Introduction
L'expression "fiche le destin au berceau" évoque une idée puissante : celle que les circonstances de notre naissance, notre environnement familial et social, peuvent influencer, voire déterminer, notre trajectoire de vie. Cette notion, au cœur des débats sur l'égalité des chances et la reproduction sociale, mérite une exploration approfondie. Cet article se propose d'en examiner les origines, les implications et les enjeux contemporains, en s'appuyant sur des analyses sociologiques et philosophiques.
Origines et Évolution de la Notion de Mérite
La Complexité Historique du Mérite
La notion de mérite, souvent associée à l'idée d'égalité des chances, possède une origine historique complexe et parfois paradoxale. Initialement, elle s'est développée sur une base théologique, dans le contexte de la querelle entre catholiques et protestants. Le mérite était alors conçu comme une critique de la grâce divine, mettant en avant la nécessité des œuvres pour obtenir le salut.
Au moment de la Révolution française, le terme "mérite" englobait deux idées distinctes : le talent (une variable naturelle) et la vertu ou l'effort (une variable comportementale). Cette confusion a persisté, rendant difficile la conceptualisation précise du mérite.
La Méritocratie à la Française : Un Idéal Restrictif
En France, l'idéal méritocratique a été interprété de manière restrictive, comme une "méritocratie de sommet". Les théoriciens de l'éducation du XVIIIe siècle cherchaient à concilier le renouvellement des élites et le maintien d'une organisation sociale stable, où chacun restait à sa place. Cette vision a conduit à un dualisme républicain, séparant l'éducation au service de la reproduction sociale et l'éducation au service du gouvernement.
Les révolutionnaires français ont cherché à élargir le recrutement des élites en détectant les "génies cachés" parmi la population. Cependant, cette vision dualiste est restée dominante, avec quelques critiques isolées comme celles de D'Holbach et Rousseau, qui prônaient une récompense en fonction de l'utilité sociale plutôt que du mérite personnel.
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Les Saint-Simoniens et l'Égalité des Chances
Les saint-simoniens ont été parmi les premiers à théoriser la méritocratie et à développer l'idée d'égalité des chances. Ils proposaient la suppression de l'héritage et une scolarité égale pour tous, voire une désocialisation des enfants pour les élever uniquement selon leurs "capacités naturelles".
Thomas Paine, dans Agrarian Justice (1797), suggérait que chaque citoyen reçoive un capital initial financé par une taxe sur les propriétés héritées, afin de lutter contre les effets de l'héritage.
Les Paradoxes de l'Égalité Radicale des Chances
La conception d'une égalité totale des chances présente un caractère paradoxal. D'une part, elle suppose une société désocialisée et individualiste. D'autre part, elle peut conduire à une société très hiérarchisée, où les inégalités, même extrêmes, sont justifiées par le mérite individuel.
J.S. Mill critiquait cette utopie, estimant qu'elle risquait de mener à une société où toutes les inégalités seraient admissibles et légitimes. Michael Young, au XXe siècle, partageait cette critique, prédisant qu'un système purement méritocratique conduirait à une aristocratie du talent et à un enfermement des individus dans leur destin.
Les Limites Psychologiques et Morales de l'Égalité des Chances
L'idée d'égalité radicale des chances suppose une distinction claire entre les choix individuels et les circonstances. Seules les inégalités découlant des préférences personnelles seraient acceptables, tandis que celles résultant des circonstances devraient être compensées.
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Cette conception met l'accent sur la responsabilité individuelle, mais risque d'éroder la solidarité et la confiance en suscitant une suspicion généralisée quant à la manipulation de la frontière entre choix et circonstances.
La Reproduction Sociale : Un Constat Persistant
Le Poids de l'Origine Sociale sur les Trajectoires
Malgré les progrès réalisés en matière d'égalité des chances, les études statistiques montrent que l'origine sociale, le genre et l'ascendance migratoire exercent une influence majeure sur les performances et les parcours scolaires. En France, l'origine sociale est la dimension la plus déterminante.
Camille Peugny, dans Le Destin au berceau. Inégalités et reproduction sociale (2013), souligne que "dans la France d’aujourd’hui, sept enfants de cadres sur dix exercent un emploi d’encadrement quelques années après la fin de leurs études. À l’inverse, sept enfants d’ouvriers sur dix demeurent cantonnés à des emplois d’exécution."
La Fin du "Progrès Générationnel"
Les inégalités entre générations se renforcent, au détriment de celles nées après les années 1950. La précarisation croissante des emplois et la dualisation du marché du travail contribuent à cette tendance.
Les inégalités intragénérationnelles sont également importantes, notamment en ce qui concerne l'accès à l'emploi, au salaire, à la carrière et au logement.
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Les Angles Morts de la Démocratisation Scolaire
La massification scolaire, enclenchée dans les années 1960, a atteint ses limites. Un nombre important de jeunes sortent du système scolaire sans qualification, le pourcentage de bacheliers stagne, et le taux de poursuite d'études dans l'enseignement supérieur a diminué.
La démocratisation scolaire a surtout bénéficié aux catégories intermédiaires. Elle est également "ségrégative", en raison des filières aux rendements et prestiges inégaux.
À diplôme égal, les enfants d'ouvriers ont moins de chances d'obtenir un emploi de cadre que les enfants de cadres. L'origine sociale joue encore un rôle important, voire tend à s'intensifier.
Les Fées et le Destin : Une Perspective Mythologique
Les Fées dans la Littérature Arthurienne
Dans la littérature arthurienne, les fées sont des êtres surnaturels, souvent des femmes fatales, qui incarnent la tradition des nymphes et des déesses de l'Antiquité. Parmi ces fées, Viviane, la Dame du Lac, joue un rôle éminent.
Viviane enlève Lancelot nouveau-né pour l'élever dans son domaine du Lac, à l'abri du monde. Son apparition dans le Lancelot en prose est l'occasion d'un développement sur l'origine des fées, présentées comme des femmes instruites en enchantement, connaissant les propriétés des herbes et des pierres.
Morgane, la demi-sœur d'Arthur, est une autre figure importante. Elle apprend la magie et utilise ses pouvoirs pour séduire et tromper les hommes.
Merlin et Viviane : Une Relation Complexe
Merlin rencontre Viviane au bord d'une fontaine. Il tombe amoureux d'elle et lui enseigne son art et sa magie. Cependant, Viviane se méfie de lui en raison de son origine diabolique et l'enferme dans une tour invisible.
Ces épisodes montrent Merlin comme un homme attiré par l'amour, voire luxurieux.
L'Enfance et le Destin : Une Perspective Médiévale
L'Enfant comme Protagoniste Rare
Dans la littérature vernaculaire des XIIe et XIIIe siècles, il est rare de voir un petit enfant comme protagoniste du récit. Les enfants sont généralement présentés comme subissant l'action, et leur évocation est subordonnée à celle d'un adulte.
Cependant, certaines exceptions existent, notamment dans la deuxième et la troisième Vie des Pères, des recueils de contes religieux rédigés entre 1241 et 1252.
L'Enfance entre Sainteté et Péché
Ces contes témoignent d'une hésitation entre une infantia considérée comme sainte et une enfance essentiellement peccamineuse. L'enfant peut accéder au paradis grâce à sa générosité, être sauvé d'un raz-de-marée par sa piété, ou être précipité en enfer pour avoir blasphémé.
L'âge du héros est souvent suggéré par ses goûts et ses activités. L'association de l'enfant aux jeux et à la nourriture permet de le situer au début de la seconde infantia, entre deux et sept ans.
Le Rôle de l'Imitation et de l'Éducation Parentale
Le comportement du jeune enfant se présente souvent comme la reproduction de l'attitude religieuse de ses parents. Le vice de l'enfant est la conséquence de celui du père, qui fait preuve d'un manque d'instruction. Le goût de l'enfant pour la prière mariale est le prolongement de l'amour que sa mère porte à Marie.
L'absence de conscience du sacré chez certains enfants peut être liée à une absence parentale, en particulier maternelle.
La Mère comme Condition de la Sainteté
Le rapport de l'enfant à la mère pourrait être la condition de la sainteté du petit héros. L'éducation donnée par le père peut être un renversement de l'éducation religieuse conférée par la mère.
Vers une Égalité Tout au Long de la Vie
Agir sur le Système Éducatif
Pour "desserrer l'étau de la reproduction sociale", il est nécessaire d'agir sur le système éducatif. La précocité des inégalités incite à agir dès l'école maternelle et à combler le retard de la France en matière de dépenses d'éducation pour les premiers niveaux.
Il s'agit également de rompre avec l'élitisme qui caractérise le système éducatif français et de redistribuer plus équitablement les dépenses entre classes préparatoires et universités.
Développer la Formation Continue
La formation continue est insuffisamment développée en France. Il est nécessaire d'instituer un droit à la formation pour tous, en octroyant des "bons mensuels de formation" qui permettraient d'accéder à l'enseignement supérieur à un moment ou un autre de sa vie.
Mettre en Place des Dispositifs d'Autonomie pour les Jeunes
Il convient de mettre en place des dispositifs d'autonomie pour les jeunes, sur le modèle des pays scandinaves. L'ouverture des droits d'accès au RSA pour les jeunes de moins de 25 ans permettrait à ces jeunes d'accéder à une certaine autonomie source d'intégration sociale.
Combattre les Inégalités à la Racine
Pour que l'école soit vraiment démocratique, il est nécessaire de (re)donner à l'école sa capacité à gommer les inégalités liées à l'origine sociale plutôt qu'à les renforcer. Il convient d'agir dès l'école maternelle et l'école primaire, notamment en y accordant davantage de moyens.
Rendre l'École Moins Scolaire
Il conviendrait de rendre l'école "moins scolaire" dans les premières années, c'est-à-dire de repousser l'évaluation chiffrée et classante à des âges plus avancés.
Assurer un Enseignement Supérieur Plus Juste
Assurer un enseignement supérieur plus juste devrait conduire les pouvoirs publics à assurer les mêmes conditions de travail et d'apprentissage de tous les étudiants, à l'image de ce qui est proposé dans les classes préparatoires.
Penser la Formation sur le Cycle de Vie
Contre le "monopole de la formation" accordé à l'école en France, il est nécessaire de "penser la formation sur le cycle de vie" en allant au delà de la formation continue actuelle qui bénéficie davantage aux actifs exerçant une activité de cadre ou profession intermédiaire.
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