Le déni de grossesse est un phénomène complexe et souvent mal compris, qui suscite de nombreuses questions. Il se manifeste par l'absence de conscience de la grossesse par la femme elle-même, parfois jusqu'à l'accouchement. Cet article vise à explorer les différentes facettes de ce trouble, en s'appuyant sur des données issues de recherches et d'entretiens avec des spécialistes.
Prévalence et Définition
Selon une étude de 2017 de l'Association Française de Promotion de la Santé Scolaire et Universitaire, le déni de grossesse toucherait entre 1 500 et 3 000 femmes chaque année en France. Hélène Romano, psychothérapeute spécialisée dans la prise en charge des blessés psychiques, le définit comme le fait de porter la vie de manière inconsciente, sans transparence psychique et sans ressentir physiquement la grossesse.
On parle de déni de grossesse lorsque la femme apprend qu’elle est enceinte à partir de la quatorzième semaine d’aménorrhée. Certaines continuent de prendre une contraception orale, d’où les saignements réguliers. Pour beaucoup de femmes, elles ne sentent pas le fœtus se mouvoir.
Il existe deux types de déni de grossesse, selon Karine Denza, psychothérapeute à Aix-en-Provence :
- Déni partiel : Le déni est levé avant le terme de la grossesse.
- Déni total : La femme apprend sa grossesse au moment de l'accouchement.
Contexte Historique
Au XIXe siècle en Bretagne, les femmes dissimulaient leur grossesse car celle-ci était non désirée ou imprévue. Les femmes adaptaient leur comportement, elles utilisaient des anciens vêtements pour montrer qu’elles avaient toujours leur règle et pratiquaient des méthodes peu orthodoxes pour provoquer une fausse-couche. En cas d’infanticide, le corps du bébé était donné comme nourriture aux porcs, jusqu’à ce que les os disparaissent.
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Explication du Déni de Grossesse
Lorsqu'une femme est en situation de déni de grossesse, elle peut continuer à avoir ses règles et obtenir des tests de grossesse négatifs. Depuis 1984, le déni de grossesse est considéré comme un trouble de la gestation psychique. Cela a un impact sur le psychisme de la femme puisque la mère n’a pas l’instinct maternel qui se développe.
Plusieurs facteurs peuvent être à l'origine d'un déni de grossesse, notamment :
- L’ambivalence du désir d’enfant.
- Le rapport au corps.
- Des éventuels traumatismes passés ou actuels.
- Des conflits psychiques non résolus.
Dans le cas d'un déni partiel, le ventre de la femme peut commencer à gonfler lors de la prise de conscience de la grossesse. En revanche, lors d'un déni total, la femme peut accoucher sans réaliser qu'elle est enceinte, attribuant les symptômes à d'autres causes comme une gastro-entérite ou un mal de ventre. Il faut également noter que le déni de grossesse est un déni collectif.
La révélation du déni de grossesse entraîne un changement corporel très important quelques heures après l’annonce de la grossesse.
Comment le Bébé se Loge-t-il dans le Ventre en Cas de Déni ?
Dans le ventre de la maman, le bébé se cache d’une drôle de manière. Les muscles de la future maman se tendent et se renforcent afin que son corps ne fasse aucun changement. L’utérus de la mère devient alors de plus en plus lourd et volumineux, il a également un risque que celui-ci s’incline un peu sur l’avant, c'est ce qu’on appelle une position antéversé.
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L’utérus qui est en quelque sorte notre première maison n’est à l’origine pas plus gros qu’une poire dont la cavité n’excède pas 4 mL… alors comment s’organise t-il pour abriter un être de plusieurs kilos en seulement quelques semaines ? Il atteint l’ombilic à environ 4 mois et demi de grossesse lorsque l’utérus mesure environ 18 cm de haut. Pour vous donner une idée, le fœtus passe de la taille d’une prune en fin de 1er trimestre à celle d’une aubergine en fin de second et enfin à celle d’une pastèque juste avant la naissance ! Supérieurement, il est en contact avec le colon transverse, effleure le bord inférieur du foie et de la vésicule biliaire. Latéralement l’utérus se fait une place en dessous mais également devant le cadre colique. Le cæcum remonte au-dessus de la crête iliaque par exemple (alors qu’il est logé au sein de la fosse iliaque normalement). Celui-ci nouvellement formé continue ensuite de s’allonger et forme des sinuosités dans la cavité amniotique. Sa longueur normale est de 50-60 cm pour un diamètre de 1,5 cm. Il peut être trop court mais cela est rare ou bien trop long et peut alors s’enrouler autour du cou ou des épaules du foetus. Ce cordon ombilical est constitué de deux artères et une veine qui lui permettent d’assurer la circulation foeto-placentaire. Le placenta prend ses origines lors du développement embryonnaire mais il n’est totalement formé qu’au cours du second trimestre puis continue d’évoluer pendant toute la grossesse. Il permet alors d’augmenter considérablement la surface d’échange entre la mère et l’enfant qui est de plus en plus exigeant dans ses attentes métaboliques. Cela est permis par la gaine surpuissante que constitue les muscles grands droits de l’abdomen. L’utérus est bien de plus en plus lourd et volumineux mais il se trouve adossé vers l’avant à un véritable mur musculaire contre lequel il lui est impossible de s’incliner vers l’avant.
Conséquences et Prise en Charge
Lorsque la femme enceinte est dans un déni de grossesse totale, au moment de l’accouchement cela peut-être un véritable traumatisme et peut avoir des répercussions psychologiques conséquentes, c’est pourquoi la femme est prise en charge par des psychologues, pédiatre etc. On propose un séjour où l’on passe de 3 à 5 jours pour ces cas, puisque le déni de grossesse ne permet aucun voyage émotionnel de la femme autour de l’arrivée de son bébé. Si ce voyage n’a pas lieu, la femme n’a pas le temps de construire un lien avec le fœtus. Elle ne pourra pas le reconnaître comme faisant partie de la lignée familiale. De plus, il n’existe pas de préoccupation parentale. De plus, au moment de l’accouchement, la femme a une perte psychique qui est traduite par la peur de mourir tellement elle ressent des douleurs (torsions abdominales). Il faut alors prendre en compte la femme d’un point de vue sanitaire, pour mettre en place les conditions nécessaires à une naissance soudaine.
Après l’accouchement, la femme ressent de la culpabilité. Elle se remémore son mode de vie avant l’accouchement et ne souhaite pas reconnaître la réalité des évènements ni d'accepter l’arrivée de l’enfant voire à nier totalement cette grossesse et donc à mener jusqu’au néonaticide.
Un déni de grossesse, par conséquent sans suivi médical adapté, peut engendrer une grossesse à risque aussi bien pour la mère que pour le fœtus. Cela peut engendrer des répercussions physiques sur la femme et sur l’enfant sur le domaine médical et psychologique, allant d’une normalité à une pathologie gravissime. Aucun suivi médical n’a été réalisé, ce qui signifie qu’aucun examen n’est à jour. En revanche, selon la psychiatre du CHU de Grenoble Annie Poizat, les femmes sont peu demandeuses de suivi. Elle dit que “ce n’est pas le déni qui va être le motif de la demande, mais cela va être autre chose, par exemple une fragilité quelconque”.
Impact sur l'Enfant
Il faut savoir qu’un bébé né d’un déni de grossesse n’a pas de retard sur sa croissance. Mais le déni de grossesse peut exposer l’enfant à des complications telles que l’augmentation du risque de prématurité chez l’enfant, un faible poids à la naissance qui est souvent inférieur à 2,5kg, un retard de croissance intra-utérin qui s’est normalisé à l’âge de 9 mois. Mais également le taux de mortalité périnatale atteint les 5 %.
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