Le 8 juin 1980, le journal Sud-Ouest Dimanche titrait : « Un nouveau-né abandonné ». La veille, un nourrisson avait été retrouvé « dans un sac en plastique », déposé entre les poubelles du jardin d’une habitante à Talence. Ce bébé, c'était Isabelle Veillon. Aujourd'hui âgée de 45 ans, elle a découvert cette histoire en 2019, en demandant à ouvrir son dossier d’adoption. Cette découverte a marqué le début d'une quête identitaire pour Isabelle, une recherche de ses racines et de la vérité sur son abandon.
La Découverte et le Début d'une Quête
Confrontée à la coupure de journal, Isabelle Veillon n’a d’abord rien ressenti. « Je me suis dit que ma naissance n’était pas banale. Puis j’en ai ri, en me disant : “seulement quelques heures et déjà dans le journal” ». Cependant, elle souligne son manque d'informations concernant sa naissance. Elle n'est même pas certaine d’être née le 7 juin. Adoptée par la famille Métivier à quatre mois et demi, Isabelle a construit sa vie, s'est mariée et est devenue mère de quatre enfants. Avec son époux, elle est également devenue famille d’accueil pour deux enfants. Son adoption n'a jamais été un tabou pour sa famille.
Un Appel à l'Aide Lancé par sa Fille
Jessy, la fille aînée d'Isabelle, âgée de 23 ans, a décidé d’aider sa mère dans sa quête. Elle confie avoir « envie de connaître mes racines et d’en savoir plus sur notre histoire ». Comme sa mère, elle ne cherche pas à combler un vide familial, mais plutôt à comprendre son identité. Isabelle Veillon assure avoir reçu tout l’amour qu'elle souhaitait et ne pouvait pas trouver mieux que sa famille actuelle. Elle espère retrouver ses parents biologiques, les personnes qui l’ont retrouvée dans leur jardin, ou des témoins de l’époque.
Jacqueline Métivier, la mère adoptive d’Isabelle, se souvient de la colère qu’elle a ressentie en apprenant ce qu’a enduré sa fille adoptive lors des premières heures de sa vie. « J’ai été choquée. Elle aurait pu déposer Isabelle dans une pouponnière ou dans un hôpital, on ne dépose pas les bébés dans les jardins ». Malgré cela, Isabelle Veillon a déjà pardonné à sa mère biologique son abandon, dont elle souffre pourtant encore. « Je n’en veux pas à ma mère, car je ne la connais pas ».
Isabelle Veillon peut compter sur le soutien de sa famille dans sa quête, Jacqueline, son mari et ses enfants. Sa vie commence sur une hésitation, une rature, même. Sur son carnet de santé, la date de naissance du 6 juin 1980 a été recouverte d’un grossier 7 au stylo noir. Quarante-cinq ans plus tard, l’approximation hante toujours Isabelle Métivier, petite fille sans réponse devenue mère de quatre enfants.
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Dans sa maison d’Eglisottes-et-Chalaures, en Gironde, Jean-Christophe, le mari ; leurs filles et fils Jessy, 23 ans, Lola, 19 ans, Enzo, 16 ans, Margot, 13 ans et sa mère adoptive, Jacqueline, 85 ans qui vit sur le même terrain, l’exhortent avec tendresse à retrouver le morceau manquant de son identité. L’histoire de ce bébé, abandonné à quelques heures de vie, dans un sac-poubelle à Talence, à 75 km de là.
Jessy a lancé un appel à témoignage sur les réseaux sociaux. « J’ai envie de lui offrir ses réponses », sourit Jessy. Depuis, on attend que le téléphone sonne.
Les Défis et les Espoirs de la Recherche
Jacqueline Métivier pense qu'il sera difficile de retrouver la mère biologique d'Isabelle, car elle n’a pas accouché à l’hôpital et a déposé sa fille dans un jardin, « comme on dépose un sac ». Au Département de la Gironde, le dossier d’Isabelle est mince. L’article de « Sud Ouest » daté du 9 juin 1980 atteste de sa découverte au chapitre des faits divers. C’est tout.
Isabelle a écrit au Département, demandant l’accès à son dossier. « Je suis allée au rendez-vous avec une amie. » Ni avec sa mère, ni son mari. « Je ne savais pas ce que j’allais trouver.» Le dossier est mince. La coupure du journal « Sud Ouest » en date du 9 juin 1980 résume l’essentiel : « Talence, 7 heures du matin, un nouveau-né dans un sac en plastique… » À ses côtés, son amie s’effondre. Pas elle. « Je n’ai pas pleuré. Ni ce jour-là, ni les suivants, dit Isabelle. Mais je suis repartie avec plus de questions que de réponses. Pourquoi m’a-t-elle laissée là ? Lui a-t-on fait du mal ? Qui est-elle ? Est-ce qu’il lui est arrivé de penser à moi ? »
Sa fille Jessy tente de retrouver les premiers témoins. « Sans eux, nous ne serions pas là », dit-elle. « Ils m’ont sauvé la vie », appuie sa mère. Après avoir épuisé toutes les pistes officielles, appelé hôpitaux, maternités, mairies, écoles, interrogé Internet, Jessy lance une dernière bouteille à la mer : un appel à témoins sur les réseaux sociaux.
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Ni colère ni haine dans cet appel. Autour du trou dans son cœur, Isabelle a construit une grande famille. Ici, aux Églisottes-et-Chalaures, dans le Nord-Gironde, les Veillon vivent en mode tribu. Il y a Jacqueline, la mère. Les quatre enfants, les deux petites de la Protection de l’enfance. Six chats. Deux chiens. À chaque naissance, Isabelle a agrandi l’espace de ses tatouages sur ses bras. Aux prénoms des enfants, elle a préféré des personnages de Disney. Sûrement pas un hasard : c’est la pouponnière qui a choisi le sien « en piochant dans les saints du calendrier ».
Il reste encore de la place sur les bras d’Isabelle. Il reste aussi l’espoir de comprendre. D’avoir des réponses. Cela fait longtemps qu’elle sait ce qu’elle dirait si sa mère biologique frappait à la porte de la maison des Églisottes : « Viens, on va parler.
L'Impact Émotionnel et Psychologique
Les maux parlent pour elle. Dépression. Fibromyalgie. Colopathie. À la veille d’obtenir son agrément pour devenir famille d’accueil, elle veut crever l’abcès, se mettre au carré pour accueillir les enfants perdus, comme elle.
Isabelle Veillon a toujours su qu’elle avait été adoptée. « Je n’ai pas eu le choix, rétorque Jacqueline Métivier, sa mère, 85 ans. À l’âge de 3 ou 4 ans, elle m’a demandé un petit frère. » Elle opte pour la vérité. « Je n’ai jamais pu faire d’enfant. » Ainsi grandit Isabelle, avec un trou au milieu du cœur, malgré tout l’amour que lui donnent ses parents adoptifs. À l’école, c’est plus difficile de se faire des amis. « Les autres le savent. » Et se moquent d’elle, parce que ses parents ont l’âge d’être grands-parents.
Mais Isabelle sourit. Toujours. Sur les photos de l’album familial, elle ouvre des yeux écarquillés sur la montagne de cadeaux de Noël, sur ses bougies d’anniversaire. Jacqueline désigne une image. « Elle portait cette robe quand je suis allée la chercher à la pouponnière. » Elle se souvient comme si c’était hier ce coup de fil providentiel. « On a un enfant pour vous, venez demain. »
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Mais au fil des ans, les questions la hantent. « Mes enfants me ressemblent mais moi je ne ressemble à personne. » Et puis il y a la mort de son père adoptif. « Il a eu quinze cancers, mais il est mort d’un infarctus, il est parti en quinze minutes. » Même pas le temps de lui dire au revoir. Isabelle se sent « abandonnée ». « Quelque part, il me laissait.
Des Histoires Similaires et la Réalité Sombre de l'Abandon
Chaque année en France, des nouveau-nés sont découverts dans des bacs à ordures. Le geste de jeunes femmes submergées par une grossesse imposée, auprès de géniteurs inconséquents et parfois violents. Plusieurs enquêtes pour meurtre ou tentative de meurtre sur mineur sont en cours sur tout le territoire - la dernière a été ouverte au tout début de l’année.
Le 20 octobre 2023, un nouveau-né avait été retrouvé dans une poubelle à Rennes (Ille-et-Vilaine). L’histoire avait secoué la ville de Rennes. L’enquête permettait rapidement, aux enquêteurs, de remonter la piste des parents. À l’issue de sa garde à vue, elle avait été mise en examen pour « tentative de meurtre » et placée en détention provisoire. Selon nos informations, confirmant celles révélées par nos confrères de 20 Minutes , la jeune femme, qui se trouve toujours en détention, a choisi de reconnaître son bébé, comme la loi le lui permet. Depuis sa découverte, le nouveau-né a été placé par la justice sous la responsabilité de l’aide sociale à l’enfance (ASE) d’Ille-et-Vilaine. À sa sortie de l’hôpital, il a été pris en charge au sein de la pouponnière départementale.
Le vendredi 3 novembre, en début de soirée, un enfant de sept ans a été retrouvé dans un sac poubelle, sous un véhicule en stationnement, à Choisy-le-Roi (Val-de-Marne). Quelques minutes avant cette découverte, un individu s'était présenté au commissariat pour avouer avoir tué un enfant.
L'Espoir et la Résilience
Malgré les difficultés et les obstacles, Isabelle Veillon reste pleine d’espoir. Elle est une personne qui peut tout entendre. Elle n'a aucune colère en elle, et aimerait juste avoir des réponses. Elle peut comprendre que la personne ait honte, ou ne veuille pas la voir. Elle l'a toujours dit : même si elle retrouve ses parents biologiques un jour, cela ne changera rien à l’amour qu'elle a pour ses parents.
Qu'elle retrouve ou non ses origines, l’ampleur de la mobilisation des internautes a en tout cas fait chaud au coeur à Isabelle Veillon. « C’est génial, je ne pensais pas que ça prendrait de l’ampleur comme ça, je suis épatée.
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