L'avortement, sujet de société sensible, est au cœur de débats passionnés où l'extrême droite joue un rôle particulier. Cet article explore l'histoire de la criminalisation de l'avortement en France, les positions fluctuantes de l'extrême droite sur cette question, et les enjeux contemporains en France et en Europe.
La criminalisation de l'avortement : un héritage historique
La criminalisation de l'avortement en France a une longue histoire, marquée par des influences diverses. Dès le début du XXe siècle, des parlementaires de la Troisième République exprimaient des inquiétudes quant à la dépopulation et considéraient l'avortement comme une menace pour la nation. En 1909, le député Joseph Reinach affirmait que « L’avortement criminel ne compromet pas seulement l’avenir du pays, l’avenir de la race, mais il atteint le présent lui-même dans les sources profondes de la vie, puisqu’en même temps qu’il détruit le fruit, il compromet à jamais la santé des femmes qui en sont les victimes ».
La loi de 1923 et le rôle des associations natalistes
Le débat sur la « correctionnalisation » de l'avortement aboutit à la loi de 1923, qui fit de l’avortement un délit pénal. Au cours des années 1930, les associations natalistes, soutenues activement par les ligues d'extrême droite, accentuèrent la pression pour une répression accrue. En 1939, Edouard Daladier, alors président du Conseil, demanda "l’aggravation de la répression des vices et la lutte contre les fléaux sociaux qui constituent autant de dangers pour l’avenir de la race". Ces concessions croissantes à l'extrême droite illustrent une tendance de l'époque.
Le régime de Vichy : un paroxysme de la répression
L'arrivée du régime de Vichy marque une rupture dans la répression de l'avortement. L'avortement est officiellement défini comme un crime contre la mère et l’enfant, présenté comme le principal facteur d’affaiblissement des naissances et dénoncé comme un crime contre la Nation. L'affirmation que l'avortement est un « crime contre la race » est devenue un slogan officiel à l'époque du gouvernement de Vichy. Ce paroxysme de la répression culmine avec la décapitation de Marie-Louise Giraud en 1943. La Révolution Nationale entraîna une fuite en avant dans la répression, puisque l'abandon des principes démocratiques sur lesquels reposait la IIIe République.
La continuité après la guerre
Après la guerre, le rétablissement de la démocratie n'a pas mis fin à la criminalisation de l'avortement. Les textes législatifs de la IVe République reprirent mot pour mot l’article 82 du Code de la famille de 1939, et en 1946, plus de 5000 condamnations furent prononcées pour avortement.
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L'extrême droite et l'IVG : des positions fluctuantes
L'extrême droite a longtemps affiché une hostilité envers l'avortement, mais ses positions ont évolué au fil du temps.
Le Front National : un passé anti-avortement assumé
Le FN (devenu RN) a longtemps été radicalement anti-avortement. Jean-Marie Le Pen se disait "chrétien, donc (…) par principe contre l'avortement" et demandait à plusieurs reprises l'abrogation de l'IVG.
Le Rassemblement National : une division interne
Aujourd'hui, le RN s'exprime peu sur ce sujet clivant en interne. Une division règne au Rassemblement national sur l'inscription de l'IVG dans la Constitution. Lors du vote à l'Assemblée nationale pour l'inscription de l'IVG dans la Constitution le 30 janvier, le parti a montré des divergences, avec 46 pour, 12 contre et 14 abstentions. Marine Le Pen elle-même, malgré son vote en faveur de la loi, a estimé que ça "ne sert à rien". Au niveau de l'Union européenne, les eurodéputés RN n'ont pas soutenu la résolution d'inscription du droit à l’avortement dans la charte des droits fondamentaux de l’Union européenne adopté en avril.
Les enjeux contemporains en France et en Europe
La question de l'avortement reste un enjeu majeur en France et en Europe, où l'on observe une offensive réactionnaire.
La Marche pour la vie : un événement mobilisateur
Chaque année, la « Marche pour la vie » rassemble des milliers de personnes opposées à l'avortement. L'édition du 19 janvier a réuni des associations anti-IVG, des personnalités politiques comme Philippe de Villiers, et des militants d'extrême droite. Les revendications habituelles des militants anti IVG s’ajoutent cette année la lutte contre l’euthanasie pour « résister à une culture de la mort qui colonise les esprits ». Des groupuscules d'extrême droite, comme les Survivants et l'Academia Christiana, sont également présents.
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L'offensive réactionnaire en Europe
En Europe, l’extrême droite prône le retour aux « valeurs traditionnelles » pour imposer une vision conservatrice du rôle des femmes. En Allemagne, le parti populiste allemand, l’AFD, promeut un modèle où les femmes restent au foyer, limitant leur autonomie financière. En Pologne, malgré la chute du gouvernement ultraconservateur qui avait limité les restrictions sur l’IVG, les femmes continuent de se battre pour l’accès à l’avortement.
L'Italie : un recul des droits des femmes ?
En Italie, l’IVG représente un réel parcours du combattant pour les femmes. 70% des gynécologues se déclarent objecteurs de conscience, rendant l’accès à l’IVG ardu. L’accession du parti Fratelli d’Italia au gouvernement a considérablement inquiété les féministes et les militants pro-IVG. Un amendement ouvrant la voie à l’intervention d’associations anti-IVG dans les structures organisant l’accès à l’avortement est en examen au Parlement. La mesure a été glissée de manière détournée dans un texte portant sur la mise en œuvre du volet italien du plan de relance européen post-Covid, NextGeneration EU. Validé à la Chambre des députés, il doit maintenant passer au Sénat, suscitant l’inquiétude des défenseurs du droit à l’avortement.
La réponse féministe et syndicale
Face à cette offensive réactionnaire, les mobilisations collectives sont essentielles pour contrer les politiques régressives et garantir l’émancipation des femmes dans un cadre de justice sociale et d’égalité. En Allemagne, des campagnes de sensibilisation sont mises en place pour déconstruire les discours d’extrême droite.
L'inscription de l'IVG dans la Constitution française
L’inscription de l’IVG dans la Constitution a franchi, mercredi 28 février, son étape la plus délicate au Parlement avec le vote largement favorable du Sénat, à 267 voix contre 50. Les personnalités politiques de tous bords ont réagi dans la foulée. Le premier ministre Gabriel Attal a salué « des jours qui marquent l’histoire politique et parlementaire de notre pays. Quand les droits des femmes sont attaqués dans le monde, la France se lève et se place à l’avant-garde du progrès ». La cheffe du groupe parlementaire La France insoumise à l’Assemblée nationale, Mathilde Panot, s’est réjouie d’une « victoire » : « Le dernier verrou a sauté. La France va devenir le premier État au monde à garantir le droit à l’avortement. Si les sénateurs du Rassemblement national ont voté pour l’inscription du droit à l’IVG dans la Constitution, le parti de Marine Le Pen fait toujours preuve d’ambiguïtés sur la question.
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