Loading...

Fausse couche : Comprendre les causes psychologiques et l'impact émotionnel

En France, en 2022, une grossesse sur quatre s’interrompt spontanément au cours des 22 premières semaines d’aménorrhée. Bien qu'il s'agisse d'un événement relativement fréquent, il est parfois banalisé ou minimisé, alors que l'impact psychologique est bien réel. Chaque femme et chaque couple vivent cette expérience de manière unique, et elle n'est jamais anodine. Quel que soit le stade de la grossesse, il s'agit souvent d'une épreuve difficile, voire traumatisante. La fausse couche représente la perte d'un futur bébé et de tous les projets qui y sont liés. Le collectif "Fausse couche, vrai vécu", formé par six femmes engagées, souligne l'importance de ne plus utiliser l'expression "faire une fausse couche", car "rien n'est faux et tout est vrai", et "nous ne faisons pas les fausses couches, nous les subissons".

Le silence et le tabou autour de la fausse couche

Souvent, la fausse couche survient au cours du premier trimestre, une période où la grossesse n'est pas encore annoncée à l'entourage. Ce silence, parfois imposé par les couples, peut les priver du soutien de leurs proches lors de l'arrêt naturel de la grossesse, contribuant ainsi à rendre cet événement tabou. L'attitude de l'entourage, mais aussi des équipes soignantes, est cruciale, car les mots utilisés peuvent blesser et ajouter de la violence à la violence de cette perte.

L'expérience singulière de chaque femme

Chaque femme vit cette expérience de manière singulière. Son vécu et son impact psychologique varient en fonction de son histoire et de son contexte. Certaines femmes ressentent une profonde tristesse, un sentiment d'injustice, de colère, de culpabilité ou de honte. Certaines se sentent disqualifiées dans leur maternité. Cette interruption brutale de grossesse peut être un véritable choc émotionnel. Même en cas d'arrêt précoce, il s'agit pour certaines femmes de la perte d'un bébé, et non d'un simple embryon. Pour d'autres, le vécu émotionnel est moins intense, sans pour autant que l'arrêt de la grossesse soit perçu comme anodin. Certaines femmes peuvent mettre l'événement à distance, le relativiser ou le minimiser, surtout en cas d'arrêt précoce.

Les conséquences psychologiques à long terme

Après l'épreuve de l'évacuation de la grossesse, qu'elle soit naturelle, médicamenteuse ou chirurgicale, vient le moment de penser à une nouvelle grossesse. Certains couples ressentent le besoin d'en entamer une très vite, tandis que d'autres préfèrent se laisser plus de temps. Quoi qu'il en soit, la grossesse suivante est souvent teintée d'inquiétude, surtout pendant les premiers mois. La légèreté et l'insouciance cèdent la place à l'angoisse de revivre la douleur d'une grossesse qui n'aboutit pas, d'un bébé qui n'arrive pas.

Une étude de cohorte multicentrique et prospective a révélé que, trois mois après une fausse couche précoce, 21 % des patientes présentaient un état de stress post-traumatique (ESPT), 23 % une anxiété modérée à sévère et 8 % une dépression modérée à sévère. Ces résultats confirment la fréquence élevée des troubles psychiques après un avortement spontané, qu'il s'agisse d'anxiété, de symptômes dépressifs ou de stress post-traumatique.

Lire aussi: Causes et symptômes de la fausse couche

Le rôle des facteurs psychologiques

Les facteurs psychologiques semblent significativement associés au risque de récidive de fausse couche. La dépression et l'anxiété sont des symptômes fréquents après une fausse couche. Cependant, une prise en charge psychologique systématique après un épisode de fausse couche ne semble pas apporter un bénéfice évident à un an de la fausse couche, en termes d'anxiété et de dépression. Après une mort fœtale in utero (MFIU), des répercussions psychologiques sur le couple, telles que l'anxiété et les symptômes dépressifs, sont fréquentes.

L'importance de l'empathie et du soutien

Une attitude empathique et respectueuse de l'ensemble de l'équipe médicale et paramédicale lors de la prise en charge est associée à un meilleur vécu psychologique. Il est essentiel que les femmes se sentent légitimes à ressentir et à exprimer la douleur de cette perte, quel que soit le stade de leur grossesse. Une étude récente a montré que neuf femmes sur dix souhaitent un meilleur soutien médical et psychologique après une fausse couche. Malgré l'ampleur des répercussions, 91 % des femmes concernées n'ont bénéficié d'aucun accompagnement psychologique.

Vers une meilleure prise en charge

Conscient de ce manque de soutien, le gouvernement français a mis en place, à partir du 1er septembre 2024, un "parcours interruption spontanée de grossesse" associant médecins, sages-femmes et psychologues, hospitaliers et libéraux, afin d'améliorer le suivi médical et psychologique des personnes confrontées à une fausse couche. Cette prise en charge consiste notamment en un accès facilité à un suivi psychologique, pouvant se faire via le programme Mon Soutien Psy. De plus, la possibilité de bénéficier d'un arrêt de travail sans délai de carence a été instaurée en 2024.

Il est crucial de continuer à sensibiliser l'entourage et les professionnels de santé à l'impact psychologique des fausses couches, et de proposer un accompagnement adapté aux femmes et aux couples qui traversent cette épreuve.

L'impact sur le couple et le désir d'enfant

Une fausse couche peut avoir des répercussions significatives sur la vie de couple, la sexualité et le désir d'enfant. Plus de la moitié des femmes (55 %) affirment que cela a affecté leur relation de couple, tandis que 40 % ressentent un impact au travail. Il est donc important d'offrir un soutien psychologique aux deux partenaires, afin de les aider à surmonter cette épreuve ensemble.

Lire aussi: Comprendre la fausse couche à travers l'Islam

Dans certains cas, la fausse couche peut remettre en question le désir d'enfant du couple. Des séances de thérapie peuvent aider les partenaires à explorer leurs sentiments, à identifier leurs besoins et à prendre des décisions éclairées concernant leur avenir.

Le deuil et la reconstruction

Après une fausse couche, il est essentiel de permettre aux femmes et aux couples de faire leur deuil. Ce processus peut prendre du temps et se manifester de différentes manières. Il est important de respecter le rythme de chacun et de ne pas minimiser la douleur ressentie.

La thérapie narrative, par exemple, peut aider les personnes à "digérer" émotionnellement les événements difficiles en les exposant de manière répétée, dans un lieu sécurisé, aux souvenirs douloureux. Cette approche, basée sur la thérapie cognitivo-comportementale, permet de reconstruire un récit cohérent de l'expérience et de retrouver un sentiment de contrôle sur sa vie.

L'importance de l'accueil et de l'écoute

Il est crucial d'accueillir la femme et le couple dans leur douleur, de leur offrir un espace d'écoute et de compréhension. Il s'agit de panser la blessure de n'avoir pas pu, pas su amener la vie. Pour la femme, le deuil peut prendre plus de temps. Il s'agit de l'accompagner vers l'acceptation de n'avoir pas pu amener "cette" vie à se concrétiser, et non "la" vie.

Les maladresses verbales à éviter

L'entourage a souvent du mal à trouver les mots justes face à la douleur d'une fausse couche. Certaines phrases, bien que prononcées avec de bonnes intentions, peuvent blesser et minimiser la souffrance des personnes concernées. Il est important d'éviter les maladresses verbales et de privilégier l'écoute et l'empathie.

Lire aussi: Risques et Conseils : Grossesse Post-Fausse Couche

L'homme face à la fausse couche

Chez l'homme, la douleur est différente, bien qu'importante pour certains. C'est dans son rôle, plus que dans son identité, qu'il va vivre une remise en cause éprouvante, pouvant lui faire ressentir son impuissance à soutenir sa femme. Cette impuissance peut devenir si grande qu'elle cherche à se poser quelque part. Il est donc important de prendre en compte la dimension émotionnelle de l'homme et de lui offrir un soutien adapté.

tags: #fausse #couche #causes #psychologiques

Articles populaires:

Share: