Louis de Funès, de son nom complet Louis Germain David de Funès de Galarza, est né le 31 juillet 1914 à Courbevoie. Issu d'une famille d'origine espagnole, cet acteur français est devenu une figure emblématique du cinéma comique, laissant une empreinte indélébile dans le cœur de plusieurs générations de spectateurs. Son style unique, caractérisé par des mimiques expressives, une énergie débordante et un sens inné du comique de situation, continue de faire rire des millions de personnes à travers le monde.
Une jeunesse et des débuts atypiques
Le jeune Louis passe son enfance à Villiers-sur-Marne. Son enfance est marquée par sa mère, qui lui transmet le goût pour la musique. Elève dissipé, il se fait remarquer par son goût inné pour le comique. Après des études au lycée Concordet et un passage à l'École professionnelle de fourreur (dont il est renvoyé pour chahut!), Louis de Funès enchaîne une série de petits boulots : étalagiste, apprenti fourreur, comptable… Durant l'occupation allemande, il se fait engager comme pianiste de bar dès 1936. C'est à cette époque qu'il développe ses talents de musicien et son sens de l'observation, des atouts qui lui seront précieux dans sa future carrière d'acteur. En 1942, il s'inscrit pour quelques temps au cours Simon.
Les premiers pas au cinéma et au théâtre
Grâce à Daniel Gélin, Louis De Funès débute son aventure cinématographique en 1945, cette année la, il joue dans le film La Tentation de Barbizon, une comédie de Jean Stelli. En quelques années, le public se familiarise avec ce physique et cette gouaille hors du commun. Les propositions de seconds rôles affluent et Louis de Funès commence même une carrière au théâtre. Il rencontre Sacha Guitry qui le fera tourner dans La Poison (1951), Je l’ai été trois fois (1952), Si Paris nous était conté (1955) et dans La vie d’un honnête homme, un film dans lequel il aura un rôle plus consistant. Ce film marquera aussi sa rencontre avec sa future partenaire de cinéma : Claude Gensac. En 1952, il intègre la troupe des Branquignols de Robert Dhéry, et dès l’année suivante, il obtient la reconnaissance de la profession avec la pièce « Ah ! Les belles bacchantes ! », la pièce se verra adaptée au cinéma et sera un grand succès.
La révélation et la consécration
L’année 1956 marque le premier tournant dans la carrière du comédien. Avec Bourvil, il est engagé par l’illustre réalisateur Claude Autant-Lara pour jouer dans la comédie dramatique « La traversée de Paris ». Les deux acteurs, quasi-inconnus, font face à l’une des grandes figures du cinéma français : Jean Gabin. Dans ce film, Louis de Funès incarne Jambier, un épicier lâche à la forte personnalité et, bien qu’il n’ait que très peu de scène, Louis de Funès montre ici tout son talent et annonce les prémices du personnage colérique qui lui collera tant à la peau ! Succès triomphal, La traversée de Paris permet à De Funès de se révéler aux yeux du public. Dès lors, il enchaînera des films dans lesquels il trouvera des rôles de plus en plus importants dans des films comme : « Ni vu, ni connu » d’Yves Robert et surtout « Comme un cheveu sur la soupe » de Maurice Regamey où son rôle de compositeur suicidaire lui permet d’obtenir les faveurs de la critique et lui permettra d’obtenir en 1957, le Grand Prix du Rire. La même année, il explose au théâtre dans la pièce Faisons un rêve de Sacha Guitry aux côtés de Danielle Darrieux et Robert Lamoureux. A la fin des années 50, il commence les répétitions d’Oscar de Claude Magnier.
En 1961, première consécration pour Louis de Funès, la pièce Oscar fait un triomphe. Le cinéma le demande de plus en plus. En cette année, il fait une rencontre déterminante : un jeune réalisateur, Gérard Oury, l’engage pour jouer dans son film Le crime ne paie pas. Durant le tournage, Louis de Funès constatera le potentiel comique du réalisateur et lui dira : « Quant à toi, tu es un auteur comique, et tu ne parviendra à t’exprimer vraiment que lorsque tu auras admis cette vérité-là. » et, toujours en 1961, il continue de s’affirmer aux côtés des Branquignols dans « La belle américaine ».
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En 1963, il est engagé pour une nouvelle adaptation d’une pièce : Pouic-Pouic. Après ces deux succès, le duo se reforme à nouveau la même année pour « Le gendarme de Saint-Tropez », comédie narrant les aventures du maréchal des logis-chef Cruchot et de sa brigade de gendarmes à Saint-Tropez. En 1965, un autre grand moment arrive dans la carrière de Louis de Funès, en effet, l’acteur retrouve deux de ses complices : Bourvil et Gérard Oury pour Le corniaud. Un road-movie comique tourné en Italie. Célèbre pour la scène de la « destruction » de la 2CV au début du film, Le Corniaud réunit près de 10 millions de spectateurs et consacre le fameux trio Bourvil / De Funès / Oury. Le trio se reforme l’année suivante pour leur film le plus célèbre : La grande vadrouille. Comédie historique aux moyens énormes, le film raconte les péripéties d’un peintre (Bourvil) et d’un chef d’orchestre (De Funès) sous l’occupation. Une fois de plus, le film fait un triomphe en salles et se permet de récolter quelques 17 millions de spectateurs, ce qui en fit à l’époque, le plus grand succès de l’histoire du cinéma français.
Les années 70 : succès et épreuves
Couronné de succès, les années 70 s’annoncent florissantes pour Louis de Funès. Après les succès du Corniaud et La grande vadrouille, Gérard Oury tient à reformer pour la troisième fois Louis de Funès et Bourvil pour sa nouvelle comédie : La folie des grandeurs. Une nouvelle comédie historique se déroulant cette fois-ci à l’époque des rois d’Espagne. Louis de Funès doit incarner le fourbe et cupide Don Salluste, ministre du budget au roi d’Espagne et Bourvil incarne Blaze, son fidèle valet. Le scénario écrit, la pré-production commence mais, le 23 septembre 1970, un drame survient : Bourvil, le complice et ami de Louis de Funès, meurt à son domicile des suites de la maladie de Kahler qui le rongeait depuis trois ans. Bourvil mort, Gérard Oury doit remplacer son acteur car le tournage est imminent. Le rôle de Blaze échoit à Yves Montand ! Le rôle est complètement réécrit pour l’acteur et, à sa sortie, le film est un nouveau succès : 5 millions de spectateurs.
Parallèlement à ce succès, l’acteur connaît ses premiers échecs avec L’homme orchestre et Sur un arbre perché, deux films réalisés par Serge Korber. L’acteur retrouve les faveurs du public en retrouvant une nouvelle fois Gérard Oury pour ce qui deviendra, l’un de ses films les plus célèbres : Les aventures de Rabbi Jacob, comédie dans laquelle Louis de Funès se fait passer pour un rabbin afin d’échapper à des terroristes. Le film est devenu célèbre pour sa fameuse scène de danse juive. Malheureusement, ce sera le dernier film que De Funès tournera pour Oury, lors du tournage de la scène de la danse juive, l’acteur sera victime d’un infarctus qui aurait pu lui être fatale. Néanmoins, le film est un nouveau triomphe puisqu’il réunit sept millions de spectateurs. Oury et De Funès devaient se retrouver en 1975 pour un projet baptisé « Le crocodile ». Le film censé se dérouler en Amérique du Sud dans lequel De Funès devait jouer le rôle d’un dictateur mais le tournage, estimé trop physique par l’acteur sera abandonné et le projet restera sans suite.
Pendant trois ans, De Funès est mis au repos. L’acteur se retire dans son château de Loire-Atlantique dans le petit village du Cellier et beaucoup pensent que sa carrière cinématographique est finie. Mais en 1976, sa carrière marque un nouveau tournant. Un jeune producteur, Christian Fechner, lui propose de tourner dans la nouvelle comédie du nouveau prodige du cinéma comique français : Claude Zidi. Le film, L’aile où la cuisse, comédie racontant les aventures d’un directeur de guide gastronomique et de son fils sur fond de critique sur la « malbouffe ». Avec ce film, Louis de Funès voit une opportunité de relancer sa carrière et de se confronter à la jeune génération de comiques. Pour le rôle du fils de De Funès, Fechner engage Pierre Richard mais l’acteur quitte le projet, le producteur se rabat vers un jeune humoriste encore inconnu : Coluche. Véritable choc des générations, la relation entre les deux acteurs est exemplaire et se lient d’une grande amitié sur un tournage rendu difficile compte tenu des assurances devenues fébriles quant à la santé précaire de l’acteur. Après le succès de L’aile où la cuisse, le nouveau trio De Funès / Fechner / Zidi se reforme en 1978 avec le film La Zizanie, une comédie sur fond de campagne électorale. Même si la critique est moins tendre que L’aile où la cuisse, La Zizanie rempote un joli succès.
Les dernières années et l'héritage
En 1980, toujours avec Fechner, il réalise un vieux rêve : adapter Molière. Avec l’aide de son complice Jean Girault, il réalise une adaptation de L’Avare. Le film, très fidèle à l’œuvre originale, est encore un succès et, avec deux millions d’entrées, se classe 12ème du box-office. En 1981, il interprète le « Glaude » aux côtés de Jean Carmet et d’un autre jeune acteur : Jacques Villeret dans la comédie « La soupe aux choux », toujours réalisé par Jean Girault et produit par Christian Fechner. Le film, aujourd’hui culte, est devenu célèbre pour son thème musical composé par Raymond Lefèvre et est considéré comme étant l’un des meilleurs films de l’acteur. En 1982, il tourne ce qui sera son dernier film : Le gendarme et le gendarmettes, sixième aventure du personnage qui l’aura rendu célèbre : le maréchal des logis-chef Cruchot. Le film marqua la fin d’une époque. Jean Girault meurt en plein tournage des suites d’une tuberculose. Alors qu’il avait accepté le rôle titre du film « Papy fait de la résistance » de Jean-Marie Poiré, le soir du 27 janvier 1983, Louis de Funès est victime d’un nouvel infarctus. Emmené d’urgence au centre hospitalier de Nantes, il y meurt dans la nuit. Le lendemain, la France se réveille avec cette terrible nouvelle qui est vécue comme un drame national. Ses obsèques, au Cellier, étaient censées se dérouler dans la plus stricte intimité mais la forte popularité de l’acteur attira de nombreuses personnes. Le seul regret que nous pourrions avoir, est de ne pas avoir pu voir Louis de Funès, à l’instar de son ami Bourvil, dans des rôles plus sombres et tragiques.
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Génie comique, Louis de Funès est un comédien hors pair. "Moi, ma passion, c'est le rire, et depuis l'école, ça m'a valu de nombreuses punitions" affirmait celui qui a incarné à merveille le gendarme de Saint-Tropez. Un "don" qui lui a "coûté cher au début", mais qui lui a rapporté par la suite, expliquait-il. Comment faisait-il ? Un style bien à lui, récompensé tardivement par un César d'honneur en 1980, trois ans avant sa disparition. Il a laissé une telle empreinte que beaucoup d'acteurs ont repris ses codes. Ce qui n'est pas au goût de l'un de ses fils, qui qualifie Christian Clavier de "contrefaçon", un imposteur qu'il conviendrait "d'arrêter en douane", ironisait-il. Un acteur inégalableSon autre fils est plus tempéré : "Je pense que si mon père voyait tous les nouveaux acteurs, il leur dirait surtout qu'ils ont un très beau tempérament." Souvent comparé à Charlie Chaplin pour son comique de geste et ses expressions faciales iconiques, Louis de Funès reste singulier dans le cinéma français.
Louis de Funès était un perfectionniste absolu, travaillant chaque geste et chaque onomatopée avec une rigueur d'horloger. Ses films sont devenus des piliers de la culture populaire européenne.
Vie privée
Louis de Funès est le fils de Carlos Luis de Funes de Galarza et de Leonor Soto Reguera. Issu d'une famille de la noblesse espagnole déclassée, il hérite du tempérament volcanique de sa mère, qu'il citera souvent comme sa principale source d'inspiration pour ses colères comiques. Marié en secondes noces à Jeanne de Funès, il forme avec elle un couple indissociable ; elle gère sa carrière, ses contrats et veille sur sa santé. Ils ont deux fils, Patrick, devenu médecin, et Olivier, qui a brièvement entamé une carrière d'acteur à ses côtés avant de devenir commandant de bord. D'un premier mariage, il a également un fils, Daniel. Loin de l'agitation parisienne, Louis de Funès était un homme discret, passionné de botanique et de jardinage. Dans son domaine du Cellier, il se consacrait à la culture des roses, créant même une variété à son nom, la rose "Louis de Funès". Catholique pratiquant, il était très attaché aux valeurs traditionnelles et soutenait discrètement plusieurs œuvres caritatives. Ses amitiés étaient rares mais fidèles, notamment avec l'acteur Michel Galabru ou le réalisateur Gérard Oury. Son engagement principal était celui de l'excellence : il considérait le rire comme une discipline de fer, refusant la vulgarité et privilégiant le comique de situation et de mouvement.
Lieux de mémoire
La tombe de Louis de Funès se situe au cimetière du Cellier, en Loire-Atlantique, près du château de Clermont qu'il habitait. Saint-Tropez reste également un lieu emblématique associé à son personnage de Cruchot, avec le Musée de la Gendarmerie et du Cinéma qui lui consacre une place centrale. Enfin, sa ville natale de Courbevoie honore régulièrement sa mémoire par diverses plaques et événements commémoratifs. En 2020, un musée national lui a été dédié au Cellier, puis transféré à Saint-Raphaël, perpétuant la mémoire de celui qui disait : « Le rire est une chose très sérieuse ».
Anecdotes
- Louis de Funès était un pianiste de jazz exceptionnel. Avant d'être connu, il jouait la nuit dans les clubs de Pigalle, étant capable de tenir la conversation tout en jouant des morceaux complexes à une vitesse vertigineuse.
- Pour la scène de la danse dans Les Aventures de Rabbi Jacob, l'acteur s'est entraîné pendant dix jours avec le chorégraphe Ilan Zaoui, malgré ses problèmes cardiaques, afin d'être parfaitement synchronisé avec la troupe.
- Il était si soucieux du détail qu'il lui arrivait de demander à refaire trente fois la même prise pour une simple grimace ou un mouvement de sourcil qu'il ne jugeait pas assez efficace.
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