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Le développement embryonnaire dans le Bhāgavatapurāṇa : une perspective hindoue

Introduction

Le Bhāgavatapurāṇa (BhāgPur), un texte sacré vénéré par les viṣṇouites, offre une description détaillée du développement embryonnaire dans son chapitre III 31, intitulé jīvagatiḥ, « Marche de l’âme individuelle ». Ce chapitre, intégré à la division du texte nommée kāpileyopākhyāna, « Histoire de Kapila », met en scène l'enseignement de Kapila à Devahūtī sur les moyens d'échapper au cycle des renaissances. Le récit du développement embryonnaire, présenté sous une forme narrative versifiée, s'inspire des traités médicaux anciens tout en intégrant des éléments de philosophie Sāṃkhya et de dévotion viṣṇouite. Cet article explore les représentations de l'embryon dans le Bhāgavatapurāṇa et examine comment les commentateurs sanskrits, à partir du XIVe siècle, se sont approprié ce récit.

Les étapes du développement embryonnaire selon le Bhāgavatapurāṇa

Dans les stances 1 à 24 du chapitre III 31, le Bhāgavatapurāṇa décrit le développement embryonnaire depuis la fécondation jusqu'à la naissance, en suivant un schéma temporel basé sur les connaissances médicales de l'époque.

  1. L'âme individuelle (jantu) entre dans le corps de la femme via une goutte de sperme (31, 1).
  2. L'embryon se développe depuis l'état de kalala, une sorte de gelée constituée de sang et de sperme, jusqu'à devenir un corps composé de parties au terme de trois mois (31, 2-3).
  3. Les constituants corporels (dhātu) apparaissent au quatrième mois, la faim et la soif au cinquième mois (31, 4).
  4. Au sixième mois, le fœtus se place du côté droit du ventre, signe qu'il est de sexe masculin (31, 4).
  5. Les constituants corporels se développent grâce à la nourriture ingérée par la mère (31, 5).
  6. Simultanément, le fœtus éprouve de la douleur causée par les nourritures âcres, piquantes, brûlantes, etc., ingérées par la mère et par les morsures de vers intestinaux (31, 6-7).
  7. Le fœtus est comparé à un oiseau enserré dans une cage (31, 8).
  8. Il acquiert la mémoire de ses vies passées (31, 9).
  9. À partir du septième mois, il s'agite à cause des « souffles de l'accouchement » (sūtivāta) (31, 10).
  10. Désespéré, il énonce un discours à la première personne du singulier à l'adresse du dieu Viṣṇu (31, 11-21).
  11. Il naît abruptement, poussé vers le bas par les souffles de l'accouchement, perdant simultanément la mémoire et la connaissance acquises dans l'utérus (31, 22-24).

Les premiers versets (31, 1-4) décrivent le développement embryonnaire jusqu'au sixième mois, en mettant l'accent sur l'origine de l'embryon, la fécondation, la transformation d'un état liquide à un état solide et la formation des différentes parties du corps. À partir du sixième mois, le texte met en scène la subjectivité de l'embryon, qui éprouve de la douleur et acquiert une connaissance de ses vies passées.

La douleur et la connaissance dans l'utérus

L'utérus est décrit comme un lieu de vie où l'embryon repose et réside. Cependant, la seule sensation du fœtus doté d'un corps complet est la douleur, causée par la digestion maternelle et les morsures de vers intestinaux. Cette douleur est exprimée par un champ lexical étendu : kleśa « tourment », vedanā « sensation douloureuse », tāpa « souffrance physique ou morale », duḥkha « souffrance ».

De cette douleur procède une connaissance identifiée à une réminiscence. Le fœtus recouvre la « mémoire » (smṛti) et se souvient des actes (antérieurs), fruit de centaines de naissances. Il recouvre également la « compréhension » (bodha), qui peut signifier « conscience » ou « connaissance ». Selon certains commentateurs, cette connaissance est même « omniscience » (sarvajñatā), car le fœtus connaît « les trois parties du temps » (traikālika), le passé, le présent et le futur.

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L'utérus : un lieu d'expérience et de souffrance

L'utérus est décrit comme un antre (garta) rempli d'excréments, un « puits de sang, d'excréments et d'urine ». Le fœtus est même comparé à un ver intestinal (kṛmi) qui partage la matrice avec d'autres vers.

Au terme de sept mois, le sentiment de désespoir suscité par la connaissance nouvellement acquise provoque la prise de parole du fœtus à la première personne du singulier. Ce long discours est une prière ainsi qu'un exposé philosophique, exprimant une intense dévotion viṣṇouite et développant des points de doctrine Sāṃkhya.

La naissance : une rupture brutale

La naissance se produit brutalement, rompant la prière du fœtus. Il est lancé la tête en bas par le souffle de l'accouchement, souffrant et dépossédé de sa mémoire.

Il est important de noter que ce récit n'envisage jamais le point de vue de la mère, seulement le corps maternel, de manière fragmentaire, en tant que dispositif.

Les commentaires ad Bhāgavatapurāṇa III 31, 1-2

Les versets du Bhāgavatapurāṇa qui décrivent le développement de l'embryon jusqu'à la naissance sont discutés par la tradition commentariale des Vedāntin viṣṇouites, tels que Śrīdharasvāmin et Vallabhācārya. Ces commentaires offrent une perspective précieuse sur les représentations de l'embryon dans l'hindouisme sectaire.

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Les exégètes viṣṇouites s'intéressent particulièrement aux deux premiers versets du chapitre III 31, qui traitent de la formation de l'embryon depuis la fécondation jusqu'au dixième jour. Ces versets se conforment en partie à l'embryologie telle qu'elle est exposée dans les compendium médicaux de l'époque.

Fondement du fœtus comme sujet théologique

Les commentateurs font précéder le premier verset du Bhāgavatapurāṇa III 31 d'une brève introduction qui situe le développement embryonnaire dans le contexte plus large du cycle des renaissances (saṃsāra).

  • Śrīdharasvāmin indique que le chapitre 31 décrit l'accession à une « matrice humaine » (manuṣyayoni), qui résulte de la combinaison des actes bons et mauvais (accomplis lors des vies passées).
  • Vīrarāghava indique que Kapila a énoncé les souffrances (kleśa) inhérentes à la jeunesse, à la vieillesse et à la mort, et qu'il va maintenant énoncer celles relatives à la condition d'embryon, à la naissance, etc.
  • Vijayadhvajatīrtha explique que ce chapitre expose l'« expérience de la souffrance » (duḥkhānubhava) dans l'utérus (garbhavāsa) afin de susciter le détachement (vairāgya) qui caractérise la connaissance de la vanité du cycle des renaissances.
  • Viśvanāthacakravartin explique que, dans ce chapitre, il est question des tourments (yātanā) inhérents à la condition d'embryon, à la naissance, à l'enfance et à l'adolescence du garçon. Il est le seul commentateur qui mentionne la prise de parole du fœtus et qui justifie ce fait : « Au moyen d'un discours, c'est la dévotion de l'âme individuelle dans l'utérus même, qui est montrée ».
  • Vallabhācārya indique que les tourments (yātanā) de l'âme individuelle causés par la condition d'embryon et autres étapes de la vie sont les sujets exposés dans ce chapitre 31, ainsi que la perte de conscience (moha) et la souffrance, quand bien même cette âme est pourvue de connaissance.

En outre, plusieurs commentateurs citent le dernier verset du chapitre qui précède, à savoir Bhāgavatapurāṇa III 30, 34 : « Après avoir parcouru successivement les douleurs aux confins inférieurs du monde des hommes, il doit revenir à nouveau ici, purifié ». Faisant cela, ils rattachent étroitement le développement embryonnaire aux descriptions du cycle des renaissances : enfers, naissance, vieillesse et mort se situent sur un même plan, ayant pour trait commun la souffrance, pour cause instrumentale la rétribution des actes, et pour cause principale divine Īśvara, le « seigneur ». Les commentateurs justifient ainsi le fait de discuter de l'embryon dans une perspective sotériologique.

Modalités biologiques et théologiques de la renaissance selon les commentaires ad Bhāgavatapurāṇa III 31, 1

Le premier verset du Bhāgavatapurāṇa III 31 définit les conditions biologiques et théologiques de la renaissance d'un être humain : « Lorsqu'en vertu des œuvres fatalement accomplies, l'homme vient reprendre un corps, il entre dans le sein de la femme, enfermé dans une goutte de semence humaine ».

Ce premier verset se lit littéralement :

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karmaṇā daivanetreṇa jantur dehopapattaye | striyāḥ praviṣṭa udaraṃ puṃso retaḥkaṇāśrayaḥ | BhāgPur III 31, 1

En raison d'un acte suscité par le destin, l'être entre dans le ventre de la femme, via une goutte de sperme de l'homme, en vue d'assumer un corps.

La cause de la renaissance (les actes accomplis dans de précédentes vies), la manière dont cette renaissance a lieu (l'âme entre dans le ventre de la femme en ayant pour support une goutte de sperme) et sa finalité (l'obtention d'un corps) sont indiqués dans ce premier verset. L'âme individuelle est ici nommée jantu, « être, personne », terme dérivé de la racine verbale jan-, « naître », littéralement « créature ». La condition théologique est contenue dans la formulation « en raison d'un acte suscité par le destin » (karmaṇā daivanetreṇa). Les commentateurs glosent unanimement daiva (« destin ») par īśvara, « le seigneur », signifiant que la renaissance est in fine une prérogative de la volonté divine. Vallabhācārya précise qu'il s'agit d'un acte qui dépend de la volonté du Seigneur (Bhagavant).

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