Doudou Diène, juriste sénégalais et ancien haut fonctionnaire de l'UNESCO, a marqué de son empreinte la lutte contre le racisme et la promotion du dialogue interculturel. Son parcours, riche et diversifié, témoigne d'un engagement constant en faveur de la mémoire de l'esclavage et de la reconnaissance des contributions des personnes d'ascendance africaine.
Un Parcours Académique et Militant
Né le 12 décembre 1941 à Mbour, au Sénégal, Doudou Diène est issu d'une famille traditionnelle de la haute société sénégalaise. Il reçoit une éducation traditionnelle et spirituelle, imprégnée de la tradition musulmane soufi. Il fréquente le lycée Van Vollenhoven de Dakar, où il découvre le racisme institutionnalisé.
Dès l'époque des décolonisations, il admire les grandes figures du Tiers Monde et de la décolonisation, comme Hô Chi Minh. Il est marqué par des figures de l'histoire française, comme Victor Hugo, Alexandre Dumas et Charles Baudelaire, ainsi que par les acteurs des luttes anticoloniales et les grands personnages africains comme El Hadj Omar.
Il poursuit ses études en France, à Caen puis à Paris, où il obtient un DES de droit public et fréquente Sciences Po Paris. Durant ses années d'études, il adhère et milite activement à l'Association des étudiants sénégalais de France, branche de la Fédération des étudiants d'Afrique noire de France (FEANF).
Entrée à l'UNESCO et Premières Missions
Après ses études, Doudou Diène est recruté comme Délégué adjoint du Sénégal à l'UNESCO en 1969. Cette opportunité le propulse au cœur de l'organisation. Il devient rapidement secrétaire général africain des non-alignés au sein de l'UNESCO.
Lire aussi: La politique étrangère française à travers l'UNESCO
De 1977 à 1985, il est envoyé à New York, comme directeur du bureau de l'UNESCO auprès de l'ONU. Il se souvient de cette époque comme d'une période où les intellectuels du Tiers Monde voulaient remettre en question l'hégémonisme occidental.
En 1987, il est nommé sous-DG pour les relations extérieures et l'information du public à l'UNESCO.
L'Initiation des Routes Interculturelles de l'UNESCO
Doudou Diène est l'initiateur et le responsable des Projets de Routes Interculturelles de l'UNESCO, notamment les Routes de la Soie, la Route de l'Esclave, les Routes de la Foi et les Routes Al Andalus.
La Route de la Soie
Avec quelques collègues, Doudou Diène élabore et lance le programme "Routes de la Soie", un vaste programme visant à approfondir les connaissances scientifiques et à promouvoir la compréhension internationale entre Orient et Occident. Ce programme, comportant des expéditions scientifiques, est couvert par les médias du monde entier et devient un projet décennal de l'UNESCO durant les années 1990.
La Route de l'Esclave : Un Projet Phare
En lançant le projet La Route de l'esclave en 1994, l'UNESCO s'est engagée à révéler cette réalité historique. Ce projet s'inscrit dans le projet international de « la Route de l’esclave » soutenu par l’O.N.U.La célébration du 20e anniversaire du projet La Route de l'esclave a été une opportunité de faire connaître le chemin parcouru depuis sa création, ainsi que les efforts accomplis pour que cette tragédie devienne une source d'inspiration pour les générations présentes et futures. Irina Bokova, Directrice générale de l'UNESCO, a qualifié le projet La Route de l'esclave « d’être un des projets phares de l’UNESCO. » Elle a rappelé que « si le crime a mobilisé plusieurs nations, la mémoire du crime peut aujourd’hui, dans un mouvement inverse, rapprocher les nations, et éclairer les connexions irréversibles qui se sont créées entres les peuples. »
Lire aussi: Crèche Roue'Doudou : fonctionnement détaillé
Le projet "La Route de l'Esclave" vise à :
- Révéler la réalité historique de l'esclavage et de la traite négrière.
- Promouvoir la mémoire de l'esclavage et la contribution des personnes d'ascendance africaine.
- Encourager le dialogue interculturel et la lutte contre le racisme.
Le projet s'articule autour de trois axes principaux :
- Programme scientifique sur la traite négrière et l’esclavage: Ce programme est mis en œuvre à travers des réseaux thématiques de recherche.
- Programme d’éducation et d’enseignement: Ce programme est nourri par l’élaboration de programmes nationaux et par le résultat des recherches scientifiques dont le secteur de l’éducation de l’UNESCO est le responsable, en liaison étroite avec la Division du dialogue interculturel.
- Programme sur la promotion des cultures vivantes: Il s’agit de promouvoir les activités culturelles, artistiques et les expressions spirituelles issues des interactions de la traite dans les Amériques et les Caraïbes liées aux traditions africaines.
- Programme sur la mémoire de l’esclavage et la diaspora: La traite négrière constitue, par l’ignorance dont elle est l’objet, une des formes les plus radicales de négationnisme historique.
La « Route des abolitions de l’esclavage », lancée en 2004, s’inscrit dans ce projet.
Autres Routes Interculturelles
Doudou Diène lance également les "Routes de la Foi" (visant à favoriser le dialogue inter-religieux) et les "Routes Al Andalus".
Rapporteur Spécial de l'ONU sur le Racisme
Après avoir pris sa retraite de l'UNESCO en 2001, Doudou Diène est nommé Rapporteur spécial de l'ONU sur les formes contemporaines de racisme, de discrimination raciale, de xénophobie et de l'intolérance (2002-2008). Dans le cadre de ce mandat, il rédige et supervise des enquêtes sur une dizaine de pays. Il acquiert ainsi une légitimité sur la question des droits de l'homme.
Lire aussi: Conseils pour un doudou propre
Il est également nommé responsable de la direction de l'enquête sur les troubles au Togo en 2008, puis expert indépendant sur les droits de l'homme en Côte d'Ivoire en 2011.
Engagement Continu et Reconnaissance
En 2017, il est nommé au Conseil d'administration du groupe d'intérêt public de la Fondation nationale pour la mémoire de l'esclavage, créée par le président français François Hollande. Il siège actuellement au Comité d'orientation de cette fondation.
De par sa légitimité en tant qu'humaniste et militant des droits de l'homme et de la compréhension internationale, Doudou Diène est membre de nombreux comités et conseils internationaux.
La Vision de Doudou Diène sur la Mémoire de l'Esclavage et le Racisme
Doudou Diène appelle à reconsidérer l’esclavage non seulement comme une histoire du passé, mais aussi comme un enjeu pour les sociétés contemporaines. D’après lui, le dialogue et la compréhension interculturels restent à réaliser.
Il souligne que la traite négrière et l'esclavage constituent la matière invisible des relations entre l'Europe, l'Afrique, les Amériques et les Antilles. Cet épisode dramatique de l'histoire de l'humanité appelle à une remise en question du silence historique qui l'a entouré pendant longtemps.
Pour Doudou Diène, il faut historiciser la question du racisme et non l'essentialiser. Il estime que nous vivons dans une société mondialisée par les conquêtes et les dominations, et légitimée par l’idéologie de hiérarchie des « races » et des civilisations.
Il met en avant la nécessité de revisiter la notion de civilisation et de transformer le fait de la diversité en valeur, c'est-à-dire en pluralisme. Le pluralisme, clé du vivre ensemble, s'appuie sur deux actions : la promotion de la connaissance réciproque des différentes communautés et la mise en valeur de leurs interactions.
Il considère que la Fondation nationale pour la mémoire de l'esclavage a un rôle fondamental à jouer dans ce contexte. Il estime que cette institution doit libérer la parole, reposer sur un pilier scientifique et partager toutes ses avancées avec l'ensemble de la société.
tags: #doudou #diene #unesco #parcours