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La Dépression du Nourrisson: Causes, Symptômes et Prise en Charge

Bien que rare, la dépression peut toucher les nourrissons, se manifestant par un manque d'élan vital et de curiosité envers le monde. Il est essentiel de reconnaître les symptômes, d'identifier les situations à risque et de comprendre comment traiter ce trouble psychologique chez les tout-petits.

Reconnaître la Dépression du Nourrisson

Comme chez les adultes, la dépression infantile est souvent sous-évaluée. Cependant, il est crucial de comprendre que les bébés ressentent des douleurs morales et du bien-être psychique. La dépression du nourrisson se traduit principalement par un bébé qui ne répond plus aux stimulations et se met en retrait.

Historique de la découverte

La dépression du nourrisson a été mise en évidence en 1946 par le Docteur René Spitz, psychiatre britannique, chez des enfants placés en pouponnière et séparés de leurs parents pour diverses raisons (abandon, absence d’éducation…). Cette découverte a marqué un tournant, incitant à accorder plus d'attention aux conditions d’éducation des enfants.

Symptômes à surveiller

Contrairement à un enfant plus âgé ou à un adolescent, un bébé ne peut pas exprimer verbalement son mal-être. Plusieurs signes doivent alerter les adultes :

  • Un retrait social : l'enfant n'interagit pas avec son entourage.
  • Un manque de réaction aux stimulations.
  • Un retard des acquisitions motrices.
  • Une absence d’expression et de réactions.
  • Passivité et immobilisme.

Il est important de noter qu'un enfant "sage" qui n'interagit pas n'est pas nécessairement un enfant heureux.

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Causes et Facteurs de Risque

Plusieurs causes peuvent être à l’origine de la dépression du nourrisson. Le principal facteur est le manque d’interaction avec la figure d’attachement. L’adulte en charge du bébé peut répondre à ses besoins vitaux (changer ses couches, l’habiller, le nourrir…) sans pourtant créer de lien affectif avec lui.

Le rôle de l'attachement

Un enfant a besoin d’avoir une figure d’attachement active dans la relation. Les adultes n’ont pas besoin d’avoir une vie parfaite, mais ils doivent communiquer avec le bébé, même en expliquant leurs émotions. L’absence de communication et le manque d’affection ont un impact néfaste sur le développement de l’enfant.

L'influence de l'environnement

L’environnement joue un rôle crucial. Un bébé se met en retrait lorsqu’il ressent que le milieu dans lequel il vit est hostile, voire agressif. Le placement en foyer, la précarité, la violence intrafamiliale et la maltraitance peuvent être les déclencheurs d’une dépression du nourrisson.

Hospitalisme

Les enfants placés en institutions, avec une absence de figure maternelle de référence et un cantonnement aux soins d’hygiène et de nourrissage, développaient l’hospitalisme. Il s'agit d'une forme extrême de la dépression du nourrisson caractérisée par une passivité, un immobilisme, une absence d’expression et de réactions.

Diagnostic et Suivi

Près de sept examens de suivi sont prévus entre les trois et dix-huit mois d’un bébé. Le pédiatre ou le médecin généraliste va notamment surveiller son développement psychomoteur. Ce praticien peut s’inquiéter lorsque le nourrisson ne réagit pas aux examens médicaux.

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L'importance de l'observation clinique

En consultation, un enfant est généralement curieux, s’intéresse aux instruments, soutient le regard et sourit. Un manque d'intérêt répété doit alerter.

Démarche diagnostique

Pour poser le diagnostic de la dépression du nourrisson, on vérifie si l’enfant a bien les acquis psychomoteurs en fonction de son âge et on interroge les parents sur son comportement. Il est essentiel de distinguer un retard psychomoteur d’origine organique ou lié à la dépression du nourrisson. Par exemple, un enfant qui ne babille pas ou ne tient pas assis à neuf mois peut être corrélé à ce trouble psychique.

Prise en Charge et Traitement

Dans un premier temps, il faut supprimer les facteurs qui peuvent entraîner la dépression du nourrisson. Des travailleurs sociaux peuvent intervenir pour évaluer la manière dont vit la famille ou le couple. L’objectif est de trouver des solutions pour que chaque membre de la famille soit actif dans la relation avec le bébé.

Unités mère/bébé

Dans les hôpitaux, il existe des unités mère/bébé qui permettent de renforcer le lien entre la maman et son enfant. Les parents peuvent en faire la demande auprès du médecin traitant, d’un psychiatre ou d’un psychologue.

Conséquences de l'absence de prise en charge

En l’absence de prise en charge, la dépression du nourrisson peut persister chez l’enfant plus âgé, causant des troubles psychomoteurs et de l’apprentissage.

Lire aussi: Causes et traitements de la dépression prénatale

Dépression ou Détresse ? Une Question de Perspective

Il est important de distinguer la dépression du nourrisson d'un simple état de détresse. La détresse peut être vue comme la situation de l’enfant à l’aube de la vie, désemparé face à l’excès du vivant qui l’habite. Il est pris par l’émoi, submergé, dépassé dans ses capacités de faire face à quelque chose qui le déborde.

L'inachèvement et la détresse

Une des caractéristiques du petit d’homme est de naître dans l’inachèvement, ce qui le rend désemparé tant par rapport à ce qui l’entoure que par rapport à ce que manifeste son corps. Cet inachèvement amène à une forme de chaos des effractions intéroceptives et extéroceptives qui submergent potentiellement le nouveau-né, le plongeant dans la détresse (Hilflosigkeit).

Le rôle de l'autre

La détresse du nourrisson n’est pas qu’une hypothèse. Il y a une clinique de la détresse que l’on peut observer chez l’enfant, qui se manifeste sous forme d’un état de stress. Le stress périnatal est un autre nom de l’état de détresse. Il résulte du débordement, d’un système nerveux bombardé en permanence par toutes sortes d’afférences qui dépassent ses capacités de les traiter. Face à cet état de détresse et à la destruction propre au vivant, la seule issue possible est donc l’acte de l’autre, l’intervention de l’autre, l’action de l’autre.

La trace et l'expérience de satisfaction

L'expérience de satisfaction donne à la trace elle-même une fonction homéostatique, nécessaire à l’équilibre et à la sortie de l’état de détresse. En l’absence de réponse de l’autre, c’est l’inachèvement et la détresse qui priment. L’absence de réponse de l’autre implique que la tension reste sans solution, soumettant l’enfant au stress de l’excitation non résolue de l’état de détresse.

Plasticité Neuronale et Inconscient

La plasticité neuronale, c’est le fait que l’expérience laisse une trace dans le réseau neuronal. La question est de savoir si l’excès d’excitation propre au vivant, présent dans ces situations précoces de détresse, laisse une trace, une trace de l’expérience traumatique, ou si l’effraction empêche la formation d’une trace.

L'absence de trace

La souffrance liée à la détresse du nourrisson et aux défauts de réponse de l’environnement aboutirait à une absence de trace, à un trou, une impasse non inscrite, ou paradoxalement inscrite par défaut d’inscription. Un défaut d’inscription, de constitution de traces, sur lequel le sujet peut toujours buter.

Mémoire émotionnelle

Un événement traumatique, par l’effet du stress, a un effet neurotoxique sur l’hippocampe, résultant en un défaut de mémoire explicite. Par contre, le stress entraîne une inscription amygdalienne renforcée, donc une mémoire implicite, non consciente, qui se trouve donc associée à un défaut de mémoire explicite. On aurait une mémoire de l’émotion sans mémoire de l’événement : un état somatique sans représentation.

Traumatismes prénataux

L'amnésie infantile serait donc une amnésie explicite, déclarative, hippocampique, sans amnésie amygdalienne, implicite. Ceci est encore plus marqué en cas de stress périnatal où l’inscription émotionnelle amygdalienne implicite est déjà possible, ce système étant déjà en place et actif, tout en s’accompagnant d’une altération concrète de l’hippocampe. Cela pourrait vouloir dire qu’en cas de stress périnatal, le traumatisme lié à la pression du vivant s’inscrirait dans le système amygdalien mais serait associé à un défaut de trace hippocampique.

Le Devenir de la Détresse et la Possibilité de Discontinuité

Les stress ou les traumatismes précoces peuvent persister sous forme de noyaux d’états de détresse. Et le destin de cette détresse est de resurgir ultérieurement, suite à des situations qui réveillent le traumatisme ou la détresse dans un après-coup même éloigné.

La discontinuité et la résilience

Il y a toujours une discontinuité possible dans le devenir, l’occasion d’une coupure. Tout n’est pas pris dans la continuité d’un déterminisme linéaire. On peut miser sur la discontinuité, miser sur la contingence, pour permettre au sujet de se séparer de ce qui l’a déterminé jusque là de façon contraignante. Cette discontinuité dans le devenir provient de la capacité du sujet d’être toujours capable de produire un acte, un acte de liberté.

Le rôle de l'interprétation

D’expérience en expérience, de trace en trace, le lien avec l’expérience se perd dans des associations nouvelles, qui peuvent aussi créer un pont au-dessus du trou laissé par le traumatisme, lui permettant d’aller au-delà de ce qui n’a pas pu s’inscrire par le fait du traumatisme précoce.

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