Dans le silence assourdissant des tabous familiaux, des histoires émergent, brisant les chaînes de la peur et de la honte. L'une de ces histoires est celle de Jocelyne Coudurier, qui a attendu la mort de son père pour sortir du silence et écrire son histoire, un témoignage poignant sur l'inceste et ses ravages. Son expérience met en lumière une réalité sombre et complexe, où les liens familiaux sont pervertis et la confiance trahie.
Le Témoignage de Jocelyne Coudurier : 33 Ans d'Enfer
Jocelyne Coudurier, aujourd'hui âgée de 63 ans, témoigne pour briser le silence de l'inceste et inciter les victimes à parler. Elle résume sa vie avec celui qu'elle n'appelle plus son père mais son géniteur comme 33 ans d'enfer. Elle subissait "de la maltraitance, des coups réguliers, de l'inceste presque tous les jours et personne n'aurait pu imaginer à mon travail ce qu'il se passait chez moi quand je rentrais".
Dans les années 60, la famille Coudurier vivait et travaillait à la sucrerie de Fismes dans la Marne avant de déménager à Eppeville dans la Somme. Si on l'appelle "l'honorable Monsieur Coudurier", dans l'intimité, ce père de famille montre un tout autre visage. Il frappe régulièrement sa femme et ses trois filles dès leur plus jeune âge.
Jocelyne avait 9 ans quand son père la viola pour la première fois. Les deux petites sœurs subiront le même sort, avec la complicité de leur mère, qui obéit aux ordres et envoie parfois ses enfants dans le lit de leur père. La mère et les sœurs vont fuir, mais Jocelyne reste à la merci de cet homme brutal et pervers qui menace de "tuer toute la famille si quelqu'un parle".
Emprise et Tentatives d'Évasion
"J'étais comme un oiseau à qui on a coupé les ailes. J'étais dans une cage avec la porte ouverte, mais je ne pouvais pas m'envoler", confie Jocelyne. Elle tombe enceinte de son père à deux reprises et avorte deux fois. Le cauchemar va durer encore longtemps, jusqu'à ce qu'elle trouve le courage de partir à 33 ans. Ce n'est que 15 ans plus tard, après la mort de son père, qu'elle prend la plume pour raconter la peur, la manipulation, la violence et l'emprise qui l'ont paralysée pendant des années.
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Jocelyne Coudurier vit aujourd'hui à Elbeuf en Seine-Maritime. Elle est la mère de deux grands garçons et n'a jamais revu son père, qui s'est suicidé en 2008 après avoir abattu sa voisine d'un coup de fusil de chasse pour une raison que tout le monde ignore. La peur n'a jamais quitté Jocelyne, même après la mort de son père. "La peur est une prison" dit elle. Pour s'en libérer, Jocelyne a écrit son histoire avec l'aide d'une biographe, Vanessa Lasnami.
La Libération par l'Écriture et l'Appel au Secours
Ce livre est une thérapie pour elle et une main tendue à toutes les victimes d'inceste. "C'est un témoignage pour que les gens parlent et n'hésitent pas à se rapprocher d'un corps médical, d'une assistante sociale. C'est trop grave". Jocelyne souhaiterait fonder une association ou un groupe de parole sur le sujet. En France, une personne sur 10 dit avoir été victime d'inceste, selon un sondage réalisé par IPSOS en 2020. "Bouches cousues", de Jocelyne Coudurier, est publié aux Éditions City, au prix de 17,50 euros.
Inceste et Familles Recomposées : Un Tabou Persistant
L'histoire de Jocelyne Coudurier met en lumière la complexité des relations familiales et la nécessité de briser le silence autour de l'inceste. Cette problématique se pose avec une acuité particulière dans les familles recomposées, où les liens de parenté sont parfois flous et les repères incertains.
L'Affaire Woody Allen : Un Cas d'Inceste du Deuxième Type ?
Il y a quelques années déjà, l’affaire Woody Allen portait à l’attention de tous la question de l’inceste dans les familles recomposées. Compagnon de la mère et amant de la fille, père de l’un des demi-frères de sa jeune partenaire, Woody Allen, en succombant au charme de Sun Yi, la fille adoptive la plus âgée de son ancienne compagne Mia Farrow, commettait-il un inceste en tant qu’ancien beau-père ? Si Françoise Héritier y a reconnu un cas d’« inceste du deuxième type » (1994a), la question reste irrésolue pour une opinion quelque peu perplexe (Cadolle, 2000). Absence de lien de sang, paternité sociale contestée par le principal intéressé, confusion des rôles et des générations : de multiples arguments ont été invoqués pour condamner cette union, ou en défendre la légitimité.
L'Incertitude des Relations Beau-Parentales
Comment penser l’inceste « beau-parental », en effet, et celui-ci existe-t-il ? L’incertitude est au premier chef celle des intéressés eux-mêmes, puisque les relations beau-parent - bel-enfant se déroulent de ce point de vue dans l’absence de règles et de modèle simples. Il est très difficile, lors des entretiens, d’en interroger le caractère potentiellement « incestueux ». Le sujet est généralement soigneusement évité, quelques allusions affleurant cependant au fil des récits. Elles évoquent l’ambiguïté relationnelle qui peut caractériser les relations beau-parentales, lorsqu’elles unissent depuis peu un homme et une jeune fille ou une jeune femme, une femme et un jeune homme.
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Ainsi, Anna commente ses relations avec son ancien beau-père, séparé de sa mère après deux ans de vie commune : "Moi je l’avais revu aussi, comme ça de temps en temps. […] Je ne sais pas, j’avais dû l’avoir au téléphone un jour où ma mère n’était pas là et donc il habitait dans le Gers, et il m’avait dit : « Tu sais, tu peux venir me voir si tu veux », et puis, bon, ça ne s’est pas fait. Moi je l’aurais bien fait, mais j’ai senti une certaine réticence de la part de ma mère, je ne sais pas trop pourquoi. Peut-être parce qu’Antoine, après elle, il a eu des copines beaucoup plus jeunes. Alors est-ce que ma mère avait peur qu’après la mère ce soit la fille, en tous cas elle m’a freinée par rapport à ça et puis ça ne s’est pas fait (n° 14)."
Les raisons de la « réticence » apparente de la mère d’Anna, la réalité même de sa désapprobation importent-elles vraiment ? Anna ne lui attribue-t-elle pas une inquiétude, un doute qui pourraient être les siens face à cet homme qu’elle ne sait plus comment situer dans son environnement familial ?
Logiques d'Évitement et Équivoque Sexuelle
Décrivant sa vie quotidienne avec les filles de sa compagne, Jean-Pierre résume quant à lui : « J’ai vécu avec trois femmes » (n° 26). A titre d’illustration, il poursuit son récit en décrivant comment s’organisait chaque matin l’occupation de… la salle de bains. "Le problème quotidien, la salle de bains. C’est tout bête, mais c’est un problème. Bon il s’avère que dans les deux, il y en a une qui est très prude, mais elle l’est aussi avec son père, elle l’est avec tout le monde, et il y en a une, il lui est arrivé de rentrer à poil dans la salle de bains alors que moi j’y étais, et bon ben… C’est naturel chez elle, c’est naturel chez moi et puis ça ne m’a absolument pas gêné. […] Elles avaient leur chambre. Moi je n’avais pas accès à leur chambre, j’y entrais quand on discutait mais autrement, c’était absolument, leur grande indépendance."
Ainsi parlant, il évoque une tout autre question que celle de la gestion de la vie quotidienne : il n’a apparemment pas été facile de vivre à la fois avec une nouvelle compagne et les deux jeunes femmes qu’étaient déjà ses filles. Ainsi s’instaurent aussi des logiques d’évitement, qui prennent aussi facilement la forme d’une grande pudeur que celle d’une indifférence affichée à la séduction potentielle de l’autre. « Plusieurs beaux-pères nous ont parlé de la réserve qu’ils se sentaient tenus d’observer avec leur belle-fille tout particulièrement […]. Les belles-filles ont souvent la même pudeur avec leur beau-père », remarque Sylvie Cadolle (2000 : 245-246). L’absence de principe clair laisse planer une équivoque sexuelle dans ces relations beau-parentales tardives.
L'Absence d'Interdit et la Nécessité de Vigilance
Une belle-mère y décrit une ambiguïté similaire, apparue à l’adolescence de son beau-fils, âgé de seize ans, et qu’elle connaît depuis l’âge de quatre ans : "Ce garçon, dans le fond, je suis la seule femme qui suis dans son entourage immédiat, qui n’est pas de sa famille. Et je pense, je devine que je provoque chez lui des tas de choses bizarres, des tas de fantasmes, des désirs, il y a des moments de tendresse, d’expression comme ça vers moi qui relèvent déjà du désir d’un homme pour une femme. Bon, c’est pas facile à gérer, j’ai pas la solution à vous donner là maintenant. Il faut maintenir une distance […], il faut être à l’écoute […], moi je trouve qu’il faut être drôlement costaud. Il faut toujours être présente, il faut être très vigilante, et je le suis pas toujours suffisamment. Donc par exemple on a une vie de famille assez libre, je dois faire un effort par exemple pour ne pas m’exposer trop physiquement, il faut que je me protège, parce qu’il serait peut être troublé de me voir un peu trop déshabillée par exemple. C’est pas facile de penser à ça tout le temps en sa présence, quelquefois j’oublie. Et puis la provocation d’un jeune garçon, le désir, c’est assez émouvant. On peut avoir envie de jouer avec ça. Je ne sais pas si une mère éprouve la même chose mais on peut avoir envie de jouer puisqu’il n’y a pas l’interdit de l’inceste."
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Cette belle-mère, qui manie sans difficulté des concepts touchant à la séduction, au désir sexuel, à l’inceste, se situe par ailleurs sans hésitation hors de la famille de l’enfant, qu’elle côtoie pourtant depuis douze années : il n’existe entre eux aucune parenté légale qui justifie l’existence d’un interdit. Elle reconnaît les difficultés que provoque cette absence de loi dans la proximité affective qui l’unit néanmoins à cet enfant. Ainsi, le caractère équivoque de la relation beau-parentale est-il parfois décrit avec acuité par ses protagonistes. La difficulté consiste, pour les familles recomposées, à vivre avec une règle non énoncée, ordonnant des positions générationelles mal définies, non reconnues.
L'Évolution de l'Interdit : De l'Antiquité à nos Jours
Historiquement, « l’inceste beau-parental » est pourtant vieux de plusieurs siècles. S’interroger sur l’évolution de cet interdit et de ses motifs nous paraît essentiel. La prohibition de l’inceste s’accompagne toujours et partout d’un discours assortissant de divers arguments les lois qui régissent les unions sexuelles et matrimoniales. Questionner les motifs de « l’interdit de l’inceste beau-parental », tels qu’ils ont été énoncés au cours de l’histoire, nous semble donc intéressant pour mieux comprendre la nature de cette relation.
Le Lévitique : Un Témoignage Millénaire
"La nudité de la femme de ton père, tu ne la découvriras pas, c’est la nudité de ton père (Lévitique 18, 8). L’homme qui couche avec la femme de son père : il a découvert la nudité de son père ; tous deux seront mis à mort ; leur sang est sur eux (Lévitique 20, 11). Tu ne découvriras pas la nudité d’une femme et de sa fille ; tu ne prendras ni la fille de son fils ni la fille de sa fille pour découvrir leur nudité. C’est sa chair. Ce serait une infâmie (Lévitique 18, 17). L’homme qui prend pour femme la fille et la mère : c’est une infâmie ; on les brûlera au feu, lui et elles, pour qu’il n’y ait pas d’infâmie au milieu de vous (Lévitique 20, 14)."
Ce passage bien connu du Lévitique témoigne de l’ancienneté millénaire d’une prohibition existant entre beau-parent et bel-enfant. Cet interdit repose sur l’idée qu’il existe entre un individu et la parenté de son conjoint un lien d’affinité. L’affinité, dans le langage juridique, équivaut à l’alliance : résultant du mariage, elle unit un individu aux consanguins de son époux : les parents et enfants d’une femme à son mari, et les parents et enfants d’un homme à son épouse. Le beau-parent est, à ce titre, un affin pour son bel-enfant, et c’est ainsi que nous le considérerons tout d’abord pour l’étude de son statut au sein des règles de prohibition de l’inceste.
L'Adfinitas Romaine : Une Définition Juridique
La conception romaine de l’adfinitas constitue l’une des premières définitions juridiques de cette relation pour notre société occidentale. « Lien qui unit l’un des conjoints aux parents de l’autre », elle induit des prohibitions matrimoniale et sexuelle (Villers, 1977 : 212). A partir de l’époque impériale, elle constitue un empêchement, en ligne directe sous l’Empire païen, puis en ligne collatérale, sous le règne des empereurs chrétiens (Girard, 1924).
L’époux du conjoint et son bel-enfant se trouvent au cœur de ces interdits : "La parenté voisine de la filiation que le mariage crée entre beaux-parents et beaux-enfants, qu’on désigne sous ce nom la parenté résultant d’un mariage entre l’un des conjoints et les ascendants de l’autre ou la parenté existante en cas de second mariage entre les enfants du premier lit et l’époux dont ils ne sont pas issus, entraîne en cas de relations sexuelles pendant la durée du mariage qui fonde la parenté une aggravation de peine en ajoutant l’inceste à l’adultère et laisse aux relations sexuelles le caractère d’inceste, même si elles se produisent après la dissolution du mariage (Mommsen, 1907 : 411)."
Les interdits sexuels et les empêchements matrimoniaux entre beau-parent et bel-enfant survivent en effet à la dissolution du mariage. « On suppose exceptionnellement que l’affinité existe encore lorsqu’il s’agit de lui faire produire quelques effets indispensables d’un point de vue moral, empêchement de mariage par exemple » (Caron, 1901 : 56).
La prohibition apparaît aussi dans le domaine de la filiation adoptive. Le statut juridique des femmes ne leur permettant pas d’accéder à l’adoption, elles se trouvent, par rapport à l’enfant adopté par leur mari, en position de « belles-mères ». Or, l’enfant adopté se voit interdire l’épouse de son père pendant, et éventuellement après la durée du mariage (Moreau, 1992), même en l’absence de lien consanguin unissant le père et l’enfant. Il faut sans doute rapporter cela à la très grande valeur accordée à la filiation sociale créée par l’adoption dans la société romaine. Hors du lien matrimonial, « la même femme ne peut être successivement la concubine du père et du fils » (Caron, 1901 : 46). Ainsi, l’union civile créée par le mariage ne constitue pas le seul fondement de l’affinité comme principe de prohibition de l’inceste : la relation née du seul commerce sexuel y suffit.
L'Affinité dans le Monde Chrétien : La Théorie de l'Una Caro
Outre le Lévitique, l’Ancien et le Nouveau Testament évoquent à plusieurs reprises l’existence d’un interdit sexuel entre un homme et la femme de son père : dans la Genèse et le deuxième Livre de Samuel, on qualifie par exemple d’« inceste » le fait pour un homme de coucher avec la ou les concubine(s) de son père. Saint Paul rappelle également dans l’épître aux Corinthiens combien cette union peut être condamnable : « On n’entend parler que de fornication parmi vous, et d’une fornication telle qu’il n’y en a pas même chez les nations ; c’est à ce point que quelqu’un a la femme de son père ! […] Qu’un tel homme soit livré au Satan pour la perte de sa chair afin que l’esprit soit sauvé au Jour du Seigneur » (Le Nouveau Testament, Épître aux Corinthiens, 6, 12-20). L’union du conjoint et de l’enfant d’un même individu est donc bien, dans la Bible, un inceste.
Au concile de Rome, en 721, l’Église définit précisément la notion d’affinitas. « Dans un mariage consommé, les deux époux sont devenus une seule et même chair, una caro. La copula ayant mêlé leurs sangs et confondu leurs personnes, la parenté de l’un se communiquait à l’autre sous forme d’affinitas » (Esmein, 1891 : 416). La rencontre des corps et de leurs humeurs, à travers l’acte sexuel, conduit à l’identité des partenaires. L’affinité allie donc, par le biais de l’unio…
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