La fausse couche, un événement courant pour certains, représente un véritable cataclysme pour d’autres. Il s'agit d'un événement tout sauf anodin. Une grossesse sur quatre se solde par une fausse couche lors des 22 premières semaines. Parfois, des saignements annoncent la fin de la grossesse. Parfois, c’est lors d’une échographie que le constat tombe : il n’y a plus de rythme cardiaque. Parfois, la fausse couche intervient lors des toutes premières semaines, ce qui génère des réactions flottantes de l’entourage du couple. Enfin, la fausse couche peut intervenir tardivement, créant ainsi une stupeur et une incompréhension.
Comprendre la Fausse Couche
On parle de fausse couche lorsque la grossesse s’arrête avant 22 semaines d’aménorrhée (20 semaines de gestation). Avant ce seuil, le fœtus n’est pas « viable » médicalement. Avant 14 semaines, on parle de fausse couche précoce. Entre 14 et 22 semaines, la fausse couche est dite tardive.
Les Causes Possibles
Les causes de ces avortements spontanés sont souvent multifactorielles et inconnues. La raison la plus fréquente est une anomalie chromosomique de l’embryon qui empêche son bon développement - le corps « éliminant » alors un embryon non viable.
D'autres causes peuvent inclure :
- Anomalies utérines : Utérus cabossés, cloisonnés, trop petits, ou encombrés de fibromes.
- Dérèglements hormonaux : Hormones fatiguées ou absentes (progestérone, thyroïde).
- Problèmes immunitaires : Mécanismes immunitaires déréglés, comme si le corps n’acceptait pas cette greffe si particulière qu’est un fœtus.
- Qualité du sperme : Spermatozoïdes abîmés, trop vieux, ou porteurs d’anomalies invisibles à l’œil nu.
- Facteurs environnementaux : Tabac, alcool, stress, travail de nuit, obésité, surdose de caféine.
Il arrive aussi que tout semble parfait, et pourtant, le cœur cesse de battre, laissant les professionnels de santé sans explication claire.
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Fausse Couche Silencieuse : Une Réalité Particulière
Une fausse couche silencieuse, également appelée fausse couche retenue, a lieu lorsque la grossesse s’arrête sans signes d’expulsion spontanée et immédiate de l’embryon ou du fœtus. L’expulsion de l’embryon ou du fœtus a lieu des jours ou des semaines après. Ce type de fausse couche spontanée ne peut être totalement confirmé qu’à l’aide d’une échographie ou d’une analyse de la hCG (hormone gonadotrophine chorionique humaine).
Facteurs de Risque
Certains facteurs peuvent prédisposer à une fausse couche silencieuse :
- Âge avancé.
- Anémie gestationnelle.
- Infection des voies urinaires (IVU).
Symptômes et Diagnostic
Les symptômes d’une fausse couche silencieuse peuvent varier et, très souvent, ils ne se manifestent pas de la même manière que ceux des fausses couches spontanées. L’embryon n’est pas expulsé du corps de la femme, le corps agit comme si la grossesse était encore en cours. Il est improbable que ce type de fausse couche spontanée provoque un saignement ou une douleur intense, parfois seuls des symptômes très légers font leur apparition. Le diagnostic de la fausse couche silencieuse se révèle d’une manière particulière, normalement durant une visite chez le médecin et grâce à une échographie.
Gestion de la Fausse Couche Silencieuse
La gestion de la fausse couche silencieuse peut varier en fonction de la situation et des préférences de la femme.
- Attendre : Dans de nombreux cas, si la grossesse n’évolue pas, le corps de la femme expulse naturellement le tissu fœtal quelques jours ou semaines après.
- Dilatation et curetage : Si le corps n’expulse pas naturellement tout le tissu fœtal, un curetage peut être fait. Il s’agit d’un procédé médical au cours duquel le col de l’utérus est dilaté et les tissus qui se trouvent dans l’utérus sont retirés.
L'Expérience Émotionnelle de la Fausse Couche
La survenue d’une fausse couche est un événement difficile à vivre pour la plupart des couples. Constat d’échec, sentiment de vide, déprime… autant de sentiments qui s’entremêlent, et toujours cette même peur de ne plus réussir à être enceinte ou de perdre à nouveau un bébé.
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Impact Psychologique
Il y a dans un cas comme dans l’autre, un contact avec une réalité dure et cruelle, une sidération et une douleur qui cherchent à se poser, comme si elles cherchaient un responsable. Le coupable c’est malheureusement bien souvent d’abord soi-même, la femme principalement. Se trouver dans l’incapacité de porter la vie jusqu’à la naissance est ressenti comme une faillite de son identité de femme. Remettre en cause son identité est comme une perte de sens, de repères connus, d’égarement intense. Il n’est pas rare de voir poindre l’ombre de la dépression chez certaines femmes. Il n’est pas rare non plus, souvent, de voir réactivées des blessures narcissiques du passé.
Chez l’homme, la douleur est différente bien qu’importante pour certains. En effet, c’est dans son rôle, plus que dans son identité (nous ne sommes pas ici dans une stérilité masculine), qu’il va vivre une remise en cause éprouvante, pouvant lui faire ressentir son impuissance à soutenir, aider sa femme dans ce qu’elle vit dans son corps. Cette impuissance peut devenir si grande que, elle aussi, cherche à se poser quelque part. Douleur et impuissance ne font généralement pas bon ménage.
Le Deuil et l'Accompagnement
Il y a un véritable travail de deuil à effectuer et nous ne sommes pas égaux devant le deuil. Notre histoire personnelle et unique entre dans ce travail. Il ne s’agit pas d’un événement à « digérer » comme on aimerait le croire, mais un contact avec un soi ou des parties de soi que l’on ne connaissait pas, qu’on ne voulait pas voir ou ne plus revoir. C’est ramasser les morceaux de soi pour pouvoir avancer et le fracas n’est pas un standard.
En cabinet, nous proposons un contenant à cette douleur, un endroit où l’exprimer à défaut de pouvoir la poser, ou alors on la pose un instant, on réapprend à être sans elle, même quelques minutes, à se retrouver, pas tout à fait comme avant, mais avec un sentiment de se reconnaître ou de retrouver un être cher, soi-même. Il me semble utile d’accueillir la femme et aussi le couple. Il s’agit de panser la blessure de n’avoir pas pu, pas su amener la vie. Il s’agit de panser l’impensable. Pour la femme, le deuil peut prendre plus de temps. Il s’agit de l’accompagner vers l’acceptation de n’avoir pas pu amener « cette » vie à se concrétiser et non « la » vie.
L'Importance du Soutien Psychologique
Même aujourd’hui, outre le suivi médical, il n’y a que très peu de suivis psychologiques en cas d’interruption spontanée de grossesse. Peu de femmes et de couples ont entendu cette proposition, ont reçu des recommandations de professionnels, d’associations ou des pistes de réflexion quant à l’impact psychologique et des aides possibles pourtant nombreuses et existantes.
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Depuis juillet 2023, un arrêt maladie sans carence est prévu après une fausse couche. Un « parcours fausse couche » a été lancé, visant à mieux coordonner le suivi médical, à garantir un accès à un psychologue (jusqu’à 8 séances prises en charge), à former les soignants à l’accueil bienveillant.
Témoignages et Histoires Personnelles
Voici l’histoire de Charlotte : En 2014, il y a 4 ans, nous avons perdu notre première fille, Jade. Mon mari Jean et moi, étions un peu sidérés. Nous le sommes restés à peu près une semaine. Beaucoup de questionnements… Sommes-nous vraiment prêts ? Et si ça recommençait ? (Car nous n’avons jamais trouvé de cause à la perte de Jade, ça pouvait recommencer !. Chaque fois que j’allais aux toilettes, je scrutais ma culotte. Chaque attente était une torture. J’ai été marquée par la douleur. J’ai saigné 1 mois et demi… Puis la vie a repris son cours. Ma chance a été de retomber enceinte deux mois après. Et puis parce que témoigner et raconter c’est un peu faire vivre ces petits bouts de nous.
Linda demande une consultation, car elle ne parvient pas à être enceinte naturellement. Elle et son mari vont entamer un parcours en PMA et ressentent le besoin d’être accompagnés psychologiquement. Malgré cette préparation psychologique au parcours en PMA, la déception est importante lorsque la première FIV ne prend pas. La seconde FIV est positive. L’effervescence est à son comble pour le couple et son entourage, bien que des réserves sont émises par le corps médical sur le premier trimestre en cas de FIV. Des saignements vont rapidement avoir lieu et une profonde tristesse envahit Linda et son mari. Cette fausse couche est rapide après la FIV, moins de deux mois.
Nathalie vient de subir une fausse couche à 4 mois et demi de grossesse. C’est la stupeur et l’incompréhension alors qu’ils sont déjà parents de deux enfants, en pleine santé qui plus est. Ils ne comprennent pas, cherchent où ils ont pu commettre une erreur… Ils vont jusqu’à remettre en cause le désir de l’autre dans ce troisième enfant.
Ces témoignages soulignent la diversité des expériences et la nécessité d'une écoute attentive et d'un soutien adapté à chaque situation.
Que Faire Après une Fausse Couche ?
- Aller aux urgences si la douleur ou les saignements deviennent trop forts.
- Prendre le temps. Ne pas se forcer. Ni à parler, ni à sourire.
- Informer son médecin pour les prochaines grossesses.
- S’éloigner des réseaux sociaux si les bébés y défilent trop vite.
- Impliquer les enfants, s’ils sont là. Avec leurs mots, leurs gestes.
- Demander de l’aide. Un psy, un groupe, une oreille formée.
- Ne pas minimiser ce que vous avez vécu.
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