La dignité de la personne humaine est un principe fondamental qui sous-tend de nombreux aspects du droit et de l'éthique, en particulier dans le domaine de la bioéthique. Cette notion complexe se révèle particulièrement délicate lorsqu'il s'agit de l'embryon humain, dont le statut et la protection font l'objet de débats passionnés et de réglementations variées. Cet article se propose d'explorer la définition de la dignité de la personne humaine dans le contexte de l'embryon, en s'appuyant sur les textes juridiques, les réflexions philosophiques et les prises de position éthiques.
Dignité humaine et personne : Concepts fondamentaux
Définition de la dignité
La dignité est un concept qui valorise un objet, une fonction ou une personne, en lui accordant une considération prioritaire. Le terme vient du latin "dignitas", qui désignait la dignité des fonctions publiques. La dignité ne prend son sens que par rapport à ce qui est considéré comme indigne, d'où la nécessité de l'associer à un "titulaire" : la chose ou la personne à laquelle elle est conférée.
Distinction entre dignité humaine et dignité de la personne
Il est important de distinguer la dignité humaine, qui valorise l'individu en raison de son appartenance à l'humanité, et la dignité de la personne, qui se concentre sur l'individu en tant qu'être unique et autonome. La dignité humaine est issue des traditions monothéistes et a été réaffirmée après la Seconde Guerre mondiale, en réaction aux horreurs de l'Holocauste. La dignité de la personne, quant à elle, est liée aux notions de liberté et d'autonomie individuelle, mises en avant par les Lumières.
La personne : Un concept complexe
Le concept de "personne" est utilisé pour rassembler des éléments au sein d'une unité qui doit jouer le rôle de sujet d'une action. En droit, la personne juridique sert de support aux droits et aux obligations. La personne humaine, quant à elle, unit le corps et la personnalité juridique. La dignité peut ainsi être perçue comme l'unité du corps et de la personne juridique.
Le corps humain et la dignité
Le corps : Objet de droit
Le corps a longtemps vécu dans l'ombre de la personnalité juridique. Ce n'est qu'avec les lois de bioéthique des années 1990 que le corps est devenu un objet direct du droit, en tant qu'il intéresse la biomédecine sans la personne. Le corps est reconnu par tous, mais n'a pas été défini juridiquement : ses frontières, son appartenance à une catégorie civile restent floues.
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La "mienneté" du corps
La philosophie phénoménologique a introduit le concept de "mienneté" du corps, qui transcende la distinction entre "avoir" et "être" un corps. La "mienneté" du corps signifie "ce qui est propre" et non "ce qui appartient", impliquant qu'on ne peut s'en séparer sans porter atteinte à la personne. La dignité indique que le corps ne peut être esclavagisé ou traité comme une chose, mais qu'on en dispose comme on le veut dans cette limite.
Dignité, non-discrimination et intégrité physique
La dignité, comme unité corps-personne, convoque la non-exclusion en raison du corps (apparence, gènes, origines…). Elle se confond alors avec l'égalité première, celle de tous les humains. La dignité interdit la mise en cause de l'intégrité physique, comme le rappellent le Code civil, le Code pénal et le Code de la santé publique.
La dignité de l'embryon humain : Un débat éthique et juridique
L'embryon : Un être humain dès le commencement ?
La question de la dignité de l'embryon humain est au cœur des débats bioéthiques. L'Eglise catholique, par exemple, considère que "l'embryon humain a dès le commencement la dignité propre à la personne". Ce principe moral découle d'une réflexion rationnelle à partir de l'observation scientifique du développement embryonnaire, qui est un processus continu, coordonné et graduel depuis la conception jusqu'à la naissance.
Les arguments scientifiques et philosophiques
Selon le professeur Serra, ancien titulaire de la chaire de génétique à l'Université romaine du Sacré-Cœur, "le zygote est, très précisément et sans aucun doute possible, le point de l'espace et du temps où un individu humain commence son propre cycle vital". Dignitas personae affirme que "le corps embryonnaire se développe progressivement selon un programme bien défini et avec une finalité propre qui se manifeste à la naissance de chaque enfant".
Les implications juridiques
La loi n° 94-653 du 29 juillet 1994 relative au respect du corps humain pose un ensemble de principes fondamentaux protecteurs du corps humain et de la dignité de l'être humain. Cependant, le législateur n'a pas souhaité définir le statut juridique de l'embryon, se tenant ainsi à l'écart des débats philosophiques et biologiques. L'expérimentation sur l'embryon humain est interdite, sauf à titre exceptionnel et sous certaines conditions.
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Les limites à la recherche sur l'embryon
Le Sénat a réaffirmé le principe de l'interdiction de la recherche sur l'embryon humain. A titre exceptionnel, des études ne portant pas atteinte à l'embryon peuvent être autorisées par le couple. C'est seulement à titre dérogatoire et pour une période limitée à cinq ans que le texte autorise les recherches sur l'embryon et les cellules embryonnaires, à des conditions très strictes.
Les atteintes à la dignité de l'embryon
L'avortement
L'Eglise catholique considère toute forme d'avortement provoqué comme "le meurtre délibéré et direct, quelle que soit la façon dont il est effectué, d'un être humain dans la phase initiale de son existence, située entre la conception et la naissance". Elle condamne également les moyens d'interception (stérilet, « pilule du lendemain ») ou de contragestion (RU 486 par exemple), pour lesquels l'intention d'avorter est généralement présente.
La congélation des embryons
La congélation des embryons est également critiquée, car elle "les expose à de graves dangers de mort ou à des altérations de leur intégrité physique" et "les prive, au moins temporairement, de l'accueil maternel et du développement dans la gestation et les place dans une situation qui les expose à des atteintes et manipulations ultérieures".
Le clonage et l'utilisation thérapeutique des cellules souches
L'Instruction condamne tout type de clonage, quelle qu'en soit la finalité, dans la mesure où un être humain est produit en dehors de tout lien conjugal et même de tout lien à la sexualité humaine. Elle considère le clonage thérapeutique ou de recherche comme "encore plus grave au plan éthique", dans la mesure où l'embryon produit et sacrifié pour la recherche n'est alors "rien de plus qu'un moyen à utiliser et à détruire".
Dignité de l'embryon et progrès scientifiques
La thérapie génique
Dans le respect des règles habituelles de déontologie médicale, la thérapie génique est considérée favorablement. L'Instruction émet cependant une réserve sur la thérapie génique germinale, c'est-à-dire agissant sur les cellules sexuelles : "il n'est pas admissible, dans l'état actuel de la recherche, d'agir en courant le risque que les dommages potentiels liés à l'intervention génique puissent se transmettre à la progéniture".
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L'importance de l'éthique dans la recherche
L'Instruction Dignitas Personæ invite à promouvoir des recherches et des activités scientifiques au service du bien intégral de tout homme, et à renoncer à toute technique qui sacrifie l'être humain dans la vulnérabilité des premiers jours de son existence pour répondre à des désirs même légitimes. Elle joint sa voix à ceux de nos contemporains, croyants ou non, qui voient dans certaines options prises en matière de recherche et dans certaines pratiques biomédicales des dérives eugéniques.
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