La dépression post-partum (DPP) est un trouble de l'humeur qui touche un nombre important de femmes après l'accouchement. Aux États-Unis, cette condition est de plus en plus reconnue et étudiée, ce qui a conduit à de nouvelles approches thérapeutiques et à une sensibilisation accrue. Cet article explore l'impact de la DPP, les défis rencontrés par les mères affectées, les traitements existants et les développements récents, notamment l'approbation d'un nouveau médicament oral.
L'ampleur du problème
La dépression post-partum est une réalité préoccupante aux États-Unis, touchant environ une femme sur huit après l'accouchement. Cette condition se manifeste par une tristesse profonde, des sentiments de culpabilité et d'inutilité, une perte d'intérêt pour les activités autrefois appréciées et une diminution de la capacité à éprouver du plaisir. La FDA décrit cette maladie comme "grave et potentiellement mortelle, au cours de laquelle les femmes ressentent de la tristesse, un sentiment de culpabilité, d'inutilité".
Malgré sa prévalence, seule une minorité des femmes touchées reçoit un traitement adéquat. La responsable en psychiatrie à l'Agence américaine du médicament, Tiffany Farchione, souligne que "seules un quart des personnes concernées reçoivent un traitement". Cette lacune met en évidence la nécessité d'améliorer le dépistage et l'accès aux soins pour les mères souffrant de DPP.
Un documentaire intitulé Côté Obscur de la Pleine Lune met en lumière les difficultés rencontrées par les mères qui luttent contre la DPP. Jennifer Silliman et Maureen Fura, les créatrices du film, ont vécu personnellement les défis liés à cette condition et souhaitent donner une voix aux femmes qui souffrent en silence. Le film aborde les aspects suivants : groupes de soutien entre pairs, politiques pertinentes, recherche et traitement. Ann DS Smith, CNM et présidente de Postpartum Support International (PSI), souligne l'importance de la sensibilisation et des contributions pour soutenir les efforts de son organisation, qui se consacre à l'aide aux femmes souffrant de troubles de l'humeur périnatals.
Les défis de la DPP
La DPP ne se limite pas à un simple "baby blues". Elle peut avoir des conséquences graves sur la santé mentale et physique de la mère, ainsi que sur le développement de l'enfant. Les mères souffrant de DPP sont moins susceptibles d'allaiter, ce qui peut avoir un impact négatif sur la santé du nourrisson. Dans les cas les plus graves, la DPP peut entraîner des pensées suicidaires et des comportements dangereux.
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Szilvia Molnar, dans son premier roman Milk-bar, dissèque la dépression post-partum à travers le monologue d'une femme, traductrice du suédois à New York. Le roman décrit de manière concrète et explicite la tristesse et l'isolement ressentis par la jeune mère, ainsi que les difficultés physiques et émotionnelles liées à l'accouchement et à la maternité. Molnar invente un néologisme, « Miffo », pour incarner les pensées les plus sombres de son personnage.
L'impact sur l'allaitement
Une étude américaine publiée dans le journal scientifique Plos One a examiné l'association entre l'arrêt de l'allaitement chez les nourrissons de moins de six mois et les symptômes dépressifs post-partum au Nevada. Les résultats ont montré une association significative entre les symptômes dépressifs post-partum et l'arrêt de l'allaitement. Les chercheurs ont souligné que les relations de causes à effet entre l'allaitement et la dépression post-partum peuvent être bidirectionnelles et ne sont toujours pas entièrement comprises.
D'une part, la DPP est liée à un risque plus élevé d'arrêt précoce de l'allaitement. Les mères qui souffrent de DPP peuvent être confrontées à des difficultés d'allaitement en raison d'une détresse émotionnelle et peuvent être moins sensibles aux signaux d'alimentation de leur bébé. D'autre part, l'arrêt de l'allaitement est lié à un risque plus élevé de DPP. Les difficultés d'allaitement peuvent amener la mère à se sentir frustrée et coupable, ce qui exacerbe le risque de symptômes de DPP.
L'étude souligne l'importance de l'identification précoce des symptômes dépressifs post-partum et de la promotion de l'allaitement maternel pour favoriser le bien-être des mères et des nourrissons.
Les traitements existants
Avant l'approbation du Zurzuvae, le seul traitement existant pour la DPP nécessitait une injection. Ce traitement, bien qu'efficace, était moins accessible et plus contraignant pour les patientes. Les antidépresseurs traditionnels peuvent également être utilisés pour traiter la DPP, mais ils peuvent mettre des semaines à agir.
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La firme Sage Therapeutics avait développé il y a quatre ans le Zulresso, un autre médicament à partir de la même molécule que le Zurzuvae. Mais il coûtait des dizaines de milliers de dollars. De plus, il fallait passer 60 heures dans un hôpital pour le recevoir en intraveineuse, sans pouvoir rester au contact de son bébé. Le traitement marche, mais dans ces conditions, il est trop lourd pour être efficace à grande échelle.
L'approbation du Zurzuvae : un espoir pour les mères
L'Agence américaine du médicament (FDA) a autorisé pour la première fois un comprimé pour traiter la dépression post-partum. Le Zurzuvae, développé par les laboratoires Sage Therapeutics, est le premier médicament oral spécifiquement indiqué pour le traitement de la DPP chez les adultes. Cette approbation représente une avancée significative dans le traitement de cette condition.
Le Zurzuvae a été testé dans deux études menées en double-aveugle. Les patientes qui l'ont reçu "ont montré de bien meilleures améliorations de leurs symptômes que celles dans le groupe placebo". La FDA recommande une prise du comprimé chaque soir pendant 14 jours, et il peut commencer à agir dès le troisième jour de traitement.
Le Zurzuvae agit sur les neurotransmetteurs régulant l'humeur et l'anxiété. Il offre une option de traitement plus accessible et potentiellement plus rapide que les traitements existants. Asima Ahmad, responsable médicale pour l’entreprise Carrot Fertility, souligne que le Zurzuvae peut commencer à agir après seulement trois jours de traitement.
Les effets secondaires et les précautions
Comme tout médicament, le Zurzuvae peut entraîner des effets secondaires, tels que de la fatigue, des vertiges, des diarrhées, des rhumes et de la somnolence. La FDA recommande de ne pas conduire pendant 12 heures après la prise du médicament.
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Les mères ne peuvent pas non plus allaiter pendant le traitement, car on ne sait pas encore si le médicament a un effet sur le lait maternel. Il est essentiel de consulter un médecin pour déterminer si le Zurzuvae est approprié et pour discuter des risques et des avantages potentiels.
Le prix et l'accès au médicament
Le prix du Zurzuvae n'est pas encore connu. Il est important de déterminer si les assurances couvriront le médicament et quel sera le reste à charge pour les patientes. L'accessibilité financière du Zurzuvae sera un facteur déterminant dans son adoption à grande échelle.
L'importance du soutien et de la thérapie
Il est essentiel de souligner que la DPP n'est pas qu'une affaire de chimie. La thérapie et le soutien social jouent un rôle crucial dans le rétablissement des mères souffrant de DPP. Les groupes de soutien entre pairs, les conseils individuels et familiaux peuvent aider les mères à faire face à leurs émotions et à développer des stratégies d'adaptation.
Dans le livre In Bleu, une historienne de la santé et de la médecine explore comment la maladie mentale post-partum est passée d'un sujet largement ignoré et rejeté au début du XXe siècle à un sujet beaucoup plus discuté et compris à la fin de ce siècle. L'auteure met en lumière le rôle des coalitions de psychiatres, de psychologues et de femmes non conformistes qui ont elles-mêmes survécu à une détresse post-partum importante, et leur combat pour légitimer et améliorer les expériences des femmes.
Le post-partum : une période de transformation
La neuroscientifique canadienne Jodi Pawlusky, autrice du livre Mommy brain, et la sage-femme rennaise Audrey Horvat soulignent que le post-partum peut durer jusqu'à trois ans après l'accouchement. La femme qui devient mère vit alors une matrescence, une évolution dans son identité, comme on peut le vivre à l'adolescence. Il est important de reconnaître et de soutenir les femmes pendant cette période de transformation.
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