait pas à taper du poing, exécutant un ancien dealer ou suspendant des mineurs du haut des ponts de la ville. Conscient que ses rentrées d'argent pouvaient attirer l'attention des forces de l'ordre, il ouvrit plusieurs commerces.

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Arrestation, Condamnation et Coopération

Il commença toutefois à se lasser, se retira petit à petit, délégua et acheta avec sa fortune quelques maisons de luxe en Floride. Le reste de son argent fut placé sur des comptes anonymes aux îles Caïmans. Mais les overdoses suite à la consommation de son produit devinrent de plus en plus fréquentes. S'il avait réussi à se lier d'amitié avec plusieurs membres des forces de l'ordre, il fit désormais partie des hommes à abattre à tout prix.

Arrêté pour trafic de stupéfiants, Frank Lucas fut finalement acquitté et relâché, faute de preuves. Il décida de faire profil bas un temps et s'exila dans le New Jersey. En 1974, il demanda à l'un de ses contacts dans les forces de l'ordre de voler son dossier dans les locaux de la Drug Enforcement Administration. En 1975, la guerre du Vietnam toucha à sa fin, et la méthode mise en place par le baron de la drogue avec. Il tenta alors un coup de poker et commanda deux fois plus de drogue que d'habitude, une grave erreur puisque les enquêteurs furent informés.

Frank Lucas fut arrêté le 28 janvier 1975 à son domicile, où 584 683 dollars furent retrouvés en liquide. Il fut condamné à 40 ans de prison en janvier 1976, puis à 30 ans supplémentaires en octobre de la même année. Pour réduire sa peine, il décida de livrer des informations à la police, dénonçant des trafiquants, mais aussi des policiers corrompus. Il fut libéré en 1981, sous condition.

En 1984, il fut de nouveau arrêté pour trafic de drogue et condamné à sept ans de prison, puis libéré.

Famille et Héritage

Marié avec Julianna Farrait, une Américano-Portoricaine (qui n'a jamais été Miss Puerto Rico comme indiqué dans le film American Gangster), ils ont eu ensemble deux enfants, une fille, Francine Lucas-Sinclair, et un fils, Frank Lucas, Jr.

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Francine Lucas-Sinclair est entrée dans le programme de protection des témoins avec Frank Lucas en 1977 et a depuis lancé un site Web, Yellow Brick Route, contenant des ressources pour les enfants de parents emprisonnés. Son fils, Frank Lucas Jr, officiant dans le hip-hop, a créé la marque « Frank Lucas Band ».

Collaboration avec Richie Roberts et Repentir

Dans un étrange retournement de situation, Frank Lucas devint un ami proche de Richie Roberts, l'inspecteur fédéral qui l'avait traqué. Après sa libération définitive de prison, Lucas retourna dans un Harlem dévasté et commença à réaliser à quel point son entreprise avait été destructrice. Il se repentit, déclarant : « J’ai fait des choses terribles… Je suis terriblement désolé de les avoir faites. Je le suis vraiment. »

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