Thierry Ardisson, figure emblématique du paysage audiovisuel français, a marqué plusieurs générations par son style unique et ses émissions novatrices. Cet article se propose de retracer son parcours, de sa naissance à Bourganeuf à son décès à Paris, en explorant les différentes facettes de sa carrière et de sa vie personnelle.
Naissance et Jeunesse : Les Racines d'un Provocateur
Thierry, Pierre, Clément Ardisson voit le jour le 6 janvier 1949 à Bourganeuf, dans le département de la Creuse. Il est le fils de Victor Ardisson, ingénieur, et de Juliette Renée Gastinel. Ses parents sont originaires de la région de Nice. Sa mère, Juliette Renée Gastinel (1930-2022), est femme au foyer, et son père, Victor Ardisson (1925-2004), est ingénieur dans le BTP, notamment pour l'entreprise fondée par André Borie. Sa famille s'installe à Bourganeuf le temps d'un chantier. Il passe une partie de sa petite enfance en Algérie, où son père travaille à la restauration de la base militaire de Mers el-Kébir.
En 1957, sa famille déménage à Arêches, dans le Beaufortain, où son père est affecté à la construction du barrage de Roselend. Il est ensuite élève au collège Saint-Michel d'Annecy, puis étudie l'anglais à la Faculté des lettres de Montpellier, où il obtient une licence. À 17 ans, il travaille comme DJ dans une discothèque de Juan-les-Pins, le Whisky à Gogo.
Débuts dans la Publicité : L'Art de Créer des Slogans Mémorables
Thierry Ardisson débute sa carrière dans la publicité en tant que concepteur-rédacteur. En 1969, il tente sa chance à Paris et est embauché au service promotion des ventes chez BBDO. Il travaille ensuite chez TBWA et Ted Bates avant de fonder avec Éric Bousquet et Henri Baché l'agence Business en 1978. Il invente alors le spot publicitaire de huit secondes, pour permettre à des annonceurs à petit budget d'accéder au média télévision.
Il est le concepteur-rédacteur de plusieurs slogans publicitaires qui ont marqué l'esprit des consommateurs français :
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- Ovomaltine, c'est de la dynamique !
- Vas-y Wasa !
- Lapeyre, y en a pas deux !
- Chaussée aux Moines : Aaamène !
- Quand c’est trop, c’est Tropico !
L'agence Business vend également des articles clés en main aux magazines et journaux français, proposant les séries L’Hebdo des Savanes et Descentes de Police.
Au milieu des années 1970, il participe aussi au magazine underground Façade aux côtés d’Alain Benoist, Jean-Luc Maître et Laurent Laclos. Il est alors un habitué du Palace.
Daniel Filipacchi le nomme directeur-adjoint des rédactions d’Hachette-Filipacchi. Il choisit alors de prendre la direction de L'Écho des savanes, qu’il rebaptise temporairement L’Ebdo des Savanes. Ses sujets trop provocateurs mènent à son renvoi. Il lance en 1992, en association avec Daniel Filipacchi, le magazine écrit mensuel Interview qu'il doit rebaptiser un an plus tard Entrevue après un procès pour plagiat perdu intenté par le magazine américain Interview. Il revend ses parts à Filipacchi en 1995.
Avec Francis Morel, Alexis Kebbas et les éditions Springer, il lance un nouveau magazine de presse écrite, J'économise, qui tire à 420 000 exemplaires en 1998.
L'Ascension Télévisuelle : De Scoop à la Une à Salut les Terriens !
Alors que son agence Business vend des articles de la série Descentes de Police au magazine Rock & Folk, après avoir interviewé Yannick Noah, en 1980, il révèle que ce dernier fume du haschich et que les tennismen prennent des amphétamines avant les matchs, un scandale qui lui vaut son premier passage à la télévision.
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En 1985, sur proposition de Marie-France Brière, il adapte Descente de police pour TF1, une émission où les personnalités invitées subissent un interrogatoire policier sec et brutal. L’émission est arrêtée quelques mois plus tard sur demande de la Haute Autorité de l’audiovisuel. Soutenu par Hervé Bourges qui lui a donné carte blanche, il reste cependant sur TF1 et présente Scoop à la une. De 1986 à 1987, il coproduit avec Catherine Barma À la folie pas du tout, présenté par Patrick Poivre d'Arvor. En 1987, Thierry Ardisson revend ses parts de l’agence Business et crée sa société de production Ardisson & Lumières.
De septembre 1987 à juin 1988, il invente et assure la direction artistique avec Catherine Barma pour La Cinq de Face à France animé par Guillaume Durand, Bains de minuit, émission dite « branchée » qu'il présente dans la discothèque Les Bains Douches et Childéric un Hit parade présenté par Childéric Muller. Le 9 septembre 1988, il présente avec Claude Challe coassocié aux Bains Douches, sur Antenne 2, le concert de Prince à Dortmund en Allemagne.
De 1988 à 1990, il présente, depuis le Palace, Lunettes noires pour nuits blanches sur Antenne 2, en troisième partie de soirée le samedi - une émission rock pour remplacer Les Enfants du rock qui s'arrête. Le nom de l'émission vient d'un slogan publicitaire qu'il a créé pour les lunettes Glamor dix ans auparavant. Pour cette émission, il crée le concept des « interviews formatées » tel que interview première fois, auto-interview ou questions cons. Bien plus tard, Guillaume Durand dira d'Ardisson que « C'est un des plus grands intervieweurs des trente dernières années : ses tournages très longs donnaient des interviews osées, dangereuses ». En parallèle, toujours avec Catherine Barma, il coproduit Stars à la barre pour Antenne 2, d’abord présenté par Roger Zabel, puis par Daniel Bilalian.
Il reprend ensuite le créneau du samedi à 19 heures avec Télé Zèbre, avec la participation d'Yves Mourousi, Françoise Hardy, Philippe Manœuvre et deux nouveaux venus : Yvan Le Bolloc'h et Bruno Solo.
En juin 1990, il présente un documentaire, Rolling Stones : les jumeaux impossibles sur Antenne 2.
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De 1991 à 1992, il présente sur Antenne 2 en deuxième partie de soirée Double Jeu avec, notamment, des caméras cachées de Laurent Baffie et le jeu « Info ou Intox » de Philippe Guérin. Jugée trop provocatrice, l’émission est supprimée par la direction de France 2 début janvier 1993. Un mois plus tard, il revient sur France 2 en présentant Ardimat, une émission où le présentateur menace de tuer son chien si l’audimat baisse. L’émission dure dix épisodes avant d’être elle aussi arrêtée. De 1992 à 1994, il produit l'émission Frou-Frou présentée par Christine Bravo. Il tente sans succès le lancement du magazine de presse écrite du même nom.
En janvier 1993, il présente Cœur d'Ardishow sur France 2, une rétrospective de ses émissions. En 1994, à la suite de l'échec de ses émissions Ardimat puis Autant en emporte le temps, il renonce un temps à présenter des émissions mais reste producteur (Graines de star et FlashBack pour M6 avec Laurent Boyer).
En 1995, il produit l'émission d'avant soirée pour la chaîne TF1, Les Niouzes, avec Laurent Ruquier. Devant l'échec d'audience, il demande l’arrêt de l’émission dès sa première semaine. La même année, il produit et présente Paris Dernière sur Paris Première. De 1995 à 1998, il produit pour Paris Première Top Flop présenté par Alexandra Kazan. À partir de 1997, il anime Rive droite / Rive gauche avec Frédéric Beigbeder, Élisabeth Quin, Philippe Tesson et retrouve ainsi le succès après quelques années de passage à vide et d'échecs.
En 1997, en association avec le groupe Lagardère et Sony télévision, il crée Free One, chaîne télévisée en direct 24/24, qui doit être distribuée via Canal satellite et le câble, mais qui ne verra jamais le jour. Pendant l’été 1997, Thierry Ardisson produit l'émission Vue sur la mer, présentée par Maïtena Biraben.
En 1998, il rejoint France 2 pour animer Tout le monde en parle avec Laurent Ruquier puis Linda Hardy, Kad et Olivier et enfin Laurent Baffie le samedi en deuxième partie de soirée.
Lors de l'été 1999, il coanime avec Laurent Ruquier, un numéro de l'émission Le Grand Tralala, un divertissement en deuxième partie de soirée dans lequel le ou les animateurs ne connait(ssent) pas le contenu de l'émission.
En 2003, il lance sur France 2 Tribu, une émission trimestrielle en première partie de soirée, qui est un échec d'audience et qu’il remplace en 2004 par Opinion publique sans plus de succès. De 2003 à juin 2007, il présente parallèlement 93, faubourg Saint-Honoré sur Paris Première, un dîner à son domicile personnel où il dialogue avec diverses personnalités.
En 2004, il anime en direct une soirée consacrée au 60 anniversaire du Débarquement, sur France 2, avec Michel Drucker. En 2005, il présente, en duo et en direct avec Michel Drucker, Le Plus Grand Français de tous les temps, sur France 2 et coproduit en septembre 2005 Concerts sauvages sur France 4.
À la fin de saison 2005-2006, Thierry Ardisson quitte France 2. La nouvelle direction de France Télévisions met en application le principe d’exclusivité des animateurs du service public après la signature de Thierry Ardisson avec Paris Première pour une nouvelle saison de 93, faubourg Saint-Honoré. Thierry Ardisson refuse de dénoncer son contrat avec Paris Première et se voit obligé de quitter France Télévisions. Dans une lettre ouverte en mai 2006 à Patrick de Carolis, président-directeur général de France Télévisions, Thierry Ardisson déplore devoir partir : « C’est un miracle que tu fusilles ». Il rappelle qu’il a signé un contrat d’exclusivité avec France 2 lui interdisant de se produire sur une autre chaîne généraliste hertzienne, or, Paris Première, chaîne du câble et du satellite, est diffusée dans l’offre TNT payante et cryptée. Mais France 2 considère que Paris Première fait partie des chaînes généralistes hertziennes et demande donc l’application du contrat d’exclusivité.
Thierry Ardisson rejoint alors Canal+. Depuis le 4 novembre 2006, il y produit avec Stéphane Simon et présente l'émission Salut les Terriens !, chaque samedi soir en avant soirée en clair. L’émission cumule un audimat de 750 000 téléspectateurs dès la première année.
Le 5 avril 2008, pour fêter les vingt ans de télévision de l'animateur, Jimmy diffuse un documentaire en deux parties, Ardisson : 20 ans d'antenne, réalisé par Patrick Kieffer et Marie-Ève Chamard.
Durant l’été 2010, il présente Happy Hour, un programme en lieu et place de Salut les Terriens qui mélange talk-show et jeu. Il produit aussi pour France 2 sur cette période La télé est à vous, émission présentée par Stéphane Bern. À partir de décembre 2010, il anime pendant trois saisons Tout le monde en a parlé sur Jimmy, qui revient sur le parcours d'individus ayant fait, un temps, l'actualité.
Il présente de nouveau Happy Hour en décembre 2011, en remplacement du Grand Journal puis pendant l'été 2012. En octobre 2014, alors qu’il présente toujours Salut les Terriens ! sur Canal+, l’audimat atteint 1,4 million de téléspectateurs, ce qui en fait l’émission la plus performante de la chaîne, l'émission disposant depuis longtemps d'« un public fidèle ».
En 2015, Thierry Ardisson propose à la chaîne M6, le scénario de Peplum, une mini-série humoristique et anachronique prenant place dans la Rome antique. L'animateur dit avoir eu l'idée du scénario grâce à la prestation de Peter Ustinov dans Quo vadis (1951). Les trois épisodes, d’une durée de 90 minutes chacun, sont diffusés en prime-time à partir du 24 février 2015, à raison d’un épisode par semaine.
L'année suivante, il est à l'honneur d'un documentaire Génération Ardisson : 30 ans de télévision avant de lancer sa nouvelle émission Zéro limite. Entre-temps, Vincent Bolloré, qu'il soutient clairement malgré la tempête déclenchée lors du remaniement de Canal+, lui demande de passer son émission phare Salut les Terriens ! sur l'ex-D8.
À partir de septembre 2017, il présente Les Terriens du dimanche ! de 19 h à 21 h sur C8, déclinaison dominicale de Salut les Terriens !.
À la rentrée 2018, Salut les Terriens est renommée Les Terriens du samedi ; le décor et la formule changent. Le 18 mai 2019, il annonce dans un communiqué qu'il ne travaillera plus sur la chaîne C8. Thierry Ardisson enregistre alors le dernier talk-show de sa carrière le mercredi 29 mai 2019, ce qui donne lieu à un documentaire inédit sur cette journée dans lequel le grand public le découvre hors caméra. Il justifie son départ par le manque de moyens que lui aurait mis à disposition la chaîne, expliquant qu'il « ne veut pas faire de la télé low-cost ». Ardisson révéla en 2023 qu'il avait des divergences, notamment politiques, avec Bolloré.
Producteur et Homme de Lettres : Une Créativité Multiforme
Fin août 2019, Thierry Ardisson attaque en justice Vincent Bolloré, son ancien patron chez Canal+. L'animateur réagit à la déprogrammation de ses animations prévues pour la rentrée 2019 : il estime que ces déprogrammations ont été annoncées beaucoup trop tardivement, causant un préjudice à sa société de production. Thierry Ardisson a donc saisi le tribunal de commerce pour « rupture brutale de dépendance économique ». Après jugement du tribunal puis le recours en appel demandé par Ardisson, la cour de cassation statua en 2021 que C8 doit dédommager Ardisson et le prestataire Téléparis de 5 millions d'euro.
Le 25 octobre 2020, l'INA lance une chaîne YouTube dédiée à Thierry Ardisson, Ina Arditube, qui intègre des milliers de vidéos des émissions du présentateur.
À la suite de son départ de C8, Thierry Ardisson conçoit Hôtel du temps, un magazine d'interview fiction, pour France 3, où de véritables propos tenus par une célébrité disparue, récupérés dans des images d'archives, sont exploités et mis en scène à l'aide du deepfake. Le premier épisode, initialement prévu en septembre 2021 et mettant en scène Jean Gabin, est repoussé au 2 mai 2022 avec un épisode de 90 minutes mettant en scène Dalida. Des audiences en dessous de celles attendues conduisent Ardisson à repousser une nouvelle fois l'épisode sur Jean Gabin et lancer la production d'un épisode sur Coluche, dont le tournage est prévu pour septembre 2022. L'épisode sur Coluche est diffusé en juin 2023, mais après des audiences décevantes, l'émission est déprogrammée.
Thierry Ardisson est également l'auteur de plusieurs ouvrages, parmi lesquels :
- Cinémoi (1973)
- La Bilbe (1975)
- Rive Droite (1983)
- Louis XX (1986)
- Pondichéry (1993)
- Les Années provoc (1998)
- Confessions d'un baby-boomer (en coll., 2005)
- Liverpool : Et si les Beatles n'avaient pas existé et Dictionnaire des provocateurs (en coll.) (2010)
- Tout le monde en a parlé : que sont-ils devenus ? (en coll., 2012)
- Les Fantômes des Tuileries (2016)
- L'Age d'or de la pub (en coll., 2024)
Il a également sorti un coffret DVD : la Boîte noire de l'homme en noir (2010).
Vie Privée : Amours et Famille
Thierry Ardisson a été marié à Christiane Bergognon, puis à Béatrice Loustalan, de 1988 à 2010, avec qui il a trois enfants : Manon, Ninon et Gaston. Le 21 juin 2014, il épouse Audrey Crespo-Mara, journaliste, qui a trois enfants d'un précédent mariage : Manon, Ninon, Gaston.
Décès et Hommages : La Fin d'une Ère
Thierry Ardisson décède le 14 juillet 2025 à Paris, à l'âge de 76 ans, des suites d'un cancer. Sa disparition suscite de nombreuses réactions et hommages dans le monde des médias et du spectacle. Ses obsèques ont lieu à l'église Saint-Roch, à Paris, en présence de nombreuses personnalités.
Trois mois après la disparition de son mari Thierry Ardisson, Audrey Crespo-Mara a participé au Gala de l’Espoir organisé au théâtre des Champs-Élysées à Paris, ce mardi 14 octobre. À la fin du JT de 20 Heures, ce dimanche 17 août, Audrey Crespo-Mara a tenu à rendre hommage à son mari, Thierry Ardisson, disparu le 14 juillet dernier. Quelques jours seulement après le décès de son époux, Audrey Crespo-Mara est vite revenue à la présentation du JT de TF1. Une semaine après la disparition de Thierry Ardisson, Audrey Crespo-Mara continue de lui rendre hommage.
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