Les fausses couches sont une réalité malheureusement fréquente, touchant environ une femme sur dix au cours de sa vie. Chaque année, près de 23 millions de fausses couches se produisent dans le monde, selon la revue médicale The Lancet. Environ 15 % de toutes les grossesses sont concernées. Le risque augmente avec l'âge de la mère : environ 10 % entre 25 et 29 ans, et jusqu'à 53 % chez les femmes de 45 ans et plus. Une fausse couche est définie comme l'interruption involontaire d'une grossesse avant que le fœtus ne soit suffisamment développé pour survivre en dehors de l'utérus. Cet article se concentre sur les fausses couches survenant à 19 semaines d'aménorrhée (SA), explorant les causes possibles, les symptômes et les options de prise en charge.
Types de fausses couches
Il est important de distinguer les différents types de fausses couches :
- Fausse couche précoce : Elle se produit généralement au cours des 14 premières semaines de grossesse.
- Fausse couche isolée : La fausse couche ne survient qu’une seule fois.
- Fausse couche répétée : On parle de fausse couche à répétition lorsque la femme est âgée de moins de 40 ans et a fait trois fausses couches consécutives avant la 14ᵉ semaine de grossesse avec le même partenaire.
- Fausse couche tardive : Désigne l’interruption involontaire d’une grossesse survenant entre 14-15 semaines d’aménorrhée (SA) et 22-24 SA.
Causes d'une fausse couche à 19 SA
Les causes des fausses couches, et plus particulièrement des fausses couches tardives (comme celle survenant à 19 SA), peuvent être diverses.
Anomalies embryonnaires
Selon le VIDAL, environ 60 % des fausses couches sont provoquées par une anomalie embryonnaire, surtout au cours du premier trimestre. Il peut s’agir d’anomalies au niveau des chromosomes (qui se sont mal répartis avant ou après la fécondation) ou d’anomalies du développement embryonnaire (par exemple, au niveau du cœur ou du système nerveux). Parfois, les membranes embryonnaires et le placenta se développent en l'absence d'un embryon, ce que l'on appelle un « œuf clair ».
Facteurs maternels
La santé de la mère joue un rôle crucial dans le déroulement d'une grossesse.
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- Maladies chroniques : Les maladies chroniques comme le diabète, l'hypertension artérielle et les maladies auto-immunes peuvent influencer le bon déroulement de la grossesse et augmenter la probabilité de fausse couche.
- Infections : Les infections maternelles, notamment la toxoplasmose, la listériose et la rubéole, peuvent aussi être à l'origine de fausses couches, tout comme les maladies sexuellement transmissibles non traitées. Certaines infections, comme la toxoplasmose, la rubéole, la listériose, l’infection par les salmonelles ou le cytomégalovirus, peuvent augmenter le risque de fausse couche. Des infections vaginales à répétition (vaginose bactérienne, mycose, etc.) peuvent aussi aboutir à l’ouverture du col et à une fausse couche.
- Hygiène de vie : L'utilisation de médicaments sans avis médical, la consommation de drogues, d'alcool, de café en excès et de tabac doivent être évitées pendant toute la durée de la grossesse. Certains compléments alimentaires contenant des plantes médicinales ou des huiles essentielles peuvent s'avérer préjudiciables durant la grossesse.
- Problèmes utérins : Une malformation utérine congénitale (utérus à fond arqué, utérus cloisonné ou utérus bicorne, par exemple) ou un traumatisme du col peuvent provoquer une fausse couche tardive. La cause la plus fréquente de fausse couche tardive avec expulsion ou menace d'expulsion du fœtus, est "une béance cervico-isthmique, c'est-à-dire un col de l'utérus qui n'est pas suffisamment compétent d'un point de vue mécanique et qui s'ouvre trop facilement sous l'influence de l'augmentation de la pression dans l'utérus. "
Autres facteurs de risque
- Âge maternel avancé : Le risque d’avortement spontané augmente avec l’âge de la mère. On estime que ce risque est de 9 % à 20 ans, de 20 % à 35 ans, de 40 % à 40 ans et de 80 % au-delà de 45 ans. Un âge maternel avancé ou « extrême » (moins de 16 ans ou plus de 35 ans) est un facteur de risque.
- Antécédents de fausses couches : Si une fausse couche unique n’a aucune influence sur le succès des grossesses futures, l’existence de deux fausses couches successives (avec le même père) semble augmenter le risque d’en développer une nouvelle. Un antécédent de fausse couche tardive ou d’accouchement prématuré est un facteur de risque.
- Béance cervico-isthmique : (lorsque le col n’est pas tout à fait fonctionnel).
- Privation de sommeil.
- Antécédent de trachélectomie (ablation chirurgicale du col de l’utérus).
- Col court ou encore un col ouvert (avec ou sans la poche des eaux dans le vagin).
- Anémie gestationnelle : L’anémie durant la grossesse est un trouble relativement habituel qui peut affecter négativement la grossesse et l’accouchement, mais aussi le fœtus ou le nouveau-né.
- Infection des voies urinaires (IVU) : Étant donné qu’il y a davantage de sang dans les reins et que la capacité de la vessie est plus réduite, l’urine peut retourner vers l’urètre, ce qui peut contribuer au développement d’infections des voies urinaires pendant la grossesse.
- Fièvre élevée : Une grippe s’accompagnant d’une forte fièvre non prise en charge peut ainsi conduire à l’ouverture du col et in fine à une fausse couche tardive.
Il est important de noter que, contrairement à certaines croyances populaires, l'activité et les efforts physiques, le travail ou les relations sexuelles n'ont aucun effet sur le risque de fausse couche.
Symptômes d'une fausse couche tardive (19 SA)
La fausse couche tardive se manifeste par des saignements vaginaux abondants et/ou des contractions utérines douloureuses.
- Saignements vaginaux : Les saignements peuvent être abondants et contenir des caillots. Cependant, contrairement à une fausse couche précoce, la fausse couche tardive peut être silencieuse et ne s'accompagner d'aucun saignement.
- Douleurs abdominales : Douleur dans la partie inférieure de l'abdomen, au-dessus de l'os pubien ou dans le bas du dos. Elle peut être ressentie autour de l'ensemble du bassin et peut également irradier à l'intérieur des cuisses. Beaucoup la décrivent comme une forte douleur menstruelle, qui peut être persistante ou aller et venir comme des crampes.
- Contractions utérines : Si votre grossesse est bien avancée, vous pouvez avoir l'impression d'avoir des contractions.
- Rupture de la poche des eaux : Elle peut commencer par la rupture du liquide amniotique. La poche des eaux peut envahir le vagin avec le fœtus qui est à moitié dans le vagin et à moitié dans l'utérus.
- Disparition des mouvements fœtaux : Si vous avez commencé à sentir le bébé bouger, les premiers symptômes peuvent être l'arrêt des mouvements du fœtus.
- Pesanteur et douleurs au niveau du ventre : Liées au fait que le col s'est ouvert sans que la patiente ait eu la perception de ses contractions.
En cas de suspicion de fausse couche tardive, une consultation en urgence est nécessaire dès la moindre alerte.
Diagnostic
La fausse couche peut se présenter de deux façons. Dans un premier cas, la fausse couche a déjà eu lieu. On parle d’expulsion spontanée. Une échographie viendra alors confirmer que la cavité utérine est vide, que le fœtus a été expulsé. Dans le second cas de figure, la fausse couche tardive est en cours. À l’échographie, le fœtus n’a plus d’activité cardiaque, la grossesse est arrêtée. La fausse couche silencieuse ne peut être totalement confirmée qu’à l’aide d’une échographie ou d’une analyse de la hCG (hormone gonadotrophine chorionique humaine).
Prise en charge
La gestion de la fausse couche silencieuse peut varier en fonction de la situation et des préférences de la femme.
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- Attendre : Dans de nombreux cas, si la grossesse n’évolue pas, le corps de la femme expulse naturellement le tissu fœtal quelques jours ou semaines après.
- Traitement médicamenteux : Aider le corps à expulser l’embryon ou le fœtus.
- Dilatation et curetage : Si le corps n’expulse pas naturellement tout le tissu fœtal, un curetage peut être fait. Il s’agit d’un procédé médical au cours duquel le col de l’utérus est dilaté et les tissus qui se trouvent dans l’utérus sont retirés. Après 16 semaines d'aménorrhée, le curetage par aspiration n'est plus possible. Il est alors nécessaire de procéder à un véritable accouchement.
Si la patiente peut choisir d’attendre quelques jours que la fausse couche se déroule naturellement et spontanément, il est désormais recommandé de recourir à un traitement médicamenteux pour aider le corps à expulser l’embryon ou le fœtus, voire à un curetage par aspiration, sous anesthésie générale.
Prévention et suivi
Dans certains cas, il est possible de prendre des mesures pour prévenir les fausses couches tardives, notamment en cas de béance cervico-isthmique.
- Cerclage du col de l'utérus : En cas de suspicion de béance cervico-isthmique ou en cas d'antécédent de FCT, un cerclage du col de l'utérus peut être réalisé pour préserver la grossesse suivante.
- Surveillance régulière : Notamment via des échographies endovaginales pour mesurer la longueur du col.
- Progestérone : L'administration de capsules de progestérone en intravaginal pourra être préconisée pour éviter tout raccourcissement du col. En effet, la progestérone vise à renforcer le tonus du col utérin et à limiter les contractions, réduisant ainsi le risque d'accouchement prématuré.
Il est important de rechercher un antécédent de fausse couche tardive ou d’accouchement prématuré, et de procéder à un bilan sanguin à la recherche d’une éventuelle infection. Le corps médical part généralement du principe qu’une patiente ayant déjà fait une fausse couche tardive est à risque d’en faire une autre. D’où la nécessité d’une prise en charge adaptée et d’un bilan, de préférence avant une nouvelle grossesse. On tentera de déterminer la ou les cause(s) de cette fausse couche tardive. Une échographie ou une IRM pelvienne pourra ainsi être prescrite avant une nouvelle grossesse, en vue d’éliminer la présence d’une éventuelle malformation utérine. Si une nouvelle grossesse survient après une fausse couche tardive, le cerclage n’est pas systématique, et plutôt réservé aux femmes ayant plusieurs antécédents de fausses couches.
Soutien émotionnel et juridique
La perte d'une grossesse est une expérience émotionnellement difficile. Heureusement, il existe des professionnels de santé qualifiés et des dispositions légales pour accompagner les couples confrontés à une interruption spontanée de grossesse.
- Accompagnement psychologique : Parler à un psychologue peut vous aider à mieux comprendre et à surmonter les émotions complexes qui accompagnent une fausse couche.
- Groupes de soutien : Il peut être extrêmement bénéfique de rechercher des groupes de soutien spécifiquement dédiés aux personnes confrontées à une fausse couche. Qu’ils soient présents près de chez vous ou sur les réseaux en ligne, vous pourrez y partager vos expériences, vos émotions et recevoir le soutien de personnes qui ont vécu des situations similaires.
- Arrêt de travail et congé maternité : Lorsque l’accouchement a lieu avant 22 semaines d’aménorrhée, le congé maternité n’est pas possible. En revanche, le médecin peut établir un arrêt de travail, lequel ouvre droit à une indemnisation par l’Assurance Maladie. Le père peut, quant à lui, bénéficier d’une autorisation exceptionnelle d’absence pour événement familial. Si l’accouchement intervient après 22 semaines d’aménorrhée, le congé maternité est accordé dans sa totalité, et selon les termes habituels (rang de l’enfant dans la fratrie).
- Reconnaissance de l’enfant sans vie : Quant à la reconnaissance de l’enfant sans vie et à son inscription dans le livret de famille, elle est possible à condition qu’un certificat d’accouchement ait été délivré. Lorsque l’accouchement a eu lieu avant 22 SA, la famille peut en faire la demande à l’équipe médicale, tandis qu’il est systématiquement délivré après le terme de 22 SA.
Conclusion
Une fausse couche à 19 SA est une expérience douloureuse et complexe. Comprendre les causes possibles, reconnaître les symptômes et connaître les options de prise en charge sont essentiels pour les femmes et les couples qui traversent cette épreuve. N'hésitez pas à rechercher un soutien médical et émotionnel pour vous accompagner dans ce processus.
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