L'expression anglaise "from the cradle to the grave" trouve un écho universel dans la condition humaine. Elle encapsule le cycle complet de l'existence, de la naissance à la mort. Cet article se propose d'explorer cette thématique en abordant divers aspects liés à la vie, à la mort et à la manière dont les sociétés les appréhendent.
La Vie, un Voyage Éphémère
La vie est un voyage, une succession d'étapes, d'expériences et d'émotions. Chaque individu parcourt ce chemin à son propre rythme, en façonnant son identité et en laissant sa marque sur le monde. L'expression "du berceau au cercueil" souligne la nature limitée de cette existence, nous rappelant que chaque instant est précieux.
La Mort, une Inéluctable Frontière
La mort est la frontière ultime, une réalité que nul ne peut éviter. Elle suscite des émotions complexes : peur, tristesse, deuil, mais aussi parfois acceptation et même soulagement. La manière dont les sociétés gèrent la mort en dit long sur leurs valeurs et leurs croyances.
Les Rituels Funéraires : Marques d'une Civilisation
La manière dont nous respectons les personnes défuntes, accompagnons leurs proches et prenons en considération la dimension psychologique, spirituelle et sociale du deuil sont les marques d’une civilisation. Les rituels funéraires, qu'ils soient religieux ou laïques, permettent d'honorer la mémoire du défunt, d'offrir un soutien à la famille et aux amis, et de faciliter le processus de deuil. Ces pratiques varient considérablement d'une culture à l'autre, reflétant des conceptions différentes de la mort et de l'au-delà.
L'évolution des Pratiques Mortuaires
L’évolution des pratiques en chambre mortuaire au cours des quinze dernières années et la prise de conscience par les soignants du service public de l’importance de ce lieu où sont prodigués les derniers soins dus au malade manifestent un réel progrès qu’il convient de poursuivre, de généraliser et de renforcer par une formation et une information de qualité. Ces évolutions témoignent d'une volonté de mieux accompagner les familles endeuillées et de respecter la dignité des défunts.
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Les Valeurs et les Bonnes Pratiques dans les Soins Mortuaires
Il s’agit de ce à quoi nous tenons, des valeurs dont nous sommes garants au niveau individuel, au niveau des associations de professionnels et au niveau collectif des choix et fins de la société. Ces valeurs communes se traduisent par de bonnes pratiques. Ces dernières renvoient aux compétences du personnel qui a choisi de travailler en chambre mortuaire. Ces compétences désignent le savoir et le savoir-faire, la connaissance et la précision des gestes permettant de restaurer le corps et le visage d’une personne accidentée et de préparer le défunt auquel ses proches s’apprêtent à dire au revoir. Une certaine délicatesse, l’art de comprendre, en fonction de ce qui est dit du patient décédé, ce qui lui convient, en évitant un maquillage qui serait une caricature, sont nécessaires. L’art médical exige des traits moraux et ces derniers sont d’autant plus importants que l’on a affaire à un être qui ne parle plus et dont le corps est tout entier livré aux mains des soignants. La sollicitude, mais aussi l’empathie ou la capacité à répondre aux besoins spécifiques d’une personne en essayant de se décentrer et d’adopter son point de vue, de voir avec ses yeux, ce qui serait une manière de traduire l’expression anglaise (to feel into), font partie de ces traits moraux. De même, l’altruisme et la compassion, le fait de souffrir avec les proches, sont des affects que les soignants éprouvent.
Ces valeurs et ces compétences sont essentielles pour assurer des soins mortuaires de qualité, respectueux de la dignité du défunt et du deuil des proches. Il est crucial de former et d'informer les professionnels de ce secteur afin de garantir des pratiques éthiques et humaines.
La Prudence et l'Éthique dans les Soins Mortuaires
Cependant, les traits moraux qui sont constitutifs de l’art médical et conditionnent la « juste présence » des soignants, ne sauraient être interprétés de manière simplement psychologique ou comme des traits moralisateurs. Comme le rappelle Aristote au livre II de L’éthique à Nicomaque, la prudence est une disposition acquise qui témoigne de la manière d’être de l’homme prudent. Celui-ci vise le juste milieu lequel est toujours relatif à une situation et à une personne et déterminé de manière rationnelle et non hasardeuse. Ainsi, la prudence a un rapport avec certains affects, notamment avec la compassion, mais elle ne s’identifie pas à la compassion. L’homme prudent ne se laisse pas envahir par ses émotions. On peut même penser que le souci de l’autre, la responsabilité pour l’autre qui est sans défense et peut être si facilement blessé, atteint dans son intégrité, puisqu’il ne parle plus, puisqu’il est mort, font que le soignant est pour ainsi dire déporté. Alors que, dans nos affects, nous sommes débordés par l’émotion et ne pouvons pas encore sortir de nous-mêmes pour envisager une réponse à l’appel de l’autre, la situation éthique qui est celle des professionnels de la santé en charge d’un malade, c’est-à-dire d’une personne vulnérable, commande cette sortie de soi. La sollicitude est même ce passage de moi aux autres qui suppose que je sache transférer mes affects, que j’aille chercher en eux ce qui me rend disponible pour les autres et pour la société : « j’ai souffert et j’ai été indignée, comme le dit Maddalena Chataigner, mais qu’au moins les autres ne vivent pas ce que j’ai vécu ! » De même, certains soignants avouent qu’ils aimeraient pleurer avec les familles, qu’ils sont souvent au bord des larmes, mais qu’ils ne pleurent pas devant la famille : nous ne sommes pas là pour cela. Ce deuil appartient aux proches, c’est eux qui vont le vivre. Ma responsabilité pour l’autre s’enracine dans cette reconnaissance de notre commune impuissance à défier la mort. Elle est cependant une lutte contre la mort, qui n’est pas simple néantisation, comme disait Levinas. Cette responsabilité pour l’autre est au cœur de la profession médicale. La situation médicale est une situation éthique, c’est-à-dire qu’elle est caractérisée par l’asymétrie : dans la chambre d’hôpital ou dans la chambre mortuaire, devant les proches, le soignant vit cette asymétrie. Il est d’abord celui qui n’a que des devoirs. « Que puis-je faire pour vous ? » demande Jean-Yves Noël aux personnes qui arrivent dans son bureau. Ensuite viendra la réciprocité. Ensuite viendra la justice, c’est-à-dire l’égalité, la réciprocité des services et des échanges. La famille aura à s’occuper du caveau, à payer pour les services funéraires. Il faudra continuer à vivre, travailler. Les soignants auront d’autres malades, d’autres personnes défuntes à préparer et d’autres familles. Le temps de la chambre mortuaire n’est pas ce temps de la synchronie. Ce n’est même pas encore le temps de la gratitude. Celle-ci viendra - ou pas - après. Mais, dans les heures qui suivent le décès, il y a un moment pour se recueillir, pour ne faire que cela.
La prudence, l'empathie et la compassion sont des qualités essentielles pour les soignants qui travaillent auprès des défunts et de leurs familles. Ils doivent trouver un juste milieu entre l'expression de leurs émotions et la nécessité de maintenir une distance professionnelle. La responsabilité envers l'autre, en particulier envers ceux qui sont vulnérables et endeuillés, est au cœur de leur mission.
L'Humanité et la Dignité Face à la Mort
Tels sont les enjeux des évolutions relatives à la manière dont nous pensons ce lieu habituellement associé à des représentations négatives. Ces enjeux, loin de s’opposer aux autres valeurs du soin, soulignent de manière plus radicale encore la conception de l’humanité de l’homme qui rassemble l’ensemble de l’Espace éthique/AP-HP. Pour nous, l’humanité est donnée. La dignité n’est pas proportionnelle à la raison, à la mémoire, aux facultés intellectuelles. L’humain qui est mort a une dignité. Celle-ci n’est pas relative à nous, même si nous pouvons en témoigner, même si nous avons le devoir d’en témoigner, surtout lorsque la communication est rompue. Il n’appartient pas à un groupe de dire quel humain est digne et quel autre ne l’est pas. Enfin, l’homme, vivant et mort, demeure aussi un sujet d’inconnaissance.
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L'humanité et la dignité sont des valeurs fondamentales qui doivent être respectées tout au long de la vie, y compris après la mort. Chaque être humain, vivant ou mort, possède une dignité intrinsèque qui ne doit pas être remise en question. Il est de notre devoir de témoigner de cette dignité, même lorsque la communication est rompue.
L'Expression "À un de ces quatre matins"
Il est intéressant de noter que l'expression "à un de ces quatre matins" partage une nuance avec l'idée de l'inéluctabilité de la mort, bien que de manière plus légère et informelle. Mais, en usage dans de nombreuses locutions, ce chiffre est en fait très imprécis. Il peut s'agir qu'une quantité faible ("ça vaut quatre sous", "c'est à quatre pas") ou plus importante ("lui dire ses quatre vérités", "se mettre en quatre", "couper les cheveux en quatre"). Ici, l'expression est un raccourci (une ellipse, diront certains) de "un de ces quatre matins", au sens de "un des quelques matins qui vont venir". Elle désigne bien une quantité faible et une durée courte, mais qui reste indéterminée, ce qui explique son imprécision et son équivalence avec "bientôt". Comment dit-on ailleurs ? see you ! à plus ! até um dia desses ! à un de ces jours !
Cette expression, comme d'autres formules de politesse telles que "à plus", "see you", ou "até um dia desses", suggère une rencontre future, un moment indéterminé mais certain. De la même manière, la mort est une certitude qui nous attend tous, même si son heure précise reste inconnue.
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