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Marcel Amont : Une Vie de Chanson, de la Scène à l'Écran

Marcel Jean-Pierre Balthazar Miramon, connu du grand public sous le nom de Marcel Amont, a marqué plusieurs générations avec ses chansons entraînantes et son énergie communicative. Né à Bordeaux le 1er avril 1929, il s'est éteint le 8 mars 2023 à Saint-Cloud, laissant derrière lui un héritage musical riche et une carrière artistique foisonnante.

Jeunesse et Premiers Pas

Fils de paysans béarnais, Modeste Miramon, employé des chemins de fer, et Romélie Lamazou, aide-soignante, Marcel Amont grandit à Bordeaux. Ses parents, originaires de la vallée d'Aspe, avaient quitté leur terre natale pour s'installer en ville. Après avoir obtenu son baccalauréat, le jeune Marcel envisage une carrière de professeur d’éducation physique. Cependant, sa passion pour les arts du spectacle le pousse à s'inscrire au conservatoire d’art dramatique de Bordeaux. Il y fait ses premières armes, enchaînant les petits rôles sur scène et se produisant dans les salles de la région avec un tour de chant où il met au point un spectacle de chansons et fantaisies relevé de quelques acrobaties.

L'Ascension Parisienne

En 1951, Marcel Amont prend la décision audacieuse de monter à Paris pour tenter sa chance dans le monde du spectacle. Il écume les petites salles et les cabarets, où il croise d'autres artistes en devenir tels que Jacques Brel. Sa rencontre avec Charles Aznavour et Georges Brassens marque le début d'une amitié indéfectible avec ces deux figures emblématiques de la chanson française. Aznavour dira d’ailleurs : « Entre nous deux, le courant passe immédiatement ». Brassens, quant à lui, l’appelait affectueusement « counifle », terme gascon signifiant « couillon ».

Un tournant décisif survient en 1953, lorsque Jean Nohain le repère et l'engage dans sa troupe, lui offrant des apparitions régulières dans son émission télévisée "36 chandelles". Toutefois, en 1954, la maladie contraint Marcel Amont à s'éloigner de la scène pour se soigner dans un sanatorium.

La Révélation et les Années de Gloire

Son retour en 1956 marque le début d'une ascension fulgurante. Il passe à l’Alhambra, puis est engagé à l’Olympia en lever de rideau d’Edith Piaf. Ces cinq semaines passées aux côtés de la grande dame de la chanson française propulsent sa notoriété. Il enchaîne alors chaque jour dans trois lieux différents de la capitale, puis à Bobino, la grande salle de music-hall de la rive gauche. Devenu la révélation de l’année, il enregistre un disque en public, en compagnie de Juliette Gréco et de Serge Gainsbourg, couronné par le Grand Prix de l’Académie Charles-Cros. Cette même année, le chanteur fait la première partie des concerts d'Édith Piaf.

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Le succès lui ouvre également les portes du cinéma. Il débute en 1957, au côté de Brigitte Bardot, dans le rôle d’un reporter-photographe dans La Mariée était trop belle, de Pierre Gaspard-Huit.

En 1961, "Tout doux tout doucement" devient son premier grand tube. L'année suivante, "Bleu blanc blond" et "Le Mexicain", chanson écrite par Charles Aznavour, rencontrent un immense succès. Claude Nougaro lui compose également plusieurs titres. En 1962, Marcel Amont enregistre un 45 tours en langue béarnaise, pour faire plaisir à ses parents. « Je suis un chanteur francophone, mais le béarnais est la langue qui parle à mon cœur. »

En 1962, il se produit à Bobino à guichets fermés, interprétant ses compositions, mais aussi celles écrites par Claude Nougaro ("Porte-plume") et Charles Aznavour ("Le Mexicain").

Passionné d’aviation, il passe sa licence de pilote pour voler de ville en ville lors de ses tournées en France.

Innovation et Spectacle

Marcel Amont est un artiste novateur qui n'hésite pas à expérimenter et à repousser les limites du spectacle musical. Précurseur en France, il innove en 1965 sur la scène de l’Olympia en faisant évoluer autour de lui, pour la première fois, des danseuses. Dès 1970, il ajoute à son spectacle des cascadeurs et des écrans géants. Cette année-là, il se produit également sur la scène de l’Olympia dans un « One man show » avec danseuses, cascades, écrans géants et de nombreux artifices.

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Le 1er octobre 1967, sous la houlette du réalisateur Jean-Christophe Averty, il anime l’une des toutes premières émissions de télévision en couleur, « Amont Tour ». Il poursuit cette aventure télévisuelle avec l’émission « Toutankhamont » en 1974. Durant ces années de gloire, il participe aussi à de très nombreuses émissions de variétés, notamment celles de Maritie et Gilbert Carpentier ou Guy Lux.

En 1970, le clown infatigable monte un spectacle, avec des danseuses, des cascadeurs, et des écrans géants.

Traversée du Désert et Renaissance Artistique

Après l’échec en 1975 de sa comédie musicale Pourquoi tu chanterais pas, Marcel Amont traverse une période difficile. Son ami de toujours, Georges Brassens, lui offre alors la chanson Le Chapeau de Mireille. C’est un succès qui relance sa carrière, alors en perte de vitesse. En cette fin des années 1970, il s’entoure alors de jeunes compositeurs comme Alain Souchon, Maxime Le Forestier, Julien Clerc, mais le succès n’est plus au rendez-vous. « Je me suis retrouvé démodé dans mon propre pays. Mais j’ai continué à chanter dans les arrière-salles de bistrots, les villages. Et à l’étranger où on me demandait toujours. »

Il tourne alors au Japon, en Union soviétique, en Europe, chantant en sept langues, dont le béarnais, à laquelle il consacre quelques disques. Marcel Amont se lance également dans l’écriture, avec la parution d’un premier ouvrage Une chanson, qu’y a-t-il à l’intérieur d’une chanson ? (Seuil, 1994).

Cette traversée du désert musicale s’achève en 2006 avec la parution d’un disque de jazz, Décalage horaire, parsemé de duos avec notamment Didier Lockwood et Agnès Jaoui. Un succès critique. Après un long silence, ce géant du music-hall fait son retour dans les années 2000. Il sort l’album Décalage horaire incluant des duos avec Agnès Jaoui et Gérard Darmon.

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Il fait son retour à L’Olympia, près de cinquante ans après son premier passage, puis, entre 2008 et 2010, participe avec d’anciennes gloires de la chanson française à la tournée « Age tendre ».

Les Dernières Années et l'Héritage

Continuant l’écriture, il fait également paraître en 2018, à près de 90 ans, un nouvel album, Par-dessus l’épaule, où il reprend en duo ses succès avec certains de ses auteurs, dont Charles Aznavour, Alain Souchon, Francis Cabrel… Il signe en 2018, accompagné des plus grands noms de la chanson française comme Francis Cabrel, Alain Souchon ou Maxime Le Forestier, un album avec son répertoire revisité. En 2010, il participe à l'album pour enfants Les larmes de crocodile, accompagné par Emma Daumas et mis en musique par son fils, Mathias Miramon.

De Marcel Amont, on gardera enfin le souvenir de cette jolie rencontre avec Hélène des Ligneris, à l’occasion de la présentation à La Machine à lire, à Bordeaux, de son livre, « Les Coulisses de ma vie ». Entre le fils de paysans béarnais et la fille d’aristocrates de Saint-Émilion, la sympathie avait été immédiate, chacun pressant l’autre de questions.

Pendant les années 80, Marcel Amont a travaillé plus pour les autres que pour lui-même, composant musique et paroles pour divers artiste. Il a notamment publié quatre livres : « Ces courants d'AIR qu'on attrape avec des filets à papillons » (1989), « Une chanson, qu'y a-t-il à l'intérieur d'une chanson? » (1994), « Comment peut-on être gascon? En 2006, et après plus de 27 ans de pause, il signe son retour avec un nouvel album "Décalage horAIRe".

Ce saltimbanque, qui aimait « faire le pitre » et glisser des blagues dans sa conversation, savait aussi parler de choses graves, comme en témoigne son livre « Les Coulisses de ma vie », paru en juin 2019. Assis et en confiance, il pouvait discuter politique et ne faisait pas mystère de ses idées de gauche. Celles-ci restaient cependant dans le domaine privé et n’imbibaient pas ses chansons. « J’ai voulu une fois jouer le chanteur engagé, mon public m’a fait comprendre que ce n’était pas pour moi, ça m’a servi de leçon, expliquait-il. Je suis un saltimbanque, pas un porte-parole. » Cela ne l’empêchera pas de s’impliquer activement, dans les années 1970, en faveur des droits des artistes.

La politique, il l’abordait quand même à propos de ses parents, « Papa coco et maman catho ». Un hommage tendre et drôle à la fois à ses parents et à leurs disputes dignes de Peppone et don Camillo, à son éducation entre « L’Internationale » et « Ave Maria ». Marcel Miramon (son vrai nom) restera profondément attaché à son père et sa mère jusqu’à leurs décès, admiratif de leur parcours. Paysans sans le sou de la vallée d’Aspe, ne parlant que béarnais, Modeste et Romélie s’étaient installés à Bordeaux où lui deviendra cheminot et elle infirmière.

Bordelais de naissance, mais refusant d’être de ces « imbéciles heureux qui sont nés quelque part » comme le chantait son ami Brassens, Marcel Amont retissera beaucoup plus tard le lien avec sa montagne, après la mort de sa mère, en 1976. D’abord en publiant sept disques chantés en béarnais, puis en retapant la grange familiale de Borce, son refuge estival.

Il aurait pu être professeur d’éducation physique. Il préfère dépenser sur scène son tonus et sa souplesse. Il monte à Paris en 1950 mais doit attendre 1956 pour se retrouver en haut de l’affiche, et à l’Olympia s’il vous plaît… Grâce à son talent, sa gentillesse et sa simplicité, il devient l’ami des artistes qui comptent, en tête desquels Charles Aznavour qui lui écrira « Le Mexicain », l’un de ses plus grands succès, Claude Nougaro, dont il reprend « Le Jazz et la Java » ou Georges Brassens qui lui offrira « Le Chapeau de Mireille ».

Son parcours, Marcel Amont en parlait sans détour. Pendant trente ans, il sera au top et gagnera très bien sa vie, grâce à ses chansons et à ses talents d’animateur de télévision où il reçoit les jeunes talents d’alors comme Alain Souchon, Maxime Le Forestier ou Francis Cabrel dont il restera un grand frère. Et puis, il y aura vingt ans où, sans totalement quitter l’affiche, on le voit moins, on l’entend moins. Il serait passé de mode et se produit, avec le même bonheur, dans les tournées « Âge tendre et tête de bois » … Marcel Amont n’en a jamais conçu la moindre aigreur, la moindre rancœur.

Tout comme il ne remâchait pas son passé en évoquant les tubes qu’on lui avait proposés et qu’il avait refusés « parce qu’ils n’étaient pas assez physiques » explique-t-il. « J’ai toujours travaillé. J’ai eu une carrière enviable. » Pendant plusieurs mois, tous les dimanches après-midi, il se produira à l’Alhambra, en one-man-show, racontant sa vie et ses chansons devant un public qui connaît par cœur ses ritournelles.

Déjà père de deux enfants d’un premier mariage, Katia et Alexis, il a aussi eu la chance, à 47 ans, d’épouser, en secondes noces, Marlène, la femme de sa vie, avec laquelle il aura deux enfants, Mathias, lui aussi musicien, et Romélie (le prénom de sa mère). La belle Marlène qu’il avait voulu épater en l’emmenant faire un tour dans son avion, sa passion d’alors. « Elle m’a dit qu’elle détestait voler.

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