Chaque mois, les femmes menstruées utilisent des protections hygiéniques, une habitude apparemment insouciante. Cependant, ces produits jetables contiennent des substances potentiellement dangereuses, tant pour la santé individuelle que pour la planète. Cet article explore la composition de ces protections, leur impact environnemental et les alternatives durables disponibles.
Composition des protections hygiéniques jetables : un cocktail potentiellement dangereux
Les protections hygiéniques jetables, telles que les serviettes et les tampons, sont omniprésentes. En France et aux États-Unis, une écrasante majorité de la population menstruée utilise ces produits. Au cours de sa vie, une personne utilisera plus de 11 000 protections hygiéniques, soit environ 2280 jours de règles.
Malgré leur utilisation massive, beaucoup ignorent la composition exacte de ces produits. Aux États-Unis, les fabricants ne sont pas tenus de divulguer la liste des ingrédients, car la FDA les considère comme des dispositifs médicaux. Néanmoins, les professionnels de la santé et les défenseurs de l'environnement tirent la sonnette d'alarme quant aux risques potentiels.
Substances préoccupantes
La composition des tampons et serviettes jetables est souvent un mélange de matériaux non biodégradables et de substances chimiques potentiellement nocives :
- Plastique non biodégradable : La majorité des tampons, serviettes et leurs emballages contiennent du plastique, qui met des siècles à se décomposer et contribue à la pollution.
- Adhésifs et additifs pétrochimiques : Les ficelles de tampon sont souvent collées avec de la colle, et des additifs pétrochimiques sont utilisés dans la fabrication.
- Coton non biologique blanchi à la javel : Le coton non biologique peut contenir des pesticides et herbicides, tels que le diuron (classé comme "probablement" cancérigène) et la dioxine.
- Fibres synthétiques et sciure de bois : Ces matériaux sont parfois utilisés dans la composition des protections.
Risques potentiels pour la santé
Bien que la FDA considère que la quantité de dioxine absorbée par les tampons et serviettes ne présente pas de risque significatif, des experts comme le Dr Philip Tierno soulignent que même des traces infimes de cette substance peuvent être préoccupantes en cas d'exposition à long terme. Des recherches préliminaires suggèrent également que le plastique présent dans ces protections pourrait présenter un danger potentiel pour la santé.
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Shradha Shreejaya, activiste pour le bien-être des femmes et les solutions menstruelles écologiques, insiste sur le droit des consommatrices à connaître la composition des produits qu'elles utilisent.
Impact environnemental : une montagne de déchets
L'utilisation massive de protections hygiéniques jetables génère une quantité astronomique de déchets, avec des conséquences désastreuses pour l'environnement.
Chiffres alarmants
- 100 milliards de protections hygiéniques jetées par an dans le monde.
- 20 milliards de serviettes, tampons et applicateurs finissent dans les décharges en Amérique du Nord chaque année.
- 15 millions de tonnes de gaz à effet de serre émises par an par l'industrie de la protection hygiénique jetable.
Pollution des sols et de l'eau
L'incinération des déchets hygiéniques produit des vapeurs toxiques, dont du dioxyde de carbone. Les éléments plastifiés des serviettes et les applicateurs de tampon en plastique sont particulièrement néfastes, car ils nécessitent d'énormes quantités de carburant fossile pour leur fabrication et mettent des siècles à se décomposer.
De plus, les tampons, serviettes et applicateurs jetables polluent les eaux et menacent la biodiversité marine. L'ONG Ocean Conservancy a ramassé près de 28 000 tampons et applicateurs sur les plages du monde entier en une seule journée en 2015. Une étude de la Commission européenne a révélé que les protections jetables figurent parmi les cinq déchets les plus fréquemment retrouvés sur les plages.
Problèmes d'évacuation
Une part importante de la pollution est due au fait que de nombreuses personnes jettent leurs protections hygiéniques dans les toilettes. Cette pratique peut obstruer les canalisations et entraîner des débordements d'eaux usées dans les rivières et les fleuves. Au Royaume-Uni, environ 2,5 millions de tampons, 1,4 million de serviettes et 700 000 protège-slips sont jetés dans les toilettes chaque jour.
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Même lorsque les déchets atteignent les stations d'épuration, les débris filtrés finissent souvent près des cours d'eau. Les protections hygiéniques échouées sur les plages représentent un risque de propagation de maladies et d'agents pathogènes, et peuvent être confondues avec de la nourriture par la faune aquatique.
Alternatives durables : prendre soin de la planète et de sa santé
Face à ces constats alarmants, il est impératif d'adopter des alternatives durables pour minimiser l'impact environnemental des menstruations.
Solutions réutilisables
- La coupe menstruelle : Fabriquée en silicone chirurgicale, la coupe menstruelle se place dans le vagin pour recueillir le sang menstruel. Elle est réutilisable, pratique, confortable et peut être portée jusqu'à 12 heures. De plus en plus populaire, elle est disponible dans de nombreux supermarchés et magasins bio.
- Les serviettes hygiéniques lavables : Fabriquées à partir de tissus naturels comme le coton biologique, les serviettes lavables sont une alternative écologique aux serviettes jetables. Elles sont confortables, absorbantes et peuvent être lavées et réutilisées pendant plusieurs années.
- Les culottes menstruelles : Ces culottes sont conçues avec des tissus absorbants intégrés qui permettent de se passer de tampons et de serviettes. Elles sont confortables, discrètes et lavables en machine.
Protections périodiques compostables
Une autre alternative prometteuse est celle des protections périodiques compostables. Elles allient santé menstruelle et respect de la planète en utilisant des matériaux naturels et biodégradables.
Biodégradable vs. compostable : comprendre la différence
Il est essentiel de distinguer les termes "biodégradable" et "compostable". Un produit biodégradable peut être décomposé par des organismes vivants en éléments naturels, mais le terme est large et ne garantit pas une décomposition rapide ou complète. Un produit compostable, en revanche, se dégrade dans des conditions de compostage spécifiques pour se transformer en compost, un amendement organique riche en nutriments.
Il existe deux types de compostage :
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- Compostage domestique : Réalisé à la maison, dans un composteur de jardin.
- Compostage industriel : Réalisé dans des installations spécialisées avec des conditions optimisées.
Composition des protections compostables
Ces protections sont fabriquées à partir de matériaux naturels et biologiques :
- Coton biologique certifié : Cultivé sans pesticides ni herbicides.
- Fibres végétales : Cellulose de bois ou amidon de maïs.
- Adhésifs biodégradables : À base d'amidon ou d'autres polymères biodégradables.
Elles sont exemptes de substances controversées :
- Plastiques pétrochimiques
- Chlore et dioxines
- Parfums et colorants
- PFAS
- Phtalates et perturbateurs endocriniens
Décomposition et compostage
Le temps de décomposition varie en fonction de la composition du produit et du type de compostage. Les protections certifiées compostables peuvent se décomposer en quelques semaines à quelques mois en compostage industriel, et en 18 à 24 mois en compostage domestique.
Il est crucial de ne pas jeter les protections périodiques, même compostables, dans les toilettes.
Impact environnemental
Les protections périodiques compostables réduisent considérablement les déchets et la pollution plastique, préservent les ressources naturelles et s'inscrivent dans une démarche d'économie circulaire.
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