Les infections vaginales et urinaires, bien que souvent considérées comme des problèmes de santé mineurs, peuvent avoir des conséquences graves, en particulier pendant la grossesse. L'une des complications les plus redoutées est la fausse couche, un événement tragique qui peut être déclenché par divers facteurs, y compris les infections. Il est donc crucial de comprendre en profondeur le lien entre infection et fausse couche, afin d'améliorer la prise en charge clinique et prévenir les conséquences dévastatrices pour la santé maternelle et fœtale.
Les différents types d'infections vaginales
Les infections vaginales peuvent être causées par différents agents pathogènes et organismes, chacun ayant ses propres caractéristiques et symptômes. Voici quelques-uns des principaux types d'infections vaginales :
- Vaginose bactérienne (VB) : Il s'agit d'une infection caractérisée par un déséquilibre de la flore vaginale, où les bactéries normalement présentes dans le vagin sont remplacées par d'autres bactéries, telles que Gardnerella vaginalis. Cela peut entraîner une augmentation du pH vaginal et des symptômes tels que des pertes malodorantes et une irritation.
- Candidose vaginale : Également connue sous le nom de mycose vaginale, cette infection est causée par la prolifération excessive du champignon Candida albicans dans le vagin. Les symptômes comprennent des démangeaisons, des brûlures, des pertes épaisses et blanches ressemblant à du fromage cottage.
- Trichomonase : Causée par le parasite Trichomonas vaginalis, cette infection sexuellement transmissible peut provoquer des pertes vaginales verdâtres ou jaunâtres malodorantes, des démangeaisons, des brûlures et des douleurs pendant les rapports sexuels et en urinant.
- Vaginite à levures non albicans : En plus de Candida albicans, d'autres espèces de levures peuvent également provoquer des infections vaginales, bien que moins fréquemment. Ces infections peuvent présenter des symptômes similaires à la candidose vaginale.
- Infections bactériennes spécifiques : Outre la vaginose bactérienne, d'autres infections bactériennes spécifiques peuvent également survenir dans le vagin, souvent en raison de déséquilibres de la flore normale ou de l'introduction de bactéries pathogènes. Ces infections peuvent avoir des symptômes variés, notamment des pertes, des démangeaisons, des brûlures et des douleurs.
Il est important de noter que certains symptômes peuvent se chevaucher entre ces différentes infections, et seul un gynécologue peut poser un diagnostic précis à l'aide d'examens cliniques et de tests de laboratoire appropriés.
Infections vaginales et risque de fausse couche
Plusieurs infections vaginales peuvent augmenter le risque de fausse couche chez les femmes enceintes. La vaginose bactérienne (VB) est l'une des principales infections associées à ce risque. Elle est caractérisée par un déséquilibre de la flore vaginale, favorisant la croissance de bactéries pathogènes telles que Gardnerella vaginalis. La présence de cette infection peut entraîner une inflammation et une perturbation du milieu vaginal, pouvant compromettre le développement du fœtus et déclencher une fausse couche. De même, d'autres infections telles que la trichomonase et les infections bactériennes spécifiques peuvent également contribuer aux complications obstétricales, soulignant ainsi l'importance cruciale de dépister et de traiter efficacement les infections vaginales chez les femmes enceintes pour prévenir les conséquences néfastes pour la santé maternelle et fœtale.
Infections urinaires et risque de fausse couche
Oui, une infection urinaire non traitée peut augmenter le risque de complications pendant la grossesse, y compris le risque de fausse couche. L'infection urinaire pendant la grossesse est une préoccupation importante car elle peut potentiellement entraîner une infection plus grave des reins (pyélonéphrite), ce qui peut avoir des conséquences néfastes pour la santé de la mère et du fœtus, y compris un risque accru de fausse couche, de naissance prématurée et de faible poids à la naissance.
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Les infections urinaires touchent environ 10% des femmes au cours de leur grossesse. Cette prévalence élevée s'explique par les changements physiologiques liés à la grossesse, notamment la pression exercée par le bébé sur la vessie, qui peut favoriser la stagnation de l'urine et la prolifération des bactéries. Ces infections, si elles ne sont pas correctement traitées, peuvent entraîner des complications pour la mère et l'enfant.
Les infections urinaires, connues sous le nom de “cystite”, sont des infections courantes du système urinaire, touchant particulièrement la vessie. Elles sont principalement causées par des bactéries telles que Escherichia coli et, dans certains cas, Staphylococcus saprophyticus. Ces infections sont plus fréquentes chez les femmes, notamment pendant la grossesse.
Les infections urinaires sont particulièrement fréquentes chez les femmes en raison de la courte longueur de leur urètre, qui, contrairement aux hommes, facilite l'accès des bactéries à la vessie. Cette particularité anatomique rend les femmes, y compris les jeunes filles, plus susceptibles de développer plus facilement des cystites.
Contrairement à d'autres infections urinaires plus graves, comme la pyélonéphrite, une cystite n'entraîne généralement pas de fièvre, de frissons, ni de douleurs lombaires. Chez les femmes enceintes, les symptômes d'une infection urinaire peuvent être moins apparents ou plus discrets, ce qui complique leur détection. La prévention des infections urinaires chez la femme enceinte revêt une importance particulière en raison des risques accrus de complications pendant la grossesse. Une infection urinaire non traitée peut évoluer vers une pyélonéphrite aiguë, qui peut à terme nécessiter une hospitalisation. Cette complication est non seulement douloureuse pour la patiente, mais elle augmente également le risque de contractions prématurées, pouvant mener à un accouchement prématuré.
Les répercussions sur le fœtus peuvent être significatives. Une infection urinaire non maîtrisée peut entraîner un retard de croissance intra-utérin (RCIU) en réduisant l'apport en oxygène et en nutriments au fœtus.
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Détection et prévention des infections urinaires pendant la grossesse
Dans certains cas, il est possible que vous ne ressentiez aucun symptôme alors même que vous avez une infection urinaire. C’est pour cela que des tests d’urine sont mis en place de façon régulière durant la grossesse. En cas d’apparition des symptômes ou si vous avez le moindre doute d’avoir une infection urinaire au cours de votre grossesse, prévenez immédiatement le professionnel chargé de votre suivi. A noter : la présence de fièvre indique une infection urinaire plus sévère.
L’hydratation joue un rôle clé dans la prévention des infections urinaires, en particulier pendant la grossesse. Pour réduire le risque de développer une infection, il est recommandé aux femmes enceintes de consommer au moins 2 litres d’eau par jour. Pour minimiser le risque d'infections urinaires, il est essentiel d'adopter certaines habitudes de vie simples mais efficaces en cas d’infections urinaires :
- Ne pas retenir l'envie d'uriner : il est crucial d'aller aux toilettes dès que le besoin se fait sentir.
- Porter des vêtements amples en coton : optez pour des sous-vêtements en coton et des vêtements amples pour favoriser la circulation de l'air autour des zones intimes.
Les tests par bandelette urinaire disponibles en pharmacie permettent de détecter la présence de bactéries dans l'urine, offrant ainsi un moyen pratique pour surveiller les infections urinaires. Avant le quatrième mois de grossesse, le test de bandelette urinaire n'est généralement pas requis à moins de présenter des symptômes ou de présenter un risque accru d'infection.
Il est important de noter que la prise de médicaments pendant la grossesse doit être effectuée sous la supervision d’un professionnel de santé.
Les infections urinaires sont fréquentes au cours de la grossesse, mais elles ne sont pas toujours faciles à identifier. Lorsque l’utérus grossit, il pèse sur la vessie et les canaux urinaires ce qui entraîne des envies d’uriner plus fréquentes. Paradoxalement, il est fréquent que les femmes enceintes n’arrivent pas à vider complètement leur vessie, car les hormones de la grossesse diminuent le tonus de la vessie. De plus, un diabète transitoire (diabète gestationnel) est parfois observé au cours de la grossesse.
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La première complication d’une cystite non traitée pour la femme enceinte est la survenue d’une infection des reins (pyélonéphrite). Une infection urinaire non traitée peut également être à l’origine d’un accouchement prématuré, d’un retard de croissance du fœtus ou, parfois, d’une infection du fœtus.
Outre les conseils habituels, pendant la grossesse, il est recommandé de boire au moins deux litres d’eau par jour et de limiter la consommation de café ou d’épices qui peuvent irriter la vessie.
Les infections urinaires sont souvent indolores chez la femme enceinte. Une autosurveillance avec des bandelettes urinaires est parfois proposée aux futures mères. L’utilisation d’une bandelette urinaire réactive est simple et rapide et doit être faite régulièrement ou en cas de doute (brûlure ou douleur en urinant…). Le dépistage consiste dans la recherche dans les urines de la présence de leucocytes (globules blancs) et/ou de nitrites. En cas de réponse positive ou douteuse à deux reprises, un avis médical est nécessaire.
Infections après une fausse couche
On parle peu des fausses couches. Cette épreuve difficile, qui peut s'apparenter à un véritable deuil, est pourtant fréquente, puisqu'elle survient dans 10% à 15% des grossesses. Une femme sur 4 fera au moins une fausse couche au cours de sa vie, selon une étude récente. Les fausses couches sont plus fréquentes en début de grossesse, lors des trois premiers mois. Dans de rares cas, une infection peut survenir suite à la fausse couche.
« On parle communément de fausse couche naturelle lorsqu’une grossesse s’arrête précocement et spontanément avant 14 semaines d’aménorrhée », explique le gynécologue. Ce qui correspond à une fausse couche survenant avant 12 semaines de grossesse, soit environ 3 mois de grossesse. « Une fausse couche tardive correspond, quant à elle, à l’expulsion spontanée d’une grossesse entre 14 semaines d’aménorrhée et 22 semaines d’aménorrhée », précise Fabien Krief. « Le terme de 22 semaines d’aménorrhée a été fixé par l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) comme la limite à partir de laquelle le fœtus est considéré comme viable.
L’arrêt spontané de la grossesse peut être dû à plusieurs facteurs. « La cause la plus fréquente est l’anomalie chromosomique. Les autres causes sont beaucoup moins fréquentes, mais elles peuvent générer des fausses couches précoces à répétition. « On peut citer, par exemple, les problèmes hormonaux : déficit en progestérone, trouble de la thyroïde… Des anomalies utérines comme les polypes, les fibromes ou les malformations congénitales peuvent altérer l’implantation ou le développement embryonnaire. « L’environnement peut aussi favoriser une fausse couche. En effet, une infection sévère avec fièvre ou la toxoplasmose, le cytomégalovirus (CMV) et la listériose augmentent le risque d'arrêt de grossesse ».
Le gynécologue obstétricien, spécialiste en médecine de la reproduction tient à préciser : « De nombreuses fausses couches restent, cependant, sans raison clairement identifiée. En théorie, il est indiqué de réaliser des examens médicaux après trois fausses couches. Toutefois, leur portée est très limitée. Identifier une potentielle cause ne signifie pas que celle-ci était à l’origine de la fausse couche de manière certaine. Et un traitement ne diminue pas nécessairement le risque à 0%.
« Le risque de fausse couche augmente avec l’âge de la femme. En effet, plus une femme avance en âge, plus ses ovocytes risquent d’être porteurs d’un déséquilibre chromosomique. A ce titre, on enregistre 10 % de fausses couches chez les femmes de moins de 30 ans et plus de 20% entre 35 et 39 ans », détaille gynécologue. « L’environnement, bien sûr, peut être facteur de risque, comme le tabac, l’alcool, les perturbateurs endocriniens ou la consommation excessive de café.
« La plupart du temps, il n’y a malheureusement aucun “symptôme”. Les parents découvrent la fausse couche lors d’une visite de suivi de grossesse chez le gynécologue. « L’arrêt des maux de grossesse comme la pesanteur mammaire ou de douleurs des seins, ou encore la disparition des nausées et vomissements, de la fatigue, sont également des indicateurs, mais cela demeure assez subjectif ». Le médecin précise : « Attention, ces trois “symptômes” ne sont pas forcément synonymes d’une fausse couche. En cas de doute, Il est impératif de consulter son gynécologue qui fera les examens nécessaires.
Le médecin se veut rassurant : « Il faut absolument rappeler aux femmes que la fausse couche est un événement fréquent. Dans la grande majorité des cas, un arrêt de grossesse n’aura aucune conséquence physique. Avec une prise en charge adaptée, le risque d’infection est limité. Si une infection se produit suite à la fausse-couche, les symptômes seront les suivants : de la fièvre et des écoulements vaginaux nauséabonds. Dans la grande majorité des cas, les infections après les fausses couches sont d'origine bactérienne. Un traitement antibiotique sera nécessaire.
Lors des fausses couches très précoces, les choses se font naturellement : le fœtus et le placenta sont évacués par les voies naturelles. Lorsque la grossesse est encore plus avancée ou après échec de la méthode précédente, il peut s'avérer nécessaire de procéder à un curetage de l'utérus. Dans un premier temps, il s'agit de dilater le col de l'utérus. Dans tous les cas, si des fragments de fœtus ou de placenta demeurent dans la cavité utérine, ils peuvent favoriser le développement d'une infection, même si cela demeure rare. « A la suite d’une fausse couche, un contrôle par échographie pelvienne, voire par hystéroscopie diagnostique, est réalisé pour s’assurer de l’évacuation complète de la fausse couche », explique le gynécologue.
Impact du microbiote vaginal sur le risque de fausse couche
Une étude a analysé le microbiote vaginal de 167 femmes enceintes (74 grossesses à terme, 54 fausses couches non génétiques et 39 fausses couches génétiques). Les résultats montrent l’existence de 2 types de microbiote vaginal : un premier dominé à 94,2 % par Lactobacillus spp. riches en Streptococcus spp..
Indépendamment de l'issue de la grossesse, la pauvreté en lactobacilles va de pair avec des niveaux élevés de cytokines dans le liquide vagino-cervical. Les sous-groupes dominés par Prevotella ou Streptococcus spp. présentent des concentrations significativement plus élevées de TNF-α et de certaines interleukines pro-inflammatoires (IL-6, IL-8, IL-1β). Il est donc possible qu’un appauvrissement en Lactobacillus spp. soit associé à un environnement pro-inflammatoire défavorable au bon déroulé de la grossesse. En outre, la forte présence de streptocoques serait le facteur de risque de fausses couches euploïdes le plus significatif, et le principal facteur responsable de l’augmentation des médiateurs pro-inflammatoires chez ces patientes.
Antibiotiques et risque de fausse couche
Plusieurs classes d'antibiotiques courants, comme les quinolones ou cyclines, seraient associées à un risque accru de fausse couche chez les femmes enceintes en tout début de grossesse, indique une nouvelle étude canadienne publiée ce mardi 2 mai. Le risque d'avortements spontanés liés à la prise d'antibiotiques pendant la grossesse atteindrait 60%, contre 30% en règle générale, selon des travaux menés par des chercheurs de l'université de Montréal auprès de 95.722 femmes, âgées de 15 à 45 ans.
Parmi les antibiotiques en cause dans les fausses couches, l'étude cite cinq familles, dont les macrolides utilisés pour traiter les infections du nez, de la gorge et des oreilles, des bronches et des poumons, de la peau, des organes génitaux et de la bouche. Les catégories des quinolones (infections génitales, urinaires, intestinales, ou du nez et de la gorge, infection aiguë de la vessie, ou «cystite» ), les tétracyclines (maladies infectieuses, notamment respiratoires et génitales et traitement de l'acné), les sulfonamides et le métronidazole (infections abdominales, vaginales et intestinales) sont également pointés du doigt.
En revanche, l'érythromycine et la nitrofurantoïne (connue sous le nom de Furadantine), souvent utilisées pour traiter les infections urinaires chez la femme enceinte, n'ont pas été associés à un risque accru de fausse couche, souligne l'étude publiée dans le Canadian Medical Association Journal.
Prévention des infections pendant la grossesse
Les infections bactériennes ou virales ne sont pas forcément graves : certaines peuvent passer totalement inaperçues tandis que d'autres n'entraînent que des symptômes légers et peu gênants au quotidien. Mais pendant la grossesse, c'est différent : en effet, le système immunitaire de la femme enceinte est légèrement moins performant que la moyenne, ce qui favorise le développement de maladies infectieuses.
Si certaines restent totalement bénignes (la rhinopharyngite, par exemple), d'autres peuvent avoir des conséquences lourdes sur la santé de la mère et de l'enfant à naître - avec un risque de fausse couche, de malformations fœtales, d'accouchement prématuré, d'infection néonatale voire de décès in utero dans les cas les plus graves.
Pendant la grossesse, il faut redoubler de vigilance vis-à-vis des mesures d'hygiène "de base" : se laver les mains fréquemment, éviter de s'approcher des personnes malades, ne pas consommer certains aliments "à risque", se faire vacciner lorsque c'est possible… Et consulter son médecin traitant / sa sage-femme / son gynécologue en cas de symptômes persistants pouvant faire penser à une infection virale ou bactérienne : une toux qui ne "passe pas", de la fièvre, des douleurs abdominales, ou une sensation de brûlure lorsqu'on fait pipi, par exemple.
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