Philippe II, dit Philippe Auguste, est une figure emblématique de l'histoire de France. Son règne, qui s'étend de 1180 à 1223, marque un tournant décisif dans l'histoire de la monarchie capétienne et dans la construction du royaume de France. Cet article explore sa vie, son règne, ses réalisations et son héritage.
Un Héritier de la Dynastie Capétienne
Philippe II Auguste est né le 21 août 1165 à Paris. Il est le fils de Louis VII et d'Adèle de Champagne. Fils unique de Louis VII le Jeune et de sa troisième épouse, Adèle de Champagne, Philippe reçoit une instruction sommaire. S’il apprend à lire et à écrire en français, il ne connaît pas le latin, le temps d'étudier lui ayant manqué. Il est sacré à Reims le 1er novembre 1179, à l’âge de quatorze ans, du vivant de son père, Louis VII, frappé d'hémiplégie. Il exerce ainsi le pouvoir avant même la mort de Louis VII, qui survient le 18 septembre 1180. Déjà sacré à la Toussaint précédente et investi durant la maladie de son père de la plénitude des pouvoirs royaux, Philippe II commençait l'un des règnes les plus longs de l'histoire de France (quarante-trois ans: 1180-1223).
Les Premières Années du Règne
Tout jeune roi, Philippe II se débarrasse immédiatement de la tutelle de sa mère et de ses quatre oncles champenois. En avril 1180, il épouse Isabelle de Hainaut qui lui apporte l'Artois en dot. Mais il entre bientôt en conflit avec le comte de Flandre, oncle de sa femme, et une grande coalition féodale est nouée : le roi parvient à la défaire (traité de Boves, 1185), ce qui lui vaut de rattacher à la couronne les comtés d'Amiens, de Montdidier et les châtellenies de Roye et de Thourotte.
Face à l’attitude belliqueuse du comte de Flandre, qui ne semble pas disposé à remplir ses engagements, Philippe II lance campagne contre une coalition réunissant les comtes de Flandre, de Hainaut, de Blois et de Chartres, ainsi que le duc de Bourgogne.
La Lutte Contre les Plantagenêts
La grande entreprise du règne fut l'abaissement des Plantagenêts. Dès lors, le souverain peut se consacrer au grand dessein de son règne : la destruction de l'Empire anglo-angevin en France, trois fois plus vaste et plus peuplé que le domaine royal. Philippe Auguste soutient les fils révoltés (Henri puis Geoffroi) contre leur père Henri II. Un coup de main sur Issoudun lui permet d'imposer sa volonté et d'acquérir une partie du Vermandois tandis qu'il marie sa fille à Jean sans Terre, fils du roi d'Angleterre (traité de Châteauroux, 1187). La lutte n'en continue pas moins jusqu'à la capitulation de Henri II à Azay-le-Rideau le 4 juillet 1189. Au terme d'une guerre d'escarmouches et de pillages, Henri II Plantagenêt, vaincu et contraint à la capitulation d'Azay-le-Rideau le 4 juillet 1189, meurt à Chinon deux jours plus tard.
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L’accession au trône de Richard Ier Cœur de Lion met à mal l’alliance passée. Et pour Philippe II, le danger anglo-angevin se précise car, à un adversaire malade et découragé succède un roi jeune et d'une éclatante bravoure. Dissimulant leur rivalité, les deux souverains s’engagent alors dans la troisième croisade (seuls rois de France et d'Angleterre à n’avoir jamais combattu sous la même bannière) ; les renforts de troupes qu'ils amènent imposent la capitulation aux défenseurs d'Acre (13 juillet 1191). Tandis qu'il manipule contre le vieux roi Henri II ses propres fils, voilà que l'on apprend la victoire du sultan Saladin sur les Francs à Hattîn. Le 3 octobre 1187, Jérusalem tombe entre ses mains. C'est la stupeur en Occident. Mais, alors que Richard Ier s'attarde dans des combats indécis contre Saladin, Philippe rentre en France, sous prétexte de maladie, et fomente avec Jean (dit sans Terre, le frère de Richard) la perte de son aîné. Quand celui-ci, ayant eu vent de cette trahison, reprend la route de son royaume, il est fait prisonnier (décembre 1192) par le duc Léopold d'Autriche. Philippe II ne néglige alors ni prières ni argent, pour persuader l'empereur de prolonger cette captivité. Richard recouvre finalement la liberté et, de retour en Angleterre en mars 1194, il entreprend aussitôt de se venger.
Richard Cœur de Lion, devenu roi, part pour la croisade avec Philippe Auguste : l'entente n'est que passagère, et le roi de France, rentré précipitamment (1191), intrigue contre son allié devenu le rival de Jean sans Terre et, surtout, du duc d'Autriche qui arrête Richard à son retour et le livre à l'Empereur. La lutte reprend à la libération de Richard (1194) et tournait nettement à l'avantage de Cœur de Lion, quand celui-ci est tué au siège de Châlus en Limousin (1199). Philippe Auguste ne reconnaît à Jean sans Terre le titre de roi que moyennant la cession d'une partie du Vexin normand, du pays d'Évreux et du Berry (traité du Goulet, 1200).
Les Affaires Matrimoniales de Philippe Auguste
La reine Isabelle de Hainaut est morte en 1190, laissant un fils de trois ans, Louis (le futur Louis VIII). Philippe se remarie avec la sœur du roi Knud IV de Danemark, Ingeburge (ou Isambour, en danois Ingibjørg). Or, dès le lendemain des noces (15 août 1193), le roi manifeste pour son épouse une grande aversion. Un conseil de barons et d'évêques complaisants prononce le divorce, sous le prétexte fallacieux d'une parenté prohibée. Dès son avènement, en 1198, le pape Innocent III enjoint à Philippe Auguste de rendre à Ingeburge son rang de reine légitime ; puis, devant la résistance obstinée du roi, il lance l'interdit sur le royaume de France. Philippe Auguste doit céder, mais il ne se rend vraiment qu'en 1213 : après vingt ans de captivité, Ingeburge est enfin traitée, sinon en épouse, du moins en reine. À la mort de Richard, Philippe se réconcilie provisoirement avec son frère et successeur, le roi Jean sans Terre, par le traité du Goulet, le 22 mai 1200. Dès le lendemain est célébré le mariage entre le fils du roi Philippe Auguste et la nièce de Jean sans Terre, Blanche de Castille.
La Bataille de Bouvines
Richard Ier Cœur de Lion avait désigné pour successeur son cadet Jean (sans Terre), aux dépens de leur neveu Arthur de Bretagne. Aussi, lorsque Richard meurt en 1199, Jean reçoit-il la Couronne anglaise. Philippe Auguste, selon son système favori, retourne alors ses alliances et prend le parti d'Arthur de Bretagne. Peu après, le roi Jean enlève la fille du comte d'Angoulême, Isabelle (fiancée d’Hugues IX de Lusignan, comte de la Marche), et l'épouse, au grand scandale des Aquitains. Ceux-ci portent leur plainte devant la cour de Philippe II, qui condamne in absentia le roi d'Angleterre pour félonie le 28 avril 1202 : Jean perd ainsi tous ses droits sur ses fiefs en France (sentence à l’origine de son surnom de « sans Terre »). Jean ajoute alors à ses crimes l'assassinat d'Arthur de Bretagne (avril 1203).
En 1202, Jean sans Terre n'ayant pas répondu à une convocation devant la justice royale, ses fiefs sont confisqués et Philippe Auguste entreprend d'exécuter la sentence : la Normandie, le Maine, l'Anjou et le Poitou sont annexés (1204-1208). Un débarquement en Angleterre est préparé, mais une vaste coalition réunissant les comtes de Boulogne, de Flandre, de Hollande, les ducs de Lorraine, de Brabant, de Limbourg, et surtout l'empereur germanique, l'empêche d'aboutir. La bataille décisive a lieu à Bouvines, le dimanche 27 juillet 1214. Jean sans Terre parvient cependant sans peine à former une coalition contre Philippe Auguste - dont la puissance nouvelle rompt l'équilibre des forces en Occident -, rassemblant Ferdinand (Ferrand) de Portugal, comte de Flandre, Renaud de Dammartin, comte de Boulogne, et des étrangers comme le comte de Hainaut et l'empereur germanique Otton IV (excommunié depuis 1210). L'offensive débute en 1214 par le nord et par le sud. Dans le même temps, Philippe Auguste concentre ses forces à Péronne, tandis que l’empereur Otton IV place les siennes à Valenciennes. Les Français font mouvement du 23 au 26 juillet sur Tournai, pour couper l'ennemi de la mer et de ses alliés anglais ; les coalisés ripostent en se portant sur la position de Mortagne, à 20 km au sud de Tournai. Menacé d'être tourné à son tour, Philippe Auguste se replie sur Lille le dimanche 27 juillet ; une partie de l'armée (les milices des communes notamment) a déjà franchi le pont de Bouvines sur la Marcq, lorsque l'on apprend que les Impériaux attaquent l'arrière-garde afin de prendre les Français de flanc. Philippe Auguste décide d'accepter la bataille sur ce plateau favorable à la cavalerie et rappelle sa tête de colonne. Les deux armées s'alignent d'est en ouest sur un front d'environ 2 km. Au nord, avec le soleil dans les yeux, les Impériaux : l'empereur et sa chevalerie saxonne au centre, couvert par l'infanterie des communes, à l'aile droite Renaud et Guillaume de Salisbury avec les Brabançons et les Anglais, à l'aile gauche Ferrand et le comte de Hainaut. Les Français, moins nombreux, étirent leur front ; au centre, tardivement renforcés par les milices des communes, Philippe Auguste et ses fidèles, comme Guillaume des Barres et son chapelain Guillaume le Breton (qui a laissé un vivant récit de l'action dans sa Philippide) ; à droite, le comte de Champagne et le duc de Bourgogne ; à gauche, Robert de Dreux. La mêlée, terrible choc frontal, dure de midi à la chute du jour. L'aile droite française, habilement commandée par frère Guérin, rompt les Flamands après un corps à corps de trois heures. Au centre, le roi Philippe Auguste, désarçonné, est sauvé de justesse. L’empereur Otton IV, jeté à terre et à demi étranglé par Guillaume des Barres, prend la fuite, et le reste des siens se débande. Reste la droite des coalisés, qui est écrasée à la nuit tombante dans un assaut général, et les Brabançons, massacrés jusqu'au dernier. Ferrand et Renaud restent prisonniers. Le roi de France réussit néanmoins, par la victoire de Bouvines (27 juill. 1214), à défaire la coalition, assurant ainsi sa tranquillité au nord et à l'est, et supprimant tout appui continental à Jean sans Terre qui doit reconnaître de fait les conquêtes de son rival. Le conflit franco-anglais débouche en 1214 sur une coalition internationale, la première du genre.
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En Angleterre, Jean sans Terre est accueilli par l'insurrection des barons et du haut clergé, qui lui imposent la Grande Charte (1215) ; devant sa résistance, appuyée par la papauté, les rebelles font appel à Louis de France, son neveu par alliance. Philippe Auguste, qui soutient en sous-main son fils, cherche à se poser en justicier : il fait courir le bruit que Jean, condamné à mort par la Cour des pairs du roi de France pour le meurtre d'Arthur de Bretagne, est déchu de ses droits au trône. Alors seulement, il laisse son fils s'engager dans l'aventure (1216). Elle prend bonne tournure lorsque Jean sans Terre meurt subitement, le 19 octobre 1216, laissant un fils de neuf ans, Henri III. Celui-ci le menace encore en soutenant son fils, le futur Louis VIII, qui tente en vain de conquérir l'Angleterre (1216-1217).
La Croisade Contre les Albigeois
Sous le règne de Philippe Auguste a lieu aussi la croisade contre les Albigeois. Dévot et ennemi de l'hérésie, Philippe Auguste souhaite le succès de l'expédition, mais avec le secret espoir d'en tirer profit. Il s'impose toutefois, ici encore, une artificieuse modération ; pour ménager l'avenir, il permet à son fils Louis de France de prendre la croix en 1213, puis de paraître deux fois parmi les croisés, en 1215 et en 1219. Alors l'imprévu vient une fois de plus à son aide : Simon de Montfort s'étant fait tuer en 1218 sous les murs de Toulouse, son fils Amaury, partout vaincu, doit conclure une trêve (1222). Dès cet instant, Philippe Auguste peut prévoir la cession des droits des Montfort au roi de France ; elle sera effective en 1224, l’année suivant sa mort. Philippe Auguste se garde d'intervenir directement dans l'expédition, soit qu'il est trop occupé par ses guerres avec les Plantagenêt et leurs alliés, soit qu'il ne veut pas salir la dynastie dans une guerre contre des chrétiens appelés à devenir ses sujets. Il laisse aux petits seigneurs du bassin parisien, tel Simon de Montfort, le soin de faire la sale besogne. Le même prince royal Louis intervient ensuite en Aquitaine aux côtés de Simon de Montfort contre le comte de Toulouse et les albigeois ; et Philippe Auguste avait auparavant mis la main sur l'Auvergne (à partir de 1189) et la Champagne (1201 et 1213).
L'Administration et les Réformes de Philippe Auguste
Philippe Auguste met en place des méthodes nouvelles de gouvernement rendues nécessaires par l'extension du domaine. L. À l'intérieur, Philippe Auguste met en place des méthodes nouvelles de gouvernement rendues nécessaires par l'extension du domaine. Il institue les baillis, officiers nommés et révoqués par le roi, qui le représentent dans toutes ses fonctions. L. Philippe Auguste ; même Jean sans Terre trahit son père. Les juifs dépendent de plus en plus du seul bon vouloir du prince qui peut disposer d'eux à sa guise. C'est ainsi que Philippe Auguste expulse les juifs du domaine royal en 1182 pour mettre la main sur leurs biens et renflouer le Trésor, avant d'autoriser leur retour en 1198. Ils apparaissent vers la fin du xiie siècle lorsque les baillis, d'abord itinérants, sont fixés par Philippe Auguste, roi de France, sur la portion du domaine royal où ils doivent le représenter. Bouvines est une bataille, c'est-à-dire, selon les conceptions du temps, un duel où deux concurrents décident de s'engager, seul à seul ou accompagnés de leurs amis, afin de forcer le jugement de Dieu et de trancher définitivement une querelle. Il institue les baillis, officiers nommés et révoqués par le roi, qui le représentent dans toutes ses fonctions. Pour sa part, l'Empire angevin est ruiné à jamais.
Ses succès militaires ont donné à Philippe Auguste une autorité que personne n'ose discuter : au point qu'il juge inutile, pour la première fois dans l'histoire de la dynastie capétienne, de faire sacrer de son vivant son successeur. Sans doute, il juge bon, dans ses nouveaux domaines, de multiplier les honneurs, les privilèges, les prébendes. Mais partout la petite féodalité s'empresse de se lier à lui par le procédé du pariage, contrat qui associe les fonctionnaires royaux à ceux du fief ; l'inégalité entre les contractants rend inévitable l'absorption finale. Dans les fiefs importants, le roi fait prévaloir sa volonté : en s'opposant aux mariages qui lui portent ombrage ; en supprimant, à l'occasion des successions, les vassalités intermédiaires, en soumettant les grandes baronnies au droit de « relief » (mutation). Il affirme le principe que « chacun tient du roi, le roi ne tient de personne » et en tire toutes les conséquences que lui suggère son esprit logique et légaliste : en ce sens, il est le type du roi féodal, seigneur des seigneurs, souverain « fieffeux » du royaume. C'est dire qu'il rejette absolument les prétentions de l'empereur à une suzeraineté éminente et qu'il résiste sourdement aux ingérences de la papauté dans son gouvernement.
Pratique et méfiant (même à l'égard de son fils), Philippe Auguste favorise la bourgeoisie, dont il discerne la puissance montante. Il invite les notables des villes libres aux assemblées de barons et d'évêques ; il choisit ses conseillers parmi des gens de condition modeste et, en même temps, supprime ou laisse vacants les grands offices de sénéchal et de chancelier. C'est de lui que les « marchands de l'eau » parisiens reçoivent les privilèges qui annoncent leurs fonctions de corps municipal. Ailleurs, il protège le commerce contre les péages et accorde même sa protection aux étrangers. Par une originalité plus grande encore, il confirme ou crée de nombreuses chartes de communes ou de villes libres : il y voit le moyen d'affaiblir les seigneuries locales, de percevoir des subsides, d'organiser des points d'appui fortifiés.
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Ordonné et impérieux, Philippe Auguste a le tempérament d'un administrateur. Il transforme la gestion rudimentaire du royaume en créant une armature de services publics hiérarchisés, contrôlés, efficaces. Avant lui, les cadres étaient formés par les prévôts, agents roturiers sans traitement, enclins à tirer les plus gros bénéfices possibles de leur office (souvent acheté aux enchères, parfois héréditaire). Au-dessus des prévôts, Philippe institue les baillis un peu avant 1190 ; ils sont choisis dans la noblesse et reçoivent des pouvoirs étendus en matière de finances, de justice et de police ; ils administrent un nombre variable de prévôtés (la prévôté de Paris est en fait un bailliage). Baillis et sénéchaux sont nommés, rémunérés par le roi, souvent déplacés et toujours révocables : ce sont des fonctionnaires et, par surcroît de précaution, Philippe les fait inspecter par des enquêteurs choisis dans son conseil ; ces nouveaux missi dominici traitent sur place les cas litigieux et répartissent les tailles (l’impôt roturier). De toute façon, les baillis sont tenus de soumettre leurs comptes trois fois l'an à Paris.
Philippe Auguste a la main lourde en matière de finances. Ses revenus domaniaux augmentent avec l'accroissement du domaine royal, mais ils ne suffisent pas pour la grande politique : d'où une fiscalité souvent très proche de l'exaction. Le roi a l'idée de remplacer par des taxes, les corvées et l'« aide de l'ost ». Mais il pressure les Juifs ; après les avoir brutalisés et chassés en 1182, il se ravise en 1198 et leur impose des taxes quasi spoliatrices. L'Église n’est guère moins exploitée ; Philippe Auguste doit renoncer au droit de régale (droit de jouissance du temporel des évêchés vacants), dont il a impudemment abusé, mais il use d'impôts extraordinaires incessants ; ici encore, il doit reculer et annuler en 1189 la « dîme saladine » accablante qu'il exige avant sa croisade en 1188, mais le principe du décime ecclésiastique ne tarde pas à reparaître. Si Philippe Auguste se montre intraitable, c’est avant tout pour entretenir une armée soldée ; il renonce autant qu'il le peut aux levées féodales, plus encombrantes qu'utiles, et Bouvines lui apprend à ne pas compter sur les milices communales en rase campagne. Il compose le gros de son armée avec des « soudoyers », chevaliers et « sergents », nobles ou non, à pied ou montés ; parfois, il les paie en terres, faute de numéraire, mais toujours à titre viager ou révocable. Ayant remarqué en Orient un art des fortifications plus savant, il en fait profiter ses nombreux châteaux forts, comme ceux de Dourdan et de Gisors. Il ceinture Paris d'une muraille continue, renforcée de trente-quatre tours rondes sur la rive gauche et de trente-trois sur la rive droite ; à l'ouest, il élève l'énorme donjon du Louvre, où il dépose ses archives. Car cette monarchie nomade tend à devenir sédentaire ; le roi séjourne volontiers à Paris, dont il fait paver les rues principales et qui prend figure de capitale. Ce règne de quarante-trois ans est aussi l’époque où l'art gothique prend son essor.
Philippe Auguste et Paris
Philippe Auguste contribua à faire de Paris une capitale et de la France un État. Sous les ordres de Philippe II Auguste, Une forteresse est édifiée pour assurer la protection de l’Ouest de Paris. Le Louvre voit ainsi ses premiers bâtiments sortir de terre. La Grosse Tour et le château médiéval seront terminés en 1202.
Décès et Héritage
Philippe II dit « Auguste », né le 21 août 1165 à Paris et mort à Mantes le 14 juillet 1223. Philippe Auguste a donc acquis de son vivant l'Artois, l'Amiénois, le Valois et le Vermandois, une partie du Berry, la plus grande partie de l'Auvergne, la Normandie, presque tout l'Anjou, la majeure partie du Poitou. Le roi de France s'éteint à Mantes à l'âge de 58 ans. Rongé par la fièvre depuis plus d'un an, il a souhaité mourir à Paris mais c'est en faisant route vers la capitale qu'il a rendu l'âme. Son corps est transporté à Saint-Denis où pour la première fois un nouveau cérémonial adopté : le roi repose dans son cercueil à visage découvert, habillé de son manteau royal et coiffé de sa couronne.
Philippe Auguste reste l'un des monarques les plus admirés et étudiés de la France médiévale, en raison non seulement de la longueur de son règne, mais aussi de ses importantes victoires militaires et des progrès essentiels accomplis pour affermir le pouvoir royal et contrôler la hiérarchie féodale. Philippe Auguste est le premier roi ayant fait porter sur ses actes, sporadiquement à partir de 1190, officiellement à partir de 1204, Rex Franciæ, « roi de France », au lieu de Rex Francorum, « roi des Francs », titre qui sera reconnu par la papauté en juillet 1205. Surnommé « Auguste » par son biographe Rigord, pour avoir quadruplé le domaine royal, Philippe II a été le premier souverain capétien à concevoir sa fonction aux dimensions de la France. Son règne a été essentiel dans la formation de la France.
Portrait d'un Roi
Nous n'avons pas de portrait peint ou sculpté de Philippe Auguste. D'après les contemporains, il avait belle prestance, le visage avenant, coloré, et il était chauve ; certains l'appelaient « le Borgne » à cause de la taie qu'il aurait eue sur un œil. En somme, Philippe Auguste unissait en lui des qualités qui coexistent rarement chez un chef d'État : la valeur militaire et le sens politique. L'œuvre demeure toutefois mieux connue que l'homme. Les sources dont on dispose rendent toujours difficile un jugement motivé sur la personnalité des hommes du Moyen Age et plus encore sur le rôle personnel qu'ont joué les souverains. Dans le cas de Philippe Auguste, nous avons la chance de posséder le témoignage d'un chanoine de Saint-Martin de Tours qui semble l'avoir bien connu et nous donne de lui, fait exceptionnel à cette époque, un portrait physique et moral. Le voici : beau et bien bâti, il était chauve depuis qu'à la croisade de 1190, à vingt-cinq ans, il avait par maladie perdu cheveux et ongles. C'était un bon vivant, amateur de femmes, le teint rubicond d'un visage respirant la joie de vivre. Il aimait le vin et la bonne chère - ce qui nous est confirmé par des exernpia [1] de prédicateurs. Au moral, généreux envers ses amis, il était convoiteux du bien de ses adversaires et expert dans l'art de l'intrigue. Religieux, de sage conseil, il portait des jugements rapides et droits, et s'en tenait fermement à ce qu'il avait dit. Favorisé par la victoire, Philippe Auguste était craintif pour sa vie et s'emportait facilement, mais se calmait tout aussi rapidement. Il réprimait la malignité des grands du royaume et provoquait leurs discordes. N'éprouvant de haine pour personne, sinon un court moment, il ne mettait à mort nul qui fût en prison. Ce beau portrait dressé, donc, par un chanoine de Saint-Martin de Tours peut être complété par ce qu'on lit entre les lignes du Carolinus, œuvre du précepteur de son fils Louis VIII : de caractère difficile, emporté, actif mais agité, empressé à satisfaire ses convoitises au point de manquer de prudence et de circonspection. Bref, rapidité de jugement mais impulsivité; justesse de raisonnement mais goût de l'intrigue. La conviction profonde qu'avait Philippe Auguste de sa mission royale et le sentiment qu'il devait la réaliser pour le bien de son peuple et l'affermissement de la foi chrétienne, ainsi que l'orgueil qu'il tirait de sa vocation de roi face à son vassal anglo-normand, face aussi à l'empereur et au pape, constituent des traits dominants de caractère.
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