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Drag Berceau de Berlin : Une Histoire d'Évolution et d'Inclusion

Introduction

L'art du drag, autrefois perçu comme une simple imitation des codes féminins par des hommes cisgenres, a connu une transformation profonde, particulièrement à Berlin. Cette métropole, connue pour sa culture alternative et son ouverture d'esprit, est devenue un véritable berceau pour un drag plus inclusif et politisé. Cet article explore l'histoire du drag, son évolution à Berlin, et comment des troupes comme König redéfinissent cet art pour y inclure des femmes queer, des personnes non-binaires et des identités marginalisées.

Les Racines Historiques du Drag

Le drag a des origines lointaines, remontant au XVIe siècle où, par nécessité, les hommes incarnaient des rôles féminins dans le théâtre shakespearien. Le terme "drag" lui-même pourrait provenir du bruit des robes traînant sur le sol. Au XVIIIe siècle, Princess Seraphina, alias John Cooper, un serviteur anglais, est considérée comme la première drag queen, vivant son personnage au quotidien.

Au début du XXe siècle, le drag gagne en popularité grâce à des artistes comme Julian Eltinge, dont le talent à se transformer en femme était si convaincant qu'il fascinait le public. Malgré une période difficile dans les années 1930, des artistes comme Danny La Rue et Dame Edna Everage ont maintenu la flamme du drag allumée.

L'Évolution du Drag : De la Performance à l'Art Politique

Pendant longtemps, l’art drag fut une chasse gardée de l’homme cisgenre imitant les codes féminins. L’émission a toutefois été souvent critiquée pour mettre en avant un drag exclusivement d’un homme cisgenre imitant les codes féminins. Aujourd'hui, le drag a évolué pour devenir une plateforme d'expression queer diversifiée, un moyen de visibiliser et de célébrer toutes les voix.

La scène berlinoise, en particulier, se distingue par son approche inclusive. Tandis que la gentrification et les lendemains de pandémie emportent peu à peu les bastions de la culture techno berlinoise, une nouvelle scène s’active, plus intime mais tout aussi politique.

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König : Un Exemple d'Inclusion et de Réinvention

Il suffit pourtant de voir un show de la troupe König pour comprendre que le drag est aujourd’hui une discipline bien plus large et inclusive. La troupe König redéfinit le drag en incluant femmes queer et personnes non-binaires. Leurs spectacles mêlent théâtre et drag, brouillant les genres et célébrant la diversité avec bienveillance. Le show commence et l’on entend : « Ce show est le produit du travail de femmes queer et de personnes non-binaires. Seront représentées des drag kings et drag quings ».

Le spectacle est entrecoupé de shows drags d’artistes arpentant la scène pour la première fois. Ce spectacle est le produit de notre communauté. Une histoire nous est racontée : celle d’un roi né femme qui ne souhaite pas perdre sa légitimité en révélant son sexe biologique et que le spectacle encourage à accepter et célébrer l’identité qui lui est fidèle.

Buba Sababa, fondateur.ice de la troupe, met en avant que la communauté soit ce qui permet au projet d’exister et de survivre. Outre les shows, König organise également tout au long de l’année des ateliers financés par la ville de Berlin au cours desquels chacun peut apprendre les bases du drag. Il faut d’ailleurs noter que les shows Königs ne coûtent que 5 euros, un tarif qui ne permet d’exister qu’à travers les tips de fin de spectacle.

L'Importance de la Communauté et de l'Accessibilité

L’inclusivité se matérialise aussi par la variété du public. Dans la salle, tous les profils coexistent, animés par une passion ou un intérêt commun pour l’art drag ; beaucoup sont des habitués du Tipsy Bear, le bar où se produit König : « Ici, je me sens appartenir à une communauté. Cela va au-delà de simples centres d’intérêts : j’aime voir des gens aux expériences de vie similaires aimer des choses similaires ». Tom, n’appartenant pas à la communauté queer, a tenu tout de même à venir par intérêt pour l’art drag : « Je sais que je ne suis pas 100% à ma place ici, mais c’est justement là que se trouve ma place. Voir aujourd’hui cet art transcender au-delà de ses intentions et de son public, met en avant sa capacité à se réinventer pour porter les nouvelles voix queers.

L'art drag à Berlin est également marqué par son accessibilité. Les spectacles de König, par exemple, ne coûtent que 5 euros, un prix modique rendu possible grâce aux pourboires et au soutien de la communauté. De plus, des ateliers financés par la ville permettent à chacun d'apprendre les bases du drag, encourageant ainsi une participation plus large.

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La Scène Kinky Berlinoise : Un Espace d'Exploration et de Liberté

La scène kinky berlinoise, bien que distincte du drag, partage un esprit de liberté et d'expression personnelle. Si le vieil adage « Berlin, poor but sexy » orne encore les toilettes de certains bars, Anja*, responsable dans les ressources humaines et organisatrice d’orgies à ses heures perdues, reconnaît que la ville n’a plus grand-chose de « poor », mais qu’elle reste « very sexy ». Avec la flambée des prix des loyers, presque doublés en 10 ans, et l’essor de l’industrie des services et du numérique, le public s’est diversifié.

Des classes laborieuses, des gays à la dérive, des étudiants fauchés et des planqués du service militaire d’Allemagne de l’Ouest, on est passé aux nomades numériques, aux entrepreneurs et aux expatriés. La jeune quadragénaire au look BCBG fait partie de cette génération de millennials aisés et décomplexés, qui redéfinit les espaces d’exploration sexuelle à travers de nouveaux codes esthétiques, éthiques et économiques. La scène kinky s’est densifiée avec la multiplication des soirées aux intitulés évocateurs, Pornceptual, House of Lunacy, Pinky promise ayant pignon sur rue, autant que les rassemblements plus intimistes tels que le Kinky Sauna sur la Spree.

Le sexe berlinois s’est aussi démystifié en quittant l’univers de la fête et de la nuit pour investir des espaces qui lui sont désormais dédiés, à l’instar des événements d’Anja. Ses Sunday Funday ont lieu le dimanche après-midi, en pleine lumière, sans drogue et sans alcool, « pas fucked up ». « Le sexe berlinois n’a plus rien de secret ou de subversif, ma collègue m’a dit qu’elle allait baiser au Kitkat ce week-end. »

Pour Felix Ruckert, 66 ans et cofondateur dont on devine la carrière de chorégraphe à sa démarche aérienne et sa passion pour « les infinies possibilités du corps », la scène kinky berlinoise est aujourd’hui le théâtre de nouvelles utopies, où le sexe se conçoit en tant que bien culturel à part entière, légitime dans l’espace public et porteur d’enjeux de genre et d’égalité. Pour Pauline, une habituée des lieux, Berlin reste un grand terrain de jeu où les uns et les autres reproduisent l’expérience libertaire de la ville sans forcément la conscientiser. « Ils viennent comme en vacances à Sodome et Gomorrhe, ça dure une semaine ou quelques mois, puis ils retournent chez eux, en Allemagne ou ailleurs, dans un endroit fatalement plus conservateur. Mais Berlin reste un pivot qui leur offre la possibilité d’expérimenter, que ce soit dans les soirées, le sexe, ou même la politique et le travail. La scène kinky est tellement vaste qu’ils trouveront toujours une micro communauté qui partage leurs pratiques.

Anja, Félix et Pauline s’accordent à dire que la scène kinky berlinoise en tant que marqueur culturel, répond toujours à un idéal d’accessibilité et de bien commun. « Le Kitkat c’est entre 20 et 25 balles, ce n’est pas très cher comparé aux autres clubs, et certains événements comme les nôtres proposent des prix aux étudiants et aux chômeurs. » Selon Félix, Berlin reste fidèle à sa tradition d’accueil des communautés marginales en recevant les naufragés des scènes kinky de Kiev et Koursk.

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L'Omelette Drag Show : Satire et Culture Française

Ce jeudi 2 février, le SchwuZ a accueilli le Omelette Drag Show animé et pensé par Sasha Kills. Entre performance, danse et humour, ce show axé sur la culture française et ses stéréotypes a conquis le public. Si les chorégraphies, les tenues et les maquillages ont su charmer l’audience, c’est aussi l’humour qu’on retient. Le côté satirique du show a clairement été mis en avant ce 2 février lors de la deuxième partie avec un stand-up de Sasha Kills. Le nom du show, Omelette du Fromage, est l’illustration parfaite du comique qui caractérise ce show. La volonté satirique et caricaturale de l'Omelette Drag Show est donc totalement assumée par lae créateur·rice.

L’édition Omelette Drag Show du 2 février a donné lieu à des performances sur des classiques de la chanson française comme En apesanteur de Calogero, Oui mais… Non de Mylène Farmer ou encore Un garçon pas comme les autres de Céline Dion. Fraîchement arrivé.e à Berlin j'avais envie de créer un Drag show satirique en me mettant à la place d'une personne étrangère et ses idées préconçues sur la France. Si le SchwuZ a accueilli cinq des six éditions de ce show qui existe depuis 2020, c’est avant tout car il représente un lieu emblématique de la communauté LGBTQIA+. Il permet ainsi aux différents artistes queer d’accéder à une scène, notamment à travers le format du Pepsi Boston Bar. Ce bar au sein du club offre en effet un espace privilégié pour de telles représentations.

Parallèles avec le Ballroom : Famille, Expression et Militantisme

Quand on évoque la culture queer et ses influences sur la pop culture mondiale, deux termes reviennent sans cesse : les maisons de vogue et le ballroom. Pourtant, peu connaissent réellement leurs origines, profondément enracinées dans l’histoire de la communauté afro-américaine et latino queer. Le mouvement prend racine dans les bals de Harlem, déjà existants au début du XXᵉ siècle, où les drag queens noires et latinas pouvaient exprimer leur identité dans des compétitions. Le ballroom devient alors une zone de liberté où les personnes trans, gays, lesbiennes, queer et non binaires peuvent exister sans masque.

Une House (maison) n’est pas seulement un groupe : c’est une famille choisie dirigée par une Mother ou un Father. Le voguing apparaît dans les années 1980, inspiré par les poses de mannequins dans le magazine Vogue. Au-delà de l’esthétique, le voguing est un acte politique. Chaque catégorie reflète les aspirations sociales d’une communauté marginalisée. Le ballroom n’est pas qu’un show : c’est une plateforme militante.

Aujourd’hui, des ballrooms existent partout : à Paris, la House of Ladurée et la House of Comme des Garçons font partie des collectifs influents. Mode, musique, publicité : les codes du ballroom sont partout.

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