Introduction
La procréation médicalement assistée (PMA) a connu une évolution fulgurante depuis la naissance du premier bébé-éprouvette en 1978. Ce domaine, autrefois cantonné aux couples stériles, s'est étendu aux couples homosexuels et aux personnes atteintes de maladies héréditaires. Aujourd'hui, la PMA représente 3 % des naissances dans les pays occidentaux. Cependant, de nouvelles avancées technologiques, telles que la sélection du sexe et de la couleur des yeux, ainsi que la modification génétique des embryons, soulèvent des questions éthiques fondamentales sur le pouvoir de l'homme sur la nature.
L'évolution de la PMA : de la FIV aux bébés à la carte
La fécondation in vitro (FIV) a révolutionné la procréation, offrant une solution aux couples confrontés à l'infertilité. Parallèlement, la gestation pour autrui (GPA) est devenue une option pour ceux qui ne peuvent pas porter un enfant. Toutefois, les progrès ne s'arrêtent pas là. Il est désormais possible de choisir le sexe de son enfant et même d'influer sur des caractéristiques physiques telles que la couleur des yeux, grâce à la sélection embryonnaire avant l'implantation.
En outre, le Royaume-Uni a autorisé la création de bébés à trois ADN en 2015, une technique visant à prévenir la transmission de maladies génétiques. Des entreprises comme OvaScience travaillent sur la production d'ovules à partir de cellules souches, tandis que la start-up lyonnaise Kallistem a réussi à fabriquer des spermatozoïdes humains in vitro. Ces avancées pourraient conduire à la production massive d'embryons soumis à un dépistage génétique.
La technologie CRISPR, qui permet de modifier l'ADN pour traiter des maladies, a également été utilisée sur des embryons humains, bien que ceux-ci n'aient pas vocation à être implantés. Ces expérimentations ouvrent la voie à la création de bébés génétiquement modifiés, une perspective qui suscite de vives inquiétudes.
Les enjeux éthiques et sociétaux
Ces avancées scientifiques posent des questions éthiques majeures. La possibilité de choisir les caractéristiques de son enfant soulève des préoccupations eugénistes, où l'on cherche à sélectionner les "meilleurs" embryons. La modification génétique des embryons, quant à elle, pourrait avoir des conséquences imprévisibles sur la santé des générations futures.
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Face à ces enjeux, il est essentiel d'engager un vaste débat de société pour définir les limites de la PMA et encadrer ces pratiques. Des experts soulignent la nécessité de ne pas céder à un "effrayant glissement eugéniste" et de préserver les valeurs fondamentales de respect de la dignité humaine.
L'accès aux origines : le cas des enfants nés de dons de sperme
Un autre aspect important de la PMA est la question de l'accès aux origines pour les enfants nés de dons de sperme. En France, les dons de gamètes sont anonymes, ce qui signifie que les enfants n'ont pas le droit de connaître l'identité de leur donneur. Cette règle est de plus en plus contestée par la première génération d'enfants nés grâce aux dons, qui réclament le droit d'accéder à des informations sur leur donneur et donc sur eux-mêmes.
Le documentaire "Les Enfants du secret", diffusé sur Arte, met en lumière le combat de ces enfants pour faire évoluer la législation. Ils dénoncent l'anonymat qui les prive d'une partie de leur identité et militent pour l'accès aux origines.
La révision des lois de bioéthique en France
La question de l'accès aux origines est au cœur de la révision des lois de bioéthique en France. Le texte présenté en conseil des ministres propose de permettre aux enfants d'accéder à des informations sur leur donneur à leur majorité. Deux options sont envisagées : soit la loi donne accès à des informations non identifiantes (âge, profession, motivations), soit elle lève totalement l'anonymat et donneurs et donneuses délivrent leur accord pour être éventuellement contactés par les enfants et/ou leurs parents.
Cependant, si la loi changeait, elle ne pourrait pas s'appliquer de façon rétroactive : les dons réalisés avant la promulgation de la loi resteraient anonymes.
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L'impact des tests ADN sur l'anonymat des donneurs
L'anonymat des donneurs est également mis à mal par la vente sur Internet de tests ADN. Ces tests permettent aux enfants nés de dons de sperme de retrouver des demi-frères et sœurs, voire leur donneur, en analysant leur ADN.
Bien que cette pratique soulève des questions éthiques concernant la protection des données personnelles, elle témoigne du désir des enfants nés de dons de connaître leurs origines. Des initiatives comme la plateforme numérique Ipode visent à faciliter la mise en relation entre les enfants et les donneurs, à partir des résultats croisés de leur ADN.
La pénurie de dons en France
La France connaît actuellement une pénurie de dons de gamètes. En 2016, on comptait 363 donneurs de sperme (soit dix-huit mois de délai d'attente pour les couples receveurs) et 746 donneuses d'ovocytes (trois ans d'attente), selon le rapport le plus récent de l'Agence de la biomédecine. En conséquence, plus de dix mille couples se tournent tous les ans vers d'autres pays d'Europe où les collectes de gamètes sont mieux organisées.
La nouvelle loi prévoit cependant d'autoriser le double don (sperme et ovocyte), interdit en France jusqu'à présent, ce qui pourrait contribuer à améliorer la situation.
L'évolution des mentalités et la parole des femmes
Longtemps tabou, l'infertilité et le recours à la PMA sont de plus en plus ouverts. Les couples de lesbiennes ont contribué à mettre en lumière les tabous qui pèsent sur les conceptions par PMA. L'émergence des dons d'ovocytes semble elle aussi bousculer profondément la donne.
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Selon la sociologue Dominique Mehl, les femmes, hétérosexuelles comme lesbiennes, se montrent beaucoup plus enclines à parler de leur infertilité. Le vécu du don et le récit qu'elles en font est donc bien différent du don de sperme, pour elles, leurs couples et leurs enfants.
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