Introduction
Les rapports entre les hommes et les femmes ont connu de profondes mutations ces dernières décennies, obligeant les hommes à revoir leurs manières d’exercer leurs paternités. Dans ce contexte en évolution, de nouvelles formes de paternité émergent, remettant en question les représentations traditionnelles du masculin et du féminin. Cet article explore la flexibilité des identités et les paternités plurielles, en examinant les facteurs qui influencent ces changements, les différentes formes de masculinité qui coexistent et les enjeux liés à la reconnaissance de la diversité des modèles familiaux.
Mutations sociales et redéfinition de la paternité
Plusieurs facteurs contribuent à la redéfinition du rôle paternel. L'immigration, l'adaptation à un nouvel environnement, l'augmentation des divorces et la présence accrue des femmes sur le marché du travail forcent les pères à repenser leur rôle au regard des nouvelles attentes sociales. Les perceptions des rôles attribués à l'individu sont très souvent liées à l'environnement social dans lequel il évolue. Les hommes immigrants vont développer une compréhension ou une conception de leurs rôles en fonction des normes sociales de leur société d'origine et vont devoir s'adapter à celles de la société d'accueil.
L'immigration représente une transition complexe susceptible d'influencer la stabilité et la continuité des rôles familiaux. Tous les domaines (psychosociaux, affectifs et professionnels) de la vie d'un parent peuvent en être affectés. L'immigration n'est pas vécue d'une manière homogène par tous les hommes immigrants. Il existe au contraire des variations culturelles, inter ou intrafamiliales, personnelles et de parcours. On ne peut pas parler d’une trajectoire unique ou universelle dans la construction de l’identité masculine et paternelle des immigrants. Cette trajectoire dépend non seulement des facteurs relevés ci-dessus, mais aussi de la société d’accueil, notamment de la place accordée aux pères et aux hommes dans ce nouvel environnement.
L'émergence des études sur les masculinités
Les études sur les hommes et les masculinités ont pris naissance au début des années 1980, dans la continuité des études féministes. Les théories classiques qui conçoivent l’origine des distinctions entre les femmes et les hommes comme innées et immuables sont alors rediscutées. Plusieurs auteurs vont adopter une approche socioconstructiviste dans laquelle le genre est considéré comme une construction sociale, c’est-à-dire le produit d’une culture donnée. Dans cette perspective, on distingue clairement le sexe biologique et le genre social qui est fortement déterminé par l’environnement dans lequel évolue l’individu.
Stéréotypes de masculinité et masculinité hégémonique
Des auteurs relèvent l’existence dans différentes sociétés ou organisations, de stéréotypes ou de préjugés relatifs à la masculinité. Loin d’être universels, ils se construisent généralement autour de cinq thèmes majeurs, souvent interreliés:
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- La crainte de la féminité comme élément central du développement de l’identité masculine.
- La restriction de l’expression émotionnelle et de l’affectivité.
- Le besoin de pouvoir et de contrôle.
La sociologue australienne Connell a introduit une hiérarchie entre les différentes formes de masculinité. Pour l’auteure, « la masculinité hégémonique » représente la forme sociale dominante de la masculinité analysée sous l’angle des rapports qu’elle entretient avec les autres formes de masculinité qui sont dites subordonnées, complices ou marginalisées. La masculinité hégémonique est souvent celle qui est idéalisée par bon nombre d’hommes. Elle est déterminée par les caractéristiques observables de la culture ambiante, notamment la conformité ou la résistance et la passivité ou la violence en relation avec les formes d’autorité présentes dans le contexte. Elle n’est pas un trait de personnalité ou un caractère particulier, mais plutôt un ensemble de normes et de règles symboliques associées à diverses activités. Cette forme de masculinité fait appel à des caractéristiques socioculturelles telles que l’hétérosexualité, l’habileté athlétique, la force physique, le courage, la condition physique, la compétitivité, l’autonomie et le contrôle des émotions.
Diversité des masculinités
En plus de la masculinité hégémonique, Connell en distingue d’autres formes. La masculinité dite « complice » se présente comme étant une forme aspirante de la masculinité hégémonique. La masculinité dite « subordonnée » est une position de dominé. Ceux qui en font partie sont marginalisés et peuvent être soumis à des comportements excessifs ou injustes. Ils sont parfois persécutés par des mesures faisant appel à la violence. La masculinité marginalisée est l’expression de la masculinité d’individus qui révèlent d’autres caractéristiques que celles de la masculinité hégémonique et qui, de ce fait, les situe dans des positions d’infériorité et de marginalité. Des hommes immigrant dans des sociétés valorisant diverses formes de masculinité pourraient se retrouver dans ce groupe.
La construction de la masculinité des hommes provoque un questionnement intimement lié à la théorie sociale du genre et à la masculinité hégémonique, à la masculinité complice, à la masculinité subordonnée et à la masculinité marginalisée. Les relations entre les masculinités dominantes, complices, subordonnées et marginalisées sont une préoccupation et possiblement une source de turbulence en ce qui a trait à la construction de la masculinité des hommes. Cette tension est souvent perceptible chez les hommes immigrants qui vivent parfois le conflit entre la masculinité développée et vécue avant l’immigration et les réalités de la fonction masculine dans la société d’accueil, comme le Québec. Par ailleurs, ceux-ci sont capables de découvrir et d’adopter de nouvelles fonctions qui mettent l’accent sur une paternité relationnelle. Le paradigme structurel conçoit la masculinité comme un phénomène pluridimensionnel, ce qui explique le fait que l’on parle davantage « des » masculinités que de « la » masculinité pour mettre en lumière la diversité des manières de la vivre. En effet, différentes masculinités se manifestent dans différentes situations sociales. Les hommes sont constamment en train de négocier des attitudes, des gestes, des idées, des idéologies ou des comportements associés aux diverses masculinités présentes dans les communautés de pratique de leur environnement afin de se trouver une place parmi les autres membres et surtout dans un nouvel environnement tel que celui du contexte migratoire.
Paternité: un phénomène social en constante évolution
La paternité, entendue comme phénomène social, est en constante évolution selon les époques, les cultures et les classes sociales. La paternité constitue un moment idéal pour entreprendre un cheminement par rapport à son identité personnelle, en tant que père et aussi en tant qu’homme. Les notions de paternité et d’identité masculine sont fondamentalement interreliées. Les contradictions traversant la paternité contemporaine se répercutent également dans les différentes formes de masculinités dans la mesure où les hommes bâtissent leur paternité en conformité avec ce qu’ils se représentent comme étant un bon modèle d’homme. En contexte d’immigration, cette représentation pourrait être confrontée aux modèles de père valorisés dans la société d’accueil et entraîner une redéfinition du rôle de père et d’homme.
La prise de distance par rapport aux modèles traditionnels permet de redéfinir les rôles assignés aux deux sexes dans la sphère familiale. On assiste ainsi à un profond mouvement de changement touchant le masculin, favorisant une plus grande flexibilité des identités, au travers duquel le masculin se resitue, notamment en ce qui concerne la paternité, autour de l’importance du lien, de l’interaction, de la communication. On voit apparaître de nouveaux portraits de la paternité, entre les modèles traditionnels se tenant à distance des soins aux enfants et les nouveaux pères qui y sont pleinement investis. Ces formes de « paternité hybride » peuvent incarner différentes formes de paternités. À cet égard, certains y voient une occasion d’inscrire le rôle de pourvoyeur, mais aussi de dispensation des soins pour les enfants. En ce sens, le rôle de pourvoyeur n’a pas comme unique fonction de répondre aux besoins de la famille.
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Engagement paternel et rôles de genre
Les études portant sur les liens entre l’engagement paternel, les attitudes et les croyances adoptées par les pères à l’égard des rôles de genre affichent des résultats contradictoires au regard des définitions et des outils de mesures utilisés. Les pères qui adoptent une vision plus libérale à l’égard de la division des rôles de genre ont tendance à davantage se percevoir engagés, particulièrement dans la dispensation des soins de base, et à éprouver un plus grand sentiment de responsabilité par rapport à leurs enfants. Par ailleurs, si les pères plus égalitaires démontrent un niveau élevé d’engagement que ceux qui adhèrent à une vision traditionnelle de la masculinité, l’attitude de la mère vis-à-vis des rôles de genre n’aurait pas d’impacts significatifs sur la qualité de l’engagement du père. Les pères qui adoptent une vision multidimensionnelle des rôles paternels, à l’opposé de ceux qui se conçoivent strictement comme pourvoyeur, sont plus susceptibles de s’engager auprès de leurs enfants.
Une tension demeure entre l’engagement paternel et la masculinité dans la mesure où une hiérarchie persiste socialement entre les différentes formes de masculinités, selon qu’elles soient dominantes ou marginalisées, alors qu’au même moment les stéréotypes masculins perdent de leur rigidité en raison de cette implication accrue des hommes dans les soins de base.
Paternité et immigration
La place et le rôle qu’on accorde aux pères dans une société sont ancrés dans la culture tout en étant soumis aux influences environnementales qui agissent sur la structure familiale et les conditions dans lesquelles s’exerce la paternité. Les pères immigrants sont continuellement en redéfinition identitaire. Ils cherchent à développer une identité paternelle renouvelée au contact de l’immigration. Les résultats de cette redéfinition identitaire vont engendrer des répercussions sur leur masculinité.
La paternité dans les contextes canadien et québécois a connu une évolution remarquable (participation des hommes aux soins de l’enfant, aux tâches ménagères) depuis le début des années 1980 en rapport avec les divers changements intervenus dans ces sociétés. Cette évolution se poursuit encore avec les transformations sociales et politiques et leurs influences sur les rôles de genre. Les hommes immigrants dans cet environnement vont très souvent être confrontés à des réalités différentes de leur culture d’origine à propos de la paternité, du rôle de l’homme à l’égard de l’enfant et de la famille, des relations homme-femme, etc. Ils vont devoir s’adapter à un nouveau foyer, à un nouvel environnement social, à la langue, à la culture, au lieu de travail et à la profession. Cette transition exige un ajustement important qui, dans de nombreuses situations, provoque une plus grande vulnérabilité chez ces personnes.
Paternités plurielles et familles lesboparentales
Malgré la multiplication des familles contemporaines, le schème de référence reste le modèle nucléaire. Si la famille peut être monoparentale, elle ne peut être triparentale ou pluriparentale, conduisant ainsi à une certaine « impasse » légale de la reconnaissance de plusieurs configurations familiales actuelles. Pourtant, plusieurs familles vivent en situation de pluriparentalité, si ce n’est de pluriparenté. Parmi celles-ci se trouvent les familles lesboparentales dont les enfants sont nés d’un donneur connu. Si au Québec la Loi instituant l’union civile et les nouvelles règles de filiation accorde une reconnaissance juridique aux parents de même sexe depuis dix ans déjà, elle reproduit le schéma biparental.
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Dans les familles lesboparentales, la grossesse et l’enfantement sont susceptibles d’induire une certaine asymétrie dans les relations que chacune des mères entretient avec l’enfant. En effet, les mères biologiques bénéficient d’un statut privilégié découlant des représentations essentialistes de la maternité qui font des femmes qui accouchent des mères plus authentiques que les autres. C’est pourquoi les mères biologiques sont socialement perçues comme étant indispensables au bien-être de leur enfant alors que leurs conjointes peuvent être vues comme des mères de surplus et, par conséquent, non nécessaires. Lorsqu’en plus cela est associé à une absence de reconnaissance juridique, certaines mères non biologiques en viennent à considérer l’enfant comme celui de leur conjointe et non comme le leur à toutes deux. Enfin, si l’enfant est né grâce à un donneur connu, cette asymétrie est encore plus marquée.
Pour pallier cette asymétrie, plusieurs stratégies seront utilisées. Ainsi, lorsque le donneur est connu, la mère non biologique aura recours à un discours sur l’importance de la parentalité pour affirmer que les liens biologiques ne suffisent pas à faire un parent, attestant ainsi sa place au sein du système familial. En outre, le recours à des termes d’adresse équivalents sera également privilégié. Les mères se feront alors toutes deux appeler « maman », auquel terme sera juxtaposé le prénom de la mère ainsi nommée. D’autres processus de nomination seront aussi utilisés tels que le recours aux deux patronymes maternels ou l’utilisation de prénoms issus de la lignée de la mère non biologique pour prénommer les enfants.
Les motivations des mères lesbiennes d’établir leur famille avec l’aide d’un donneur connu sont liées à l’importance qu’elles accordent à l’aspect biogénétique comme fondement identitaire et le désir de socialiser leurs enfants auprès du donneur, qu’il soit ou non connu des enfants comme étant leur père. Cela s’inscrit dans un contexte social plus large où les représentations de l’importance des liens génétiques dans le « faire famille » et du père pour le développement de l’enfant nourrissent certaines pratiques discursives sur la famille.
Les hommes hétérosexuels sont plus susceptibles d’évoquer des motivations altruistes et de considérer le sperme comme du matériau génétique. Conséquemment, ils sont plus nombreux à faire leur don en clinique. Les donneurs gais, quant à eux, désignent plutôt des raisons relationnelles et perçoivent leur don comme un legs génétique. La plupart des donneurs connus ont des contacts plus ou moins soutenus avec les enfants nés de leur don et admettent ressentir une forte connexion affective envers ces derniers. Ces hommes considèrent les enfants comme faisant partie de leur lignée, sont subjugués par les ressemblances physiques ou de caractère qu’ils remarquent même si la grande majorité ne désire pas que se développe une relation père-enfant. Cela ne les empêche pas de se sentir responsables des enfants, et leurs projections dans l’avenir laissent supposer qu’ils seront disponibles lorsque ceux-ci les solliciteront plus avant.
Les hommes gais qui acceptent d’être des donneurs connus, mais qui n’ont pas réfléchi préalablement aux impacts émotifs et psychologiques de leur don peuvent, une fois l’enfant né, avoir de la difficulté à comprendre leur rôle ou à se conformer aux attentes des femmes qui en sont bénéficiaires. Il y a autant de définitions de ce qu’est un donneur qu’il y a d’arrangements privés et que ni les mères lesbiennes ni les hommes qu’elles approchent pour faire un don n’ont de définition commune de ce qu’est un donneur connu. Les parties doivent donc s’entendre préalablement à la conception sur les intentions et le rôle de chacune et chacun de sorte à minimiser les risques de conflits.
Repères conceptuels: parenté, parentalité et paternité
La compréhension occidentale de la parenté se fonde sur l’idée d’une substance partagée qui est transmise entre les personnes d’un même groupe familial. Cette substance, symbolisée par le sang, incarne et transmet une parenté qui est vue comme résultant d’un fait naturel : la reproduction. La filiation coïncide avec la reproduction. La consanguinité n’est pas qu’affaire de biologie, mais également de reconnaissance et de norme sociale. Cela s’accompagne d’un ensemble de représentations et de symboles culturels partagés qui valorisent la dimension naturelle des liens de parenté.
La diversification des moyens de reproduction mise en œuvre par les technologies de la procréation a ceci de particulier qu’elle favorise un déplacement des représentations de la parenté. Les nouvelles technologies de la reproduction (NTR) fracturent la compréhension des liens entre apparentés du fait que les familles qui ont recours au don de gamètes ne peuvent plus s’appuyer sur la nature pour revendiquer l’authenticité de leurs liens familiaux. Les familles dont les enfants sont nés par apport de gamètes opéreraient un certain clivage entre « les substances corporelles, le rôle des gènes et celui du “ventre porteur” en vue de désigner la femme qui sera nommée “mère” et l’homme qui sera “père” ». Les gènes apparaissent dorénavant investis de la même puissance symbolique que pouvaient avoir les liens du sang, puisque ce sont eux qui sont compris comme étant responsables de la transmission de l’héritage génétique des parents à leurs enfants.
Même si la réalité biologique est une référence importante des représentations de la parenté dans la culture occidentale, la seule naissance d’un bébé ne suffit pas à faire le parent. À cette vision traditionnelle et essentialiste de la parenté est opposée une conception qui privilégie plutôt l’électivité et le désir d’apparentement dans la construction du lien familial et parental. Dans le « devenir parent », il faut une « opération intellectuelle, une œuvre de construction de la réalité » résultant du quotidien partagé et fait de symboles construits de façon à donner un sens à ce que les gens vivent. L’éducation de l’enfant, sa prise en charge, son épanouissement sont autant de composantes jugées essentielles dans cette œuvre de construction. Ce qui crée le lien de filiation entre le géniteur et l’enfant et élève ce dernier, au sens propre du terme, est le tissage de la relation quotidienne, faite de mots et d’actes entre l’adulte et l’enfant. Le lien parent-enfant est conceptualisé comme étant celui d’une relation interpersonnelle, de nature essentiellement affective, et considéré comme un engagement personnel délibérément choisi. Le parent est celui qui décide de le devenir du fait qu’il choisit les responsabilités qui en découlent. Le projet parental prend ici tout son sens alors qu’à la vérité biologique sont préférés le désir d’enfant et l’épanouissement affectif des membres de l’unité familiale.
Ces transformations dans la sphère familiale amènent une revendication de la reconnaissance juridique de la parentalité, notamment par la délégation de l’exercice de l’autorité parentale. La parentalité, même si elle s’appuie sur un processus subjectif, peut avoir de la difficulté à se pérenniser sans reconnaissance étatique du fait de son ambiguïté conceptuelle. En l’absence de définition claire, il est donc difficile d’articuler le rôle des adultes qui prennent soin des enfants qui ne sont pas biologiquement ou juridiquement les leurs. Aussi, ces liens ne semblent pas toujours résister au passage du temps lorsque cesse le quotidien. Ceci serait dû notamment à l’absence d’encadrement juridique, au fait qu’ils ne s’appuient pas sur la symbolique du sang, ou encore sur des rituels formalisés et institutionnalisés pour en assurer la reconnaissance. La filiation, bien qu’elle soit un construit juridique, se trouve à être le rappel objectivant de la parenté dans nos sociétés occidentales en permettant la légitimation publique du lien existant entre une personne et ses ascendants. Elle est un geste social soumis à la loi du groupe. La filiation assure la fonction symbolique d’être le vecteur de la norme quant à la reconnaissance sociale de ce qui constitue une famille. Le modèle dominant de la filiation en Occident est étroitement lié à la vision consanguine de la parenté, c’est-à-dire qu’il est cognatique, rattachant l’enfant à ses deux lignées maternelle et paternelle. Ce modèle suppose donc que les parents de l’enfant sont ceux qui l’ont engendré. De cette assimilation entre procréation et filiation est né un encadrement juridique des liens de parenté voulant qu’on ne puisse avoir qu’un seul père et qu’une …
Représentations sociales et parentalité
Les représentations sociales, politiques, culturelles, religieuses, philosophiques de la parentalité sont en constant mouvement, faisant écho aux évolutions des sociétés dans lesquelles ces représentations s’inscrivent. « Être père » ou « être mère » renvoie alors à une multitude de pratiques, d’enjeux, de définitions suivant les espaces, les époques et les groupes sociaux. Dans cette perspective, le concept de genre, désignant la construction sociale et culturelle des identités et des rapports sociaux de sexe, s’avère utile. Comment hommes et femmes s’approprient-ils les identités parentales et quelles sont les positions assignées à chacun des deux sexes dans leur rapport à la parentalité ? Quelles sont les manières d’endosser, voire de performer, les rôles perçus comme paternels ou maternels dans une société donnée à un moment donné ? Entre traditions et évolutions, ces identités et pratiques sont traversées par des enjeux, notamment sociaux et moraux, qui redéfinissent sans cesse leur contenu, leurs limites.
La parentalité est toujours encadrée de normes, variables selon l’aire géographique, l’époque, la sphère sociale, mais également le sexe auquel un individu appartient. Elle suppose des qualités, des dispositions, des comportements attendus et engendre des stéréotypes de genre définissant ce que doit être un « bon » père, une « bonne » mère. Il s’agit non seulement d’établir le contenu de ces modèles de parentalité légitimes, la conformité des individus à ces modèles construits et valorisés dans un contexte précis, mais également les résistances qu’ils opposent à ces injonctions sociales. Ces dernières ne sont pas forcément aussi contraignantes pour un sexe que pour l’autre. Par ailleurs, qu’en est-il du sentiment maternel ou paternel et en quoi peut-il différer selon le sexe du parent ?
Dans différents espaces et époques, plusieurs modèles de paternités - parfois antagonistes - sont amenés à coexister, ce qui ne se fait pas sans tensions. Le pater familias et ses attributs ne seraient-ils plus qu’un mythe ? Les familles monoparentales, recomposées, homoparentales sont autant de modèles différents, où la place de chacun est à construire. La transmission du nom, l’éducation quotidienne des enfants ne sont plus simplement des logiques sociales exercées par le parent biologique, légal, mais aussi par le parent quotidien. Ces formes de famille interrogent la parentalité, ses droits et ses fonctions sociales, l’articulation entre ses différentes modalités (biologique, légale, quotidienne) mais aussi les relations qui se tissent entre (beaux)-enfants et (beaux)-parents. Comment penser la maternité et la paternité dans tous ces contextes familiaux ?
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