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Fécondation et Transidentité : Droits, Possibilités et Considérations Éthiques

Introduction

La question de la fécondation chez les personnes transgenres est un sujet complexe, en pleine évolution, qui soulève des considérations médicales, éthiques et légales. Longtemps perçue comme un obstacle insurmontable, la possibilité de procréation pour les personnes transgenres est aujourd'hui au cœur de débats passionnés, stimulés par les avancées scientifiques et une meilleure compréhension des droits reproductifs. Cet article explore les différentes facettes de cette problématique, en abordant les aspects médicaux, les options disponibles, les considérations éthiques et l'évolution du cadre légal.

Reconnaissance du Transsexualisme et Droits Procréatifs

Depuis quelques années, il est établi que le transsexualisme n’est pas une affection mentale, mais qu’il doit être traité correctement de façon hormonale et chirurgicale afin d’obtenir une congruence entre le genre phénotypique et le genre vécu. À cause des effets du traitement sur la fécondité, la transition vers le genre désiré et la reproduction ont toujours paru s’exclure mutuellement pour les hommes et femmes trans’. Ainsi, la perte du potentiel de reproduction a pu être considérée comme le « prix à payer » pour la transition. Bien que les besoins et les droits procréateurs des personnes trans’ aient été reconnus depuis quinze ans, aujourd’hui beaucoup d’experts médicaux - même parmi ceux qui traitent les personnes trans’ - sont toujours réticents vis-à-vis d’une éventuelle procréation après le changement de genre. C’est seulement en 2001, que les « standards of care » ont incorporé un paragraphe sur la nécessité de discuter le sujet de la reproduction avec les personnes trans’ désireuses d’entamer un traitement hormonal.

Par ailleurs, le débat éthique est aussi apparu parmi les spécialistes de l’infertilité qui se questionnaient à propos des demandes de procréation post-transition des personnes trans’ en couple. La question sous-jacente était de savoir si les personnes trans’ pouvaient être de « bons parents », sans qu’il y ait une influence négative sur le développement sexuel ou l’identité de genre de l’enfant à naître. Des années auparavant, une discussion similaire s’était développée autour de l’accès des personnes homosexuelles aux PMA avec les mêmes implicites ; de la même façon que la question était alors insultante pour les personnes homosexuelles, elle l’est aujourd’hui pour les personnes trans’.

Impact du Transsexualisme Parental sur les Enfants

Avant de discuter des problèmes pratiques qui se posent après la transition, il est important de revenir sur les études faites sur les familles des personnes trans’ constituées avant la transition. Bien qu’il n’y ait pas beaucoup de données, Richard Green a étudié 34 enfants de personnes trans’ qui sont restés en contact avec leur parent. Ses conclusions affirment que le transsexualisme ne pose pas de problèmes pour ces enfants. Il n’y a pas, en effet, d’influence négative du transsexualisme parental sur le développement psycho-sexuel des enfants, ni sur leur identité de genre. Parfois ces enfants sont « taquinés » par leurs camarades, mais de façon passagère et sans conséquence. Tous ces enfants comprennent ce qui s’est passé pour leur parent. Évidemment, les enfants peuvent souffrir de la séparation ou du divorce, qui a souvent lieu quand une personne transsexuelle « transitionne », mais la souffrance de ces enfants est surtout la conséquence des réactions de l’autre parent qui s’oppose au contact avec le parent trans’ et qui va parfois en justice dans ce but. Green conclut qu’il ne faut surtout pas séparer le parent trans’ de ses enfants. En fait, ces résultats sont identiques à ceux des études sur les enfants de couples de lesbiennes. Pour ces enfants, il a été montré que le développement ne diffère guère de celui des autres enfants, ni au niveau du développement psycho-sexuel, ni en ce qui concerne l’identité de genre. Les problèmes qui sont relatés parfois viennent de questions de discrimination et de non-acceptation de l’homosexualité des parents. Il est évident que dans ce cas, il faut combattre la « bigoterie » de la société au lieu de refuser à ces personnes d’avoir des enfants.

Droit à la Procréation et Transidentité

Aujourd’hui, en médecine de la reproduction, il est assez souvent admis que chaque personne a le droit de procréer. Pour la personne trans’ cela n’est pas évident. Les traitements hormonaux et chirurgicaux rendent la procréation naturelle impossible. Dans les centres d’infertilité, il y a d’autres situations où la procréation est impossible pour des raisons évidentes comme pour les couples de femmes lesbiennes. La procréation chez ces femmes est aujourd’hui assez largement acceptée et en Belgique nous pratiquons de façon courante les inséminations par sperme de donneur (IAD) ou la fécondation in vitro (FIV), dans laquelle l’une des femmes donne les ovocytes et sa partenaire mène la grossesse après transfert de l’embryon créé via la FIV. Soutenir le changement de genre comme étant un choix délibéré de la personne trans’ est de même nature que de dire qu’une femme choisit d’être lesbienne. Par ailleurs, même si l’orientation sexuelle ou l’identité de genre était une affaire de choix, cela ne remet pas en cause l’argument éthique que chaque personne a droit à l’aide à la reproduction.

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Stérilisation et Changement Légal de Sexe

Le transsexualisme est la seule condition médicale où, dans la plupart des pays, la stérilisation de l’individu est exigée pour que le changement légal de sexe puisse être acquis. Ceci implique que les enfants nés après la transition ne peuvent pas, sur le plan légal, avoir été engendrés par la personne trans’. Dans le passé, l’exigence de cette stérilité peut avoir été expliquée par des raisons techniques, mais aujourd’hui les possibilités techniques ont bien évolué et la préservation des gamètes fait qu’une personne peut très bien engendrer après sa transition. La loi devrait s’adapter aux réalités techniques et non l’inverse.

Importance de la Discussion sur la Reproduction Avant la Transition

Beaucoup de personnes trans’, et surtout les adolescents, ne sont pas nécessairement préoccupés par les questions de reproduction au moment de leur transition. Cela n’est cependant pas un argument pour ne pas leur en parler. Tout comme il est impératif de conseiller aux jeunes gens, recevant une chimiothérapie en cas de cancer, de congeler leur sperme avant traitement, cela devrait être fait pour les personnes transgenres avant leur transition. Une fois que leurs « problèmes de genre » sont résolus et que la vie a repris son cours, ces personnes peuvent rencontrer un-e partenaire avec lequel/laquelle, elles peuvent vouloir avoir des enfants.

L'Héritabilité du Transsexualisme : Un Argument Éthique Réfutable

Un argument éthique, opposé à la procréation des personnes trans’, est parfois employé : le transsexualisme serait une condition génétique et par conséquent, les enfants des personnes trans’ risqueraient d’« hériter » de la même condition. Or, on sait aujourd’hui, que le transsexualisme est une condition dite multifactorielle qui n’est certainement pas directement transmissible. Si un trait génétique était identifié dans les années à venir, cela relèverait toujours de la responsabilité de la personne trans’ : il lui revient de décider si elle veut ou non des enfants, comme c’est déjà le cas pour toute maladie ou condition génétique.

Cryoconservation de Sperme pour les Femmes Trans'

La cryopréservation de sperme chez les femmes trans’ est une méthode en cours d’élaboration, nous décrirons ici les options théoriques possibles. Il faut préciser que si beaucoup de personnes trans’ s’inscrivent dans des relations hétérosexuelles après leur transition, il y en a aussi un nombre non négligeable qui s’identifie comme étant homosexuel. Cela illustre le fait que l’identité de genre et l’orientation sexuelle n’ont rien à voir l’une avec l’autre. La thérapie hormonale féminisante conduit à une suppression de la spermatogénèse chez les femmes trans’ et finalement à une azoospermie. L’azoospermie est irréversible après un certain temps, et bien sûr, la chirurgie au cours de laquelle on effectue une ablation des testicules, mène à une stérilité définitive. Le seul recours est donc de congeler des échantillons de sperme, de préférence avant le début de la thérapie hormonale. Le sperme congelé pourra ainsi être employé plus tard pour l’insémination d’une partenaire féminine si sa qualité est suffisante, ou encore pour une fécondation in vitro (FIV) ou une injection intracytoplasmique de sperme (ICSI). En théorie, même une biopsie testiculaire peut être congelée et utilisée, puisque pour la technique ICSI très peu de spermatozoïdes sont nécessaires. Quoi qu’il en soit, l’enfant conçu de cette façon serait l’enfant génétique de chacune des deux partenaires.

En 2003, une étude a été publiée sur les opinions des femmes trans’ au sujet de la congélation de sperme. La grande majorité (77 %) indiquait que la congélation de sperme devait être offerte aux personnes trans’ et discutée avant le traitement hormonal. Plus précisément, 51 % des femmes interrogées disaient qu’elles auraient eu recours à cette technique, si cela leur avait été offert.

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Grossesse et Accouchement pour les Femmes Trans'

En ce qui concerne les possibilités pour les femmes trans’ d’être enceintes et d’accoucher, elles sont, aujourd’hui encore, faibles. Bien que la transplantation utérine soit techniquement réalisable, les chances de succès sont peu nombreuses.

Options de Procréation pour les Hommes Trans'

Après leur transition, beaucoup d’hommes trans’ établissent des relations de longue durée avec une conjointe avec laquelle ils peuvent avoir un projet d’enfants. La plupart de ces couples ont recours, aujourd’hui, à l’insémination avec sperme de donneur (IAD) même si dans l’avenir d’autres options seront vraisemblablement disponibles. En théorie, ce traitement n’est nullement différent de celui des autres couples hétérosexuels qui bénéficient de l’IAD. Au sein des recherches publiées, l’acceptabilité de ce traitement pour les personnes trans’ est discutée éthiquement. La question de la préservation des capacités de procréation chez les hommes trans’ est différente de celle des femmes trans’. La thérapie hormonale masculinisante mène à une aménorrhée réversible mais les follicules ovariens restent en place. Suite au traitement par androgènes, l’histologie des ovaires ressemble à celle des femmes au syndrome des ovaires polycystiques, mais ces follicules contiennent toujours des ovocytes utilisables. Bien sûr la chirurgie mène, ici aussi, à une stérilité définitive. Il y a donc trois possibilités de préserver le potentiel procréateur des hommes trans’ : la congélation d’ovocytes, la congélation d’embryons et la congélation de tissu ovarien.

Congélation d'Ovocytes

Celle-ci requiert une stimulation hormonale et une ponction ovarienne, - comme pour un traitement FIV - puis une vitrification (congélation rapide) des ovocytes obtenus. Si cette stratégie peut s’avérer intéressante, en raison de son efficacité, il est fort probable qu‘un certain nombre d‘hommes trans’ ne souhaiteront pas subir les multiples stimulations hormonales nécessaires à l’obtention d’un nombre suffisant d’ovocytes. En outre, une fois les ovocytes congelés, il faudrait encore inséminer la partenaire féminine par une FIV avec le sperme issu d’un donneur.

Congélation d'Embryons

La congélation d’embryons nécessite la même procédure que la congélation des ovocytes, mais il faut aussi utiliser au préalable le sperme du partenaire masculin ou à défaut, le sperme d’un donneur. En revanche, la congélation d’embryons est une procédure courante et les chances de grossesse sont beaucoup plus élevées qu’après congélation d’ovocytes. La grossesse pourrait être menée par une partenaire féminine ou bien une gestatrice. Une étape supplémentaire dans le processus serait la vitrification des embryons. Une fois les ovules récupérés, les ovules matures seraient fécondés avec un échantillon de sperme, soit du partenaire dans le cas d’un homme, soit d’un donneur.

Congélation de Tissu Ovarien

Cette procédure est sans doute la plus réaliste et est déjà employée pour les femmes qui doivent subir une chimiothérapie ou une radiothérapie lors d’un cancer. Elle ne nécessite pas de stimulation hormonale préalable ni de FIV : il suffit de prélever les ovaires et de congeler des fragments de cortex ovarien ou d’ovaire. Comme dans le cas de la congélation d’ovocytes ou d’embryons, il faut ensuite avoir recours à un donneur de sperme et la grossesse peut être assurée par une partenaire féminine, ou bien par une gestatrice dans le cas d’un couple d’hommes. Le problème de cette option de conservation du tissu ovarien n’est pas tant la congélation que les possibilités d’implantation après décongélation. On peut pratiquer, en effet, une autogreffe - ainsi récemment, une première grossesse menée à terme a fait l’objet d’une publication. Cela n’est évidemment pas une option pour les hommes trans’. Le tissu peut être aussi greffé sur une autre personne (homogreffe), mais il y a de forts risques de rejet, ou encore sur un animal (hétérogreffe), comme la souris, ce qui poserait sans doute des objections d’ordre éthique. Dans ces trois cas, la technique requiert toujours une stimulation folliculaire et une procédure de FIV. Il existe une autre possibilité, celle de la culture in vitro avec maturation folliculaire et ovocytaire, mais les résultats ne sont pas très probants pour l’instant.

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Perspectives d'Avenir et Recherche sur les Cellules Souches

Si ces techniques semblent encore relever de la science-fiction aujourd’hui, la recherche dans le domaine des cellules souches est assez avancée pour pouvoir penser que d’ici cinq à dix ans, nous serons capables de créer des gamètes in vitro à partir de n’importe quelle cellule somatique ce qui rendraient les options décrites précédemment sans intérêt.

Recommandations et Soutien

Les personnes trans qui souhaitent subir un traitement hormonal ou une intervention chirurgicale, susceptible de limiter leur fertilité, peuvent congeler leurs gamètes avant de commencer le traitement. Dans le cas des personnes qui vont entamer un traitement de Femme à Homme (FtM), la vitrification des ovules est prescrite pour préserver leur fertilité. Une fois les ovules obtenus par ponction ovarienne, ils sont congelés à l’aide de techniques de vitrification. La vitrification est une solidification cellulaire à basse température et en peu de temps, sans formation de glace. De grandes quantités de cryoprotecteurs cellulaires sont utilisées pour assurer un meilleur taux de survie des cellules lors de leur décongélation. Si vous avez l’intention de congeler votre sperme, nous disposons d’un laboratoire d’andrologie et d’une unité spécialisée pour évaluer votre fertilité. À Barcelone, et en tant que projet de l’Institut Marquès, nous avons notre banque de sperme avec plus de 2 000 donneurs de qualité. Comme nous avons notre propre banque de sperme, nous connaissons les donneurs et ne sélectionnons que les meilleurs. Ce sont des jeunes qui décident de faire un don pour aider d’autres personnes à fonder une famille et qui doivent se soumettre à des tests médicaux et psychologiques exhaustifs. Nous disposons également de tous les phénotypes pour trouver le donneur le plus adapté à chaque cas. C’est le médecin lui-même qui se chargera de choisir le donneur de sperme le mieux adapté à votre cas, en tenant compte de vos caractéristiques physiques et des traits héréditaires de votre maladie.

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