La qualité de l'eau du robinet à Lille et dans les Hauts-de-France est un sujet de préoccupation récurrent, particulièrement pour les populations vulnérables comme les femmes enceintes et les nourrissons. La présence de divers polluants, tels que les perchlorates et le fluopyram, soulève des questions quant à la sécurité de l'eau potable et nécessite l'adoption de mesures de précaution.
La problématique des perchlorates
En 2012, une étude a révélé la présence d'ions perchlorates dans 544 communes du Nord et du Pas-de-Calais. Ces substances chimiques, issues de rejets industriels et potentiellement liées aux munitions utilisées lors de la Première Guerre mondiale, sont susceptibles de provoquer des perturbations thyroïdiennes. En conséquence, les préfectures ont pris un arrêté de restriction de la consommation d'eau du robinet, recommandant aux nourrissons d'éviter de boire l'eau au-delà du seuil de 4 µg/l et aux femmes enceintes au-delà de 15 µg/l.
En septembre 2019, la métropole de Lille a réitéré cette recommandation, incitant les habitants de 74 communes à ne plus utiliser l'eau du robinet pour la préparation des biberons des nourrissons de moins de six mois, en raison de la présence de perchlorates à hauteur de 4 microgrammes par litre d'eau. Cette mesure, présentée comme un principe de précaution, visait à prévenir les risques d'hypothyroïdie chez les nourrissons, qui pourraient entraîner des problèmes de croissance ou de développement neurologique.
Il est important de noter que cette restriction ne concerne que l'utilisation de l'eau pour l'alimentation des nourrissons. La MEL précise qu'il est possible, sans aucun risque, de se laver les dents, prendre une douche, faire la vaisselle (y compris laver les biberons) et laver le linge avec l'eau du robinet.
Fluopyram : un fongicide sous surveillance
Outre les perchlorates, la présence de fluopyram, un fongicide toujours autorisé en France, suscite également des inquiétudes. Selon l'ONG Générations Futures, 27 communes des Hauts-de-France dépassent la limite réglementaire de fluopyram dans l'eau potable. Des concentrations en moyenne 4 à 5 fois plus élevées que la limite de qualité ont été constatées, avec un taux maximal de 1,778 µg/L mesuré à Inchy-en-Artois dans le Pas-de-Calais, soit plus de 17 fois la limite de qualité.
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Bien que ce fongicide ne soit pas officiellement classé dangereux pour la santé humaine par l'agence européenne des produits chimiques (ECHA), son mode d'action affecte également les êtres humains, ce qui inquiète la communauté scientifique. L'Anses a abaissé ses seuils toxicologiques en 2023, mais cette expertise est contestée par certains chercheurs qui estiment que les données disponibles justifient des seuils encore plus stricts et davantage de précautions.
Générations Futures alerte sur le fait que le fluopyram, classé parmi les PFAS (polluants éternels), se dégrade lentement en acide trifluoroacétique (TFA), une molécule particulièrement persistante dans l'environnement et difficile à éliminer par les méthodes de traitement de l'eau potable. L'ONG recommande, a minima, d'interdire la consommation d'eau pour les femmes enceintes et les nourrissons dans les zones où le fluopyram dépasse les seuils.
Actions et recommandations
Face à ces constats, plusieurs actions sont mises en œuvre et des recommandations sont émises :
- Suivi renforcé des concentrations : L'ARS a mis en place un suivi renforcé des concentrations en fluopyram, bien que Générations Futures souligne que ce suivi semble s'être interrompu dès octobre au niveau de plusieurs unités de distribution d'eau potable, malgré des dépassements persistants des seuils de qualité.
- Principe de précaution : La MEL applique un principe de précaution en recommandant aux habitants de ne pas utiliser l'eau du robinet pour la préparation des biberons des nourrissons de moins de 6 mois.
- Information du public : Générations Futures et d'autres organisations s'efforcent de rendre les données sur la qualité de l'eau plus accessibles et compréhensibles pour le public, notamment à travers des cartes interactives.
- Actions à long terme : Des solutions à long terme sont nécessaires pour réduire la pollution de l'eau, telles que l'adoption de pratiques agricoles plus respectueuses de l'environnement et le soutien financier aux agriculteurs pour la transition vers ces pratiques.
Qualité de l'eau du robinet : Transparence et vigilance
La problématique de l'eau du robinet à Lille et dans les Hauts-de-France met en évidence la nécessité d'une plus grande transparence et d'une vigilance accrue quant à la qualité de l'eau potable.
Accès à l'information
L'accès à une information claire et transparente est primordial pour permettre aux citoyens de prendre des décisions éclairées concernant leur consommation d'eau. Des initiatives telles que la carte interactive de Générations Futures contribuent à rendre les données sur la qualité de l'eau plus accessibles et compréhensibles.
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Suivi et contrôle
Un suivi régulier et rigoureux de la qualité de l'eau est essentiel pour détecter rapidement les dépassements de seuils et prendre les mesures appropriées. Les autorités sanitaires, telles que l'ARS, jouent un rôle clé dans ce domaine.
Mesures de précaution
En cas de doute ou de dépassement de seuils, il est important d'appliquer le principe de précaution, en particulier pour les populations vulnérables comme les femmes enceintes et les nourrissons. L'utilisation d'eau en bouteille pour la préparation des biberons peut être une solution temporaire.
Solutions à long terme
Il est impératif d'adopter des solutions à long terme pour réduire la pollution de l'eau à la source. Cela passe par des pratiques agricoles plus respectueuses de l'environnement, une meilleure gestion des rejets industriels et des investissements dans des technologies de traitement de l'eau plus performantes.
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